Blog 2021 12 : la plantation des arbres et arbustes en automne : pourquoi à la Sainte Catherine ?

Et voici de nouveau la Sainte Catherine, une journée qui marque le début de la période la plus favorable pour la plantation des plantes pérennes, arbres et arbustes: « À la Sainte Catherine, tout arbre prend racine… ». Cette saison va durer jusqu’aux froids de janvier, sauf épisodes neigeux. En 2009 il a neigé le 19 décembre, en 2010, dès le 19 novembre. En 2021, on a vu les premières neiges en Val de Loire le 3 décembre.

Écouter le podcast

Pourquoi planter en novembre ?

Le système souterrain (les racines) travaille en différé par rapport au système aérien (les feuilles).

En automne, la sève se retire dans les racines (elle ‘descend’), entraînant la chute des feuilles. A partir de ce moment la partie aérienne de la plante entre en repos végétatif. Mais les racines, elles, continuent de pousser. Planter un arbre en novembre permet donc à son système racinaire de bien s’installer avant les grands froids. Au printemps, l’arbre repartira avec d’autant plus de vigueur que son système racinaire sera bien développé. Il sera également plus résistant en cas de sécheresse. Au printemps, l’inverse est vrai, et les bourgeons se réveillent avant les racines.

On plante maintenant les arbres et arbustes à racines nues.

Certains rosiéristes ou obtenteurs d’arbres réputés n’expédient leurs plantes qu’à partir de la fin novembre. Donc, pas de panique pour ceux qui souhaitent encore réfléchir à quelques commandes, la saison bat son plein encore pour quelques semaines.

On peut planter jusquau début de lhiver

Cependant, on ne peut planter qu’à condition que le sol ne soit pas gelé. La période la plus favorable s’étend sans conteste de mi novembre à mi décembre car les racines ont le temps de bien s’installer avant les grands froids de janvier.

Préparer les végétaux

Praliner pour réhydrater avant de planter

Le pralin est un mélange de bouse de vache séchée, d’argile et d’eau. On trempe les racines de la plante dans un pralin pour que le chevelu de la plante soit imprégné d’une substance favorable à son développement. Mais le pralinage sert surtout à réhydrater la plante avant la plantation. C’est une précaution très importante car les végétaux souffrent lors des manipulations et attendent parfois quelques semaines entre arrachage et replantation. A défaut de pralin, un trempage dans un seau d’eau fera l’affaire, et cette étape est indispensable. Laissez donc ‘boire’ vos plantes avant de les planter.

Pralinage

Mettre les végétaux en jauge

Si l’on ne peut pas planter des végétaux dès leur réception, il faut défaire le paquet d’expédition le plus rapidement possible. Attention, le séjour dans un garage ou pire, dans une cave, s’il protège les plantes du gel, n’empêche pas leur déshydratation, au contraire. Or celle ci est très dangereuse pour les racines. Il faut donc mettre les plantes en jauge, c’est à dire placer tout le chevelu dans un trou, le recouvrir de terre ou de sable et arroser. Protégée ainsi du gel et de la soif, la plante attendra le jour de sa plantation et si plusieurs jours ou même plusieurs semaines se sont écoulés avant la plantation, le jardinier pourra constater que le système racinaire s’est développé dans la jauge en produisant de nombreux petits radicelles. Attention donc aux garages desséchants.

Jauge de sable

Protéger les végétaux pendant la plantation

Le dessèchement des racines est dangereux pour la bonne reprise des végétaux. Alors il faut les protéger jusqu’à ce qu’ils soient bien plantés. Cela implique en particulier de se méfier du vent pendant la plantation. Lorsque l’on commence à planter et qu’on sort les plantes de la jauge pour les apporter sur le lieu de plantation, on oublie souvent de les protéger. Pas de souci si vous ne plantez que deux ou trois sujets. Au delà, il faut penser à entourer les racines des arbustes en attente avec une bâche ou un carton pour éviter que les racines ne se dessèchent. Même une demi journée en plein vent peut endommager le chevelu racinaire. Un simple carton fait l’affaire. Simple et très efficace, encore faut il y penser.

Tailler ou rafraîchir ?

On préconise généralement de rafraîchir les racines, c’est à dire de tailler légèrement leur extrémité (photo du milieu). Si le chevelu est en bon état (photo de gauche), ce n’est pas forcément nécessaire. Il suffit de vérifier qu’aucune racine n’est abîmée et qu’un chignon n’est pas en train de se former, sinon bien sûr, il faut tailler (photo de droite). Il en va de même pour les branches, mais la plantation n’est pas forcément le bon moment de faire une taille de mise en forme. Cela peut attendre quelques jours.

La plantation proprement dite

Un vieux débat, la taille du trou à préparer

Faut il un gros ou un petit trou de plantation, le faire à l’avance ou au moment de planter ? La réponse est simple : ça dépend du sol. En sol argileux, il ne sert à rien de s’y prendre à l’avance car une pluie qui survient bouche le trou et le sol fraîchement remué et imprégné d’eau est beaucoup plus long à ressuyer, rendant la plantation difficile. Dans une terre à lapins très poudreuse et légère, ce n’est pas non plus la peine de s’y prendre à l’avance car la plantation est rapide. Il n’y a donc que dans les sols très difficiles où l’intervention d’un engin, est nécessaire, que l’on prépare les trous de plantation à l’avance. Nous avons ainsi dû creuser à la pelleteuse à certains endroits du Jardin des Merlettes envahis de silex.

Préparer soigneusement le trou

En particulier, il faut s’assurer que les parois ne sont pas lisses après le passage de la bêche. Si c’est le cas, les griffer. Et dimensionner le trou en fonction de la taille de la motte à installer : parfois large et relativement plat (certains arbres fruitiers, les pommiers par exemple) ou au contraire relativement étroit et profond (pour les rosiers).

La taille nécessaire pour le trou dépend également de l’état du sol

Meilleur le sol, plus petit le trou à préparer car les racines y feront facilement leur chemin. En revanche, un sol compact demandera la préparation d’un volume plus grand. Si l’on doit creuser profond, attention aux horizons du sol : il faut veiller à ne pas les inverser pour protéger la vie du sol. Les insectes, mais aussi les vers de terre et les bactéries vivent à des profondeurs très spécifiques. Les enfouir trop ou, au contraire, les amener trop en surface, peut provoquer leur disparition.

Faut-il apporter des engrais à la plantation ? Tout dépend de votre sol, encore une fois.

Beaucoup de jardiniers ont l’impression d’aider leurs jeunes arbres en leur apportant un engrais au moment de la plantation. Une nourriture facilement assimilable, en quelque sorte un viatique pour les premiers mois d’adaptation. Mais dans un sol bien structuré et vivant, il n’y a pas besoin d’engrais. Ce n’est certes pas le cas partout, mais nous pensons que le jardinier doit soigner son sol tout au long des années. Si c’est le cas, il n’y a pas de soin particulier à apporter lors de la plantation. Et sinon la poignée d’engrais n’est qu’un cautère sur une jambe de bois !

Se méfier des engrais près des racines 

En effet, les engrais peuvent brûler les racines. Cela vaut aussi pour le fumier, s’il n’a pas eu le temps de se décomposer et de se transformer en compost. Ne pas enfouir non plus d’herbe au pied de l’arbre. En se décomposant, elle perturbe les échanges gazeux et se révèle nocive.

Préparer très en avance

Si vous êtes convaincus par nos explications, essayez de prévoir dès maintenant vos plantations de l’an prochain et d’installer bâches, mulch et BRF pour faire revivre le sol de votre jardin aux endroits que vous souhaitez planter.

Voir le stage ‘Soigner le sol de son jardin’

La hauteur à laquelle on plante l’arbre ou l’arbuste par rapport au sol est très importante

Il faut absolument éviter d’enterrer le collet (la limite entre la partie souterraine et la partie aérienne) de la plante car ceci entraînerait le pourrissement de certains arbres et l’affranchissement de certains autres. Pour éviter de se tromper, on place un bâton en travers du trou de plantation, bien en appui sur le sol des deux côtés du trou, et ceci sert de repère. Et nous vous recommandons aussi de planter à deux. L’un maintient le sujet, l’autre apporte la terre, ce qui évite que la plante descende ou se mette de travers au fur et à mesure que l’on ajoute de la terre. Ainsi on plante droit et au bon niveau !

On dispose les racines bien écartées

On les place en étoile, éventuellement en les plaçant sur un petit dôme de terre, si leur forme s’y prête. Chacune partira ainsi dans sa propre direction et un volume maximum de terre sera investigué par le système racinaire.

On recouvre de terre

On ne jette pas de grandes pelletées, mais on émiette la terre à la main en vérifiant qu’elle glisse bien entre les racines. Le sujet doit pouvoir tenir droit même avant qu’on ait tassé la terre à la main, (et non pas au pied !).

Enfin, on arrose à l’arrosoir, au goulot, pour finir de tasser la terre

Au Jardin des Merlettes, où le sol est très argileux, ceci ne s’impose pas car la première pluie se chargera de tasser le sol très soigneusement émietté. En revanche, on met un peu plus de terre au pied de chaque arbre car la terre qui a foisonné à la plantation prendra beaucoup moins de place une fois arrosée et certaines racines pourraient se trouver à nu.

Piquets et haubanage

Il est généralement nécessaire dattacher la plante à un piquet pour la protéger du vent

Le vent secoue en effet les plantes et ralentit ou empêche le développement du système racinaire. Le piquet doit être enfoncé bien profondément, plus que la hauteur de terre remuée à l’occasion de la plantation.

On commence par installer le piquet, si possible du côté du vent dominant, puis on présente l’arbuste et on le plante de façon à ce que ses branches ne soient pas gênées par le piquet. Au cours de l’hiver, il faut vérifier que l’arbuste ne frotte pas contre le piquet et, si c’est le cas, installer une petite séparation, en caoutchouc ou en polystyrène par exemple. Et par la suite, penser à desserrer le lien pour ne pas étrangler le jeune arbre. Il faut également se méfier de la gêne que peut occasionner un piquet pour le développement des branches latérales. Sur la photo ci dessus, on voit que le cyprès chauve (Taxodium Distichum) ne peut pas développer de branche sur presque la moitié de sa circonférence. Le piquet a été retiré depuis mais il est trop tard pour que de nouvelles branches poussent au bas de l’arbre. Celui ci restera donc déséquilibré pendant encore quelques années.

Il faut parfois haubaner

Un piquet seul n’est parfois pas suffisant si l’arbre a besoin d’être attaché par plusieurs angles. Ce n’est généralement pas le cas quand on plante petit, ce que nous recommandons chaque fois que possible. Quand on cherche à restaurer un alignement et que l’on a besoin de planter une ébauche d’arbre, il faut haubaner. Pour un jeune scion, ce n’est pas nécessaire.

Protection et grillage

Quand on a suivi toutes ces dispositions, l’arbuste est bien planté, bien installé, mais la tâche n’est pas finie. Il faut en effet penser à le protéger du mauvais temps et des ravageurs.

Installer un paillage au sol

Cela protège (un peu) contre les mauvaises herbes et surtout évite l’évapotranspiration. Les printemps récents ont été très secs. Le paillage diminue le besoin en arrosage. Il est plus ou moins efficace contre les mauvaises herbes mais le sol, protégé du martèlement des gouttes de pluie par le paillage , reste meuble et est plus facile à désherber. Tant mieux car il est important de désherber le pied des arbustes dans leurs jeunes années, pour éviter la concurrence des graminées, très gourmandes en eau. C’est vrai qu’un dispositif aussi important que sur la photo ci-dessous peut faire sourire car on devine à peine le jeune scion de pommier à côté du bambou, mais ‘petit scion deviendra vite grand’, surtout s’il est bien protégé ! Le feutre est dévoré en deux ou trois ans par les petites bêtes du sol, juste le temps qu’il faut à l’arbuste pour s’implanter. On retire ensuite la toile verte et on la remplace par notre paillage fétiche composé de carton, fumier et mulch ou fétiche qu’on renouvelle environ tous les trois ans.

Super protection : toile verte sur feutre

Installer un grillage

Pas de problème si votre jardin est en ville, quoique… il faut aussi se méfier des griffes du chat du voisin. Et, en pleine campagne, penser à adapter la taille du grillage à celle du ravageur, petit, moyen ou gros gibier ! On ne protège pas contre des lapins ou des lièvres de la même façon que contre des chevreuils ou des sangliers. Et surtout, ne pas attendre mais mettre les protections en place dès la plantation !
Le Jardin des Merlettes est protégé par un grillage assez haut qui évite les incursions de chevreuils. Mais nous installons systématiquement des filets autour de nos nouvelles plantations car les lièvres du jardin sont très curieux. Ils ont besoin de goûter tout ce que l’on plante. Quand ils cisaillent un bout de branche, cela n’est pas dommageable. En revanche, c’est beaucoup plus grave quand ils s’attaquent au tronc or on ne s’en rend pas forcément compte tout de suite. En général, on installe maintenant un protège tronc souple puis un grillage en seconde protection. Nos voisins qui sont exposés aux ravages des chevreuils sont obligés de construire une protection beaucoup plus importante.

En résumé : planter bien, c’est planter soigneusement, en prenant son temps. Au Jardin, on compte que l’on peut, à deux personnes, planter environ 10 à 15 arbres par jour lorsque le travail est fait par des jardiniers amateurs, dans un terrain sans grande difficulté et que le chantier a été préparé, c’est à dire que tous les outils et le matériel nécessaire sont à disposition. Je parle ici d’ébauche d’arbres qui ne font pas plus de deux mètres de haut et qui n’ont pas encore développé de branches secondaires. Ce temps comprend aussi la mise en place des piquets, d’un petit grillage pour protéger le tronc et d’une couverture au sol. Pour les arbustes, on prévoit de planter environ 20 à 25 arbustes par jour.

Une bonne plantation est un gage de bonne reprise, alors, à vous de jouer !

Et, pour conclure, nous vous proposons ces photos de notre roseraie juste à la plantation, puis un an et trois ans plus tard

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, nous vous rappelons aussi notre stage de création et plantation de verger

Voir le stage de plantation et gestion de verger

Laisser un commentaire