Blog 2021 12 : la plantation des arbres et arbustes en automne : pourquoi à la Sainte Catherine ?

Et voici de nouveau la Sainte Catherine, une journée qui marque le début de la période la plus favorable pour la plantation des plantes pérennes, arbres et arbustes: « À la Sainte Catherine, tout arbre prend racine… ». Cette saison va durer jusqu’aux froids de janvier, sauf épisodes neigeux. En 2009 il a neigé le 19 décembre, en 2010, dès le 19 novembre. En 2021, on a vu les premières neiges en Val de Loire le 3 décembre.

Pourquoi planter en novembre ?

Le système souterrain (les racines) travaille en différé par rapport au système aérien (les feuilles).

En automne, la sève se retire dans les racines (elle ‘descend’), entraînant la chute des feuilles. A partir de ce moment la partie aérienne de la plante entre en repos végétatif. Mais les racines, elles, continuent de pousser. Planter un arbre en novembre permet donc à son système racinaire de bien s’installer avant les grands froids. Au printemps, l’arbre repartira avec d’autant plus de vigueur que son système racinaire sera bien développé. Il sera également plus résistant en cas de sécheresse. Au printemps, l’inverse est vrai, et les bourgeons se réveillent avant les racines.

On plante maintenant les arbres et arbustes à racines nues.

Certains rosiéristes ou obtenteurs d’arbres réputés n’expédient leurs plantes qu’à partir de la fin novembre. Donc, pas de panique pour ceux qui souhaitent encore réfléchir à quelques commandes, la saison bat son plein encore pour quelques semaines.

On peut planter jusquau début de lhiver

Cependant, on ne peut planter qu’à condition que le sol ne soit pas gelé. La période la plus favorable s’étend sans conteste de mi novembre à mi décembre car les racines ont le temps de bien s’installer avant les grands froids de janvier.

Préparer les végétaux

Praliner pour réhydrater avant de planter

Le pralin est un mélange de boue de vache séchée, d’argile et d’eau. On trempe les racines de la plante dans un pralin pour que le chevelu de la plante soit imprégné d’une substance favorable à son développement. Mais le pralinage sert surtout à réhydrater la plante avant la plantation. C’est une précaution très importante car les végétaux souffrent lors des manipulations et attendent parfois quelques semaines entre arrachage et replantation. A défaut de pralin, un trempage dans un seau d’eau fera l’affaire, et cette étape est indispensable.

Pralinage

Mettre les végétaux en jauge

Si l’on ne peut pas planter des végétaux dès leur réception, il faut défaire le paquet d’expédition le plus rapidement possible. Attention, le séjour dans un garage ou pire, dans une cave, s’il protège les plantes du gel, n’empêche pas leur déshydratation, au contraire. Or celle ci est très dangereuse pour les racines. Il faut donc mettre les plantes en jauge, c’est à dire placer tout le chevelu dans un trou, le recouvrir de terre ou de sable et arroser. Protégée ainsi du gel et de la soif, la plante attendra le jour de sa plantation et si plusieurs jours ou même plusieurs semaines se sont écoulés avant la plantation, le jardinier pourra constater que le système racinaire s’est développé dans la jauge en produisant de nombreux petits radicelles. Attention donc aux garages desséchants.

Jauge de sable

Le dessèchement des racines est dangereux pour la bonne reprise des végétaux. Alors il faut les protéger jusqu’à ce qu’ils soient bien plantés. Cela implique en particulier de se méfier du vent pendant la plantation. Pas de souci si vous ne plantez que deux ou trois sujets. Au delà, il faut penser à entourer les racines des arbustes en attente avec une bâche ou un carton. Simple et très efficace.

Tailler ou rafraîchir ?

On préconise généralement de rafraîchir les racines, c’est à dire de tailler légèrement leur extrémité (photo du milieu). Si le chevelu est en bon état (photo de gauche), ce n’est pas forcément nécessaire. Il suffit de vérifier qu’aucune racine n’est abîmée et qu’un chignon n’est pas en train de se former, sinon bien sûr, il faut tailler (photo de droite). Il en va de même pour les branches, mais ce n’est pas le moment de faire une taille de mise en forme.

La plantation proprement dite

Un vieux débat, la taille du trou à préparer

Faut il un gros ou un petit trou de plantation, le faire à l’avance ou au moment de planter ? La réponse est simple : ça dépend du sol. En sol argileux, il ne sert à rien de s’y prendre à l’avance car une pluie qui survient bouche le trou et le sol fraîchement remué et imprégné d’eau est beaucoup plus long à ressuyer, rendant la plantation difficile. Dans une terre à lapins très poudreuse et légère, ce n’est pas non plus la peine de s’y prendre à l’avance car la plantation est rapide. Il n’y a donc que dans les sols très difficiles où l’intervention d’un engin, est nécessaire, que l’on prépare les trous de plantation à l’avance. Nous avons ainsi dû creuser à la pelleteuse à certains endroits du Jardin des Merlettes envahis de silex.

Préparer soigneusement le trou

En particulier, il faut s’assurer que les parois ne sont pas lisses après le passage de la bêche. Si c’est le cas, les griffer. Et dimensionner le trou en fonction de la taille de la motte à installer : parfois large et relativement plat (certains arbres fruitiers, les pommiers par exemple) ou au contraire relativement étroit et profond (pour les rosiers).

La taille nécessaire pour le trou dépend également de l’état du sol

Meilleur le sol, plus petit le trou à préparer car les racines y feront facilement leur chemin. En revanche, un sol compact demandera la préparation d’un volume plus grand. Si l’on doit creuser profond, attention aux horizons du sol : il faut veiller à ne pas les inverser pour protéger la vie du sol. Les insectes, mais aussi les vers de terre et les bactéries vivent à des profondeurs très spécifiques. Les enfouir trop ou, au contraire, les amener trop en surface, peut provoquer leur disparition.

Faut-il apporter des engrais à la plantation ?

Beaucoup de jardiniers ont l’impression d’aider leurs jeunes arbres en leur apportant un engrais au moment de la plantation. Une nourriture facilement assimilable, en quelque sorte un viatique pour les premiers mois d’adaptation. Mais dans un sol bien structuré et vivant, il n’y a pas besoin d’engrais. Ce n’est certes pas le cas partout, mais nous pensons que le jardinier doit soigner son sol tout au long des années. Si c’est le cas, il n’y a pas de soin particulier à apporter lors de la plantation. Et sinon la poignée d’engrais n’est qu’un cautère sur une jambe de bois !

Se méfier des engrais près des racines 

En effet, les engrais peuvent brûler les racines. Cela vaut aussi pour le fumier, s’il n’a pas eu le temps de se décomposer et de se transformer en compost. Ne pas enfouir non plus d’herbe au pied de l’arbre. En se décomposant, elle perturbe les échanges gazeux et se révèle nocive.

Préparer très en avance

Si vous êtes convaincus par nos explications, essayez de prévoir dès maintenant vos plantations de l’an prochain et d’installer bâches, mulch et BRF pour faire revivre le sol de votre jardin aux endroits que vous souhaitez planter.

Préparation du sol par mise en place de paillages et cartons

Voir le stage ‘Soigner le sol de son jardin

La hauteur à laquelle on plante l’arbre ou l’arbuste par rapport au sol est très importante

Il faut absolument éviter d’enterrer le collet (la limite entre la partie souterraine et la partie aérienne) de la plante car ceci entraînerait le pourrissement de certains arbres et l’affranchissement de certains autres. Pour éviter de se tromper, on place un bâton en travers du trou de plantation, bien en appui sur le sol des deux côtés du trou, et ceci sert de repère. Une bonne précaution : planter à deux. L’un maintient le sujet, l’autre apporte la terre. Ainsi on plante droit et au bon niveau !

On dispose les racines bien écartées

On les place en étoile, éventuellement en les plaçant sur un petit dôme de terre, si leur forme s’y prête. Chacune partira ainsi dans sa propre direction et un volume maximum de terre sera investigué par le système racinaire.

On recouvre de terre

On ne jette pas de grandes pelletées, mais on émiette la terre à la main en vérifiant qu’elle glisse bien entre les racines. Le sujet doit pouvoir tenir droit même avant qu’on ait tassé la terre à la main, (et non pas au pied !).

On ne tasse pas la terre avec le pied !

On arrose à l’arrosoir, au goulot, pour finir de tasser la terre

Au Jardin des Merlettes, où le sol est très argileux, ceci ne s’impose pas car la première pluie se chargera de tasser le sol très soigneusement émietté. En revanche, on met un peu plus de terre au pied de chaque arbre car la terre qui a foisonné à la plantation prendra beaucoup moins de place une fois arrosée et le sujet se retrouverait en dessous du niveau espéré.

Piquets et haubanage

Il est généralement nécessaire dattacher la plante à un piquet pour la protéger du vent

Le vent secoue en effet les plantes et ralentit ou empêche le développement du système racinaire. Le piquet doit être enfoncé bien profondément, plus que la hauteur de terre remuée à l’occasion de la plantation.

On commence par installer le piquet, si possible du côté du vent dominant, puis on présente l’arbuste et on le plante de façon à ce que ses branches ne soient pas gênées par le piquet. Au cours de l’hiver, il faut vérifier que l’arbuste ne frotte pas contre le piquet et, si c’est le cas, installer une petite séparation, en tissu ou en polystyrène par exemple. Et par la suite, penser à desserrer le lien pour ne pas étrangler le jeune arbre. Il faut également se méfier de la gêne que peut occasionner un piquet pour le développement des branches latérales. Sur la photo ci dessus, on voit que le cyprès chauve (Taxodium Distichum) ne peut pas développer de branche sur presque la moitié de sa circonférence. Le piquet a été retiré depuis mais il est trop tard pour que de nouvelles branches poussent au bas de l’arbre. Celui ci restera donc déséquilibré pendant encore quelques années.

Il faut parfois haubaner

Un piquet seul n’est parfois pas suffisant si l’arbre a besoin d’être attaché par plusieurs angles. Ce n’est généralement pas le cas quand on plante petit, ce que nous recommandons chaque fois que possible. Quand on cherche à restaurer un alignement et que l’on a besoin de planter une ébauche d’arbre, il faut haubaner. Pour un jeune scion, ce n’est pas nécessaire.

Protection et grillage

Quand on a suivi toutes ces dispositions, l’arbuste est bien planté, bien installé, mais la tâche n’est pas finie. Il faut en effet penser à le protéger du mauvais temps et des ravageurs.

Installer un paillage au sol

Cela protège (un peu) contre les mauvaises herbes et surtout évite l’évapotranspiration. Les printemps récents ont été très secs. Le paillage diminue le besoin en arrosage. Il est plus ou moins efficace contre les mauvaises herbes mais le sol, protégé du martèlement des gouttes de pluie par le paillage , reste meuble et est plus facile à désherber. Tant mieux car il est important de désherber le pied des arbustes dans leurs jeunes années, pour éviter la concurrence des graminées, très gourmandes en eau. C’est vrai qu’un dispositif aussi important que sur la photo ci-dessous peut faire sourire car on devine à peine le jeune scion de pommier à côté du bambou, mais ‘petit scion deviendra vite grand’, surtout s’il est bien protégé !

Super protection : toile verte sur feutre

Installer un grillage

Pas de problème si votre jardin est en ville, quoique… il faut aussi se méfier des griffes du chat du voisin. Et, en pleine campagne, penser à adapter la taille du grillage à celle du ravageur, petit, moyen ou gros gibier ! On ne protège pas contre des lapins ou des lièvres de la même façon que contre des chevreuils ou des sangliers. Et surtout, mettre les protections en place dès la plantation !

En résumé : planter bien, c’est planter soigneusement, en prenant son temps. Au Jardin, on prévoit de planter 10 à 15 arbres par jour (à deux personnes) lorsque le travail est fait par des jardiniers amateurs, dans un terrain sans grande difficulté et que le chantier a été préparé, c’est à dire que tous les outils et le matériel nécessaire sont à disposition. Ce temps comprend aussi la mise en place des piquets, d’un petit grillage pour protéger le tronc et d’une couverture au sol. Pour les arbustes, on prévoit de planter environ 20 arbustes par jour.

Bonne plantation = bonne reprise, alors, à vous de jouer !

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, nous vous rappelons notre stage de création et plantation de verger

Voir le stage de plantation et gestion de verger

Blog 2021 11 : La taille des forsythias

Quand l’automne est bien installé et que les feuilles des arbustes sont tombées vient la saison des tailles. Le jardinier profitera des belles journées pour remettre en état son jardin et, en  particulier, tailler ses arbustes.
Tous ses arbustes ? Non, justement pas. Le forsythia par exemple, ce symbole du printemps, se taille après sa floraison, c’est-à-dire, à partir de la mi-avril environ, selon les régions. Mais au fait, pourquoi faut-il tailler les forsythias, pourquoi à la fin du printemps, et comment ?

Pourquoi faut-il tailler les forsythias ?

La floraison des forsythias s’effectue sur du bois de deux ans. Les fleurs que vous venez d’admirer sur les arbustes de votre jardin ont donc éclos sur du bois qui avait poussé entre les mois de mai et de septembre d’il y a deux ans, et plus précisément entre mai et juillet. Des fleurs se forment également sur du bois d’un an (de l’année précédente) mais cette floraison est généralement peu fournie. En revanche, lorsqu’une branche atteint trois ans, elle commence à vieillir, fleurit moins et finit par se dessécher complètement.
Il faut donc opérer une taille sélective : encourager le forsythia à faire de nouvelles pousses et à se régénérer, c’est à dire à renouveler sa charpente tout en protégeant les pousses encore jeunes des deux années précédentes. Et, inversement, ne pas tailler un forsythia aboutit immanquablement à un enchevêtrement de branches, comme sur l’image ci-dessous. L’arbre finit par s’épuiser.

Pourquoi tailler fin avril et non pas en hiver, comme tant d’autres arbustes ?

On l’aura compris, si l’on supprime en hiver du bois qui devrait fleurir au printemps, c’est autant de floraison que l’on supprime. Cette question de la période favorable de taille peut paraître anodine, pourtant elle est une source de déconvenue pour de nombreux jardiniers. Pour savoir à quelle période tailler un arbuste d’ornement il faut observer ses boutons floraux : quand ils se forment et sur quel bois. Vous en déduirez la période optimale de taille. Par exemple, si un arbuste fleurit sur le bois de l’année, c’est à dire si les rameaux qui ont poussé au printemps portent des bourgeons qui forment des fleurs au cours de la même saison, alors la taille d’hiver est la mieux appropriée. On profite du repos végétatif de la plante pour supprimer les branches enchevêtrées et rectifier la structure de l’arbuste. En revanche, lorsque la plante fleurit sur une pousse déjà aoûtée (qui a passé le mois d ‘août de l’année précédente et s’est lignifiée), alors on attend que la floraison ait eu lieu et on intervient ensuite. C’est le cas des camélias, de certaines spirées et, généralement, de nombreux arbustes à la floraison précoce. Le fruticetum (jardin d’arbustes) du Jardin des Merlettes a été planté tout spécialement pour permettre aux visiteurs d’observer ces différences lors des stages consacrés à la taille des arbustes et lianes d’ornement.
Et voilà donc résolu le mystère de certains rosiers « qui ne fleurissent jamais »… parce que leur propriétaire, plein de bonnes intentions, rabat chaque printemps les pousses qui se préparaient à porter des fleurs. Car pour les rosiers aussi, il existe une taille d’hiver et une taille d’été, mais ne nous dispersons pas…Vous trouverez ailleurs dans ce blog et dans nos podcasts tous les conseils sur la taille d’hiver et la taille d’été des rosiers.

Voir les stages de taille de rosiers du Jardin des Merlettes
Taille d’hiver
Taille d’été

Comment tailler ?

Il faut observer le type de végétation de la plante. Lorsqu’un arbuste émet de nouvelles pousses à partir de sa souche, on dit qu’il est basitone. Il est important de l’aider à renouveler sa charpente : on peut par exemple travailler sur un cycle de 3 ou 4 ans en taillant chaque année à la base de l’arbuste un quart des pousses, les bois les plus âgés. En revanche, un arbuste acrotone (qui n’émet pas de rejet spontané à partir de sa base) sera taillé pour mettre en valeur sa structure, en éclaircissant les branches à l’intérieur et en raccourcissant les autres par une taille légère. Rien de bien difficile, il faut juste un peu de pratique, ce que nous proposons lors de nos stages.

Et notre forsythia ? Et bien, il est particulièrement intéressant car il n’est ni strictement basitone, ni acrotone, mais un mélange des deux, mésotone. Lorsqu’on le taille à la base, il émet des rejets très vigoureux, parfois un peu inesthétiques. L’année suivante, ces branches s’arquent et commencent à porter quelques fleurs. On peut les raccourcir en partie ou leur laisser toute leur longueur. La seconde année, des rameaux secondaires apparaissent et portent une abondante floraison. La branche fleurira encore un ou deux ans, puis il faudra la supprimer, à la base, tout simplement.


Bien entendu, sur ce sujet comme sur tant d’autres, il n’y a pas d’obligations. On peut choisir de mener son forsythia en topiaire ou, au contraire, choisir un port très dégingandé et éclairci comme montré ci dessus. Dès l’instant que l’on a compris le fonctionnement biologique du végétal, on obtient l’effet que l’on souhaite. Alors, ne négligez plus vos forsythias au printemps, ils vous remercieront bien pour votre peine ! Et si vous avez encore des doutes, venez suivre un stage d’initiation à la taille des arbustes au Jardin des Merlettes, au printemps.
Voir le stage de taille des arbustes au Jardin des Merlettes

Blog 2021 10 : Ravageurs et maladies au jardin (Partie I) – Repérer les soucis

Certaines maladies reviennent chaque année, on le sait bien : la grippe en hiver et le rhume des foins au printemps. Au jardin, c’est pareil, certains fléaux attaquent nos plantes à certains moments de l’année. Pourtant, on a beau savoir que le mal va arriver, on se laisse souvent surprendre. Et quand on se rend compte que la maladie ou le prédateur sont là, le mal est déjà bien installé et souvent plus difficile à combattre.
Nous vous proposons ici quelques méthodes pour contrer les attaques des maladies cryptogamiques et des insectes et araignées les plus courants. Dans cet article, on cherche à repérer les problèmes potentiels et diagnostiquer l’importance des attaques.  Dans le suivant, on réfléchira aux méthodes de lutte en agriculture biologique.

Le jardinier est un promeneur attentif
La première règle pour protéger son jardin est de savoir le regarder car bien connaître ses arbres ou ses plantes est le meilleur moyen de reconnaître quand ils ne vont pas bien. Chaque changement par rapport à ce que l’on voit d’habitude pour un arbre donné peut constituer un indice : le changement de la coloration d’une feuille, la tenue moins rigide d’une hampe florale, le gonflement anormal d’une branche ou le fait qu’elle se torde, une écorce qui s’abîme…
Un petit tour au jardin chaque fois que l’on peut est donc la meilleure façon de détecter les difficultés. C’est extraordinaire tout ce que l’œil saisit et enregistre et ce que le cerveau classe, méthodiquement. Voici par exemple à gauche la photo d’un plaqueminier ‘Muscat’: port érigé, feuilles larges souples et luisantes, écorce impeccable, il respire la santé. A droite, le même kaki, trois ans plus tard, juste après les gelées de juin 2017. De très loin et avant même de savoir exactement ce qui s’est passé, le jardinier comprend que quelque chose de grave s’est passé.

Lorsque l’on a pris l’habitude de regarder, on peut voir les différences, et les évolutions peu encourageantes. C’est un moment critique car, soyons honnêtes, on a souvent tendance à nier les problèmes. Soit on ne les comprend pas, soit on les minimise. Or, s’il y a une anomalie, il faut comprendre pourquoi. Voyez ces photos d’un saule Salix udensis ‘Sekka’. A gauche, la vue globale. Les photos de droite montrent que lorsque l’on s’approche on remarque le gonflement et l’aplatissement de certains rameaux. En l’occurrence, tout est parfaitement normal. C’est une particularité de cette variété d’avoir ses rameaux contournés et aplatis. Quand on ajoute qu’il présente au printemps de très gros et nombreux chatons, on comprend pourquoi il est très utilisé en art floral oriental.

En revanche, voyez cette branche de framboisier. Elle aussi est gonflée, or ce n’est pas normal du tout. Il s’agit d’une galle provoquée par les larves de Lasioptera rubi, une espèce de cécidomyie, une minuscule Mouche noire de 2 mm, qui a pondu l’année précédente dans les pousses tendres. Selon le site ‘Démons et merveilles’ « Chaque galle uniloculaire contient de nombreuses larves, l’intérieur de la loge est tapissé du mycélium d’un champignon microscopique introduit par la femelle au moment de la ponte. Le champignon se développe en même temps que les larves qui le consomment au lieu de se nourrir du végétal dont la croissance n’est pas affectée. » (voir l’article de ‘Démons et merveilles’)

Donc, regardez et cherchez, le reste vient facilement.

Soyons donc des promeneurs attentifs au jardin, des promeneurs qui prennent leur temps. Voici en particulier deux éléments que vous devez systématiquement vérifier :

  • Le feuillage des plantes : sa vigueur, sa taille, sa couleur. Par exemple, s’il est normal qu’il soit taché de brun en automne, ce n’est pas le cas au printemps. Vérifiez s’il est piqué, perforé, dévoré ou si, tout simplement, la plante semble avoir du mal à le fabriquer… Un végétal qui a du mal à produire son feuillage est souvent en grand danger. Mais ne confondez pas pousse maladive et pousse tardive. Le lagerstroemia (aussi appelé lilas des Indes) pousse très tard en saison. En Bourgogne, fin mai ou début juin. Il se développe ensuite très vite. Rien d’anormal à cela. En revanche, un pommier qui n’a pas de feuillage en mai est certainement en souffrance.
  • L’écorce des plantes : il faut l’observer de la tête au pied de l’arbre ou de l’arbuste. Y a-t’il des blessures, avec ou sans bourrelet de cicatrisation, des signes de nécrose, des trous anormaux, des petits dépôts de sciure ? Cela peut nécessiter que vous vous mettiez régulièrement à genoux au pied de vos arbres, un exercice bien inconfortable, mais croyez-moi, vous serez bien payé de votre effort.

En effet, plus tôt vous décèlerez une anomalie, plus tôt vous pourrez y remédier, comme nous le verrons plus tard. Mais il faut parfois être très attentif : remarquez vous ces œufs bien disposés autour du pédoncule de de bouquet de fleurs de poirier ?

Les stades phénologiques 

Des repères tout au long de l’année :
Les scientifiques ont cherché à jalonner la croissance des plantes au cours de l’année pour signaler certaines étapes particulièrement significatives dans le développement de la plante, de la fleur et du fruit. C’est ce qu’on appelle les stades phénologiques. La phénologie est l’étude de l’apparition d’évènements périodiques dans le monde vivant, animal ou végétal. Une planche très connue en France est celle ci-dessous, éditée par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et qui montre les étapes du développement des fruits.

Chaque variété est ainsi décrite pour caractériser ses différents stades de développement. Ci-dessous par exemple, la planche de l’INRA présente les stades phénologiques du poirier et celle du CITFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes) présente ceux du framboisier. Le site internet de l’UFL (Union Fruitière Lémanique) présente des planches de stades phénologiques pour de nombreux fruits. Elles ont été préparées par l’INRA, par le CIFTL ou par le Service de l’Agriculture du Canton de Vaud.

Chaque plante passe ainsi chaque année par un certain nombre de stades codifiés qui correspondent à un événement physiologique pour la plante.

  • Le repos hivernal, après la chute des feuilles : le bourgeon d’hiver
  • Le gonflement du bourgeon
  • L’apparition des bourgeons floraux
  • Le stade de pleine floraison, quand toutes les fleurs sont épanouies
  • La nouaison : stade auquel le fruit commence à se former
  • La véraison : le fruit commence à mûrir et à changer de couleur

Ces stades sont nommés par des lettres, de A à J. Quelques exemples :

Fruitiers au stade de bourgeon gonflé (B)
A la sortie de l’hiver, les écailles des bourgeons glissent lentement les unes sur les autres pour permettre aux bourgeons de grossir. C’est la dernière étape avant que le bourgeon ne commence à s’ouvrir et à laisser paraître des ébauches de fleurs ou feuilles, selon les cas.

Fruitiers au stade de pleine floraison (F2)
Les fleurs sont ouvertes, bien étalées (kiwi, à gauche), ou simplement épanouies (cerisier à droite). Pour le cassis (au centre) 50% des fleurs sont ouvertes.

Fruitiers au stade de la nouaison (H)
En général, tous les pétales sont tombés et la base du calice commence à grossir. Ci-dessous, les ébauches de fruits du myrtillier (à gauche), du pêcher (au centre) et du poirier (à droite).

Pourquoi surveiller ces stades de développement ? Parce que ce sont des étapes clés qui correspondent à des moments où les plantes sont sujettes à des attaques bien spécifiques : des aléas climatiques (gel, sécheresse…), ou bien des maladies ou ravageurs qui peuvent soit retarder (ou stopper) leur croissance ou compromettre leur floraison ou leur fructification. Ces attaques interviennent à des moments bien précis dont la chronologie est bien connue parmi les jardiniers. Voici par exemple ci-dessous un extrait du calendrier d’alerte pour les cerisiers proposé par l’association des Croqueurs de Pommes. Ne cherchez pas des pucerons sur vos cerisiers (ni sur vos rosiers d’ailleurs) en stade A ou C ! De même, la moniliose est une maladie cryptogamique qui requiert certaines conditions atmosphériques pour se développer. Vous ne pourrez donc l’observer qu’à partir du mois de juin environ, même si ses spores sont déjà bien présents, à l’état de dormance, dans votre jardin.

Source : Les Croqueurs de pommes. 2008. ‘Maladies et Ravageurs au Verger.’ Brochure technique.

Cela veut dire également que, pro ou prou, tous les arbustes d’une même espèce, fruitière ou ornementale, vont être au même stade phénologique à peu près en même temps. Les pomologues s’intéressent d’ailleurs aux retards (ou avances) éventuels. Les membres les plus zélés de l’Association des Croqueurs de pommes, par exemple, remplissent chaque printemps le bulletin ci joint et qui indique, variété par variété, la date à laquelle leur arbre a atteint le stade F2 (fleur épanouie). Pour permettre la comparaison entre les relevés correspondant à des jardins qui peuvent être sujets à des aléas climatiques différents, on indique également pour référence les dates en F2 du forsythia (une des premières plantes à fleurir) et de l’aubépine monostyle (tardive) à un endroit proche du verger objet du relevé.

L’exercice semble fastidieux… et il l’est, surtout si vous cultivez quelques dizaines de variétés dans votre jardin fruitier. Et vous vous apercevrez également qu’il n’est pas si facile à accomplir. Car il faut essayer de noter avec le plus de précision possible le moment où la majorité des fleurs a atteint le stade observé. Il faut passer souvent près des arbres pour ne pas rater le bon moment et établir un relevé fiable.
Mais c’est un bon exercice car il démontre que la rigueur est de mise quand on parle d’agriculture biologique, un argument qui reviendra dans la suite de cette série d’articles. En effet, puisque les moyens utilisés sont peu agressifs, leur utilisation doit être précise pour optimiser leur efficacité, en particulier en ce qui concerne leur date de mise en œuvre. C’est un élément que nous soulignons auprès de nos stagiaires, lors des stages qui traitent de la protection des végétaux contre les maladies et ravageurs, aussi bien en ce qui concerne les soins à apporter aux arbres fruitiers de plein vent que ceux consacrés aux petits fruits.
Observer régulièrement ses plantes et dépister les anomalies est la base de la lutte raisonnée. Pour être efficace, le dépistage doit être effectué de façon régulière, y compris à chaque période  critique. Et vous améliorerez beaucoup votre efficacité si vous prenez le soin de noter soigneusement vos observations au fil des années. Cela vous permettra des comparaisons sur un même endroit au cours du temps, ou entre différents endroits.

Le prochain article couvrant les ravageurs et maladies au jardin s’occupera d’identifier les maux observés

En attendant ce prochain article, nous vous proposons de méditer sur ces deux photos d’une inflorescence de pommier. A gauche, des bouquets en pleine forme (de deux arbres différents). A droite… peut mieux faire !

Blog 2021 09 : La taille des arbres fruitiers : acharnement ou nécessité ?

À la fin de l’hiver la taille des arbres fruitiers bat son plein. Certaines personnes, qui voient nos arbres fruitiers conduits en formes fruitières, palissées ou non, sont inquiètes et nous reprochent même parfois de faire subir à nos arbres de mauvais traitements : « Vous les empêchez de pousser ! » … En cette saison de taille, c’est le moment de faire la part des choses. Car tailler un arbre, ce n’est pas seulement manier des sécateurs. C’est aussi imaginer et rêver l’arbre à venir et sa récolte. La taille des arbres fruitiers est un exercice d’anticipation et c’est ce qui le rend si fascinant.

Pourquoi tailler les arbres fruitiers ?

Pour simplifier, il existe trois catégories de taille : formation, fructification et régénération. Chacune répond à un besoin bien particulier de l’arbre fruitier. Selon que l’on cherche à effectuer l’une ou l’autre taille, on ne supprime pas les mêmes choses, ni au même moment : voici quelques exemples :

La taille de formation et le contrôle de la dominance apicale

Il s’agit d’aider l’arbre à construire une charpente équilibrée. Cette taille s’effectue pendant les premières années de croissance. On choisit les branches qui deviendront les charpentières et on les raccourcit régulièrement pour leur permettre de se renforcer. Il s’agit donc de ne pas laisser les arbres s’emballer et de contrôler la dominance apicale.

Grâce aux acquis récents de la biologie végétale on a enfin compris certaines recommandations des anciens : ils avaient noté que certains principes de taille permettaient de bons résultats mais en ignoraient la cause. La découverte du rôle des hormones est venue éclairer la lanterne des jardiniers. En particulier, on a établi qu’une hormone de croissance, l’auxine, permet aux arbres de pousser en hauteur mais inhibe le développement des branches secondaires. L’auxine est localisée dans le bourgeon apical, d’où le nom ‘dominance apicale’. Tant que ce bourgeon apical est présent, les bourgeons axillaires ne peuvent pas se développer (ci-dessous, schéma de gauche). En revanche si on raccourcit l’axe, on supprime le bourgeon apical et les bourgeons axillaires se développent, donnant naissance à des rameaux (schéma de droite). Cette taille est donc cruciale pour le développement harmonieux de la structure de l’arbre.

Il est donc souhaitable, dès l’achat d’un arbre, de veiller à l’ordonnancement des branches et, en particulier de supprimer celles qui sont mal orientées et de permettre à des branches secondaires de se développer sans laisser l’arbre ‘filer’ vers le ciel.

Arbre en pépinière, à former

La taille de fructification 

Ce qui préoccupe ici le jardinier, c’est d’obtenir une belle récolte, ni trop (pour éviter l’alternance) ni trop peu… quand même ! Le principal souci sera de répartir le flux de sève et parfois de freiner un peu les arbres car, en arboriculture fruitière, vigueur est synonyme de bois et faiblesse, de fruits.

Favoriser l’induction florale :

L’induction florale est le principe par lequel un bourgeon se met à fruits. Pour cela, il faut que la sève circule très lentement à travers toutes les ramifications de l’arbre. Lorsque les bourgeons ont fait place à de jeunes rameaux, une grande partie de la sève est utilisée pour faire grandir ces rameaux. Selon le principe de la dominance apicale, le bourgeon terminal, qui reçoit de la sève en abondance, part à bois, ainsi que le second bourgeon, si le rameau est vigoureux. Le troisième bourgeon (le second si le rameau est faible) reçoit nettement moins de sève et se met en général à fleurs.
Le schéma ci-dessous explique le principe de la taille dite ‘tri gemme’ : elle consiste à anticiper comment les bourgeons se développeront, puis de raccourcir chaque branche en ne laissant que la longueur nécessaire pour qu’un bourgeon à fleurs se développe au printemps suivant. Le croquis de gauche montre le développement de la branche si aucune taille n’est effectuée, celui de droite montre ce qu’il advient avec la taille tri gemme.

On constate que le principe s’applique aux pommiers et poiriers, mais aussi aux autres arbres fruitiers, les cerisiers par exemple. Les photos ci-dessous présentent un rameau de pommier (à gauche), de cerisier (au centre) et de poirier (à droite). Dans chaque cas, on constate que les extrémités des rameaux sont à bois et que des bourgeons à fleurs se sont formés en amont.

(Pour plus d’informations sur le rôle des hormones dans ces processus, nous vous proposons de vous référer au livre de Brian Capon ‘La Botanique pour Jardiniers’ (Belin, 2005) )
Il semblerait également que la suppression de l’auxine laisse la place libre à une autre hormone, la gibbérelline, qui favorise l’induction florale.

Atténuer l’alternance

Une autre raison pour laquelle on taille les arbres consiste à réguler le flux de sève entre les parties en croissance de l’arbre (les nouveaux rameaux) et les parties fructifères (les organes à fruits, bourgeons à fleurs et petites coursonnes). Faute de tempérer cette croissance, les récoltes ‘alternent’ : une année, l’arbre produit de nombreux fruits, l’année suivante, presque rien, puis de nouveau une grosse récolte, puis rien, etc.

On élimine donc au printemps les fleurs en surnombre en taillant chaque coursonne au dessus du premier ou du second bouquet de fleurs. Les arbres de haute tige se prêtent mal à l’exercice car de nombreux bouquets sont hors de portée, alors on se contente des branches accessibles, c’est déjà autant de peine évitée à l’arbre.

La taille de régénération

Quand les arbres vieillissent, deux phénomènes caractéristiques se produisent. La structure de l’arbre devient illisible et de nouveaux axes se développent.

Simplifier la structure de l’arbre :

L’arbre produisant chaque année de nouveaux rameaux, il vient un moment où, faute de taille de nettoyage chaque année, on se trouve face à un véritable fouillis de branches. Cette situation est préjudiciable car l’enchevêtrement des branches empêche l’air de circuler dans l’arbre et le soleil d’éclairer les fruits.

Quelles branches garder, quelles branches supprimer ? Un principe très simple consiste à supprimer toutes les petites branches qui poussent sur ou sous les branches charpentières, de façon à ne conserver que les branches latérales et à reconstituer des strates entre lequel l’air pourra circuler librement, comme montré ci-dessous, l’arbre avant et après taille.

Mais il faut veiller à respecter la vitalité de l’arbre. Si on supprime en une seule fois trop de ramure sur un pommier vigoureux par exemple, l’arbre réagit en émettant de nombreux bourgeons qui se transforment en rameaux érigés sur le dessus de l’arbre. Celui-ci prend alors une allure caractéristique ‘en brosse’. Il faut donc prendre garde à l’équilibre de l’arbre et, en particulier, tailler le bout des branches sur des fourches latérales pour leur permettre de s’allonger et empêcher la formation de manivelles verticales. Les photos ci-dessous montrent la réaction d’un arbre à une taille excessive et où les branches charpentières ont été rabattues sans précaution : l’arbre vu dans son ensemble à gauche, les gourmands en gros plan à droite. Le schéma du milieu explique le principe des manivelles.

Avant de commencer à tailler un arbre, il faut donc l’observer et réfléchir à la répartition de la sève et à ce que l’arbre peut faire, en fonction de sa variété. Si on cherche à trop restreindre l’espace d’une variété vigoureuse, la sève de l’arbre sera distribuée à un trop petit nombre de branches et transformera tous les yeux à bois et les dards en bourgeons. L’arbre poussera et on aura de beaux fagots l’année suivante !

Inversement, si l’on cherche à imposer une grande forme à une variété faible, il lui faudra trop de temps pour remplir cet espace, à supposer qu’elle y arrive. Le raisonnement pour les arbres fruitiers est donc le même que pour les arbustes d’ornement : l’espace consacré à chacun doit varier en fonction de sa nature, de la vigueur de la variété et de la richesse du sol.

Choisir les nouveaux axes :

Quand l’arbre est trop chargé de fruits, il ploie et les branches charpentières se courbent jusqu’au sol. Lorsqu’une branche commence à s’incliner vers le sol, une nouvelle pousse apparaît sur le dessus de la branche et se renforce très vite en un rameau assez puissant, appelé ‘gourmand’. Si l’on n’élimine pas cette pousse à la base, elle se développe en un nouvel axe qui absorbera une grande partie du flux de sève de l’arbre. Il s’ensuit (toujours selon le principe de la dominance apicale) une déperdition d’énergie pour les autres branches de l’arbre et le dépérissement des branches les plus basses.

La taille de régénération va donc consister à choisir entre deux possibilités :

  • restaurer les branches existantes en évitant le développement de nouveaux axes, c’est à dire en supprimant à la base tous les gourmands, ou
  • considérer que les branches existantes sont trop abîmées et les supprimer au profit de nouveaux axes que l’on choisira parmi les gourmands. En effet, une nouvelle pousse n’est un gourmand que tant que l’on n’a pas décidé de la conserver pour former un nouvel axe.

Et voilà le résultat (avant et après taille) !

Comment tailler ?

Une méthode analytique pour choisir ce que l’on taille

On le redit aux stagiaires à chaque atelier : on ne taille une partie d’un arbre que lorsque l’on a énoncé la raison pour laquelle on souhaite la tailler. Si on n’applique pas ce principe on ne taille pas, on raccourcit… et on fait des bêtises !

Pour s’entraîner, on peut procéder de la façon suivante : on part du pied de l’arbre fruitier que l’on va tailler, on remonte tour à tour le long de chaque branche principale (charpentière) et on énonce tous les organes végétaux que l’on reconnaît le long de la branche : une coursonne, un rameau, une brindille, couronnée ou non, un gourmand… On rentre ensuite dans le détail : sur cette coursonne, il y a un dard, un bourgeon (à fleurs ou à fruit ?), une lambourde, etc. Cet exercice permet ensuite de sélectionner ce qu’il convient de tailler ou de conserver sur l’arbre.

Ceci paraît bien simple à réaliser, pourtant il faut une certaine pratique pour évaluer rapidement les organes qui se trouvent sur chaque partie de l’arbre. On oublie de prendre en compte un bourgeon à fleurs, pourtant bien gonflé, mais peu visible sous un certain angle, un jeune rameau bien placé pour rajeunir une coursonne délabrée, etc.

Prendre soin de ne pas blesser les arbres

Une branche bien taillée doit cicatriser vite et un bourrelet de cicatrisation se former durant la saison. Ceci empêche la fixation sur la surface de coupe d’éléments nocifs, comme des spores de champignons, ou l’installation de certains insectes.

Voici ci-dessous quelques exemples de tailles mal exécutées. A gauche, une branche où le bourrelet se forme mal, au centre une branche taillée trop court au-dessus du bourgeon à fleurs et qui compromet son avenir, à droite une taille ayant laissé un onglet qui se nécrose.

On taille donc sans laisser d’onglet. Cependant, selon les besoins, on peut tailler une banche à ras, en prenant soin de ne pas endommager le col, ou ‘à l’épaisseur d’un écu’, pour permettre à une autre branche de repartir à partir des yeux qui se trouvent dans les plis du col.

Dans tous les cas, on cherchera à obtenir une cicatrisation rapide, matérialisée par un bourrelet de cicatrisation, quitte à supprimer soigneusement tout onglet résiduel (photo de gauche). Et parfois, on a la (bonne) surprise de voir apparaître un bourgeon à fleurs tout à côté du bourrelet (à droite).

Quand faut-il tailler ?

Pour répondre à cette question, il faut examiner le but recherché par la taille, ou plutôt par chaque type de taille car il en existe plusieurs au long de l’année. Si la plupart des jardiniers pratiquent la taille d’hiver, ou ‘taille en sec’, ils ignorent le plus souvent qu’il existe aussi les ‘tailles en vert’, des tailles à proprement parler (au sécateur), les pincements et les cassements. Et contrairement à certaines idées reçues, ces tailles sont aussi utiles pour les arbres que la traditionnelle taille d’hiver.

Tailles d’hiver / tailles d’été

La taille d’hiver ou taille ‘en sec’ :

C’est une taille que l’on pratique quand la circulation de sève est ralentie dans l’arbre. Ceci permet d’effectuer de grosses tailles (suppression de charpentières ou d’axes) sans mettre en péril la vie de l’arbre par un épanchement rapide de sève. La taille d’hiver est donc avant tout une taille de formation pour les jeunes arbres et de restauration pour les arbres âgés. En revanche, elle concerne peu les arbres adultes.

Pour les arbres à pépins, elle se fait pendant le repos de la végétation, de la fin octobre à la fin mars, et, plus généralement en février ou mars. Mais il ne faut pas tailler quand il gèle ni lorsque le bois est couvert de givre. En effet, le bois se trouvant gelé, on risquerait d’endommager l’œil le plus proche de la coupe, œil que justement, on cherche à protéger. C’est pour cette raison que l’on conseille de ne tailler les prolongements qu’après l’hiver

Pour les arbres à noyaux, pêchers, abricotiers, amandiers et pruniers, elle se pratique en automne (début novembre), après la descente de sève, c’est à dire après la chute des feuilles. Ceci permet d’éviter les épanchements de sève qui entraînent la formation de gommose et l’apparition de maladies.

Les tailles d’été ou taille ‘en vert’ :

Elles se pratiquent à partir du moment où les arbres sont en pleine végétation (début mai) et jusqu’à la fin septembre et comprennent les ébourgeonnements et pincements, les tailles ‘en vert’ proprement dites, au sécateur, et les cassements.  

De plus, pour les arbres à noyaux, on pratique également une taille de rapprochement au moment de la floraison (début avril) sur les pêchers, abricotiers et amandiers, ainsi que sur les pruniers conduits en formes fruitières.

Autant dire qu’il faut s’occuper des arbres toute l’année !

Est-il préférable de tailler tôt ou de tailler tard ?

On l’a vu ci-dessus, chaque jardinier dispose d’un large choix pour décider à quel moment il va tailler ses arbres.

Tailler tôt (en janvier ou février)permet de faire son travail tranquillement. Pour certains grands jardins, la saison des tailles commence dès janvier : il y a beaucoup de travail et trop peu de monde pour le faire. Comme noté ci-dessus, on réserve quelques touches finales (taille des prolongements) que l’on effectue plus tard en saison.

Tailler tard (en mars ou avril) permet d’éviter les jours de gel et de mettre en danger les bourgeons terminaux. Et il est plus facile de tailler lorsque l’on distingue mieux les bourgeons à fleurs de ceux à feuilles. C’est pourquoi certains jardiniers taillent encore courant avril. Alors chacun fait comme il peut. Il faut simplement se souvenir que la floraison représente un très gros stress pour l’arbre. Il est donc toujours préférable de ne pas le fatiguer pour rien et gâcher son énergie. Ci-dessous, des photos d’un pommier ‘Reinette blanche du Vigan‘ en cordon horizontal unilatéral avant et après la taille de printemps.

Si cette présentation vous a intéressé, venez découvrir l’envers du décor en participant à l’un de nos stages :

En mars : la taille d’hiver des arbres à pépins en forme libre
En mars : la taille d’hiver des arbres fruitiers palissés
En juin : la taille en vert des arbres fruitiers
En juillet : la taille en vert des arbres fruitiers à noyaux

Blog 2021 08 : Le désherbage du jardin, pour quoi faire ?

Une tâche bien ingrate, désherber son jardin. A quatre pattes devant les parterres, de préférence un tapis sous les genoux, mais quand même… D’autant qu’il vaut mieux commencer avant ou dès le départ de la végétation c’est à dire en fin d’hiver. En Bourgogne, il fait à peine 0 à 2° le matin, il pleut… cela n’engage pas à arracher une à une ces herbes qu’on dit mauvaises. D’ailleurs, est-ce vraiment nécessaire ?  (more)

DÉSHERBER : POUR QUOI FAIRE ?

Ce qui est utile :

  • Aérer une terre compactée, ce qui permettra à la pluie de s’y infiltrer facilement au lieu de glisser dessus et limitera l’évapotranspiration en été.
Sol aéré
  • Libérer les végétaux de l’étouffement provoqué par la végétation aérienne et souterraine des mauvaises herbes. D’une part, redonner air et lumière aux plantes des parterres, d’autre part, éliminer le tapis de racines qui peut rapidement s’installer dans un parterre négligé. p
  • Les mauvaises herbes, aussi appelées adventices, font concurrence aux plantes des parterres pour l’utilisation de la ressource en eau. En cas de sécheresse, le contrôle des adventices est donc particulièrement important.
  • Un parterre désherbé a un aspect plus net (beaucoup de jardiniers utilisent l’expression sale/propre que nous récusons). C’est souvent cet argument qui prime chez les jardiniers. Mais, du point de vue de la biodiversité, ce n’est pas forcément un bon critère. Un jardin trop ‘net’ est souvent pauvre alors qu’un jardin plus négligé est plus riche en plantes vagabondes, certes un peu envahissantes, mais qui attirent maints insectes butineurs et auxiliaires du jardinier.

Ce qui est inutile, voire nocif :

  • Remuer la terre pour désherber. Cela revient à effectuer un ‘faux semis’, c’est-à-dire à activer la banque de graines adventices présentes dans le sol.
  • Inverser les horizons du sol et déranger les petites bêtes qui y habitent. Elles sont très spécifiques quant à la profondeur à laquelle elles se trouvent bien. D’où l’intérêt d’outils adaptés, tels que la grelinette. Quand on désherbe , on e retourne pas la terre.
  • Si une partie du jardin n’est pas plantée, il vaut mieux y laisser s’installer un tapis de mauvaises herbes que laisser le sol nu : la végétation protégera le sol du martèlement des gouttes de pluie qui crée de la battance et rend le sol compact.
  • Certaines mauvaises herbes sont très utiles car elles agissent comme extracteur de substances. Dans un sol lessivé, elles remontent en surface des substances nutritives. Du fait de leurs racines parfois très longues, elles peuvent également casser les semelles de labour. Nous avons constaté la bonne influence des racines très longues des rumex et des carottes sauvages sur le sol dégradé du Jardin des Merlettes et la régénération progressive de ce sol.

Racine pivotant : ici de Rumex acetosa (oseille sauvage)

QUELLES PARTIES DU JARDIN DÉSHERBER ?

Vérifier l’utilité du désherbage.

Vous le savez, le Jardin des Merlettes propose toujours d’économiser les forces et le temps des jardiniers. Faire juste ce qui est nécessaire, et au bon moment, c’est déjà très bien. Or l’utilité du désherbage varie de façon très significative selon la partie du jardin dont on parle :

  • Il existe une grosse différence entre le désherbage d’un massif de rosiers ou arbustes et celui d’un parterre de vivaces. Dans le premier cas, deux passages annuels suffisent pour protéger les arbustes. Dans le second, une attention quasi permanente est nécessaire.
  • Le cas des nouvelles plantations est particulier. Les arbustes et arbres fruitiers doivent être protégés pendant 3 ans au moins de la concurrence des mauvaises herbes. Lorsqu’ils seront bien établis, l’ombre qu’ils projetteront empêchera la pousse de la plupart des adventices. A cet égard, nous avons expérimenté et vraiment apprécié les petits tapis de feutre biodégradable (60 X 60 cm) que l’on installe au pied des arbustes. On les dissimule sous quelques feuilles mortes ou tontes de gazon et le tour est joué.
  • S’il n’y a pas d’utilité botanique, vérifier l’utilité esthétique : un parterre en fond de jardin n’est pas toujours très visible et ne requiert pas le même niveau d’entretien.
  • Et nous avons déjà mentionné l’utilité pour la biodiversité de conserver des parties du jardin non désherbées. Finalement, à quel moment ou pourquoi une herbe devient elle ‘mauvaise’ ? Pensons à la bourrache, aux orties, bien envahissantes, mais bien utiles aussi. Et aussi, les capucines, le myosotis. Peut-on envisager d’utiliser, voire de mettre en valeur certaines plantes naturelles au jardin ?

Un mini plan de gestion pour son jardin

On le voit, ces réflexions nous conduisent à réfléchir à une gestion différenciée du jardin, c’est-à-dire à une intensité d’entretien modulée selon les espaces :

  • Par exemple, le tour de la terrasse et l’endroit où les enfants jouent sera beaucoup plus soigné que le fond du jardin.
  • Et le jardin potager bénéficiera d’un régime particulier
  • On détermine ainsi progressivement un petit plan de zonage qui nous rappelle à quelle fréquence on doit intervenir. C’est le même principe, à une échelle différente, qu’appliquent les jardiniers professionnels qui entretiennent le domaine public de nos villes et nos villages.

COMMENT DÉSHERBER ?

Quand désherber ?

  • La première attaque aura lieu à la sortie de l’hiver et après les grosses pluies, quand le sol est bien meuble et que les plantes poussent très vite. Enrayer la pousse des mauvaises herbes à ce moment-là évite bien du travail en avril. Il est bien utile de savoir reconnaître les mauvaises herbes lorsqu’elles sont toutes jeunes (à deux feuilles, par exemple) car il est alors très facile de les arracher.
  • A la fin du printemps et en début d’été : il faudra penser à éliminer en priorité les capsules de graines avant qu’elles ne soient mûres. Si le temps manque, on se contente de couper les hampes florales desséchées au sécateur, en les remuant le moins possible. On arrache aussi les nouvelles plantules.
  • Et bien sûr, en automne, à moduler selon les propriétés du sol de votre jardin. Dans un sol argileux, par exemple, le sol se refroidit très tard (fin décembre). En conséquence, les plantes continuent à installer leur système racinaire jusqu’en décembre. Arracher les mauvaises herbes à ce moment là limite grandement l’invasion printanière.

Comment ?

  • Il est important de connaître le système racinaire des herbes que l’on cherche à extraire et de s’équiper en conséquence, c’est à dire de choisir les bons outils selon que la racine est pivotante, fasciculée ou traçante : grelinette, fourche, couteau…
Racine fasciculée de fétuque (Festuca)
  • Toujours penser à économiser sa peine : adopter une bonne position, protéger ses genoux et son dos, être à bonne main pour peser sur la racine, c’est-à-dire se déplacer souvent pour être toujours bien en face de la plante à extraire, pas de côté.

Que faire pour s’assurer qu’on n’ait pas désherber trop souvent ?

  • On l’a dit plus haut, éliminer absolument les hampes florales avant qu’elles ne montent à graine
  • Ne pas négliger d’ôter les plantules au motif qu’elles ont l’air si petites, et donc pas bien agressives. Huit jours plus tard à peine, vous constaterez votre erreur !
  • Pailler après désherbage. Contrairement à une idée reçue, le paillage n’empêchera pas la pousse des mauvaises herbes mais il la retardera. Et, en gardant le sol plus meuble, il facilitera l’entretien du parterre.
  • Et surtout, être très soigneux, ne pas chercher à aller ‘vite’. Nettoyer un seul mètre carré de plate-bande négligée depuis quelques mois peut prendre une à deux heures. Mais la vigueur des plantes que vous aurez ainsi soignées vous récompenserons de votre effort. J’en profite pour signaler une erreur trop commune des jardiniers débutants qui consiste à couper les racines des mauvaises herbes, au lieu de les arracher. Cela ne fait qu’encourager la plante à pousser de plus belle en renforçant ses racines, comme sur la photo ci dessous d’un rumex qui a échappé plusieurs fois à un arrachage définitif.

Bon courage !