Blog 2021 12 : la plantation des arbres et arbustes en automne : pourquoi à la Sainte Catherine ?

Et voici de nouveau la Sainte Catherine, une journée qui marque le début de la période la plus favorable pour la plantation des plantes pérennes, arbres et arbustes: « À la Sainte Catherine, tout arbre prend racine… ». Cette saison va durer jusqu’aux froids de janvier, sauf épisodes neigeux. En 2009 il a neigé le 19 décembre, en 2010, dès le 19 novembre. En 2021, on a vu les premières neiges en Val de Loire le 3 décembre.

Pourquoi planter en novembre ?

Le système souterrain (les racines) travaille en différé par rapport au système aérien (les feuilles).

En automne, la sève se retire dans les racines (elle ‘descend’), entraînant la chute des feuilles. A partir de ce moment la partie aérienne de la plante entre en repos végétatif. Mais les racines, elles, continuent de pousser. Planter un arbre en novembre permet donc à son système racinaire de bien s’installer avant les grands froids. Au printemps, l’arbre repartira avec d’autant plus de vigueur que son système racinaire sera bien développé. Il sera également plus résistant en cas de sécheresse. Au printemps, l’inverse est vrai, et les bourgeons se réveillent avant les racines.

On plante maintenant les arbres et arbustes à racines nues.

Certains rosiéristes ou obtenteurs d’arbres réputés n’expédient leurs plantes qu’à partir de la fin novembre. Donc, pas de panique pour ceux qui souhaitent encore réfléchir à quelques commandes, la saison bat son plein encore pour quelques semaines.

On peut planter jusquau début de lhiver

Cependant, on ne peut planter qu’à condition que le sol ne soit pas gelé. La période la plus favorable s’étend sans conteste de mi novembre à mi décembre car les racines ont le temps de bien s’installer avant les grands froids de janvier.

Préparer les végétaux

Praliner pour réhydrater avant de planter

Le pralin est un mélange de boue de vache séchée, d’argile et d’eau. On trempe les racines de la plante dans un pralin pour que le chevelu de la plante soit imprégné d’une substance favorable à son développement. Mais le pralinage sert surtout à réhydrater la plante avant la plantation. C’est une précaution très importante car les végétaux souffrent lors des manipulations et attendent parfois quelques semaines entre arrachage et replantation. A défaut de pralin, un trempage dans un seau d’eau fera l’affaire, et cette étape est indispensable.

Pralinage

Mettre les végétaux en jauge

Si l’on ne peut pas planter des végétaux dès leur réception, il faut défaire le paquet d’expédition le plus rapidement possible. Attention, le séjour dans un garage ou pire, dans une cave, s’il protège les plantes du gel, n’empêche pas leur déshydratation, au contraire. Or celle ci est très dangereuse pour les racines. Il faut donc mettre les plantes en jauge, c’est à dire placer tout le chevelu dans un trou, le recouvrir de terre ou de sable et arroser. Protégée ainsi du gel et de la soif, la plante attendra le jour de sa plantation et si plusieurs jours ou même plusieurs semaines se sont écoulés avant la plantation, le jardinier pourra constater que le système racinaire s’est développé dans la jauge en produisant de nombreux petits radicelles. Attention donc aux garages desséchants.

Jauge de sable

Le dessèchement des racines est dangereux pour la bonne reprise des végétaux. Alors il faut les protéger jusqu’à ce qu’ils soient bien plantés. Cela implique en particulier de se méfier du vent pendant la plantation. Pas de souci si vous ne plantez que deux ou trois sujets. Au delà, il faut penser à entourer les racines des arbustes en attente avec une bâche ou un carton. Simple et très efficace.

Tailler ou rafraîchir ?

On préconise généralement de rafraîchir les racines, c’est à dire de tailler légèrement leur extrémité (photo du milieu). Si le chevelu est en bon état (photo de gauche), ce n’est pas forcément nécessaire. Il suffit de vérifier qu’aucune racine n’est abîmée et qu’un chignon n’est pas en train de se former, sinon bien sûr, il faut tailler (photo de droite). Il en va de même pour les branches, mais ce n’est pas le moment de faire une taille de mise en forme.

La plantation proprement dite

Un vieux débat, la taille du trou à préparer

Faut il un gros ou un petit trou de plantation, le faire à l’avance ou au moment de planter ? La réponse est simple : ça dépend du sol. En sol argileux, il ne sert à rien de s’y prendre à l’avance car une pluie qui survient bouche le trou et le sol fraîchement remué et imprégné d’eau est beaucoup plus long à ressuyer, rendant la plantation difficile. Dans une terre à lapins très poudreuse et légère, ce n’est pas non plus la peine de s’y prendre à l’avance car la plantation est rapide. Il n’y a donc que dans les sols très difficiles où l’intervention d’un engin, est nécessaire, que l’on prépare les trous de plantation à l’avance. Nous avons ainsi dû creuser à la pelleteuse à certains endroits du Jardin des Merlettes envahis de silex.

Préparer soigneusement le trou

En particulier, il faut s’assurer que les parois ne sont pas lisses après le passage de la bêche. Si c’est le cas, les griffer. Et dimensionner le trou en fonction de la taille de la motte à installer : parfois large et relativement plat (certains arbres fruitiers, les pommiers par exemple) ou au contraire relativement étroit et profond (pour les rosiers).

La taille nécessaire pour le trou dépend également de l’état du sol

Meilleur le sol, plus petit le trou à préparer car les racines y feront facilement leur chemin. En revanche, un sol compact demandera la préparation d’un volume plus grand. Si l’on doit creuser profond, attention aux horizons du sol : il faut veiller à ne pas les inverser pour protéger la vie du sol. Les insectes, mais aussi les vers de terre et les bactéries vivent à des profondeurs très spécifiques. Les enfouir trop ou, au contraire, les amener trop en surface, peut provoquer leur disparition.

Faut-il apporter des engrais à la plantation ?

Beaucoup de jardiniers ont l’impression d’aider leurs jeunes arbres en leur apportant un engrais au moment de la plantation. Une nourriture facilement assimilable, en quelque sorte un viatique pour les premiers mois d’adaptation. Mais dans un sol bien structuré et vivant, il n’y a pas besoin d’engrais. Ce n’est certes pas le cas partout, mais nous pensons que le jardinier doit soigner son sol tout au long des années. Si c’est le cas, il n’y a pas de soin particulier à apporter lors de la plantation. Et sinon la poignée d’engrais n’est qu’un cautère sur une jambe de bois !

Se méfier des engrais près des racines 

En effet, les engrais peuvent brûler les racines. Cela vaut aussi pour le fumier, s’il n’a pas eu le temps de se décomposer et de se transformer en compost. Ne pas enfouir non plus d’herbe au pied de l’arbre. En se décomposant, elle perturbe les échanges gazeux et se révèle nocive.

Préparer très en avance

Si vous êtes convaincus par nos explications, essayez de prévoir dès maintenant vos plantations de l’an prochain et d’installer bâches, mulch et BRF pour faire revivre le sol de votre jardin aux endroits que vous souhaitez planter.

Préparation du sol par mise en place de paillages et cartons

Voir le stage ‘Soigner le sol de son jardin

La hauteur à laquelle on plante l’arbre ou l’arbuste par rapport au sol est très importante

Il faut absolument éviter d’enterrer le collet (la limite entre la partie souterraine et la partie aérienne) de la plante car ceci entraînerait le pourrissement de certains arbres et l’affranchissement de certains autres. Pour éviter de se tromper, on place un bâton en travers du trou de plantation, bien en appui sur le sol des deux côtés du trou, et ceci sert de repère. Une bonne précaution : planter à deux. L’un maintient le sujet, l’autre apporte la terre. Ainsi on plante droit et au bon niveau !

On dispose les racines bien écartées

On les place en étoile, éventuellement en les plaçant sur un petit dôme de terre, si leur forme s’y prête. Chacune partira ainsi dans sa propre direction et un volume maximum de terre sera investigué par le système racinaire.

On recouvre de terre

On ne jette pas de grandes pelletées, mais on émiette la terre à la main en vérifiant qu’elle glisse bien entre les racines. Le sujet doit pouvoir tenir droit même avant qu’on ait tassé la terre à la main, (et non pas au pied !).

On ne tasse pas la terre avec le pied !

On arrose à l’arrosoir, au goulot, pour finir de tasser la terre

Au Jardin des Merlettes, où le sol est très argileux, ceci ne s’impose pas car la première pluie se chargera de tasser le sol très soigneusement émietté. En revanche, on met un peu plus de terre au pied de chaque arbre car la terre qui a foisonné à la plantation prendra beaucoup moins de place une fois arrosée et le sujet se retrouverait en dessous du niveau espéré.

Piquets et haubanage

Il est généralement nécessaire dattacher la plante à un piquet pour la protéger du vent

Le vent secoue en effet les plantes et ralentit ou empêche le développement du système racinaire. Le piquet doit être enfoncé bien profondément, plus que la hauteur de terre remuée à l’occasion de la plantation.

On commence par installer le piquet, si possible du côté du vent dominant, puis on présente l’arbuste et on le plante de façon à ce que ses branches ne soient pas gênées par le piquet. Au cours de l’hiver, il faut vérifier que l’arbuste ne frotte pas contre le piquet et, si c’est le cas, installer une petite séparation, en tissu ou en polystyrène par exemple. Et par la suite, penser à desserrer le lien pour ne pas étrangler le jeune arbre. Il faut également se méfier de la gêne que peut occasionner un piquet pour le développement des branches latérales. Sur la photo ci dessus, on voit que le cyprès chauve (Taxodium Distichum) ne peut pas développer de branche sur presque la moitié de sa circonférence. Le piquet a été retiré depuis mais il est trop tard pour que de nouvelles branches poussent au bas de l’arbre. Celui ci restera donc déséquilibré pendant encore quelques années.

Il faut parfois haubaner

Un piquet seul n’est parfois pas suffisant si l’arbre a besoin d’être attaché par plusieurs angles. Ce n’est généralement pas le cas quand on plante petit, ce que nous recommandons chaque fois que possible. Quand on cherche à restaurer un alignement et que l’on a besoin de planter une ébauche d’arbre, il faut haubaner. Pour un jeune scion, ce n’est pas nécessaire.

Protection et grillage

Quand on a suivi toutes ces dispositions, l’arbuste est bien planté, bien installé, mais la tâche n’est pas finie. Il faut en effet penser à le protéger du mauvais temps et des ravageurs.

Installer un paillage au sol

Cela protège (un peu) contre les mauvaises herbes et surtout évite l’évapotranspiration. Les printemps récents ont été très secs. Le paillage diminue le besoin en arrosage. Il est plus ou moins efficace contre les mauvaises herbes mais le sol, protégé du martèlement des gouttes de pluie par le paillage , reste meuble et est plus facile à désherber. Tant mieux car il est important de désherber le pied des arbustes dans leurs jeunes années, pour éviter la concurrence des graminées, très gourmandes en eau. C’est vrai qu’un dispositif aussi important que sur la photo ci-dessous peut faire sourire car on devine à peine le jeune scion de pommier à côté du bambou, mais ‘petit scion deviendra vite grand’, surtout s’il est bien protégé !

Super protection : toile verte sur feutre

Installer un grillage

Pas de problème si votre jardin est en ville, quoique… il faut aussi se méfier des griffes du chat du voisin. Et, en pleine campagne, penser à adapter la taille du grillage à celle du ravageur, petit, moyen ou gros gibier ! On ne protège pas contre des lapins ou des lièvres de la même façon que contre des chevreuils ou des sangliers. Et surtout, mettre les protections en place dès la plantation !

En résumé : planter bien, c’est planter soigneusement, en prenant son temps. Au Jardin, on prévoit de planter 10 à 15 arbres par jour (à deux personnes) lorsque le travail est fait par des jardiniers amateurs, dans un terrain sans grande difficulté et que le chantier a été préparé, c’est à dire que tous les outils et le matériel nécessaire sont à disposition. Ce temps comprend aussi la mise en place des piquets, d’un petit grillage pour protéger le tronc et d’une couverture au sol. Pour les arbustes, on prévoit de planter environ 20 arbustes par jour.

Bonne plantation = bonne reprise, alors, à vous de jouer !

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, nous vous rappelons notre stage de création et plantation de verger

Voir le stage de plantation et gestion de verger

Blog 2021 11 : La taille des forsythias

Quand l’automne est bien installé et que les feuilles des arbustes sont tombées vient la saison des tailles. Le jardinier profitera des belles journées pour remettre en état son jardin et, en  particulier, tailler ses arbustes.
Tous ses arbustes ? Non, justement pas. Le forsythia par exemple, ce symbole du printemps, se taille après sa floraison, c’est-à-dire, à partir de la mi-avril environ, selon les régions. Mais au fait, pourquoi faut-il tailler les forsythias, pourquoi à la fin du printemps, et comment ?

Pourquoi faut-il tailler les forsythias ?

La floraison des forsythias s’effectue sur du bois de deux ans. Les fleurs que vous venez d’admirer sur les arbustes de votre jardin ont donc éclos sur du bois qui avait poussé entre les mois de mai et de septembre d’il y a deux ans, et plus précisément entre mai et juillet. Des fleurs se forment également sur du bois d’un an (de l’année précédente) mais cette floraison est généralement peu fournie. En revanche, lorsqu’une branche atteint trois ans, elle commence à vieillir, fleurit moins et finit par se dessécher complètement.
Il faut donc opérer une taille sélective : encourager le forsythia à faire de nouvelles pousses et à se régénérer, c’est à dire à renouveler sa charpente tout en protégeant les pousses encore jeunes des deux années précédentes. Et, inversement, ne pas tailler un forsythia aboutit immanquablement à un enchevêtrement de branches, comme sur l’image ci-dessous. L’arbre finit par s’épuiser.

Pourquoi tailler fin avril et non pas en hiver, comme tant d’autres arbustes ?

On l’aura compris, si l’on supprime en hiver du bois qui devrait fleurir au printemps, c’est autant de floraison que l’on supprime. Cette question de la période favorable de taille peut paraître anodine, pourtant elle est une source de déconvenue pour de nombreux jardiniers. Pour savoir à quelle période tailler un arbuste d’ornement il faut observer ses boutons floraux : quand ils se forment et sur quel bois. Vous en déduirez la période optimale de taille. Par exemple, si un arbuste fleurit sur le bois de l’année, c’est à dire si les rameaux qui ont poussé au printemps portent des bourgeons qui forment des fleurs au cours de la même saison, alors la taille d’hiver est la mieux appropriée. On profite du repos végétatif de la plante pour supprimer les branches enchevêtrées et rectifier la structure de l’arbuste. En revanche, lorsque la plante fleurit sur une pousse déjà aoûtée (qui a passé le mois d ‘août de l’année précédente et s’est lignifiée), alors on attend que la floraison ait eu lieu et on intervient ensuite. C’est le cas des camélias, de certaines spirées et, généralement, de nombreux arbustes à la floraison précoce. Le fruticetum (jardin d’arbustes) du Jardin des Merlettes a été planté tout spécialement pour permettre aux visiteurs d’observer ces différences lors des stages consacrés à la taille des arbustes et lianes d’ornement.
Et voilà donc résolu le mystère de certains rosiers « qui ne fleurissent jamais »… parce que leur propriétaire, plein de bonnes intentions, rabat chaque printemps les pousses qui se préparaient à porter des fleurs. Car pour les rosiers aussi, il existe une taille d’hiver et une taille d’été, mais ne nous dispersons pas…Vous trouverez ailleurs dans ce blog et dans nos podcasts tous les conseils sur la taille d’hiver et la taille d’été des rosiers.

Voir les stages de taille de rosiers du Jardin des Merlettes
Taille d’hiver
Taille d’été

Comment tailler ?

Il faut observer le type de végétation de la plante. Lorsqu’un arbuste émet de nouvelles pousses à partir de sa souche, on dit qu’il est basitone. Il est important de l’aider à renouveler sa charpente : on peut par exemple travailler sur un cycle de 3 ou 4 ans en taillant chaque année à la base de l’arbuste un quart des pousses, les bois les plus âgés. En revanche, un arbuste acrotone (qui n’émet pas de rejet spontané à partir de sa base) sera taillé pour mettre en valeur sa structure, en éclaircissant les branches à l’intérieur et en raccourcissant les autres par une taille légère. Rien de bien difficile, il faut juste un peu de pratique, ce que nous proposons lors de nos stages.

Et notre forsythia ? Et bien, il est particulièrement intéressant car il n’est ni strictement basitone, ni acrotone, mais un mélange des deux, mésotone. Lorsqu’on le taille à la base, il émet des rejets très vigoureux, parfois un peu inesthétiques. L’année suivante, ces branches s’arquent et commencent à porter quelques fleurs. On peut les raccourcir en partie ou leur laisser toute leur longueur. La seconde année, des rameaux secondaires apparaissent et portent une abondante floraison. La branche fleurira encore un ou deux ans, puis il faudra la supprimer, à la base, tout simplement.


Bien entendu, sur ce sujet comme sur tant d’autres, il n’y a pas d’obligations. On peut choisir de mener son forsythia en topiaire ou, au contraire, choisir un port très dégingandé et éclairci comme montré ci dessus. Dès l’instant que l’on a compris le fonctionnement biologique du végétal, on obtient l’effet que l’on souhaite. Alors, ne négligez plus vos forsythias au printemps, ils vous remercieront bien pour votre peine ! Et si vous avez encore des doutes, venez suivre un stage d’initiation à la taille des arbustes au Jardin des Merlettes, au printemps.
Voir le stage de taille des arbustes au Jardin des Merlettes

S3 E1 Podcast : La taille des forsythias et des arbustes printaniers

Écouter le podcast

Je vous propose aujourd’hui de réfléchir à la taille des forsythias et des arbustes printaniers comme les camélias, les rhododendrons et les azalées. Cela a été depuis toujours l’un des sujets favoris des lecteurs du blog de notre site internet et c’est une excellente introduction à un sujet extrêmement important pour le jardinier : quand faut-il tailler quoi ?

Le forsythia est cet arbuste aux fleurs d’un jaune éclatant qui annonce l’arrivée du printemps. C’est celui que l’on remarque partout dans les jardins au mois de mars. On aime (ou pas) sa couleur un peu ‘flashy’ et son allure un peu rustique (je ne trouve pas de meilleur mot) mais on est content de le voir fleurir. C’est la preuve que le printemps est bien là et que la nature est en train de se réveiller pour de bon.

Le forsythia est une plante très familière, que l’on la voit partout. Il est pourtant méconnu, bien mal soigné et offre souvent à voir un triste enchevêtrement de branches sèches et grises. Vous en avez tous observés, et pas seulement dans des jardins abandonnés mais plutôt dans des jardins entretenus de façon méticuleuse, où les allées sont bien desherbées et les plantations bien alignées.

Alors, comment peut-on expliquer cette situation ?

Je crois que le problème résulte tout simplement d’une erreur d’observation de la part du jardinier. Le forsythia forme ses bourgeons floraux en plein été, lorsque la croissance des branches se ralentit. C’est ce qu’on appelle l’induction florale. La plante est donc toute prête à fleurir au printemps, dès que la montée de sève intervient et réveille ces bourgeons floraux qui n’ont qu’à grossir et à s’épanouir. C’est pour cela que la floraison est très précoce. On comprend alors que si on taille l’arbuste en fin d’hiver, on supprime autant de branches qui allaient justement fleurir dans les prochains jours. En revanche, quand on taille l’arbuste après sa floraison, c’est-à-dire en avril ou en mai, on favorise la pousse d’un grand nombre de branches qui fleuriront l’année suivante.

Comment puis-je parler d’erreur d’observation alors que je viens d’expliquer que la période à laquelle se produit l’induction florale, c’est-à-dire l’été, est la cause du malentendu ? En effet, quand on regarde un forsythia en automne ou en hiver, c’est-à-dire après l’été, on ne voit pas particulièrement les bourgeons floraux dont je viens de parler, contrairement aux camélias ou aux rhododendrons dont nous parlerons tout à l’heure.

Et bien, c’est tout simplement parce que je crois que le travail le plus important du jardinier, c’est d’observer ses plantes tout au long de l’année. En ce qui concerne les arbustes à fleurs, il doit regarder où se situent les fleurs. Selon les arbustes, c’est soit :

  • sur une branche qui vient de pousser au printemps. A la sortie de l’hiver, des bourgeons, puis de nouvelles pousses se forment un peu partout dans l’arbuste, des feuilles apparaissent puis, lorsque la pousse est bien installée et présente en général quelques volées de feuilles, des bourgeons floraux apparaissent en bout de branche puis enfin les fleurs. C’est le cas du lilas commun, de la vigne, du lilas des indes (le lagerstroemia), des hydrangéas, de la plupart des roses modernes. Si la floraison du lilas intervient dès la fin avril, en revanche, les autres floraisons sont nettement plus tardives : juin, juillet ou même fin d’été pour certains hydrangéas.
  • Alternativement, les bourgeons floraux peuvent se situer sur une branche qui a poussé l’année précédente. Dès que les conditions de lumière et de chaleur sont réunies (un concept sur lequel nous reviendrons dans un prochain podcast), cela donne à l’arbuste le signal du débourrement et ces bourgeons éclosent et les fleurs s’épanouissent. Il n’y a pas besoin d’un afflux abondant de sève élaborée créée par la photosynthèse des feuilles. Le bourgeon contient toutes les réserves nécessaires pour que la fleur s’épanouisse. C’est le cas du forsythia, mais aussi des dits rosiers non remontants car ils ne fleurissent qu’une seule fois par an. Mais si vous y réfléchissez un instant, vous constaterez que c’est également le cas pour de nombreux arbres fruitiers dont la floraison nous émerveille chaque printemps, avant que l’arbre ne se couvre de feuilles. Les pêchers, les cerisiers, mais aussi les poiriers et les pommiers. Pourtant me direz-vous, on taille bien les arbres fruitiers au printemps. Et bien justement, pas trop, et seulement de façon à limiter une trop grosse production. Celui qui veut vraiment choyer ses arbres intervient plusieurs fois dans l’année. Mais nous reviendrons également sur ce sujet.
  • Enfin, troisième cas, les bourgeons floraux peuvent se situer sur une branche qui a poussé deux années auparavant : c’est le cas des cognassiers du Japon (les chaemomeles) qui fleurissent exclusivement sur du bois de deux ans. Vous voyez donc combien il faut être prudent avant de sortir son sécateur. Si vous taillez vos cognassiers du Japon sévèrement tous les ans en mars, il y a de fortes chances que vous ne voyiez jamais de fleurs. C’est pour cela que, au grand désespoir de certains jardiniers, les arbustes semblent parfois fleurir beaucoup mieux dans des jardins abandonnés, ou du moins entretenus de façon très épisodique. Mais je vous rassure, ce ‘succès’ n’a qu’un temps car le manque de soins résulte souvent en une profusion de branches qui sont assez peu esthétiques et finissent par étouffer l’arbuste.

Donc, c’est établi, le forsythia se taille après sa floraison. Mais comment le taille t’on ?

A ce stade de la discussion, il nous faut aborder un autre concept extrêmement important pour la taille des arbustes. Il s’agit de son mode de pousse par rapport à sa base. Les deux extrêmes sont l’acrotonie et la basitonie que l’on peut illustrer simplement par l’image d’un camélia et d’un groseillier. Pour faire très simple, on désigne par acrotones les ligneux qui développent un tronc et qui poussent en hauteur au fur et à mesure de leur croissance. Ce sont les rameaux situés en extrémité des branches, au premier rang desquels l’axe de l’arbuste, qui poussent de la façon la plus vigoureuse. Au cours des années, ces arbustes construisent une architecture pérenne que le jardinier va suivre soigneusement. Au contraire, les plantes basitones émettent régulièrement des pousses depuis leur souche. Ces pousses produisent des fleurs ou des fruits pendant quelques années puis s’épuisent. Le Podcast N°2 de notre Saison 2 intitulé ‘ Comment soigner les arbustes : la taille’ explique en détail ce phénomène d’acro ou basitonie et ses conséquences sur la façon dont l’arbuste pousse et, en conséquence, quel mode de taille il faut lui appliquer. Puisque les branches des arbustes basitones s’épuisent au bout de quelques années, on aidera le renouvellement de l’arbuste en taillant les plus âgées à leur base pour laisser la place à de nouvelles pousses.

Observons un arbuste franchement basitone comme le kolkwitzia. Lorsqu’on a créé un peu d’espace à son pied en éliminant les branches les plus anciennes en fin de printemps, il produit de nouvelles pousses qui atteignent rapidement un ou plutôt deux mètres de haut au cours de l’été. Ce sont des tiges toutes simples, érigées, pas particulièrement gracieuses mais qui se fondent dans le reste de l’arbuste si l’on a pris le soin de répartir les tailles autour du pied. Le printemps suivant, ces nouvelles pousses portent des fleurs à l’aisselle de chacune des feuilles portées par la branche l’année précédente. La floraison est donc un peu parsemée et la pousse commence à s’arquer sous le poids des fleurs et aussi au fur et à mesure qu’elle continue de s’allonger. La floraison achevée, de petites pousses surgissent à l’emplacement de chaque bouquet de fleurs. Des bourgeons floraux se formeront pendant l’été sur ces pousses secondaires et la floraison de l’année suivante sera beaucoup plus dense, et aussi plus lourde. Le phénomène se répète la troisième année et il en résulte une floraison encore plus abondante. Mais ensuite, la branche s’épuise, la floraison devient médiocre et il faut couper la branche pour permettre le renouvellement de l’arbuste. Si vous procédez ainsi, l’arbuste portera toujours des branches âgées de un, deux et trois ans et il fleurira de façon dense chaque année. Il prendra une forme en parapluie, les tiges les plus récentes érigées au centre de l’arbuste et les plus anciennes s’évasant au fur et à mesure qu’elles se courbent sous le poids des fleurs.

Vous pouvez trouver ce mode de taille un peu radical, voire simplet et vous demander si on ne pourrait pas faire demi-mesure et tailler plutôt les branches à la moitié de leur hauteur. C’est une très mauvaise idée : J’ai essayé maintes fois et obtenu des résultats toujours médiocres. Le bas de la tige, âgé, reste laid et le haut manque de vigueur. Et cela est vrai pour tous les arbustes clairement basitones, les cornouillers, par exemple.

Mais revenons à notre forsythia. C’est un arbuste particulièrement intéressant car, à y regarder de plus près, il n’est pas uniquement basitone mais a gardé un peu d’acrotonie. On le nomme donc ‘mésotone’. Autrement dit, vous pouvez décider de conserver certaines tiges et les traiter comme des branches charpentières car il est capable de former des branches secondaires. Vous obtiendrez ainsi une architecture un peu plus complexe qui donnera plus de grâce à l’arbuste. Mais c’est beaucoup plus compliqué car sa fragilité perdure, c’est à dire le vieillissement prématuré de son bois qui a besoin d’être renouvelé. Vous pourrez peut-être garder une branche cinq ou six ans, mais vous devrez ensuite la scier à la base, un travail toujours plus délicat que de supprimer une branche de trois ans.

D’autres jardiniers choisissent de tailler cet arbuste en topiaire. Si la taille a été effectuée avant l’été puis simplement entretenue, le résultat peut être saisissant : une boule ou un carré jaune d’or. En revanche, ce mode de taille n’est pas durable pour un forsythia car il va se dégarnir très vite, faute de renouvellement à la base. Il finit par s’étouffer lui-même dans un fouillis de branches sèches. De plus, la pousse d’après floraison est hérissée et le résultat est en conséquence assez peu esthétique.

Et maintenant, examinons le cas des arbustes acrotones : on parle toujours seulement des arbustes printaniers, ceux qu’il ne faut PAS tailler au début du printemps mais en fin de printemps, une fois qu’ils ont fleuri : les camélias, les rhododendrons et les azalées par exemple. Ils forment en général des fleurs ou des bouquets de fleurs que l’on admire de façon individuelle alors que les précédents forment littéralement des cascades de fleurs. Contrairement aux arbustes basitones dont les bourgeons sont tout petits, ceux-ci forment des bourgeons très gros que l’on peut facilement observer à partir du mois d’août. Mais du coup, les jardiniers pensent qu’il n’est pas possible de tailler ces arbustes alors qu’au contraire ils supportent très bien la taille, s’ils sont cultivés dans un milieu favorable. On peut même obtenir de jolis effets, à condition une fois encore, d’agir au bon moment.

La première taille que l’on peut recommander pour ces arbustes, c’est la taille en transparence. Ils sont souvent très touffus ce qui favorise l’installation d’insectes, les cochenilles par exemple, d’autant que leurs feuilles sont persistantes. Une taille légère qui respecte l’étagement des branches, réduit ce problème. On rentre littéralement dans l’arbuste et on supprime ou on raccourcit les branches secondaires qui partent vers le haut ou vers le bas et qui empêchent la lumière de rentrer dans l’arbuste. Il faut avoir la main légère. Une bonne façon de tester si la taille est suffisante est de demander à quelqu’un de se tenir de l’autre côté de l’arbuste. Avant la taille, vous ne pourrez pas deviner la silhouette de cette personne. Vous pourrez vous arrêter de tailler dès que vous pourrez deviner les contours de la personne en face de vous. La taille vous permet également de rééquilibrer les proportions si par exemple l’arbuste s’est trop développé d’un seul côté, par exemple s’il a été planté trop près d’un autre arbuste.

Un autre type de taille, auquel on ne pense jamais, du moins en France, c’est la taille en topiaire. Et là, contrairement aux arbustes basitones, les arbustes acrotones s’y adaptent très bien. Les haies de camélias taillées de façon très dense sont très fréquentes en Angleterre et offrent un joli spectacle au printemps. En plus, c’est vraiment une bonne idée de haie à feuillage persistant, bien dense, si le climat de votre région convient aux camélias. Au Japon, ce sont les rhododendrons et les azalées qui sont fréquemment taillés en topiaire. Dans le centre de Tokyo, les parterres situés au centre des avenues sont plantées d’azalées taillées en boules de taille, de forme et de couleurs différentes et ils forment des tableaux magnifiques au printemps.

Alors, à vos sécateurs, regardez, réfléchissez et taillez !