S2 E4 Podcast : Zoom printanier sur les tulipes

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Un petit cadeau de Pâques, pour vous tous, amis auditeurs confinés. C’est le printemps, les oiseaux chantent… et d’ailleurs on les entend beaucoup mieux maintenant que le bruit des moteurs s’est tu un peu partout. C’est donc le moment de descendre au jardin et d’admirer tout ce qui pousse. Oui, le propos est cruel pour ceux qui n’ont pas de jardin où se promener. Mais au printemps, les bulbes sont rois et parmi ceux-ci, les tulipes ont une place toute particulière. Leurs couleurs éblouissantes sont le témoin de la vie retrouvée au jardin et une nouvelle surprise chaque année. Et puis, des tulipes, en ce moment, il y en a même dans les plus petits parterres, donc tout le monde peut les admirer.


Arrêtons-nous un instant sur le mode de croissance et la culture des tulipes

Mode de croissance :

Cycle de vie du bulbe
La tulipe est modeste. Après sa floraison, elle se dessèche lentement et, environ début juillet, disparaît complètement… pour reparaître au printemps suivant. En fait, la tulipe est une plante vivace, grâce à son bulbe justement. C’est à dire que bien soignée, elle refleurira au jardin année après année. Mais alors que pour la plupart des plantes vivaces l’endroit névralgique se situe juste au niveau du sol, pour les tulipes, narcisses et autres plantes bulbeuses, c’est le bulbe installé dans la profondeur du sol qui constitue une réserve de nourriture et qui est fondamental. De la façon dont le bulbe évolue dépend la renaissance de la plante ou son dépérissement et parfois même sa multiplication, si la plante se naturalise.

Reprenons donc :

La tulipe fleurit au printemps en puisant dans les ressources de son bulbe. La plante pousse, une fleur s’épanouit puis fane. Mais les feuilles continuent de pousser et elles nourrissent, elles rechargent le bulbe grâce à la photosynthèse.
Bien soignées, c’est à dire si les tulipes sont arrosées en fin de printemps et qu’on leur apporte un peu d’engrais organique, le bulbe grossit d’année en année ou, selon les variétés, se divise et produit des bulbes secondaires.
Puis, vers le mois de juillet, la plante entre en dormance, les feuilles se dessèchent et peuvent être retirées du sol et placées dans un endroit sec en attendant d’être replantées en automne.

Si on a laissé la tulipe en terre, elle se réveille en automne quand le sol commence à être bien humide et les racines commencent à pousser. On ne voit rien, bien entendu car cela se passe dans la profondeur du sol. Cependant, il est sûrement arrivé à beaucoup d’entre vous de déterrer des tulipes (ou des narcisses) quand vous nettoyez vos parterres en octobre . Et vous avez sans doute été étonnés de voir que des racines poussaient déjà en couronne à la base du bulbe. Ce processus s’arrête quand la température baisse pour reprendre au printemps suivant. Et souvent, on n’a pas une seule mais deux, ou trois tulipes car les tulipes sont capables de se multiplier si elles se plaisent là où on les a installées, comme on l’a expliqué tout à l’heure.

Comment aider les tulipes à bien pousser ?
Compte tenu de leur mode de croissance et de développement, en particulier l’importance de la photosynthèse dans leur processus de régénération, il faut planter les tulipes en plein soleil.

Également leur offrir un sol favorable. Tous les sols conviennent à condition d’être bien drainés. Nous pouvons constater la différence entre le Jardin des Merlettes à Cosne, dans le val de la Loire où le terrain est léger et sableux et les tulipes magnifiques et le  Jardin des Merlettes à Saint Loup où le sol argilo limoneux est très hydromorphe par endroit et ne leur convient pas du tout.

On l’a déjà dit, mais c’est très important, il faut penser à les nourrir et à les arroser quand elles rechargent leur bulbe, après la floraison.

Tous ces soins sont très simples, pour un très joli résultat.

La plantation

Parlons un instant de la plantation

Période de plantation 
Le mois d’octobre est idéal pour commencer la plantation des bulbes, c’est à dire plus tôt que ce que l’on imagine en général. Le sol a été bien arrosé par les pluies d’automne et les racines peuvent commencer à pousser et les bulbes à s’installer.

Profondeur de plantation
On recommande de planter à une profondeur suffisante, c’est à dire trois fois la hauteur du bulbe avec un minimum de cinq centimètres. Cette plantation profonde retarde un peu la croissance la première année mais permet aux racines de ne pas être en concurrence avec les plantes adventices de surface. Cela protège également le bulbe des chocs thermiques car le sol est un bon isolant. Il faut penser dès la plantation à une possible canicule l’été suivant.

Distance de plantation
Une autre décision à prendre : à quelle distance planter ? Voilà un grand sujet. Et il y a autant d’avis sur la question que de jardiniers ! En général, on recommande de créer un effet de masse, une nappe de couleur. Mais je me souviens d’un parterre dans un jardin au pays basque : une seule tulipe, bien placée et le tableau était parfait.

La question des distances de plantation se présente différemment selon que l’on parle d’un parterre où il n’y a que des bulbes ou d’un parterre ‘mixte’, c’est à dire une association de bulbes et de bisannuelles ou de bulbes et de plantes vivaces. Les plantes annuelles n’entrent pas vraiment en ligne de compte car elles commencent en général à pousser au moment où les tulipes entrent en dormance donc elles ne sont pas en concurrence avec les bulbes ni pour la lumière ni pour l’espace au sol.

Alors, combien de bulbes au mètre carré ? Les recommandations des professionnels paraissent parfois énormes. A titre d’exemple, la société De Boer, un spécialiste néerlandais des plantes à bulbes, recommande de planter environ 60 à 120 (oui, j’ai bien dit 120) tulipes au mètre carré selon les variétés. Un peu interloquée, j’ai fait l’expérience de compter les fleurs dans quelques massifs plantés en mosaïque et, effectivement, je peux confirmer que, pour obtenir  un joli effet visuel, il faut planter beaucoup beaucoup de bulbes au mètre carré si vous ne plantez que des tulipes ou des narcisses, par exemple.

Protection pendant la période de dormance et gestion du parterre au fil des ans
Il y a d’autres bonnes raisons de planter ainsi les bulbes en taches bien denses. Cela a à voir avec le travail du jardinier. D’abord, il est moins fatigant de ne préparer que de petits espaces. Mais aussi et surtout, cela permet de repérer où les bulbes sont plantés pour ne pas les arracher durant la période de dormance et ne pas non plus marcher dessus en début de printemps. Certains jardiniers plantent des muscaris autour de leurs taches de tulipes car ces plantes présentent l’avantage d’avoir des feuilles en automne, contrairement aux narcisses et aux tulipes, et sont donc très facilement repérables.

Protection contre les ravageurs
Si votre jardin est près de la campagne, vous rencontrerez peut être également des problèmes avec les campagnols qui adorent certains bulbes et les mangent : au Jardin des Merlettes, nous avons ce souci pour les crocus et les tulipes. A noter que les campagnols ne s’attaquent pas aux narcisses. Contre ces bestioles, nous utilisons une stratégie dissuasive toute simple. Au moment de la plantation, nous installons une petite poignée de cheveux dans le trou de plantation de chaque bulbe. Oui, des cheveux, gracieusement offerts par notre coiffeur qui nous en balaie un sac au moment des plantations. Peu importe la force, la taille ou la couleur des cheveux, naturelle ou pas, le système fonctionne très bien et les petits animaux ne s’approchent plus de nos bulbes.

Comment choisir ses tulipes ?

Un reproche souvent adressé aux tulipes concerne la courte durée de leur floraison. Elle dure si peu de temps, deux semaines à peine, alors, pourquoi se préoccuper de mettre des tulipes au jardin ?

C’est mal raisonner et on a déjà évoqué ce sujet dans le podcast dédié aux pivoines à qui l’on fait le même reproche, un reproche que l’on pourrait aussi adresser à la plupart des plantes et arbustes fleuris du jardin. Certes leur floraison est courte mais la beauté des tulipes, les couleurs extraordinaires qu’elles apportent au jardin, valent bien qu’on se donne un peu de peine. De plus, comme pour les pivoines, en choisissant correctement les variétés, on peut allonger notablement la durée de la floraison. Je vous propose de passer un petit peu de temps sur ce sujet.

Vous pouvez facilement trouver dans les jardineries des bulbes de tulipes de 4 catégories différentes dont la floraison s’étale entre la mi-mars et la fin avril. Il suffira de mélanger les bulbes des quatre catégories pour avoir une longue durée de floraison au jardin. 

Les tulipes kaufmanniana
Ce sont les plus précoces, au mois de mars. Leurs tiges sont courtes, 15 à 25 cm. Le bouton est étroit et allongé. On les appelle aussi parfois tulipes nénuphars, peut-être parce que, comme les nénuphars, leurs corolles s’ouvrent au soleil, pour nous laisser découvrir des couleurs plus vives au cœur de la corolle. Elles se naturalisent facilement et forment un tapis très coloré et gracieux. Parmi un grand nombre de variété disponibles, j’aime particulièrement :

  • Corona (15 cm) d’un jaune safran au cœur tout rouge (rien à voir avec le corona virus, évidemment !)
  • The First (20 cm, un peu plus haute) blanche et rouge
Tulipe kaufmanniana

Les tulipes greigii
Elles fleurissent de la fin mars à mi-avril. Elles sont un peu plus hautes et beaucoup plus trapues que les kaufmannianas : 20 à 25 cm. Leur feuillage est marbré de pourpre. J’aime particulièrement :

  • Ali Baba (20 cm), d’un rouge magenta superbe
  • Pinocchio (très courte, 15 cm) aux tépales très allongés, acuminés
  • Mary Ann (plus haute, 25 cm) crème et rouge, au feuillage fortement marbré
Tulipe à pétales acuminés

Les tulipes fosteriana
Elles fleurissent de la fin mars à mi-avril et sont beaucoup plus hautes que les greigii ( 35 à 40cm). Ces tulipes assez précoces à grandes fleurs aiment le soleil et surtout être abritées du vent. Je vous propose :

  • Apricot Emperor (bien haute, 40 cm), d’une jolie couleur abricot, comme son nom l’indique
  • Purissima (également 40 cm) une variété qui réussit toujours

Les tulipes simples hâtives :
Elles fleurissent tout au long du mois d’avril et produisent des tiges très solides, de 30 à 35 cm de haut. Par exemple :

  • Apricot beauty : encore une couleur abricot, c’est vrai, mais tellement jolie ! Vous ferez durer le plaisir si vous en plantez quelques-unes parmi les fosteriana ‘Apricot Emperor’
  • Red Paradise : d’un rouge magenta éclatant.
Tulipe simple hâtive

Et puis, il y a encore une catégorie ‘hors norme’ de tulipes qui n’ont pas été obtenues par hybridation dans la filière horticole. Je veux parler des tulipes dites ‘botaniques’. Ce sont des tulipes qu’on a ‘trouvées’ dans différents pays du monde et qui sont restées en l’état. Elles sont souvent assez précoces, pas très hautes, à tiges parfois un peu graciles. Beaucoup d’entre elles portent plusieurs fleurs sur la même tige. Leurs couleurs sont souvent moins éclatantes que celles des tulipes horticoles. Elles présentent un grand intérêt pour le jardinier amateur qui aime cultiver une certaine liberté dans son jardin car elles se naturalisent très facilement. Donc, elles se multiplient facilement au jardin et se déplacent vers les endroits qui leur conviennent le mieux.
Pour revenir sur la façon de planter et, en particulier les distances de plantation, on comprend bien qu’elle ne sera pas la même selon les variétés de tulipes que l’on aura choisies. La densité maximum sera de 120 tulipes au mètre carré pour les tulipes botaniques et la minimum de ‘seulement ’60 pour les tulipes simples tardives. Il faut noter aussi que, s’il est tout à fait courant d’avoir des parterres uniquement composés de tulipes simples tardives, en revanche, un parterre de tulipes botaniques n’est pas d’un grand effet, compte tenu du faciès de ces plantes. Elles ont à mon avis absolument besoin d’être complantées avec d’autres bulbes ou plantes qui les mettront en valeur, comme c’est le cas dans leur milieu naturel, en Toscane, dans les collines autour de Florence. Pensez en particulier aux plantes couvre sols : pervenche, violettes, Épimedium ou millepertuis, selon l’effet plus ou moins dense que vous souhaitez obtenir.

Voilà pour ces jolies fleurs que nous espérons que vous apprécierez autant que nous. Retrouvez nous sur notre site si vous voulez obtenir plus d’information ou vous renseigner sur nos prochains stages de plantations. Et pensez à mettre une appréciation sur ce podcast. Cela nous encourage et nous aide.

Très joyeux week end de Pâques à tous, envers et en dépit de tout.

S2 E5 Podcast : Préparer les floraisons de l’été

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Dans ce podcast, nous vous proposons de réfléchir à la préparation d’une seconde saison de floraison magnifique dans votre jardin, celle de l’été. Elle est parfois un peu négligée pour ne pas dire totalement oubliée, tout simplement parce qu’on est très occupé par la préparation de la floraison de printemps et qu’il ne reste pas autant d’énergie pour s’occuper de la suite. Mais heureusement, une fois la saison de printemps bien organisée au jardin, les floraisons se renouvellent d’année en année (à quelques détails près, comme le remplacement de quelques bulbes) et on peut porter son attention sur la saison suivante.

Agapanthes et fuschia

Dans le podcast précédent nous vous avons recommandé quelques arbustes particulièrement beaux en été et trois autres podcasts ont été consacrés aux belles roses de l’été. Cette fois ci, nous vous proposons de compléter votre tableau estival en explorant la strate herbacée, celle des parterres de fleurs annuelles, bisannuelles et vivaces.

Je vous rappelle rapidement les différences entre ces trois catégories qui sont expliquées plus en détail dans le podcast consacré à la culture des plantes vivaces.

  • La plante annuelle effectue la totalité de son cycle de vie en une année seulement. Une graine germe en début de printemps, la plante pousse et fleurit. Quand la fleur se fane, son pistil grossit et les graines qu’il contient mûrissent. A maturité, il libère ces graines qui tombent au sol ou sont emportées par le vent ou les oiseaux et la plante meurt. L’année suivante, le cycle se répète. Parmi ces plantes éphémères, les cosmos, les soucis, les nigelles de damas, les pois de senteur et beaucoup d’autres.
  • La plante bisannuelle met, elle, deux ans à accomplir son cycle. La première année, la graine germe, comme dans le cas d’une plante annuelle. Mais la plante ne fleurit pas. Elle développe simplement une corolle de feuilles au ras du sol. En hiver, cette corolle gèle mais seulement partiellement. Dès les beaux jours, elle recommence à pousser à partir de son bourgeon central et produit cette fois une hampe florale qui portera des graines puis se dessèchera à son tour. Fin de l’histoire. Dans cette catégorie, les digitales, les campanules, les giroflées, les pavots, les roses trémières, les carottes… et beaucoup d’autres ! Ne soyez donc pas désolés si les graines que vous avez semées et qui ont bien poussé ne produisent pas de fleurs. Un peu de patience… jusqu’au printemps prochain et vous serez largement récompensés. Entre temps, vous pouvez déplacer les plantules en excès pour enrichir d’autres parterres ou faire plaisir à des amis.
  • La plante vivace, elle, perdure et se renforce d’année en année. Même si pour beaucoup elles sont, elles aussi, issues d’une graine à l’origine, une fois établies, ces plantes ne meurent pas. Elles possèdent un système racinaire qui stocke des réserves et est capable de les emmener de saison en saison. En hiver, la partie aérienne de la plante gèle car elle n’est pas ligneuse et ne peut donc pas résister au froid. Mais le bourgeon central de la plante perdure car il est pour partie enfoui dans le sol, à l’abri du gel. Au printemps la plante recommence à pousser dès que les conditions lui sont favorables. Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur les spécificités des plantes vivaces et leur culture, je vous recommande notre podcast de la saison 1 intitulé ‘La culture des plantes vivaces’.

Puisque ces différentes catégories de plantes, annuelles, bisannuelles et vivaces, ont des modes de croissance très différents, on comprend bien qu’on ne peut pas les soigner toutes de la même façon. En particulier, pour le sujet qui nous intéresse aujourd’hui, c’est à dire la préparation de nos parterres pour cet été tout proche, il va falloir s’adapter aux besoins particuliers des différentes variétés de plantes.

Les plantes annuelles et bisannuelles

Vous pouvez acheter des plantes en godets et les transplanter. C’est assez coûteux, mais rapide et assez sûr.

Un jour ou l’autre, de toutes façons, vous prend l’envie de vous essayer au semis. Et c’est maintenant la bonne saison pour beaucoup de fleurs : fin du printemps, début de l’été.

Si vous n’avez pas l’habitude de faire des semis, considérez le résultat que vous souhaitez. Si vous voulez un parterre un peu naturel, vous pouvez semer en place et éclaircir lorsque le semis a levé, c’est à dire arracher délicatement les plantules en surnombre. Si vous souhaitez quelque chose de plus ordonné, vous semez en godets, vous éclaircissez et vous repiquerez en place après les dernières gelées de mai . Cette deuxième méthode permet aussi de démarrer les semis plus tôt, dans une terrine que vous garderez à l’abri, dans une véranda par exemple.

Parmi les plantes les plus faciles à semer, les soucis (calendula), les coquelourdes des jardins (lychnis coronaria ) roses ou blanches, les campanules à feuilles de pêcher (campanula persicifolia) blanches ou bleu indigo, les digitales, les pavots, les œillets de poète en mélange. Mais il y en a bien d’autres. Quand vous aurez acquis un peu d’expérience, vous deviendrez ‘accros’ aux semis car ils comportent un côté magique. Souvenez-vous toutefois des deux règles d’or que nous répétons tout le temps dans ce podcast :

  • D’abord, assurez-vous que le sol où vous semez correspond bien aux besoins de la plante que vous souhaitez faire pousser et préparez le en conséquence en l’éclaircissant si besoin. Vous noterez que je ne dis pas, exprès, ‘en le nettoyant’ car ces herbes qu’on dit mauvaises n’ont rien de sale, elles sont juste envahissantes et feraient de la concurrence aux jeunes plantules de vos semis. Vous pouvez griffer le sol légèrement ou au contraire le dégager complètement. Je vous rappelle que lorsque vous avez ainsi dégagé un parterre, il arrive le plus souvent, surtout s’il y a eu un peu de pluie, qu’une cohorte de plantules poussent dans les quinze jours suivants. Cela est dû à toutes les graines du sol que vous avez remontées à la surface en désherbant. Le phénomène s’appelle un ‘faux semis’. Il faut arracher toutes ces petites plantes si possible avant de semer. C’est en général très rapide à faire, dans le sol que vous avez préparé et qui est bien meuble.
  • Ensuite, deuxième règle d’or, notez l’emplacement de vos semis sur le plan de plantation que vous élaborez pour votre jardin. Gardez la trace de ce que vous faites. Sur le plan, en notant soigneusement les références des graines (et où vous les avez achetées) mais aussi sur place avec des tuteurs ou tout autre moyen de votre choix. Ce propos semble peut-être évident, mais vous constaterez vite qu’on se laisse dépasser par la situation. D’un mois sur l’autre on ne se souvient pas bien de ce que l’on a semé et où… et parfois on replante ou on ressème au même endroit. Le résultat peut être très joli, ou pas.

Les plantes à bulbes

Il en existe beaucoupque vous pouvez encore planter fin mai, si vous les trouvez en jardinerie : par exemple les dahlias, glaïeuls, gladiolus, bégonias, renoncules et freesias et vous obtiendrez une belle floraison fin août. En revanche, il est trop tard pour planter les lys et couronnes impériales qui fleurissent plutôt en fin de printemps, en ce moment.

Après la floraison, on laisse tranquillement les bulbes ‘se recharger’ comme on l’a décrit dans le podcast consacré aux tulipes. L’avantage de les laisser dans le sol, en plus de nous épargner la peine de les planter de nouveau, c’est qu’ils grossissent et se multiplient par division des bulbilles (pour les glaïeuls) ou des cayeux (pour les lys). On peut se contenter de les arracher tous les 3 ou 4 ans et les trier par gabarit pour des floraisons plus homogènes. Certains bulbes sont toutefois trop fragiles pour rester en terre pendant l’hiver. C’est le cas des dahlias. En plus d’un problème de température, cela dépend aussi de la nature du sol du jardin (encore lui). Au Jardin des Merlettes dont le sol est détrempé une grande partie de l’hiver, il faut absolument arracher les dahlias en fin de saison et les conserver à l’abri jusqu’au printemps suivant. Laissés dans le sol, ils y pourriraient. En revanche, les glaïeuls résistent bien. Certaines variétés de lys s’accommodent très bien de cette humidité, par exemple le lilium regale African Queen, mais d’autres disparaissent dès l’hiver suivant, par exemple le lys de la madone (lilium candidum) et un certain nombre de lys martagon, ces splendides lys qui portent sur une tige très haute de nombreuses fleurs à long tépales récurvés, en forme de turban , roses foncé ou orange. Ces variétés ont juste horreur d’avoir les cayeux dans l’eau en hiver.

Lys Martagon

Les plantes à rhizomes ou à griffes

Ce n’est pas non plus le moment de les planter car elles sont actuellement en pleine végétation. Les iris et hémérocalles par exemple s’arrachent, se multiplient et se replantent au mois de juillet et les eremurus en automne. Une fois installées, vous pourrez ensuite laisser la plupart de ces plantes en terre d’année en année et elles formeront une ossature pour vos parterres des étés à venir. Bien entendu, plus il y a déjà de choses en place, plus le travail est simplifié chaque année au moment de préparer les parterres d’été. Mais les cannas, comme les dalhias, sont trop fragiles, pas assez ‘rustiques’, et ne supportent pas le froid de l’hiver. Vous les arracherez donc lorsque leurs tiges auront séché en automne. Vous les diviserez et les stockerez dans un lieu sec (mais pas trop) où ils passeront l’hiver et vous les replanterez au printemps, au moment où vous verrez apparaître de nouvelles petites pousses sur les bulbes.

Alstromères, Phlox, rosier, asters et hydrangea ‘Annabelle

Et enfin, parlons des

Les plantes vivaces qui ont un système racinaire fasciculé ou pivotant, plutôt qu’à réserve,

Elles peuvent être transplantées en cours de saison c’est à dire à partir du mois de mai, quand le sol est bien réchauffé et le risque de gelées matinales écarté, et jusque bien avant dans l’été, en évitant les journées de canicule, bien entendu. Théoriquement, on pourrait également les transplanter en septembre et octobre mais au Jardin des Merlettes nous avons constaté une moins bonne reprise des plantes en automne qu’au printemps ou en début d’été.

Il y a deux possibilités pour les plantes vivaces : on les multiplie en divisant des souches existantes (dans notre jardin ou chez les amis) ou on achète des godets. Si vous choisissez de préparer vous-même vos plants, idéalement, vous passez par une étape ‘multiplication’ qui prendra un an. Vous divisez un plant et replantez les morceaux dans des petits godets que vous mettez en pépinière. Vous les mettrez en place, dans vos parterres, l’année suivante, lorsqu’ils auront développé un bon système racinaire qui leur permettra de démarrer très vite, c’est à dire de prendre rapidement du volume et de résister ainsi aux intempéries mais aussi aux petites bêtes qui pourraient avoir envie de venir les déguster.

Deux conseils importants :

1- Quand on transplante une plante vivace, on lui enlève presque toutes ses feuilles pour limiter l’évapotranspiration qui déshydrate la plante. Cela permet aux racines de s’établir rapidement. Vous savez que la plantation a réussi lorsque les feuilles recommencent à pousser. Parmi les plantes les plus faciles à multiplier : les géranium vivaces, les rudbeckias, heuchères, héléniums et toutes les variétés d’asters. Ils grossiront d’année en année. Lorsque la touffe devient envahissante, on recommence l’opération. Soit on sépare à la bêche des fragments en pourtour de touffe, soit on arrache complètement la touffe. Puis on la divise et on prépare des plants pour de futures plantations.

Le deuxième conseil est

2- d’Installer une petite pépinière dans votre jardin (pépinière se dit ‘nursery’ en anglais, ça dit bien ce que ça veut dire).

Pour cela, vous choisissez un endroit protégé du vent et un peu ombragé. Vous creusez un sillon large d’environ 50 à 60 cm et, si vous pouvez en obtenir, vous le remplissez de sable. Vous installerez les uns à côté des autres dans cette jauge les godets que vous aurez préparés, bien serrés pour ne pas perdre de place et comblerez les espaces entre les pots par du sable sur toute la hauteur des godets. Cela les protège du froid, du chaud et de la sécheresse car le sable retient bien l’eau et il vous suffira d’arroser la pépinière de temps en temps. Si vous n’avez pas de sable, utilisez de la terre de jardin, tout simplement.

Attention, l’épisode ‘pépinière’ ne doit durer qu’un an, ou deux au maximum. Ensuite, la plante a formé un réseau de racines trop important pour le pot dans lequel vous l’avez installée au départ et elle commence à dépérir, faute de nourriture. Veillez donc à bien gérer la quantité de godets que vous préparez et faites le vide régulièrement dans votre pépinière, ce qui, par la même occasion, créera de l’espace pour de nouvelles plantes.

Vos choix sont faits, les plantes sont prêtes, il vous reste à accomplir le travail le plus agréable (à mon avis) : La plantation

Et aujourd’hui, nous n’allons parler que d’une seule chose : l’organisation spatiale du parterre. Il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte mais deux sont particulièrement importants pour la composition de votre tableau : réfléchir à la succession des floraisons tout au long de l’année et prendre en compte la hauteur des plantes.

  • D’abord, comment, dans un même espace, organiser les vagues successives de pousse et de floraison : les bulbes de printemps par exemple seront en pleine floraison au moment de planter ceux d’été. Souvenez-vous qu’il faut laisser les bulbes en place le temps qu’ils se ‘rechargent’. Si vous mettez vos bulbes de printemps en avant du parterre, vous aurez donc jusqu’au mois de juillet un assez triste spectacle de feuilles fanées jonchant le sol. Contrairement à ce qui se pratique souvent, il faut donc planter les bulbes de printemps plutôt en arrière du parterre et les bulbes d’été, devant.
  • Quelle est la hauteur de chaque plante que l’on souhaite installer et quelle pourrait être sa position dans le parterre. Il faut répertorier les différentes hauteurs des plantes que l’on a choisies  et réfléchir au plan du parterre ‘en élévation’, c’est à dire pas seulement au sol mais de façon verticale, comme projeté sur un mur. Cela ne veut pas dire que les plus petites plantes sont forcément devant et les grandes derrière, c’est à vous de voir en fonction des effets que vous souhaitez créer. Mais votre choix doit être réfléchi, comme toujours au jardin. Quelques exemples :
  • Les lys mesurent de 60cm à 2m de haut, l’eremurus mesure 3m de haut. Mais l’eremurus occupe une assez grande place au sol et peut étouffer des plantes plus petites. Ce n’est pas le cas du lys qui ne développe qu’une seule tige et peut donc être utilisé tout à fait différemment, jusqu’en avant du parterre.
    • Les différents variétés d’asters s’étagent de 40cm (pour l’ A. dumosus) à 1,50m (pour l’A. novae angliae). Les sauges sont également de toutes les tailles (environ 10cm pour la sauge cespiteuse et plus d’un mètre pour la salvia azurea, la grande sauge bleue).
    • La verveine des jardins culmine à 60cm environ. Elle s’étiole facilement s’il y a trop de concurrence autour d’elle.

Conclusion

Voilà donc quelques idées pour vos parterres d’été. Bien entendu, ce n’est pas la fin de l’histoire et il y  aurait encore tant de choses à dire. Notre seule prétention aujourd’hui était de vous fournir quelques pistes pour vous aider à réfléchir à ces tableaux que vous créez dans votre jardin. C’est du travail, mais vous en serez bien récompensés. Bonne plantation !

S3 E4 Podcast : Pourquoi planter des arbres fruitiers en formes jardinées dans son jardin ?

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Poirier ‘Dr Jules Guyot‘ en tri croisillon

La fin de l’été approche et avec l’automne revient le temps des plantations. Vous envisagez peut-être cette année de planter en novembre quelques arbres fruitiers dans votre jardin. Si c’est le cas, il est temps de vous poser la question : quels arbres voulez-vous planter et, en particulier, avez-vous envisagé de planter des arbres en forme que l’on dit ‘jardinée’ qui s’oppose à la forme dite ‘libre’ ? Un fruitier en forme jardinée n’atteindra pas la taille habituelle pour son espèce. En effet, il a en général été greffé sur un porte greffe nanifiant qui l’aide à rester petit. Il peut être conduit en deux dimensions, c’est à dire adossé à un mur ou à une structure construite dans votre jardin ou en trois dimensions, en fuseau ou en gobelet par exemple.
Nous allons reprendre ces différents points, mais déjà, pourquoi consacrer une partie de son jardin à des arbres fruitiers ?

La première réponse est toute simple : pour notre santé.

Les autorités sanitaires recommandent instamment de consommer 5 fruits et légumes par jour… mais sans indiquer où les trouver pour qu’ils soient bels et bons. Or, franchement, le meilleur moyen de consommer de bons fruits, c’est de les faire pousser chez soi. Actuellement, la plus grande partie des fruits proposés dans les supermarchés viennent de l’étranger et souvent d’un autre continent. Si cela se conçoit pour ceux qui nécessitent un climat chaud, les bananes par exemple, cela est vraiment dommage pour ceux qui peuvent facilement pousser chez nous. De plus en plus de consommateurs dits ‘locavores’ souhaitent au contraire un retour à une production de proximité. Et rien n’est plus proche que notre propre jardin.

Cela permet aussi de faire des économies : le coût des fruits a flambé ces dernières années, nous empêchant de fait d’en consommer régulièrement. Les cerises, par exemple, sont devenues un produit de luxe, tout comme tous les petits fruits qui sont maintenant hors de portée : les framboises, cassis, et groseilles, très faciles à faire pousser, et bien sûr les fraises qui demandent plus de soin mais pour un résultat extraordinaire.

Une autre raison de faire pousser ses propres fruits est d’éviter les produits chimiques : De nombreux traitements phytosanitaires sont requis sur les vergers en production industrielle. Pour les pommes, on parle d’un minimum de 10 à 12 traitements par an. Il en résulte bien entendu une importante pollution des fruits, mais aussi des sols et des nappes phréatiques.

Pour avoir des fruits plus variés : Seuls sont actuellement produits les fruits qui supportent les méthodes industrielles de culture, de récolte, de transport et de conservation. De nombreuses variétés ont ainsi déjà disparu de nos étals. Avoir des fruits dans son jardin, c’est suivre le fil des saisons et déguster des fruits que vous cueillerez juste à point : des poires, raisins, figues, kakis, kiwis par exemple.

On a déjà constaté une évolution importante pour la culture des légumes : Le retour relativement récent des particuliers à la culture d’un potager s’accompagne d’une meilleure connaissance des variétés. On parle désormais de courge ‘Butternut’, de ‘Sucrine du Berry’, et beaucoup moins de potiron… Même constatation pour les tomates, pour lesquelles chaque jardinier a ses préférences. Mais les fruits n’ont pas encore connu cette évolution et les connaissances des consommateurs demeurent très sommaires et sans spécificité variétale, ce qui est vraiment très dommage pour leurs papilles.

La joie de partager des récoltes qui sont souvent trop abondantes par rapport aux besoins familiaux. L’année est souvent bonne pour certains fruits, détestable pour d’autres. C’est une nouvelle surprise chaque année. On propose donc naturellement des fruits autour de soi : à sa famille et à ses proches, aux voisins, aux amis et collègues. Selon l’adage : ‘un jardinier doit être ou vraiment peu doué ou vraiment bien avare pour ne pas avoir de quoi partager avec ceux qui l’entourent’.

Et maintenant, le sujet du jour : Pourquoi choisir de planter des arbres fruitiers à conduire en forme jardinée ?

Une première réponse, toute simple, c’est que les arbres fruitiers en forme jardinée occupent nettement moins de place que ceux en forme libre. Or c’est le manque de place qui bloque souvent la culture des fruits dans le cadre urbain ou péri urbain. 

Dans la plupart des jardins partagés d’aujourd’hui la culture des arbres fruitiers est formellement interdite et cette interdiction spécifiquement mentionnée dans le règlement. Deux reproches tout à fait légitimes sont faits aux arbres fruitiers : l’encombrement causé par leur racines dans le sol du jardin et l’ombre qu’ils projettent sur la parcelle et qui nuit à la culture de certains légumes. On a donc longtemps considéré que les deux cultures, fruits et légumes, ne sont pas compatibles. L’exemple du Potager du Roi à Versailles est une preuve éclatante du contraire, mais sous deux conditions : adopter la culture de fruitiers en formes jardinées et être très vigilant sur les espèces et variétés fruitières choisies pour limiter ombre et encombrement.

Les arbres fruitiers conduits en formes fruitières jardinées (qu’ils soient palissés ou en 3 D) sont de moindre encombrement par rapport aux arbres de plein vent, soit moins de deux mètres carrés pour un pommier ou un poirier palissé et trois mètres carrés pour un cerisier. Un peu plus de place pour les arbres en gobelet, environ quatre mètres carrés pour un beau pommier ou un prunier en gobelet mais seulement trois mètres carrés environ pour un poirier en fuseau. Ces formes conviennent donc à des jardins de petite taille, au centre de villes moyennes ou à dans des jardins de banlieue. Ils conviennent également à toutes les trames vertes crées par les municipalités, si petites soient elles. Dans un jardin où il n’y aurait de place que pour un seul cerisier de plein vent, on peut facilement planter et conduire six à dix fruitiers palissés tout autour du jardin. Et il restera de la place pour un petit potager et un espace d’agrément ou de jeux.

Côté racines, pas de miracle, leur développement est limité par le choix de porte greffes nanifiants qui conviennent aux arbres en haie fruitières. On vérifiera donc soigneusement l’identité du porte greffe de l’arbre, quitte à attendre la saison suivante si la variété recherchée n’est pas disponible sur le bon porte greffe.

L’emplacement des arbres et leur forme fruitière seront choisis en fonction de l’exposition de la parcelle et des besoins du potager.

La ‘miniaturisation relative’ de ces fruitiers en limite de jardins ou en haies fruitières basses au milieu du jardin permet de faire pousser un grand choix de fruits pour alimenter la table familiale: Un choix judicieux des espèces et variétés permet de faire durer ce plaisir une bonne partie de l’année. On peut ainsi proposer aux jardiniers urbains différents exemples types, modulés selon la taille de leur jardin, ses conditions édaphiques (c’est-à-dire le type de sol, l’ensoleillement, la pente du jardin, etc.), l’existence ou non de murs pour accueillir des palissages… et les goûts des propriétaires. Les jardiniers manquent parfois d’idées parce qu’ils ignorent que de nombreuses espèces fruitières se palissent ou se cultivent sans souci en buissons bas. Ils pensent aux pommes et aux poires bien sûr, mais ignorent les cerisiers, abricotiers, cognassiers, pruniers, pêchers, figuiers, et plaqueminiers (kakis) qui supportent très bien d’être guidés contre un mur ou en buisson. Sans compter les treilles de raisins ou d’actinidias (kiwis) qui occupent, elles aussi, bien peu de place.

La quantité de fruits produite peut être tout à fait considérable même sur un espace très réduit. Un plaqueminier (l’arbre qui produit les kakis) conduit en buisson, par exemple, donnera aisément quelques dizaines de kilos de kakis pour un encombrement au sol de moins de 5 mètres carrés. C’est un bon exemple de la différentiation alimentaire permise par cette culture : des fruits qui mûrissent en fin d’année, en relais de la saison des poires, et un apport de vitamine C. Sans compter la qualité ornementale au printemps, en été et en automne de cet arbuste qui s’accommode de nombreuses formes fruitières, tant palissées qu’en buisson ou gobelet.

Même si vous disposez de beaucoup de place dans votre jardin, vous pouvez envisager de cultiver quelques arbres en forme fruitière car les fruits obtenus sur ces arbres sont de meilleure qualité gustative. Leur calibre est amélioré car la petite taille des arbres permet un accès facile à la ramure et facilite donc l’éclaircissage des fruits après leur nouaison. Et ces fruits présentent des qualités organoleptiques bien supérieures à celles des fruits du commerce, souvent cueillis bien avant maturité. Leur conservation naturelle est également améliorée par les cueillettes échelonnées que vous pourrez pratiquer très facilement puisque les fruit sont à portée de main. Dans certains cas, pour les poires par exemple, on sur-cueillera les fruits qui mûriront tranquillement à l’abri. Ceci n’est pas possible en production agro-industrielle qui a besoin de fruits assez durs pour être stockés et transportés ‘en gros’.

Si on reconnaît le bien-fondé de ces remarques on peut vraiment se demander pourquoi la reconnaissance de l’intérêt présenté par les formes fruitières jardinées dans le cadre urbain et péri urbain est si tardive? Qu’est ce qui a changé ?

Pendant longtemps, aucun besoin n’était ressenti. L’offre locale de fruits était abondante. Les consommateurs mangeaient ce qui était produit sur place. Le transport de fruits venant de régions spécialisées (pêches de Montreuil, chasselas de Pouilly sur Loire, etc.) répondait aux désirs d’une clientèle relativement nantie. Les habitudes de consommation ont changé avec l’augmentation du niveau de vie et la baisse des coûts de transport qui a permis l’arrivée sur nos tables de fruits produits dans des pays à main d’œuvre bon marché. Face à une guerre des prix, la réponse de la filière a été l’industrialisation des méthodes de production et de récolte. L’éveil des consommateurs est relativement récent et concomitant à une réelle prise de conscience écologique qui remet en cause beaucoup d’habitudes, y compris alimentaires.

Dans cet éveil collectif pour une recherche de qualité des produits, la culture fruitière a été distancée par la culture maraîchère. Le délai pour obtenir des fruits (la fameuse ‘mise à fruits’ des arbres) se mesure en années, pas en mois comme pour les légumes et cela décourage de nombreux jardiniers. De plus, quel que soit le mode de conduite des arbres, il est nécessaire de connaître un certain nombre de gestes techniques pour obtenir de bons résultats. La culture en formes fruitières jardinées apparaît particulièrement compliquée et exigeante.

Il s’agit pourtant là de préjugés regrettables car on peut facilement cultiver des arbres fruitiers en formes jardinées non régulières : Même si les formes régulières demeurent très prisées par les amateurs, il y a bien d’autres façons de jardiner un arbre que de le conduire en cordon, palmette ou fuseau. Arcatures, taille ‘à la diable’, taille ‘Lorette’ et tailles en vert sont autant de possibilités qui permettent soit d’accélérer la mise à fruits, soit de simplifier les tailles en s’adaptant simplement à la vigueur des arbustes. Nous aurons l’occasion de revenir sur ces modes de conduite plus simple des arbres dans un prochain podcast. Le champ d’exploration est vaste. Les formes évoluent sans cesse, accompagnées par les recherches conduites par les arboriculteurs professionnels. Un verger de pommes aujourd’hui, par exemple, ne ressemble plus du tout à l’image traditionnelle du verger normand, composé d’arbres de plein vent aux pieds desquels broutent les vaches. Au contraire, les arbres sont conduits en haies fruitières et leur hauteur est limitée à environ trois mètres, pour respecter les critères actuels de la législation du travail. Ces vergers désormais ‘piétons’ comportent désormais des formes jardinées. Pour certaines (buissons, gobelets) il n’y a guère de différence avec les formes fruitières traditionnelles, mais pour d’autres (axes, solaxes, GT), l’attention se porte entièrement sur la productivité immédiate requise des arbres, quitte à les épuiser et à les renouveler très rapidement. En Nouvelle Zélande, on arrache et on replante les pommiers tous les 4 ou 5 ans, contre plus de 20 ans pour les arbres en conduite libre sur porte greffes moyen à faible. Une méthode productive, peut-être, mais qui ne semble guère ‘durable’.

Et justement, parlons un peu des vertus environnementales des formes jardinées

Vous serez peut-être surpris d’apprendre que contrairement à des idées reçues, les arbres en forme jardinées sont très vertueux en termes d’environnement.

Tout d’abord, les soins que l’on apporte à ces arbres fruitiers améliore leur longévité. Les arbres reçoivent plus de soins et de façon plus régulière que des arbres de plein vent. C’est particulièrement vrai pour les pêchers et les pruniers, des arbres souvent bien négligés dans les jardins privés. Une taille régulière rajeunit en permanence la charpente des arbres, sans créer de grosses plaies qui sont des portes d’entrées pour les champignons et les maladies cryptogamiques. Et les branches d’un mirabellier ou d’un pêcher conduit en forme jardinée ne cassent pas sous le poids des fruits car le jardinier aura pris soin de monter progressivement une charpente adaptée au poids des récoltes futures.

Une meilleure protection contre les ravageurs (oiseaux pour les cerises, frelons sur les poires, par exemple…) car les fruits sont à portée de main du fait de la hauteur réduite des arbres. Ceci permet un ensachage facile ou la pose de filets, selon les cas. On peut également surveiller et supprimer rapidement d’éventuels parasites, le gui, par exemple.

Dans les villes, les arbres fruitiers représentent un apport intéressant pour les trames vertes urbaines : La présence d’arbres fruitiers jardinés dont le sol est entretenu de façon raisonnée permet une transition douce entre le ‘tout propre’ (le souhait d’un certain public) et la permaculture, source de vie. Là où il y a des arbres fruitiers, le béton vert des thuyas recule et les oiseaux et insectes reviennent.‘The garden’, le journal de la société royale d’horticulture britannique, a publié il y a quelques années une série d’articles sur les synergies créées par les jardins de banlieue en termes de biodiversité lorsque ceux-ci ne cherchent plus à être ‘propres’ mais vivants.[1]

La situation est très différente pour les arbres de plein vent. Ces arbres de grande taille, les poiriers des haies par exemple, sont souvent très productifs mais leurs fruits sont inutilisables. Leur grande taille empêche tout entretien régulier (taille d’entretien, éclaircissage et ensachage des fruits, récolte à la main et même traitement contre les insectes ravageurs). Les fruits tombent au sol en s’abîmant. Ils sont ravagés par les carpocapses. Or il s’agit souvent de variétés tardives (Maude, Certeau d’Automne, Beurré Clairgeau, Curé…) de grande qualité gustative mais qui ne pourront pas atteindre leur maturité car abîmés et attaqués. La quasi-totalité de la récolte est inutilisable. La situation est la même pour les pommiers de plein vent là encore difficiles à entretenir. Le manque de taille et de soins réguliers résulte en des fruits en surnombre, de petite taille, qui mûrissent mal car mal éclairés et donc de qualité médiocre. Sans parler des carpocapses. Pour un seul pommier ‘Chataignier du Morvan’, c‘est ainsi plusieurs centaines de kilos de fruits qui vont à la benne.

Voilà, j’espère que ce petit plaidoyer en faveur des arbres en formes jardinées, palissées ou en trois dimensions, vous aura donné envie de vous essayer à cet exercice. Bien sûr, comme toujours en jardinage, il vous faudra un peu de patience, mais je vous certifie que le jeu en vaut la chandelle.

Et si vous voulez quelques conseils pour choisir vos arbres, n’oubliez pas de consulter notre site, notre blog mais également le stage de novembre dédié au choix et à la plantation des arbre fruitiers.

A bientôt


[1] The Royal Horticultural Society (2012, April, May and June). Living Gardens.

S2 E6 Podcast : Taille en vert (première partie) et soins aux arbres fruitiers en été

Ecouter le Podcast

Aujourd’hui, nous allons parler des soins à apporter aux arbres fruitiers pendant l’été. Pour la plupart des jardiniers, soigner les arbres fruitiers signifie les tailler. En fait, ce mot est trop réducteur par rapport à ce que le jardinier cherche à faire. En effet, il ne s’agit pas tant de supprimer une partie de l’arbuste que de réfléchir aux flux de sève et à la façon dont ils interviennent sur la vie de l’arbre. Ainsi, tailler n’est pas toute l’histoire, loin de là. Nous vous présentons dans ce podcast quelques techniques simples qui précèdent les tailles d’été (dites tailles ‘en vert’ car le bois n’est pas encore bien aoûté) et qui aident très efficacement les arbres en cours de saison en intervenant sur les flux de sève. Il s’agit des éborgnages, des effleurages, des ébourgeonnements et des pincements. Il est également très utile d’éclaircir les fruits et de les ensacher. Dans un prochain podcast, nous aborderons la taille ‘en vert’ proprement dite, c’est à dire effectuée au sécateur.

Observons déjà le développement des arbres au cours de l’année

Comme toutes les plantes, les arbustes fruitiers passent, au cours de l’année, par des stades de développement bien identifiés et qui sont répertoriés par les professionnels. Ces stades appelés ‘phénologiques’ sont importants à identifier car à chacun d’eux correspond une sensibilité particulière de l’arbuste et donc une action possible de la part du jardinier. Je vous rappelle que ce podcast parle de jardinage bio or, en bio, on cherche toujours à prévenir plutôt qu’à guérir et il est donc crucial de prendre chaque problème à temps.

Ainsi, le moment où les bourgeons commencent à grossir, ou ‘débourrement’, est particulièrement favorable aux maladies cryptogamiques, c’est à dire les maladies causées par des champignons microscopiques ou cryptogames. En effet, les spores de ces champignons qui se sont réfugiés avant l’hiver dans les interstices entre les écailles des bourgeons  se répandent lorsque les bourgeons grossissent et écartent ces écailles avant de les faire tomber. C’est donc le moment idéal pour le jardinier pour limiter l’invasion de la maladie. On pulvérise un purin fongicide accompagné d’un traitement à base de cuivre et on enraye ainsi le développement de ces maladies bien spécifiques, principalement la tavelure et la moniliose.

De même façon, à l’éclosion des fleurs on surveillera les invasions de certains insectes que ce soit l’insecte ‘complet’, ou imago, ou l’insecte à un stade de développement intérimaire, des larves par exemple. Et cela vaut pour tous les insectes, dévoreurs ou piqueurs : chenilles de tous poils, thrips, etc.

La chronologie des dates de floraison est fixe. Il y a des années où la végétation est précoce, d’autres où elle est tardive, mais l’ordre des floraisons est immuable. Elle correspond en effet à des cumuls de lumière et de chaleur qui doivent être atteints pour que la plante s’éveille de sa dormance hivernale. Et le soleil brille également pour tous !

Ce sont les amandiers (Prunus dulcis) qui ouvrent la saison, puis les autres variétés de prunus, les pêchers (P. persica) et abricotiers (P. armeniaca), les pruniers (P. domestica) et les cerisiers à fruits (P. avium) et à fleurs (P. serrulata). Viennent ensuite les poiriers (Pyrus communis), les néfliers (Mespilus germanica), les cognassiers (Cydonia oblonga) et les pommiers (Malus domestica). Vous pouvez voir des photos de ces différents arbustes sur notre site internet.

Et, quand le mercure du thermomètre est solidement ancré dans les températures printanières, les variétés plus gélives peuvent fleurir à leur tour : les kiwis (actinidias), la vigne (vitis) et enfin les plaqueminiers (Diospyros kaki).

Maintenant, voyons quels soins il faut apporter aux arbustes fruitiers en cours de saison

Il y a bien sûr la taille d’hiver à laquelle chacun pense comme au moment privilégié pour remettre les arbres en état. Mais plutôt que de compter uniquement sur cette taille annuelle, et parfois un peu radicale, il est préférable de suivre l’arbre tout au long de l’année et de rectifier au fur et à mesure des développements parfois un peu exubérants. L’objectif est d’éviter que des éléments indésirables poussent le long de chaque branche. La stratégie est d’agir le plus tôt possible, car moins ce que l’on enlève est gros, moins l’arbre souffre et plus la cicatrice est petite. Autrement dit, on cherche à ce que l’arbre pousse ‘utile’ et pour cela, on va l’aider à guider la sève là où elle sera le plus bénéfique pour nous les jardiniers, c’est à dire pour contribuer à la formation de bourgeons à fruits. Pour les plus timides d’entre nous, ou ceux qui disposent de peu de temps, une ‘taille en vert’ proprement dite peut paraître difficile. Cependant certains gestes simples doivent être impérativement effectués durant la période de croissance.  Comme on l’explique lors du stage de taille en vert, il y a plusieurs manières d’opérer selon le moment où le jardinier a repéré un problème potentiel.

La première méthode, toute simple, est l’éborgnage

Éborgner, cela veut dire supprimer un œil.

C’est l’idéal : dès que l’on remarque qu’un œil est en train de gonfler à un endroit indésirable et va se transformer en bourgeon, on le supprime. Si on le laisse se développer, c’est un rameau qui poussera sur cette branche en moins de deux semaines. Ce que l’on appelle ‘endroit indésirable’, c’est en particulier le dessus des branches. Les rameaux latéraux forment des coursonnes, des petites ramifications d’une vingtaine ou une trentaine de centimètres qui portent des fruits. Au contraire, les rameaux situés sur le dessus des branches accaparent une bonne partie du flux de sève, au détriment de l’axe principal et se développent de façon puissante. On les appelle des gourmands. Non seulement ils absorbent une bonne partie de l’énergie de l’arbre, au détriment des autres organes, mais ils portent de l’ombre sur les autres axes de la forme fruitière et gênent donc à la fois la mise à fruits et le bon mûrissement des fruits.

Donc, dès qu’on voit un œil sur le dessus d’une branche, on le supprime avec l’ongle, on éborgne la branche. Si l’œil est déjà trop gros pour être simplement enlevé avec l’ongle, on utilise la lame du sécateur ou une serpette. Vous trouverez sur le blog de notre site, dans l’article datant de juillet 2013, des photos montrant chacun des gestes à effectuer.

On inspecte les arbres pour éborgner et on en profite aussi pour supprimer des fleurs

Supprimer les fleurs en surnombre est un travail très important et dont on parle trop peu. Cette opération est facile à réaliser, il suffit d’être soigneux et d’avoir un instrument à bouts bien pointu, une épinette par exemple ou des ciseaux à ongles. Cette opération est absolument nécessaire dans deux cas : pour épargner des arbres âgés et lorsque l’on ‘monte’ une forme fruitière.

Voyons d’abord en quoi cela épargne les arbres âgés : Produire des fleurs constitue un stress pour un arbre fruitier et utilise beaucoup d’énergie. Lorsque l’on est en train de restaurer un arbre, il n’est pas utile de laisser venir des fruits sur les branches en cours de restauration. Il vaut mieux que toutes les forces de l’arbre aillent dans la structure en train de repousser. On élimine donc une grande partie des fleurs avant même leur éclosion.

Et pourquoi par ailleurs éliminer des fleurs quand on forme un arbre fruitier ? Tout simplement parce qu’après la fleur vient le fruit. Or lorsqu’un fruit se forme sur une coursonne, un renflement, appelé ‘bourse’, se forme à la base du fruit et demeure sur la branche après la cueillette du fruit. La bourse est constituée de tissus de liège qui agissent comme un filtre sur la branche, ralentissant le flux de sève. Si on laisse éclore une fleur sur une terminaison de cordon par exemple, on permet à un filtre de s’établir sur ce cordon. Il est donc impératif d’effleurer tous les prolongements.  

Une autre situation où l’effleurage peut être d’une grande aide concerne les arbres fruitiers très productifs. Si vous connaissez bien vos arbres, vous savez lesquels ont tendance à produire des grappes de fruits. Beaucoup d’arbres fleurissent en abondance mais seuls certains produisent presqu’autant de fruits que de fleurs. La suppression des fruits en surnombre sur ces arbres vous prendra beaucoup plus de temps que l’élimination systématique de quelques fleurs par bouquet.

La seconde méthode, lorsque l’on n’a pas pu éborgner à temps, consiste à ébourgeonner ou à arracher de jeunes branches

Si l’œil n’a pas été remarqué à temps, un bourgeon se développe. Il doit être retiré bien vite. Sur une forme fruitière, cette situation est très fréquente car la sève, dont le circuit est contraint par la forme, cherche à s’échapper. L’arbuste fruitier a ainsi tendance à produire des pousses qui montent tout droit dans l’axe du tronc. Ces pousses sont d’autant plus vigoureuses que leur axe se rapproche de la verticale. Seul le prolongement de cette pousse reçoit alors de la sève. Les yeux situés à l’aisselle des feuilles ne reçoivent rien et aucune production végétale ne peut se développer. Or bien au contraire, lorsque l’on monte une forme fruitière on cherche à conduire les branches plus près de l’horizontale, pour ralentir le flux de sève et permettre à chaque bourgeon le long de l’axe d’être bien irrigué et de produir des fruits.

Lorsque l’on n’a pas remarqué à temps le bourgeon mal placé, on peut encore intervenir en arrachant le début de rameau. Il vaut mieux arracher plutôt que de tailler avec des sécateurs, car cela permet d’ôter le tissu à la base du rameau qui contient tout le matériel génétique pour former de nouveaux bourgeons. La blessure provoquée par l’arrachage n’entame que l’écorce de la branche et la zone du cambium, mais pas les couches plus profondes des tissus de la branche.

Lorsqu’un arrachage a été correctement effectué, tout le tissu de la base du rameau a été ainsi retiré et la cicatrisation se fait très rapidement. L’année suivante un bourrelet de cicatrisation s’est formé. Plus aucun bourgeon ne pourra apparaître à cet endroit. Tout au contraire, si on a taillé au sécateur, les yeux situés dans l’empâtement du rameau se développent rapidement et forment de nouveaux rameaux qu’il faudra à leur tour supprimer.

Ces actes tout simples et qui sont peut-être une découverte pour beaucoup d’entre vous ne relèvent pas du détail. Au contraire, ils sont tout aussi importants que la taille d’hiver. On évite ainsi de perdre du temps à tailler des branches mal placées qui encombrent le centre de l’arbre et empêchent la lumière de passer. Et on simplifie considérablement le travail à faire lors de la taille d’hiver. Et, encore une fois, on épargne les forces de l’arbre en empêchant le développement d’éléments inutiles et très gourmands en sève. L’arboriculteur Vercier recommande donc de pratiquer cet arrachage des jeunes pousses sur de nombreuses espèces fruitières, y compris sur des pêchers.

Les pincements

Les rameaux que l’on souhaite conserver sont eux aussi raccourcis en été. Il s’agit de contenir la vigueur de leur croissance pour ralentir la sève et mieux irriguer les bourgeons qui se trouvent à la base du rameau. Les pincements peuvent avoir lieu plusieurs fois au cours de la saison. Les premiers sont pratiqués lorsque le rameau a atteint une trentaine de centimètres (c’est p dire s’est allongé d’au moins huit feuilles) mais il est encore herbacé car aucun aoûtement n’a eu lieu. Il est donc très tendre et on peut le sectionner en le pinçant entre les ongles ou avec une épinette. Le rameau repousse et on repassera quelques semaines plus tard pour la taille en vert proprement dite.

Il y a un cas particulier qui concerne les pousses à la base des bouquets de fruits

Tout d’abord, un bouquet de fleurs se forme sur une branche de pommier par exemple. Il est bientôt suivi par un bouquet de petites pommes dont vous savez maintenant qu’il ne faut en garder qu’une et éliminer les autres. Une à deux semaines plus tard, des petites pousses apparaissent à la base du bouquet. Il y en a en général deux à quatre. Il faut les supprimer et n’en laisser qu’une seule destinée au renouvellement de la coursonne.

Un autre acte très important à accomplir en début d’été consiste à éclaircir les fruits

Beaucoup de personnes s’y refusent par peur de limiter leur récolte, mais l’éclaircissage des fruits ne réduit pas la récolte, bien au contraire. D’une part, on obtient des fruits plus gros, plus savoureux et en meilleur état. D’autre part, on en récolte tous les ans car l’éclaircissage réduit l’alternance. En effet une grosse production de fruits une année, par exemple des pommes, inhibe en grande partie l’induction florale qui permettrait la récolte de l’année suivante. Une troisième raison est liée à la façon dont les ravageurs s’attaquent aux fruits. Comme on le voit pendant le stage sur les insectes et maladies qui a lieu en octobre, le carpocapse, par exemple, pond le plus souvent au point de frottement entre deux fruits. La chenille, quand elle éclot, pénètre dans le fruit à ce point de jonction, bien protégée du vent et de la vue des oiseaux. Comprendre ces modes opératoires des insectes ravageurs est le premier pas pour  pratiquer la protection intégrée.

Toutes les espèces ne s’éclaircissent pas de la même façon. Le schéma présenté sur notre site montre comment éclaircir les pommes. On ne laisse que la pommette centrale (A) et on supprime toutes les autres. Pour les poires, on peut laisser deux fruits (B), s’ils ne se touchent pas.

Il faut aussi impérativement éclaircir les coings, pour éviter de surcharger l’arbre, ainsi que les pêches et les abricots, en ôtant tous les fruits qui sont sur ou sous la branche et en ne laissant que les fruits latéraux. En revanche, les prunes (mirabelles, quetsches…) et les cerises ne s’éclaircissent pas. Essayez et vous verrez le calibre de vos fruits augmenter notablement et vous apprécierez non seulement la facilité de la récolte mais la qualité gustative de vos fruits. Et vous limiterez aussi votre travail de cueillette, de transport et de surveillance de votre récolte au fruitier et de nettoyage de votre verger !

Les conséquences d’une récolte surabondante peuvent être graves pour un arbre. Des fruits en surnombre épuisent l’arbre et déforment les branches qui ploient sous le poids. C’est particulièrement le cas pour les pêchers et pruniers qu’il est indispensable d’étayer s’ils n’ont pas été correctement formés.

L’ensachage

La dernière tâche, et non la moindre, qu’il est utile d’accomplir en début d’été est l’ensachage des fruits, en particulier les poires et si possible aussi les pêches et les raisins. Cela consiste à recouvrir chaque fruit, individuellement, d’un sac qui le protègera des maladies cryptogamiques et des attaques d’insectes : chenilles de carpocapse foreuse de galeries pour les pommes, frelons piqueurs et dévoreurs pour les poires et les pêches, oiseaux pour les raisins. Le procédé est long, fastidieux (pour préparer puis poser les sacs) mais très efficace. Il est d’autant plus utile qu’il concerne une variété tardive. En effet, si une piqûre d’insecte ou un coup de bec ne sont pas graves sur un fruit qui atteindra rapidement sa maturité et que l’on consommera dans les prochains jours ; il n’en va pas de même pour les variétés tardives  qu’il faut conserver plusieurs mois au fruitier avant qu’il soit possible de les consommer.

On pose les sacs si possible dès que les fruits atteignent la grosseur d’une noix : avant, le fruit ne serait pas assez gros pour retenir le sac. Plusieurs matériaux sont possibles. Jusqu’à présent, les sacs de papier kraft équipés d’un élastique faisaient l’affaire. Mais ces dernières années ont vu l’arrivée d’une grande quantité de frelons et les sacs confectionnés en maille de nylon sont beaucoup plus efficaces contre ces insectes extrêmement voraces. Ils sont également moins dangereux à manipuler car on peut voir si un insecte s’est introduit dans le sac, ce qui arrive beaucoup moins souvent d’ailleurs qu’avec les sac de papier qui sont facilement transpercés par les frelons.

C’est tout ce que je voulais dire aujourd’hui sur les soins d’été à apporter à vos arbres fruitiers. Je vous donne rendez-vous très bientôt pour un podcast consacré à la taille en vert proprement dite. Si vous voulez en savoir davantage sur ce que je vous ai présenté aujourd’hui, vous pouvez vous rendre sur notre site et consulter le contenu des stages dédiés aux soins des arbres fruitiers en cours de saison :

Et, vous pouvez également consulter les articles publiés sur notre blog.

A bientôt, au Jardin des Merlettes !

S3 E1 Podcast : La taille des forsythias et des arbustes printaniers

Écouter le podcast

Je vous propose aujourd’hui de réfléchir à la taille des forsythias et des arbustes printaniers comme les camélias, les rhododendrons et les azalées. Cela a été depuis toujours l’un des sujets favoris des lecteurs du blog de notre site internet et c’est une excellente introduction à un sujet extrêmement important pour le jardinier : quand faut-il tailler quoi ?

Le forsythia est cet arbuste aux fleurs d’un jaune éclatant qui annonce l’arrivée du printemps. C’est celui que l’on remarque partout dans les jardins au mois de mars. On aime (ou pas) sa couleur un peu ‘flashy’ et son allure un peu rustique (je ne trouve pas de meilleur mot) mais on est content de le voir fleurir. C’est la preuve que le printemps est bien là et que la nature est en train de se réveiller pour de bon.

Le forsythia est une plante très familière, que l’on la voit partout. Il est pourtant méconnu, bien mal soigné et offre souvent à voir un triste enchevêtrement de branches sèches et grises. Vous en avez tous observés, et pas seulement dans des jardins abandonnés mais plutôt dans des jardins entretenus de façon méticuleuse, où les allées sont bien desherbées et les plantations bien alignées.

Alors, comment peut-on expliquer cette situation ?

Je crois que le problème résulte tout simplement d’une erreur d’observation de la part du jardinier. Le forsythia forme ses bourgeons floraux en plein été, lorsque la croissance des branches se ralentit. C’est ce qu’on appelle l’induction florale. La plante est donc toute prête à fleurir au printemps, dès que la montée de sève intervient et réveille ces bourgeons floraux qui n’ont qu’à grossir et à s’épanouir. C’est pour cela que la floraison est très précoce. On comprend alors que si on taille l’arbuste en fin d’hiver, on supprime autant de branches qui allaient justement fleurir dans les prochains jours. En revanche, quand on taille l’arbuste après sa floraison, c’est-à-dire en avril ou en mai, on favorise la pousse d’un grand nombre de branches qui fleuriront l’année suivante.

Comment puis-je parler d’erreur d’observation alors que je viens d’expliquer que la période à laquelle se produit l’induction florale, c’est-à-dire l’été, est la cause du malentendu ? En effet, quand on regarde un forsythia en automne ou en hiver, c’est-à-dire après l’été, on ne voit pas particulièrement les bourgeons floraux dont je viens de parler, contrairement aux camélias ou aux rhododendrons dont nous parlerons tout à l’heure.

Et bien, c’est tout simplement parce que je crois que le travail le plus important du jardinier, c’est d’observer ses plantes tout au long de l’année. En ce qui concerne les arbustes à fleurs, il doit regarder où se situent les fleurs. Selon les arbustes, c’est soit :

  • sur une branche qui vient de pousser au printemps. A la sortie de l’hiver, des bourgeons, puis de nouvelles pousses se forment un peu partout dans l’arbuste, des feuilles apparaissent puis, lorsque la pousse est bien installée et présente en général quelques volées de feuilles, des bourgeons floraux apparaissent en bout de branche puis enfin les fleurs. C’est le cas du lilas commun, de la vigne, du lilas des indes (le lagerstroemia), des hydrangéas, de la plupart des roses modernes. Si la floraison du lilas intervient dès la fin avril, en revanche, les autres floraisons sont nettement plus tardives : juin, juillet ou même fin d’été pour certains hydrangéas.
  • Alternativement, les bourgeons floraux peuvent se situer sur une branche qui a poussé l’année précédente. Dès que les conditions de lumière et de chaleur sont réunies (un concept sur lequel nous reviendrons dans un prochain podcast), cela donne à l’arbuste le signal du débourrement et ces bourgeons éclosent et les fleurs s’épanouissent. Il n’y a pas besoin d’un afflux abondant de sève élaborée créée par la photosynthèse des feuilles. Le bourgeon contient toutes les réserves nécessaires pour que la fleur s’épanouisse. C’est le cas du forsythia, mais aussi des dits rosiers non remontants car ils ne fleurissent qu’une seule fois par an. Mais si vous y réfléchissez un instant, vous constaterez que c’est également le cas pour de nombreux arbres fruitiers dont la floraison nous émerveille chaque printemps, avant que l’arbre ne se couvre de feuilles. Les pêchers, les cerisiers, mais aussi les poiriers et les pommiers. Pourtant me direz-vous, on taille bien les arbres fruitiers au printemps. Et bien justement, pas trop, et seulement de façon à limiter une trop grosse production. Celui qui veut vraiment choyer ses arbres intervient plusieurs fois dans l’année. Mais nous reviendrons également sur ce sujet.
  • Enfin, troisième cas, les bourgeons floraux peuvent se situer sur une branche qui a poussé deux années auparavant : c’est le cas des cognassiers du Japon (les chaemomeles) qui fleurissent exclusivement sur du bois de deux ans. Vous voyez donc combien il faut être prudent avant de sortir son sécateur. Si vous taillez vos cognassiers du Japon sévèrement tous les ans en mars, il y a de fortes chances que vous ne voyiez jamais de fleurs. C’est pour cela que, au grand désespoir de certains jardiniers, les arbustes semblent parfois fleurir beaucoup mieux dans des jardins abandonnés, ou du moins entretenus de façon très épisodique. Mais je vous rassure, ce ‘succès’ n’a qu’un temps car le manque de soins résulte souvent en une profusion de branches qui sont assez peu esthétiques et finissent par étouffer l’arbuste.

Donc, c’est établi, le forsythia se taille après sa floraison. Mais comment le taille t’on ?

A ce stade de la discussion, il nous faut aborder un autre concept extrêmement important pour la taille des arbustes. Il s’agit de son mode de pousse par rapport à sa base. Les deux extrêmes sont l’acrotonie et la basitonie que l’on peut illustrer simplement par l’image d’un camélia et d’un groseillier. Pour faire très simple, on désigne par acrotones les ligneux qui développent un tronc et qui poussent en hauteur au fur et à mesure de leur croissance. Ce sont les rameaux situés en extrémité des branches, au premier rang desquels l’axe de l’arbuste, qui poussent de la façon la plus vigoureuse. Au cours des années, ces arbustes construisent une architecture pérenne que le jardinier va suivre soigneusement. Au contraire, les plantes basitones émettent régulièrement des pousses depuis leur souche. Ces pousses produisent des fleurs ou des fruits pendant quelques années puis s’épuisent. Le Podcast N°2 de notre Saison 2 intitulé ‘ Comment soigner les arbustes : la taille’ explique en détail ce phénomène d’acro ou basitonie et ses conséquences sur la façon dont l’arbuste pousse et, en conséquence, quel mode de taille il faut lui appliquer. Puisque les branches des arbustes basitones s’épuisent au bout de quelques années, on aidera le renouvellement de l’arbuste en taillant les plus âgées à leur base pour laisser la place à de nouvelles pousses.

Observons un arbuste franchement basitone comme le kolkwitzia. Lorsqu’on a créé un peu d’espace à son pied en éliminant les branches les plus anciennes en fin de printemps, il produit de nouvelles pousses qui atteignent rapidement un ou plutôt deux mètres de haut au cours de l’été. Ce sont des tiges toutes simples, érigées, pas particulièrement gracieuses mais qui se fondent dans le reste de l’arbuste si l’on a pris le soin de répartir les tailles autour du pied. Le printemps suivant, ces nouvelles pousses portent des fleurs à l’aisselle de chacune des feuilles portées par la branche l’année précédente. La floraison est donc un peu parsemée et la pousse commence à s’arquer sous le poids des fleurs et aussi au fur et à mesure qu’elle continue de s’allonger. La floraison achevée, de petites pousses surgissent à l’emplacement de chaque bouquet de fleurs. Des bourgeons floraux se formeront pendant l’été sur ces pousses secondaires et la floraison de l’année suivante sera beaucoup plus dense, et aussi plus lourde. Le phénomène se répète la troisième année et il en résulte une floraison encore plus abondante. Mais ensuite, la branche s’épuise, la floraison devient médiocre et il faut couper la branche pour permettre le renouvellement de l’arbuste. Si vous procédez ainsi, l’arbuste portera toujours des branches âgées de un, deux et trois ans et il fleurira de façon dense chaque année. Il prendra une forme en parapluie, les tiges les plus récentes érigées au centre de l’arbuste et les plus anciennes s’évasant au fur et à mesure qu’elles se courbent sous le poids des fleurs.

Vous pouvez trouver ce mode de taille un peu radical, voire simplet et vous demander si on ne pourrait pas faire demi-mesure et tailler plutôt les branches à la moitié de leur hauteur. C’est une très mauvaise idée : J’ai essayé maintes fois et obtenu des résultats toujours médiocres. Le bas de la tige, âgé, reste laid et le haut manque de vigueur. Et cela est vrai pour tous les arbustes clairement basitones, les cornouillers, par exemple.

Mais revenons à notre forsythia. C’est un arbuste particulièrement intéressant car, à y regarder de plus près, il n’est pas uniquement basitone mais a gardé un peu d’acrotonie. On le nomme donc ‘mésotone’. Autrement dit, vous pouvez décider de conserver certaines tiges et les traiter comme des branches charpentières car il est capable de former des branches secondaires. Vous obtiendrez ainsi une architecture un peu plus complexe qui donnera plus de grâce à l’arbuste. Mais c’est beaucoup plus compliqué car sa fragilité perdure, c’est à dire le vieillissement prématuré de son bois qui a besoin d’être renouvelé. Vous pourrez peut-être garder une branche cinq ou six ans, mais vous devrez ensuite la scier à la base, un travail toujours plus délicat que de supprimer une branche de trois ans.

D’autres jardiniers choisissent de tailler cet arbuste en topiaire. Si la taille a été effectuée avant l’été puis simplement entretenue, le résultat peut être saisissant : une boule ou un carré jaune d’or. En revanche, ce mode de taille n’est pas durable pour un forsythia car il va se dégarnir très vite, faute de renouvellement à la base. Il finit par s’étouffer lui-même dans un fouillis de branches sèches. De plus, la pousse d’après floraison est hérissée et le résultat est en conséquence assez peu esthétique.

Et maintenant, examinons le cas des arbustes acrotones : on parle toujours seulement des arbustes printaniers, ceux qu’il ne faut PAS tailler au début du printemps mais en fin de printemps, une fois qu’ils ont fleuri : les camélias, les rhododendrons et les azalées par exemple. Ils forment en général des fleurs ou des bouquets de fleurs que l’on admire de façon individuelle alors que les précédents forment littéralement des cascades de fleurs. Contrairement aux arbustes basitones dont les bourgeons sont tout petits, ceux-ci forment des bourgeons très gros que l’on peut facilement observer à partir du mois d’août. Mais du coup, les jardiniers pensent qu’il n’est pas possible de tailler ces arbustes alors qu’au contraire ils supportent très bien la taille, s’ils sont cultivés dans un milieu favorable. On peut même obtenir de jolis effets, à condition une fois encore, d’agir au bon moment.

La première taille que l’on peut recommander pour ces arbustes, c’est la taille en transparence. Ils sont souvent très touffus ce qui favorise l’installation d’insectes, les cochenilles par exemple, d’autant que leurs feuilles sont persistantes. Une taille légère qui respecte l’étagement des branches, réduit ce problème. On rentre littéralement dans l’arbuste et on supprime ou on raccourcit les branches secondaires qui partent vers le haut ou vers le bas et qui empêchent la lumière de rentrer dans l’arbuste. Il faut avoir la main légère. Une bonne façon de tester si la taille est suffisante est de demander à quelqu’un de se tenir de l’autre côté de l’arbuste. Avant la taille, vous ne pourrez pas deviner la silhouette de cette personne. Vous pourrez vous arrêter de tailler dès que vous pourrez deviner les contours de la personne en face de vous. La taille vous permet également de rééquilibrer les proportions si par exemple l’arbuste s’est trop développé d’un seul côté, par exemple s’il a été planté trop près d’un autre arbuste.

Un autre type de taille, auquel on ne pense jamais, du moins en France, c’est la taille en topiaire. Et là, contrairement aux arbustes basitones, les arbustes acrotones s’y adaptent très bien. Les haies de camélias taillées de façon très dense sont très fréquentes en Angleterre et offrent un joli spectacle au printemps. En plus, c’est vraiment une bonne idée de haie à feuillage persistant, bien dense, si le climat de votre région convient aux camélias. Au Japon, ce sont les rhododendrons et les azalées qui sont fréquemment taillés en topiaire. Dans le centre de Tokyo, les parterres situés au centre des avenues sont plantées d’azalées taillées en boules de taille, de forme et de couleurs différentes et ils forment des tableaux magnifiques au printemps.

Alors, à vos sécateurs, regardez, réfléchissez et taillez !

S3 E2 Podcast : Des iris pour tous les goûts

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De toutes les figures héraldiques du Moyen Age, aucune n’est plus répandue que la fleur de lys, qui symbolise à la fois le pouvoir royal et la protection divine. Cette symbolique se retrouve dans les plus anciennes civilisations, en Égypte et en Inde, comme signe de vie et de résurrection. Or, à y regarder de plus près, il ne s’agit pas d’un lys mais plutôt d’un iris et plus particulièrement de l’iris des marais (Iris pseudoacarus) que l’on trouve couramment dans la plus grande partie de l’Europe et de l’Asie.

Beaucoup de jardiniers sont assez catégoriques à propos des iris. Ils les écartent de leur jardin au motif qu’ils sont trop rigides, trop colorés et ne durent pas assez longtemps. J’espère que vous faites partie de ce groupe car je pourrai ainsi tenter de vous convaincre d’installer quelques iris dans votre jardin et vous permettre de profiter, année après année, de leur beauté remarquable. Car il en va des iris comme des pivoines : ces plantes sont des amies fidèles du jardinier. Année après année, elles refleurissent, même si, et cela peut arriver, vous les avez un peu négligées.

Et ça vaut vraiment la peine d’y regarder de plus près. Dire que l’on n’aime pas les iris, c’est comme de dire (pour faire une comparaison digne d’un jardinier) que l’on n’aime pas les abricots sans jamais en avoir goûté un qui a mûri sur l’arbre et que vous avez cueilli vous-même.

Quant à leurs supposés défauts, nous vous ferons la même remarque que pour les tulipes dont nous avons discuté à l’épisode 4 de la saison 2 : tout dépend du soin que l’on prend à choisir les variétés. Là réside le secret de votre succès avec les iris comme avec la plupart des plantes.

(Une grande diversité botanique)

Quand on dit ‘iris’, on parle d’un groupe de fleurs qui sont bien différentes les unes des autres. Il s’agit en effet d’un genre très étendu (210 espèces recensées et un nombre infini de variétés) et de classification botanique particulièrement compliquée. Tous ont en commun des fleurs composées de six éléments : 3 pétales en partie supérieure et trois sépales en partie inférieure et qui retombent plus ou moins selon les espèces. En revanche, la plus grande différence entre les espèces tient à un caractère invisible au premier abord car souterrain : leurs racines. Car, s’il s’agit dans tous les cas de plantes vivaces mais certaines espèces d’iris sont à rhizomes tandis que d’autres sont bulbeux.

Les iris bulbeux comprennent deux sections, les iris Reticulata et les iris Xiphion. Derrière ces noms un peu compliqués se cachent des plantes très familières.

L’Iris reticulata ne mesure qu’environ 15 cm de haut et fleurit dès la fin février, en même temps que les perce neige. Il ne faut pas le confondre avec l’iris nain qui lui est à rhizome. Ses fleurs bleu violet, de 2 à 7 cm de large, portent une tache jaune d’or au milieu de chaque sépale. Ses feuilles commencent à pousser quand la fleur s’épanouit. Elles peuvent atteindre 30 à 45 cm avant de disparaître au début de l’été. L’iris reticulata suit donc exactement le cycle de vie des plantes bulbeuses qui ont besoin de ‘recharger’ leur bulbe en éléments nutritifs grâce à la photosynthèse effectuée par leurs feuilles puis se mettent en dormance jusqu’à l’année suivante. En février encore, l’iris Danfordiae , 15 cm de hauteur, qui s’adapte particulièrement bien aux potées et aux jardins de rocaille.

Les iris Xiphion comprennent, entre autres, les iris espagnols, les iris anglais et l’iris hollandica, un croisement entre iris espagnols et iris d’autres espèces.Dès le printemps ils produisent de longues hampes rigides de 30 à 60 cm qui fleurissent de mi-mai à début juin. En général deux fleurs de 7 à 12 cm par bulbe. Il y en a de nombreuses variétés, bleu, jaune, violet, blanc et des panachés entre ces couleurs. Ils se naturalisent très facilement au jardin et forment vite de belles touffes colorées. Ils sont excellents pour la fleur coupée car ils se tiennent en vase une bonne semaine. Moins connu, l’iris latifolia ou iris des Pyrénées, 40 cm, bleu foncé, fleurit en avril et se naturalise lui aussi très bien. J’insiste sur cette facilité de naturalisation car il en résulte des touffes de fleurs qui se distribuent de façon aléatoire et sont extrêmement décoratives au jardin. Vous êtes toujours libre d’arracher les bulbes en surplus et de les placer ailleurs, ou de les donner autour de vous. Tout disparaît en début d’été jusqu’au printemps suivant sans autre effort de la part du jardinier que quelques apports d’engrais organique.

Parlons maintenant des iris à rhizomes 

Les iris les plus fréquemment cultivés dans nos jardins sont les iris barbus (Iris barbata), appelés ainsi parce que des excroissances de poils groupés en une ligne centrale ornent leurs sépales. Ces ‘barbes’ de multiples couleurs peuvent être particulièrement décoratives. Les iris des jardins sont souvent appelés iris germanica bien qu’ils ne viennent pas tous d’Allemagne. Ils ont une tige très charnue, de couleur vert argenté comme leurs feuilles en forme de lances larges. Ils poussent à partir d’un rhizome charnu et qui doit être l’objet de toutes nos attentions, un élément sur lequel nous reviendrons dans un prochain épisode. Leurs fleurs sont parfois imposantes, jusqu’à 16 cm de largeur et offrent toutes les couleurs de l’arc en ciel. Si les conditions de culture sont favorables, et cela a été le cas en 2021, chaque hampe peut porter jusqu’à 4 ou même 5 branchements comprenant de un à trois boutons qui fleurissent à tour de rôle. Beaucoup d’entre eux dégagent une odeur délicate. Ces iris barbus existent en quatre hauteurs différentes :

  • Les grands iris : de 70cm à plus d’un mètre de haut
  • Les iris intermédiaires (Iris X intermedia) : de 40 à 70 cm
  • Les iris lilliputs : de 25 à 40 cm
  • Les iris nains ou iris pumilla : de 12 à 20 cm

Dans cette catégorie des iris barbus, il faut mentionner l’Iris pallida, aussi nommé Iris de Dalmatie, de couleur indigo clair, dont chaque inflorescence est enveloppée dans une membrane (une spathe) qui ressemble à du papier de soie. Cet iris botanique, c’est à dire naturel, non créé par hybridation, se naturalise très facilement. Il est très important dans l’histoire de l’hybridation car il est à la base de très nombreuses variétés horticoles. On le voit souvent en bordure de route, à la campagne, le long des vieilles maisons.

Également à rhizome, l’Iris de Kaempfer, originaire du Japon, nommé aussi Iris ensata, est une plante semi aquatique qui pousse en terrain marécageux, dans les endroits humides, en position ombragée. Alors que tous les iris dont nous avons parlé jusqu’à présent poussent dans toutes les terres de jardin, cet iris est un peu plus difficile et se plaît particulièrement en bord de rivière. Cependant, il ne doit pas rester toujours immergé. Ses fleurs, très élégantes, sont simples ou doubles à 6 sépales horizontaux. Leurs couleurs vont du blanc pur au pourpre et au bleu foncé. Hauteur : 0,80 cm à 1m.

De tous ces iris, un de mes préférés est un iris du Japon, l’iris frangé, originaire de Chine occidentale. Je cultive depuis des années la variété «confusa». C’est une espèce d’iris non barbu, mais à crêtes, dont les fleurs et le port sont très différents des autres iris. Il craint le soleil et a besoin d’ombre partielle. Il forme un rhizome traçant sous terre, d’où émergent de nouvelles pousses verticales au printemps. Très différent des iris de jardin, Iris confusa déploie son feuillage vert clair en éventail à l’horizontale ou vers le bas. Il porte 5 à 10 fleurs par tige de 40 à 60 cm de hauteur. Elles sont petites et ravissantes. J’ai le souvenir d’une nappe de ces iris, installée je crois à l’ombre d’un grand cèdre, à l’entrée du jardin botanique de Padoue. Les feuilles formaient comme un tapis ondoyant d’où émergeaient les hampes de fleurs.

Iris confusa

Encore plus beau, l’Iris nada, est un croisement entre Iris japonica et Iris confusa. Il porte beaucoup plus de fleurs que l’iris confusa, environ 25 mais parfois jusqu’à 50 fleurs par tige, d’où son nom d’iris papillon.

A découvrir aussi, l’Iris sibirica, est une autre espèce d’iris qui gagne vraiment à être connue. Il a des feuilles plates, étroites, et des tiges ramifiées de 45 à 90 cm de haut. Elles portent plusieurs fleurs, de 7,5 à 10cm, le plus souvent dans des tons de bleus, mais parfois bordeaux, blanches ou violettes. La forme très graphique de ces fleurs et leur longue tenue en vase en fait aussi d’excellentes fleurs à bouquet. C’est cet iris pense-t-on qui a été retenu comme modèle de la fleur de Lys de l’écu royal.

Bien différent, l’Iris spurria est le dernier à fleurir au jardin. D’une hauteur de 80 cm environ, il est admirable par sa robustesse et les couleurs très chatoyantes de ses fleurs. Une idée à suivre pour allonger à moindre effort la durée des floraisons au jardin.

Et, pour conclure cette longue énumération, l’Iris jaune (Iris pseudacorus) dont la tige dressée mesure de 50 cm à 1,50 m de haut et que l’on trouve à l’état naturel sur les rives des eaux dormantes ou courantes, des plaines jusqu’aux montagnes. Il est très facile, très rustique à cultiver et idéal pour créer une zone de transition entre un jardin et la campagne avoisinante.

Je n’irai pas plus loin aujourd’hui, en priant les amateurs d’iris de m’excuser pour toutes les espèces que je n’ai pas citées. Il y en a juste trop, dont certains que je cultive avec un soin jaloux, comme les Iris de Louisiane et les Iris reticulata. Mais j’en ai assez dit au cours de cet exposé pour vous persuader, j’espère, qu’en termes d’iris, il y en a pour le goût de chacun. Nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes attributs. Pour certains, c’est le graphisme de la plante elle-même qui prime, pour d’autres, c’est plutôt la façon dont la plante va apporter une nouvelle dimension à un massif existant.

Si on reprend les critères un par un :

La hauteur est le premier d’entre eux : le choix est très vaste entre les grands barbus ou spurrias jusqu’aux mini pumillas, reticulata ou danfordiae en passant par les iris intermédiaires.

La rigidité ensuite :

Quand on parle de rigidité, on pense avant tout aux grands germanica et barbus. Car les sibirica s’inclinent doucement et ondulent pour ainsi dire sous le vent. Les spurrias sont rigides mais touffus, presque comme un petit arbuste.

Le jardinier est un être bizarre : il se plaint des pivoines qui sont trop hautes et qu’il faut tuteurer. Mais il se plaint aussi des iris qui se tiennent debout tout seuls ! Allez comprendre.

D’ailleurs, on peut aussi considérer la rigidité comme un atout. Car cette bonne tenue de la plante permet d’admirer de loin une touffe d’iris au fond du jardin, pour peu qu’on ait pris le soin de laisser un peu d’espace autour d’elle. En début de soirée, quand les rayons du soleil se font rasants, c’est juste magnifique !

Troisième critère de choix : Les formes des iris offrent maintes options au jardinier, selon le tableau qu’il veut composer :

  • La forme et la couleur des feuilles tout d’abord : gris vert, vert tendre, charnue, gracile…
  • La forme des fleurs : l’iris royal sibirica (le lys de France), l’immense robe du soir des barbus, ou la délicatesse des japonica

Pour la couleur, les iris barbus sont des champions. En revanche, les iris de Sibérie sont parfaits pour border des allées, d’autant que leurs feuilles sont particulièrement décoratives en automne et en hiver, ce qui n’est pas le cas des autres iris.

Pour l’odeur la palme revient sans conteste aux Germanica. Un plus important pour ceux qui cherchent à créer un jardin de senteur. L’iris au parfum poudré est un excellent candidat dans ce domaine.

Enfin, on peut être contraint dans ses choix par les dates de floraison, un sujet sur lequel nous insistons souvent dans ce podcast. Ce n’est pas la peine de planter des variétés qui fleuriront à un moment où vous n’êtes pas dans votre jardin. Les confinements récents ont d’ailleurs apporté quelques jolies surprises à certains amis jardiniers.

Pour vous rappeler la chronologie des floraisons, par exemple, en Bourgogne Val de Loire :

  • Les iris reticulata et iris de Provence fleurissent en février
  • Les iris nains : début avril
  • Les iris de Hollande et les iris intermédiaires : en avril mai
  • Les barbus : de mi-mai à juin
  • Les sibirica et les iris anglais : de fin mai à mi-juin
  • Et enfin les spurrias et les iris d’eau : de la mi- juin au début de juillet

Pour des floraisons ‘courtes’, avouez que cela couvre quand même plus de 4 mois !

J’espère vous avoir convaincus que votre jardin mérite quelques iris bien choisis. La clé de votre succès résulte, comme souvent, dans le choix de l’endroit où vous les installerez, tant pour répondre à leurs besoins de culture : un iris barbu fleurit très peu à l’ombre et un iris confusa doit être protégé des rayons du soleil, que pour l’effet esthétique que vous souhaitez créer. Mon conseil est de planter un exemplaire de nombreuses espèces différentes, c’est-à-dire, iris barbu, sibirica, iris de Hollande, etc.  et de les observer. Quand ils seront bien installés, il faut compter environ trois ou quatre ans, vous verrez de quoi ils sont capables et vous pourrez prendre des décisions de plantation en plus grand nombre… en commençant d’ailleurs par dédoubler vos iris test ! Ce délai vous semble long ? Honnêtement, pas vraiment, quand vous pensez que ces plantes vous survivront probablement. Et puis, n’est-ce pas ce qu’on fait constamment quand on déplace nos vivaces d’un endroit à l’autre, ce qui leur fait d’ailleurs souvent le plus grand bien.

 

S3 E3 Podcast : La taille en vert des arbustes fruitiers II  

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(Pour les images : voir blog 2013/07)

La plupart des jardiniers taillent leurs arbres fruitiers chaque hiver et n’y pensent plus jusqu’à l’année suivante. Ce n’est pas du tout la méthode que nous recommandons car, plutôt que d’opérer une taille sévère une fois par an, il nous semble plus naturel de suivre le développement des arbres tout au long de l’année. Au fur et à mesure que des éléments indésirables se développeront, on cherchera donc à modérer leur pousse. Pour ce faire, on interviendra au moins 4 ou 5 fois sur les arbres, mais de façon très rapide et légère. Des éborgnages et ébourgeonnements au printemps, comme expliqué dans le podcast précédent, (Saison 2 Épisode 6) et, chaque été, des cassements accompagnés éventuellement d’une taille en vert, ou parfois deux, entre juin et septembre. On n’utilisera ainsi la taille d’hiver, ou taille ‘en sec’ qu’à titre de rattrapage. Nous allons reprendre chaque étape de ce programme.

Tout d’abord, on parle de taille ‘en vert’ parce que l’on travaille sur des arbustes qui portent des feuilles, contrairement à la taille ‘en sec’ qui a lieu en hiver, quand les feuilles de l’année précédente sont tombées et que celles de l’année en cours n’ont pas encore poussé. Le but de la taille ‘en sec’ est d’une part, de redonner une certaine forme à l’arbre (on reprend la charpente) et, dans le cas des arbres fruitiers palissés, de raccourcir toutes les coursonnes en taillant sur le premier fruit. La taille ‘en vert’ a également ces deux finalités de charpente et de fructification. Tout d’abord, on cherche à guider la sève pour éviter un effort inutile à l’arbre fruitier en supprimant très tôt des pousses qu’il faudrait supprimer de toutes façons l’hiver suivant. Mais c’est aussi de favoriser la fructification en réorientant la sève vers des bourgeons qui pourront ainsi se transformer en bourgeons à fruits.

Voyons déjà le premier but, la modération des pousses indésirables.

Dans l’épisode 6 de la Saison 2, on rappelle qu’à la fin du printemps, environ deux mois après la taille d’hiver et le débourrement des arbres, les arbres s’emballent un peu. De nouvelles pousses apparaissent un peu partout, en prolongement des tailles effectuées ou à partir de nouveaux bourgeons surgis de nulle part. C’est toute l’architecture de l’arbre fruitier, palissé bien sûr mais aussi de plein vent, qui peut être compromise par ces pousses intempestives. Quand l’arbre a bien démarré et que sa charpente existante a recommencé à s’allonger et à se fortifier, des bourgeons apparaissent un peu partout qui se transforment vite en rameaux indésirables. Il faut contrôler cette croissance car sinon, c’est rapidement une ramure supplémentaire qui s’installe dans la ramure existante ou, pour prendre une image forte, une architecture « fantôme » qui s’installe dans votre arbuste fruitier. Vous l’avez certainement déjà constaté s’il vous est arrivé de retourner dans votre verger après quelques mois d’absence. Vous découvrez des rameaux très forts et peut être même de nouveaux axes qui se sont installés au centre de certains arbres. On les remarque de loin, en marchant vers les arbres. Ces rameaux indésirables, très verticaux, tranchent avec le reste de la ramure. 

Nous analyserons dans un prochain podcast en quoi cette ramure fantôme nuirait rapidement à l’arbre mais aussi comment on peut dans certains cas en utiliser une partie pour ‘réparer’ des arbustes fruitiers.

Pour le moment, voyons comment le jardinier doit passer vigoureusement à l’acte en supprimant les rameaux indésirables. Plus la taille aura été sévère l’hiver précédent, plus vous risquez d’être confronté à une repousse sauvage très drue. C’est tout l’objet des éborgnages, ébourgeonnements et pincements expliqués dans l’article du blog de la saison 2 et qui consistent à limiter ce phénomène. Mais si vous n’avez pas pu agir fin avril ou début mai comme nous vous le recommandions, vous ne pourrez éviter une taille ‘en vert’ proprement dite.

Tout l’objet de cette intervention sera de réduire le flux de sève largement monopolisé par ces rameaux intempestifs et de le restituer aux autres parties de l’arbre.

Et cela nous amène au second but de la taille en vert : favoriser la formation de bourgeons floraux :

Contrairement à la taille ‘en sec’ qui opère sur un végétal encore en dormance, la taille ‘en vert’ s’effectue sur des rameaux en pleine croissance. Le végétal réagit donc immédiatement. Dès qu’une taille est effectuée, la sève se redistribue dans le reste de l’arbre. En particulier, la sève qui, avant taille, filait vers l’extrémité des rameaux en vertu d’un mécanisme appelé acrotonie, cette sève va maintenant irriguer les bourgeons qui restent sur chaque rameau raccourci et leur permettre de se développer.

Petite explication : au printemps, seuls les trois premiers bourgeons apicaux (c’est à dire en extrémité de rameau) démarrent : le bourgeon terminal qui s’allonge en un rameau d’environ 40 à 70 cm et les deux bourgeons en proximité immédiate du bourgeon terminal et qui donnent naissance à deux rameaux secondaires d’environ 50 cm. Cela représente un énorme gâchis d’énergie car ces rameaux poussent comme de simples baguettes de bois, incapables de porter du fruit sur une telle longueur. Vous pouvez en début d’été observer cette pousse sur les cerisiers. Si l’on n’agit pas, le phénomène se reproduit l’année suivante, la branche fruitière s’allonge de nouveau de 70 cm, deux rameaux secondaires apparaissent, le cerisier grimpe ainsi vers le ciel, et l’ensemble de la ramure est à la fois imposant par son volume et sa hauteur et décevant par son manque de densité. Sans compter que plus est arbre est haut, plus il est difficile d’en cueillir les fruits.

Ce que la taille en vert cherche donc à accomplir, c’est à limiter cette production de bois inutile et non fructifère en rapprochant l’arbre de son centre et en permettant la formation de bourgeons floraux à la base de chaque nouveau rameau. Je vous rappelle qu’il s’agit là des bourgeons qui fleuriront au printemps de l’année suivante. 

Tailles annuelles en été pour l’induction florale (voir Opoix p 57)

Maintenant que l’on a examiné le ‘pourquoi’ de la taille en vert, voyons le ‘comment’ :

Confronté à cette ‘explosion’ de pousse chez les sujets les plus vigoureux, le jardinier est un peu désarmé et ne sait pas trop comment procéder. Il dispose de plusieurs modes d’action qui présentent chacun, bien entendu, des avantages et des inconvénients.

La première chose à faire est de choisir parmi les rameaux ceux que l’on souhaite garder et ceux qui doivent être supprimés. En principe, sauf à devoir compléter une ramure qui aurait été endommagée et dans laquelle il existerait des trous, il faut enlever tous les rameaux qui poussent soit complètement vers le haut, soit complètement vers le bas et conserver les rameaux qui poussent de façon latérale sur les branches charpentières ou fruitières. Attention, à ce stade il ne s’agit pas de tailler, c’est à dire de raccourcir, mais de supprimer complètement. Ce sont les rameaux que l’on n’a pas remarqués ou que l’on n’a pas eu le temps d’arracher deux mois plus tôt. En juin, ils se sont bien installés sur la branche et ils sont plus difficiles à arracher, donc on les taillera au sécateur, en veillant à agir au plus près de leur base pour éviter des repousses sur les yeux axillaires. 

Cette première mission très importante accomplie, on peut procéder à la taille ‘en vert’ proprement dite. Il existe trois façons d’opérer : la taille ‘en vert’ traditionnelle, les cassements et l’arcature.

1 La taille ‘en vert’ traditionnelle est une taille que l’on devra effectuer une, deux ou trois fois dans la saison, selon la vigueur de l’arbuste. On ne commence cette taille qu’à partir du moment où le rameau compte au moins huit feuilles, c’est à dire environ 40 à 50 cm, si l’on parle d’un pommier, selon la longueur de l’entre nœud. Mais si la variété est vigoureuse, on peut attendre pour effectuer la taille en vert qu’il compte douze ou quatorze feuilles, pour limiter le nombre de passages. On taille alors à 4 ou 5 feuilles. C’est donc une taille moins sévère que la taille dite trigemme, c’est à dire à trois bourgeons, pratiquée en hiver sur les arbres palissés. On reviendra sur cette taille trigemme dans un prochain podcast. Environ une quinzaine de jours après cette première taille ‘en vert’, l’arbuste recommence à pousser. On le rabat de nouveau, de moitié environ, quatre à cinq semaines plus tard quand il porte 5 ou 6 nouvelles feuilles. Attention à ne pas tailler trop court la première fois pour que les nouveaux départs ne soient pas trop forts !

2 La seconde méthode consiste à casser les rameaux (p 126 de Pamart) : au lieu de les tailler avec des sécateurs, on casse les rameaux environ à la même longueur que là où on les aurait taillés. Il y a deux possibilités : soit le rameau est assez lignifié pour se casser nettement, soit il est encore mal lignifié et donc élastique. Dans ce cas, on le tourne bouchonne dans la main jusqu’à ce qu’il se plie. De toutes façons, on ne retire pas la partie cassée. On la laisse simplement pendre et sécher peu à peu. Un mince filet de sève continuera éventuellement à alimenter l’extrémité du rameau mais la majorité du flux profitera à la partie du rameau restée en place et participera donc à l’induction florale des bourgeons latents. Ce processus de taille en vert est très rapide et convient parfaitement aux arboriculteurs professionnels. Le résultat est même supérieur à celui de la taille en vert proprement dite car on n’a pas besoin d’y revenir ce qui représente donc un gain considérable de temps. Contrairement à la taille au sécateur, le mince flux de sève qui persiste en bout de rameau empêche le démarrage d’un nouveau rameau.

3 La troisième méthode consiste à arquer les plus grands rameaux. Certaines variétés très robustes réagissent mal à la taille en vert et repartent de plus belle. C’est le cas des Boskoop, par exemple. D’autres variétés, sans être aussi ‘poussantes’, tolèrent mal des tailles répétées. Chez la Calville, par exemple, cela induit le bitter bit. Il faut donc ajuster votre programme de taille en vert et l’arcure des rameaux les plus forts peut être une bonne solution alternative. Si vous arquez un rameau à 45 degrés, vous réduisez la vitesse de circulation de la sève qui vient alors irriguer chacun des bourgeons latents le long de la branche. Ceci favorise le développement de bourgeons floraux. Évidemment, le résultat n’est pas du tout le même qu’avec un cassement. Dans un cas, vous réduisez le volume de l’arbre, dans l’autre, vous créez de nouvelles branches fruitières en arquant des rameaux très forts. Il faut accompagner cette arcure d’une sélection assez rigoureuse des rameaux à conserver. Mais le résultat est le même : mettre à fruits tous les rameaux conservés.

Pour arquer les rameaux, il suffit de trouver deux rameaux en vis-à-vis et de les attacher ensemble en les inclinant à environ 45 degrés. On ne trouve pas toujours exactement le rameau que l’on souhaiterait en vis-à-vis mais ce n’est pas important si la symétrie n’est pas respectée, c’est seulement plus joli à regarder. On peut en général rattraper les choses l’année suivante. Ce qui est important, en revanche, c’est de ne pas conserver et arquer un trop grand nombre de rameaux pour conserver à l’arbuste une charpente bien aérée. Cela implique donc de supprimer environ un rameau sur deux, voire davantage.

Les principes généraux que nous exposons doivent être modulés en fonction de la vigueur de vos arbres. Pour faire des progrès dans votre pratique, observez les résultats des tailles de l’année précédente, y compris de l’été précédent. Rien ne remplace l’observation de vos arbres et de la façon dont ils réagissent, variété par variété, aux différents modes de taille. Au Jardin des Merlettes, nous avons progressivement abandonné la taille en vert proprement dite (c’est à dire, avec des sécateurs) au bénéfice des cassements, rapides à effectuer et très efficaces. Le seul inconvénient que nous avons trouvé à ce jour : des brindilles cassées qui pendouillent un peu partout dans l’arbre et qui ne sont pas vraiment esthétiques. Nous les supprimons dès la descente de sève, c’est-à-dire au moment de la chute des feuilles. 

Les essais sont toujours en cours au Jardin des Merlettes, en particulier avec les arcatures avec pour objectif une meilleure santé des arbres, une belle fructification… et moins de travail pour le jardinier. 

Avant de conclure, nous allons aborder rapidement le cas des arbres fruitiers à noyaux. En effet, pour cette famille d’arbustes fruitiers, le but de la taille en vert change. Il ne s’agit plus de favoriser des bourgeons particuliers mais la fructification générale de l’arbre. A cette fin, on veillera d’une part à maintenir le puits de lumière à l’intérieur de la charpente, qu’il s’agisse d’une forme en gobelet, en V, en liseron et d’autre part à éviter que l’arbre prenne un trop grand volume par l’allongement incontrôlé de ses branches terminales.

En pratique :

Pour les cerisiers et les pêchers : leur architecture est très simple et la taille en vert aussi. On effectue une taille de rapprochement en cassant toutes les nouvelles pousses pour les diminuer d’environ 2/3 de leur longueur et on supprime complètement toutes celles qui ont poussé au centre de l’arbre.

Concernant les abricotiers, il faut avoir la main beaucoup plus légère, à adapter selon la vigueur de l’arbre. On effectue des cassements sur les rameaux secondaires et on arque les rameaux les plus vigoureux, s’il y a de la place pour eux dans la charpente.

Enfin, les pruniers : c’est un compromis entre cerisiers et abricotiers. On supprime les nouveaux rameaux très forts ‘hors architecture’, ce qu’on a coutume d’appeler des gourmands, et on supprime les coursonnes mal placées sur les branches fruitières, c’est-à-dire celles qui poussent sur ou sous la branche, pour ne conserver que des coursonnes latérales

En principe vous voilà bien équipés pour vous essayer à la taille en vert. Je ne doute pas que vous y preniez goût tant les résultats sont probants. Sans compter les autres avantages : le plaisir de travailler sur ses arbres à la belle saison et d’observer assez vite le résultat de ce que l’on fait et surtout, un avantage immense : on apprend à observer ses arbres et soudain, on comprend beaucoup, beaucoup de choses !…