S4 E4 Podcast ; Les auxiliaires au jardin

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Syrphe sur pomme Boskoop

Nous sommes trop ignorants de toutes les bestioles qui vivent dans notre jardin et qui influencent grandement la façon dont nos plantes arrivent à échapper aux ravageurs… ou pas. Seules les coccinelles sont universellement connues des jardiniers. Il existe pourtant de nombreux autres insectes qui sont tout aussi, sinon plus efficaces en tant qu’auxiliaires du jardinier. Mais ils font souvent peur et sont les victimes de préjugés. Au mieux, les jardiniers les ignorent, au pire ils cherchent à les éliminer alors qu’au contraire, ils devraient favoriser leur installation. Nous vous en présentons quelques uns.

Blog 2022 07 : Lutter contre les pucerons ? Il y a la coccinelle, bien sûr, mais pas seulement…

Avec le printemps et l’éruption de tendres pousses sur nos rosiers, arbustes et arbres fruitiers, un nouvel ennemi envahit les jardins ces temps ci : le puceron. Et chaque jardinier de sortir son arsenal de lutte : pulvérisations en tous genres, aspersions, et, pour les plus avertis, lâchers (ou poser) de coccinelles. C’est une bonne idée d’inviter ces insectes au jardin et de leur permettre de s’y installer durablement, mais on peut pousser plus loin cette réflexion. En effet, la coccinelle, ou Bête à bon Dieu, comme on l’appelait autrefois, est loin d’être le seul insecte efficace contre les pucerons. Il existe de nombreux autres auxiliaires qui peuvent aider le jardinier, pourvu qu’on les y invite. Nous vous proposons une courte introduction sur ce sujet passionnant.

La coccinelle est utile au jardin : les différentes phases de son développement

Comme beaucoup d’insectes, la coccinelle passe par des métamorphoses. L’oeuf éclot en larve puis se nymphose en pupe et enfin émerge l’insecte. Nous connaissons moins bien les coccinelles que nous ne le croyons. Peu d’entre nous savent par exemple reconnaître sa larve, pourtant très utile au jardin car très affamée… de pucerons. D’autre part, si tout le monde connaît la coccinelle à 7 points (Coccinella septempunctata), on ne connaît guère ses petites soeurs.

Les larves

Voici quelques photos de larves de coccinelles prises au Jardin des Merlettes. Presque aussi vorace que l’insecte adulte, la larve en fin de croissance dévore environ 80 pucerons par jour. La coccinelle adulte en dévore environ 100.

Et c’est toujours un spectacle rassurant pour le jardinier que la vue d’un groupe de larves en action sur une pousse de pommier ! Pas de souci à se faire, l’arbre sera nettoyé en moins d’une journée.

Les insectes adultes (imago)

Voici quelques photos d’insectes adultes. Nous avons observé de nombreuses variétés au Jardin des Merlettes, en plus de la coccinelle à 7 points. Elle exhibent un nombre de points varié, ce qui n’a rien à voir avec leur âge, ont des formes et des couleurs différentes… sans oublier la redoutable coccinelle asiatique qui dévore ses congénères quand la nourriture se fait rare ! Michael Chinery, dans son livre ‘Insectes de France et d’Europe Occidentale’ (Flammarion, 2005) cite ainsi, parmi les coccinelles proprement dites, la Coccinella 7-punctata de Linné, abondante partout de mars à septembre, l‘Anatis ocellata, que l’on trouve souvent sur les les conifères (juin – juillet) et la Théa 22-punctata, sur les végétations basses (avril à août).

Les coccinelles ravageuses

Mais toutes les coccinelles ne sont pas les bienvenues au jardin. Il existe différents groupes dans la famille des coccinellidae et certaines cousines de nos coccinelles familières sont de redoutables ravageurs. Si les Coccidula scutellata pourchassent les aphides en été, d’autres espèces s’intéressent davantage à nos cultures. Ainsi au fil des mois, vous rencontrerez au jardin des Epilachna chrysomelina, rouge jaune, qui s’attaquent aux melons, et des Subcoccinella vigintiquatuorpunctata  (24 pooints) – (Linné 1758), rouge fauve, aux élytres à points noirs, qui s’attaquent aux cultures florales dans le midi de la France.

Chaque variété d’insecte opère à une période bien spécifique et uniquement à cette période. Lorsqu’il s’agit de ravageurs, cela permet au jardin de respirer. Mais pour les auxiliaires, on aimerait qu’ils soient là tout le temps pour nous aider. Heureusement, si la période d’activité est assez limitée pour les coccinelles, il n’en est pas de même pour d’autres auxiliaires qui participent à protéger le jardin toute l’année.

Les autres auxiliaires mangeurs de pucerons

Un peu de vocabulaire : ravageurs, auxiliaires et prédateurs.

Les ravageurs

On appelle ravageurs les insectes qui s’attaquent à nos cultures. Ils portent bien leur nom car ils font des ravages. Tel Attila, là où leur horde est passée, rien ne repousse… Enfin, ça dépend. Dans certains cas on s’inquiète pour rien car la plante se remet très bien de cet assaut printanier et en sort même renforcée. L’attaque aura tout au plus calmé une vigueur très grande. Pour les plantes plus chétives en revanche, l’assaut peut être fatal.

Les pucerons sont des ravageurs. Ils sont redoutables tant par leur appétit pour sucer la sève de nos plantes que par leur nombre, leur diversité (avec ou sans ailes) et la longueur de la période pendant laquelle ils sévissent. Ils privilégient toujours l’extrémité herbacée des branches. C’est en observant régulièrement ses arbres que l’on peut se repérer les attaques des insectes ravageurs. Voici des photos de trois espèces très répandues. A gauche, le Myzus Persicae, ou Puceron vert du Pêcher, qui sévit au printemps. Au centre, le Puceron lanigère du pommier, Eriosoma lanigerum, qui s’attaque aux branches en été et aux racines en hiver. A droite, le Puceron noir de la fève, Aphis fabae qui hiverne sur fusain ou genêt à l’état d’oeuf et pullule en été sur de très nombreuses plantes.

Les auxiliaires

Et voici la contre attaque : les auxiliaires. Il est important de les prendre en compte avant de recourir à des produits insecticides destinés à éliminer tel ou tel ravageur, mais qui supprime en même temps nombre d’auxiliaires. Il ne faut pas détruire ces derniers mais, au contraire, leur permettre de bien s’acclimater au jardin. En effet, leur cycle de vie est calqué sur celui de leurs proies et ils protégeront le jardin de façon plus durable et moins polluante que tous les produits chimiques
Le souci, c’est que les auxiliaires ne sont pas toujours ceux qu’on croit et que certains, pourtant très utiles contre les ravageurs de nos cultures, sont largement méconnus et donc méprisés, voire pourchassés par les jardiniers. D’où l’idée d’une formation pour apprendre à les reconnaître.

On distingue les auxiliaires prédateurs et les parasitoïdes :

  • Les prédateurs chassent et dévorent leurs proies, c’est le cas des coccinelles.
  • Les parasitoïdes procèdent différemment. Ils pondent dans l’abdomen des insectes, acariens ou pucerons, par exemple, à l’aide d’un ovipositeur situé à  l’extrémité de leur abdomen. Les oeufs éclosent et les larves se développent en dévorant leurs hôtes. La photo ci dessous montre l’un de ces insectes (probablement une punaise translucide) doté d’un ovipositeur. On imagine facilement les ravages que peut provoquer cet instrument !
Punaise à oviposteur

Quelques insectes auxiliaires méconnus

Non seulement la coccinelle n’est pas le seul auxiliaire du jardinier dans sa lutte contre les pucerons, mais elle n’est pas non plus la plus efficace. Le journal « Avertissements agricoles AQUITAINE » N° 10 du 3 mai 2007 proposait ainsi un recensement des auxiliaires contre les ravageurs des vergers. Pour la lutte contre les pucerons, il classait les auxiliaires en deux groupes selon leur efficacité contre les ravageurs :

D’une efficacité importante : les chrysopes, les syrphes, les cécidomyies

Les chrysopes :

Les larves de chrysopes sont des prédateurs redoutables. Elles consomment principalement des pucerons et acariens (jusqu’à 500 pucerons ou 10000 acariens au cours de leur développement), mais peuvent aussi s’attaquer aux oeufs et jeunes larves de lépidoptères.

Les syrphes :

Les syrphes, de couleur jaune et noire, sont souvent confondus avec les abeilles et les guêpes. Or elles ne sont pas des hyménoptères mais des diptères (elles n’ont que deux ailes), communément appelées ‘mouches’. Leurs larves peuvent consommer de 400 à 700 pucerons au cours de leur développement.

Les cécidomyies :

Leurs larves, par exemple celles d’Aphidoletes aphidizyma, peuvent consommer jusqu’à 20 proies par jour. Les cécidomyies sont également des diptères et dévorent aussi des acariens.

La chrysope est à gauche, le syrphe au milieu et la cécidomyie à droite. Ces photos ont été prises au Jardin des Merlettes, sauf celle de la cécidomye, trouvée sur le site internet aramel.free.fr (crédit photo M. Chevriaux). La taille du syrphe (environ celle d’une mouche) et celle de la chrysope sont environ celles des photos ci dessous. L’image de la cécidomyie, en revanche, est grossie environ 10 fois. Elle ne mesure que quelques millimètres seulement, ce qui explique pourquoi elle est difficile à observer (et encore plus, à photographier).

D’une efficacité moyenne, les coccinelles, les staphylins, les forficules et certaines espèces d’acariens et de punaises.

Les coccinelles :

Les aphides (les pucerons) sont leur nourriture favorite. Les statistiques concernant leur appétit varient selon les auteurs : de 50 ou 70 insectes par jour, pour larves et adultes, respectivement, à 80 ou 100. Les espèces plus petites se nourrissent également d’acariens ou de cochenilles.

 Les staphylins :

Ils sont généralement noirs et de forme très allongée. Larves et adultes sont polyphages. Ils se nourrissent d’acariens, de pucerons et de larves de diptères. Leur abdomen rappelant celui du scorpion, il n’y a pas de surprise qu’ils soient moins populaires que les jolies coccinelles ! L’université catholique de Louvain a conduit une étude expérimentale sur l’efficacité des staphylins en lutte biologique contre les pucerons qui a conclu à leur grande efficacité.

 Les forficules :

Nous avons déjà plaidé la cause des forficules (de son petit nom ‘forficula auricularia’), bien méprisés en général. Des études, en particulier celles menées par l’INRA, au centre de recherche d’Avignon, ont pourtant montré leur action prédatrice contre les pucerons.

Voir la vidéo sur les forficules

Les acariens :

Les acariens ont bien mauvaise réputation, et souvent à raison puisque cet ordre d’insectes comprend les redoutables tiques et l’araignée rouge (Panonichus ulmi), un parasite important des arbres fruitiers. Mais certains acariens comme les trombidions ((Trombidium sp) vivent sur les plantes et chassent les pucerons et d’autres acariens ravageurs. Leur appétit n’est pas énorme, mais ceci est compensé par leur capacité de prolifération. Il sont difficiles à identifier en raison de leur petite taille et on les confond souvent avec les araignées rouges.

Les punaises :

Quant aux punaises, l’ordre des hétéroptères est si fourni qu’il regroupe aussi bien des insectes très indésirables que certaines cousines, comme la punaise translucide, que les arboriculteurs québécois considèrent comme prometteuse dans la lutte intégrée (Revue Vertigo Volume 2 Numéro 2, octobre 2001). 

Les photos ci dessous montent un forficule, appelé familièrement perce oreille (à gauche), un staphylin trouvé sur le site www.salamandre.net au milieu et, à droite, un acarien s’attaquant à un puceron, trouvé sur le site www.galerie-insecte.org , deux sites participatifs spécialisés sur les insectes et que je vous recommande au passage.

De tous ces insectes, seules les coccinelles sont appréciées des jardiniers, peut être parce qu’elles sont si jolies et ont l’air tellement inoffensives. Les autres insectes cités sont pourtant tout aussi efficaces, mais ils font souvent peur et sont les victimes de préjugés.

Comment inviter ces auxiliaires dans son jardin ?

Le jardinier sait donc souvent assez peu de choses sur le monde des insectes et leurs multiples interactions. Alors, comment faire pour laisser un équilibre naturel s’instaurer. Dans le doute, on est bien souvent tenté d’intervenir car certains insectes sont parfois des auxiliaires prédateurs à un moment de l’année, pour devenir ravageurs à d’autres.

 Dans leur livre ‘Coccinelles, primevères, mésanges… La nature au service du jardin‘ ( Terre Vivante, 2008), Denis Pépin et Georges Chauvin offrent une mine de renseignements pour nous aider dans cette démarche de jardiniers naturalistes et nous permettre d’aménager des espaces du jardin favorables aux auxiliaires. Ils citent en particulier les plantes ‘hôtes’ favorites à chaque insecte.

Le mot de la fin : la patience. Il ne faut pas raisonner à court terme mais essayer d’instituer un équilibre stable. Même si chaque insecte ne nous est activement « utile » qu’à une certaine période de l’année, il faut lui permettre de conduire à son terme son cycle de reproduction. Il faut donc procurer gîte et nourriture toute l’année pour favoriser son installation durable. Ce sera l’objet d’un prochain article. Nous vous expliquerons également comment soigner la biodiversité de votre jardin.

Le stage du Jardin des Merlettes intitulé « maladies et ravageurs » est une initiation à la lutte intégrée au jardin et, en particulier, au jardin fruitier. Il a lieu deux fois par an, au printemps et en automne, des moments où la pression des ravageurs et des maladies se fait intense. Ne vous laissez pas rebuter par le titre, c’est très amusant et vous vous passionnerez vite pour le monde des insectes.

S4 E2 Podcast : Insectes et maladies au jardin II – Identifier les problèmes en hiver et au printemps

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Larve d’hoplocampe sur une pomme

Après avoir discuté de l’importance de repérer si les plantes de votre jardin ont des problèmes, nous cherchons à les identifier. Encore une fois, on va parler calendrier car les soucis n’arrivent pas n’importe quand, bien au contraire. En gros, il y a trois sortes de problèmes : ceux qui sont liés à la météo, les maladies et les bestioles ravageuses. Nous allons scinder l’année en deux périodes : l’hiver et le printemps d’une part, l’été et l’automne de l’autre car, heureusement, tous les soucis n’arrivent pas au même moment.
C’est hélas, un assez long catalogue de problèmes que je vous présente ici. Mais ce n’est qu’en connaissant l’existence de chacun que vous pourrez vérifier s’il existe ou non dans votre jardin et que vous pourrez ensuite protéger vos plantes.

S3E5 Podcast : Insectes ravageurs et maladies au jardin I – Repérer les soucis

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Oidium sur rosier ‘Veichelblau’

Cette mini-série de podcasts vous aidera à protéger votre jardin contre les insectes ravageurs et les maladies. En trois étapes :

Partie 1 : repérer les soucis
Partie 2 : identifier le problème
Partie 3 : agir pour le réduire ou l’éliminer… toujours en agriculture bio.

Ce podcast couvre la première partie :’repérer les soucis.’

La première recommandation est d’être un promeneur attentif au jardin pour apprendre à repérer les soucis. Chaque changement inhabituel pour un arbre donné peut constituer un indice et, en premier lieu, sur le feuillage ou l’écorce. 

Un autre outil pour repérer des problèmes concerne les stades phénologiques, certaines étapes particulièrement significatives dans le développement de la plante, de la fleur et du fruit, ainsi, vous ne chercherez pas les problèmes à contre saison. Le prochain épisode consacré aux ravageurs et maladies au jardin s’occupera d’identifier les maux observés couramment.

Blog 2021 10 : Ravageurs et maladies au jardin (Partie I) – Repérer les soucis

Certaines maladies reviennent chaque année, on le sait bien : la grippe en hiver et le rhume des foins au printemps. Au jardin, c’est pareil, certains fléaux attaquent nos plantes à certains moments de l’année. Pourtant, on a beau savoir que le mal va arriver, on se laisse souvent surprendre. Et quand on se rend compte que la maladie ou le prédateur sont là, le mal est déjà bien installé et souvent plus difficile à combattre.
Nous vous proposons ici quelques méthodes pour contrer les attaques des maladies cryptogamiques et des insectes et araignées les plus courants. Dans cet article, on cherche à repérer les problèmes potentiels et diagnostiquer l’importance des attaques.  Dans le suivant, on réfléchira aux méthodes de lutte en agriculture biologique.

Le jardinier est un promeneur attentif
La première règle pour protéger son jardin est de savoir le regarder car bien connaître ses arbres ou ses plantes est le meilleur moyen de reconnaître quand ils ne vont pas bien. Chaque changement par rapport à ce que l’on voit d’habitude pour un arbre donné peut constituer un indice : le changement de la coloration d’une feuille, la tenue moins rigide d’une hampe florale, le gonflement anormal d’une branche ou le fait qu’elle se torde, une écorce qui s’abîme…
Un petit tour au jardin chaque fois que l’on peut est donc la meilleure façon de détecter les difficultés. C’est extraordinaire tout ce que l’œil saisit et enregistre et ce que le cerveau classe, méthodiquement. Voici par exemple à gauche la photo d’un plaqueminier ‘Muscat’: port érigé, feuilles larges souples et luisantes, écorce impeccable, il respire la santé. A droite, le même kaki, trois ans plus tard, juste après les gelées de juin 2017. De très loin et avant même de savoir exactement ce qui s’est passé, le jardinier comprend que quelque chose de grave s’est passé.

Lorsque l’on a pris l’habitude de regarder, on peut voir les différences, et les évolutions peu encourageantes. C’est un moment critique car, soyons honnêtes, on a souvent tendance à nier les problèmes. Soit on ne les comprend pas, soit on les minimise. Or, s’il y a une anomalie, il faut comprendre pourquoi. Voyez ces photos d’un saule Salix udensis ‘Sekka’. A gauche, la vue globale. Les photos de droite montrent que lorsque l’on s’approche on remarque le gonflement et l’aplatissement de certains rameaux. En l’occurrence, tout est parfaitement normal. C’est une particularité de cette variété d’avoir ses rameaux contournés et aplatis. Quand on ajoute qu’il présente au printemps de très gros et nombreux chatons, on comprend pourquoi il est très utilisé en art floral oriental.

En revanche, voyez cette branche de framboisier. Elle aussi est gonflée, or ce n’est pas normal du tout. Il s’agit d’une galle provoquée par les larves de Lasioptera rubi, une espèce de cécidomyie, une minuscule Mouche noire de 2 mm, qui a pondu l’année précédente dans les pousses tendres. Selon le site ‘Démons et merveilles’ « Chaque galle uniloculaire contient de nombreuses larves, l’intérieur de la loge est tapissé du mycélium d’un champignon microscopique introduit par la femelle au moment de la ponte. Le champignon se développe en même temps que les larves qui le consomment au lieu de se nourrir du végétal dont la croissance n’est pas affectée. » (voir l’article de ‘Démons et merveilles’)

Donc, regardez et cherchez, le reste vient facilement.

Soyons donc des promeneurs attentifs au jardin, des promeneurs qui prennent leur temps. Voici en particulier deux éléments que vous devez systématiquement vérifier :

  • Le feuillage des plantes : sa vigueur, sa taille, sa couleur. Par exemple, s’il est normal qu’il soit taché de brun en automne, ce n’est pas le cas au printemps. Vérifiez s’il est piqué, perforé, dévoré ou si, tout simplement, la plante semble avoir du mal à le fabriquer… Un végétal qui a du mal à produire son feuillage est souvent en grand danger. Mais ne confondez pas pousse maladive et pousse tardive. Le lagerstroemia (aussi appelé lilas des Indes) pousse très tard en saison. En Bourgogne, fin mai ou début juin. Il se développe ensuite très vite. Rien d’anormal à cela. En revanche, un pommier qui n’a pas de feuillage en mai est certainement en souffrance.
  • L’écorce des plantes : il faut l’observer de la tête au pied de l’arbre ou de l’arbuste. Y a-t’il des blessures, avec ou sans bourrelet de cicatrisation, des signes de nécrose, des trous anormaux, des petits dépôts de sciure ? Cela peut nécessiter que vous vous mettiez régulièrement à genoux au pied de vos arbres, un exercice bien inconfortable, mais croyez-moi, vous serez bien payé de votre effort.

En effet, plus tôt vous décèlerez une anomalie, plus tôt vous pourrez y remédier, comme nous le verrons plus tard. Mais il faut parfois être très attentif : remarquez vous ces œufs bien disposés autour du pédoncule de de bouquet de fleurs de poirier ?

Les stades phénologiques 

Des repères tout au long de l’année :
Les scientifiques ont cherché à jalonner la croissance des plantes au cours de l’année pour signaler certaines étapes particulièrement significatives dans le développement de la plante, de la fleur et du fruit. C’est ce qu’on appelle les stades phénologiques. La phénologie est l’étude de l’apparition d’évènements périodiques dans le monde vivant, animal ou végétal. Une planche très connue en France est celle ci-dessous, éditée par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et qui montre les étapes du développement des fruits.

Chaque variété est ainsi décrite pour caractériser ses différents stades de développement. Ci-dessous par exemple, la planche de l’INRA présente les stades phénologiques du poirier et celle du CITFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes) présente ceux du framboisier. Le site internet de l’UFL (Union Fruitière Lémanique) présente des planches de stades phénologiques pour de nombreux fruits. Elles ont été préparées par l’INRA, par le CIFTL ou par le Service de l’Agriculture du Canton de Vaud.

Chaque plante passe ainsi chaque année par un certain nombre de stades codifiés qui correspondent à un événement physiologique pour la plante.

  • Le repos hivernal, après la chute des feuilles : le bourgeon d’hiver
  • Le gonflement du bourgeon
  • L’apparition des bourgeons floraux
  • Le stade de pleine floraison, quand toutes les fleurs sont épanouies
  • La nouaison : stade auquel le fruit commence à se former
  • La véraison : le fruit commence à mûrir et à changer de couleur

Ces stades sont nommés par des lettres, de A à J. Quelques exemples :

Fruitiers au stade de bourgeon gonflé (B)
A la sortie de l’hiver, les écailles des bourgeons glissent lentement les unes sur les autres pour permettre aux bourgeons de grossir. C’est la dernière étape avant que le bourgeon ne commence à s’ouvrir et à laisser paraître des ébauches de fleurs ou feuilles, selon les cas.

Fruitiers au stade de pleine floraison (F2)
Les fleurs sont ouvertes, bien étalées (kiwi, à gauche), ou simplement épanouies (cerisier à droite). Pour le cassis (au centre) 50% des fleurs sont ouvertes.

Fruitiers au stade de la nouaison (H)
En général, tous les pétales sont tombés et la base du calice commence à grossir. Ci-dessous, les ébauches de fruits du myrtillier (à gauche), du pêcher (au centre) et du poirier (à droite).

Pourquoi surveiller ces stades de développement ? Parce que ce sont des étapes clés qui correspondent à des moments où les plantes sont sujettes à des attaques bien spécifiques : des aléas climatiques (gel, sécheresse…), ou bien des maladies ou ravageurs qui peuvent soit retarder (ou stopper) leur croissance ou compromettre leur floraison ou leur fructification. Ces attaques interviennent à des moments bien précis dont la chronologie est bien connue parmi les jardiniers. Voici par exemple ci-dessous un extrait du calendrier d’alerte pour les cerisiers proposé par l’association des Croqueurs de Pommes. Ne cherchez pas des pucerons sur vos cerisiers (ni sur vos rosiers d’ailleurs) en stade A ou C ! De même, la moniliose est une maladie cryptogamique qui requiert certaines conditions atmosphériques pour se développer. Vous ne pourrez donc l’observer qu’à partir du mois de juin environ, même si ses spores sont déjà bien présents, à l’état de dormance, dans votre jardin.

Source : Les Croqueurs de pommes. 2008. ‘Maladies et Ravageurs au Verger.’ Brochure technique.

Cela veut dire également que, pro ou prou, tous les arbustes d’une même espèce, fruitière ou ornementale, vont être au même stade phénologique à peu près en même temps. Les pomologues s’intéressent d’ailleurs aux retards (ou avances) éventuels. Les membres les plus zélés de l’Association des Croqueurs de pommes, par exemple, remplissent chaque printemps le bulletin ci joint et qui indique, variété par variété, la date à laquelle leur arbre a atteint le stade F2 (fleur épanouie). Pour permettre la comparaison entre les relevés correspondant à des jardins qui peuvent être sujets à des aléas climatiques différents, on indique également pour référence les dates en F2 du forsythia (une des premières plantes à fleurir) et de l’aubépine monostyle (tardive) à un endroit proche du verger objet du relevé.

L’exercice semble fastidieux… et il l’est, surtout si vous cultivez quelques dizaines de variétés dans votre jardin fruitier. Et vous vous apercevrez également qu’il n’est pas si facile à accomplir. Car il faut essayer de noter avec le plus de précision possible le moment où la majorité des fleurs a atteint le stade observé. Il faut passer souvent près des arbres pour ne pas rater le bon moment et établir un relevé fiable.
Mais c’est un bon exercice car il démontre que la rigueur est de mise quand on parle d’agriculture biologique, un argument qui reviendra dans la suite de cette série d’articles. En effet, puisque les moyens utilisés sont peu agressifs, leur utilisation doit être précise pour optimiser leur efficacité, en particulier en ce qui concerne leur date de mise en œuvre. C’est un élément que nous soulignons auprès de nos stagiaires, lors des stages qui traitent de la protection des végétaux contre les maladies et ravageurs, aussi bien en ce qui concerne les soins à apporter aux arbres fruitiers de plein vent que ceux consacrés aux petits fruits.
Observer régulièrement ses plantes et dépister les anomalies est la base de la lutte raisonnée. Pour être efficace, le dépistage doit être effectué de façon régulière, y compris à chaque période  critique. Et vous améliorerez beaucoup votre efficacité si vous prenez le soin de noter soigneusement vos observations au fil des années. Cela vous permettra des comparaisons sur un même endroit au cours du temps, ou entre différents endroits.

Le prochain article couvrant les ravageurs et maladies au jardin s’occupera d’identifier les maux observés

En attendant ce prochain article, nous vous proposons de méditer sur ces deux photos d’une inflorescence de pommier. A gauche, des bouquets en pleine forme (de deux arbres différents). A droite… peut mieux faire !