S4 E6 Podcast : Jardin et sécheresse, comment les concilier ?

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L’été 2021, très pluvieux, nous avait fait oublier les épisodes de canicule et la sécheresse de l’année précédente. L’été 2022 nous rappelle brutalement que le dérèglement climatique est bien là et que nous devons désormais l’intégrer dans nos pratiques jardinières. Mais, pratiquement, que faire quand la canicule sévit et que nos jardins souffrent ? Face à ce défi, chacun recherche des solutions et certaines sont plus efficaces que d’autres. Nous vous proposons quelques pistes de réflexion.

Blog 2022 08 Sécheresse et jardins, comment les concilier ?

Que faire quand la canicule sévit et que nos jardins souffrent ? Face à ce défi, chacun recherche des solutions et certaines sont plus efficaces que d’autres. Commençons, pour l’écarter bien vite, par une méthode qui me paraît bien saugrenue mais dont l’usage se répand paraît-il.

Il s’agit de peindre sa pelouse en vert

Les californiens, rois des truquages et effets spéciaux (en tous cas dans une certaine banlieue bien connue de Los Angeles) sont confrontés à une sécheresse record depuis près d’un siècle et désormais également à l’interdiction d’arroser leur jardin. C’est bien ennuyeux dans un pays où les propriétaires urbains n’imaginent pas leur villa autrement que posée dans un écrin de verdure dont l’élément principal est une pelouse. Jusqu’à présent, les jardiniers achetaient plutôt quelques rouleaux de gazon et remplaçaient les espaces trop abîmés. Mais la sécheresse se fait trop intense, les rouleaux sont chers et, faute d’un arrosage approprié, la reprise est médiocre, donc on n’est pas très avancé. Alors, de guerre lasse probablement, certains ont trouvé un moyen plus efficace de conserver une jolie couleur verte à leur pré carré, soit en installant du gazon synthétique, soit, plus récemment, en peignant le sol, tout simplement. 
Xtreme Green Grass se présente comme la société de peinture de pelouses leader sur le marché californien. Les affaires se développent vite dans le jardinage en trompe l’œil et le magazine anglais ‘The Economist’, notait déjà en 2014 que le chiffre d’affaires de cette société (dont le nom ne s’invente pas ne s’invente pas !) avait progressé de 75% un an. Pas mal mais moins bien que celui de la société de peintures pour pelouses ‘LawnLift’ dont les ventes ont, elles, progressé de 300% !

Un des arguments de vente de Lawn lift est que la dépense en eau pour arroser les pelouses des particuliers aux USA correspond en moyenne à la moitié de la consommation en eau du foyer. Je répète, pour ceux qui croirait que je me suis trompée dans les chiffres : la dépense en eau pour arroser les pelouses des particuliers aux USA correspond en moyenne à la moitié de la consommation en eau du foyer. On comprend donc facilement pourquoi il est urgent de stopper les arrosages quand l’eau se fait rare partout.
Mais ce n’est pas si facile : si la pelouse cesse d’être arrosée, elle sèche très vite et prend un aspect bien désolé. D’abord, c’est assez laid, mais aussi, le propriétaire se retrouve bien souvent dans une situation de violation du règlement de copropriété qui précise souvent que les pelouses doivent être entretenues.
De là à peindre le sol !  Bien entendu, cette pratique (je me refuse à employer le mot ‘solution’) n’est pas sans inconvénient. Tout simplement parce qu’exposer un produit chimique sur le sol autour de votre maison présente des risques pour votre santé. En fait, cette démarche m’a semblé si incongrue que je me suis renseignée sur les produits… et je n’ai pas été déçue. Outre les irritations possibles aux poumons, aux yeux, à la peau, les producteurs mentionnent que le produit peut avoir des effets potentiellement aigüs. Sans compter que la notice ne met en garde que contre les inconvénients à court terme. Mais s’agissant d’une pelouse autour d’une maison, on doit sans doute envisager aussi les effets à long terme. L’information sur la toxicité du produit est édifiante : récapitulant les différents types de toxicité (chronique, effets mutagènes, tératogènes ou sur le développement) la réponse laconique est ‘aucun connu’. Et pour l’impact sur l’environnement (eco-toxicité et bio-dégradation notamment) : aucune donnée disponible.
Je cite un peu longuement cet exemple de peinture des pelouses parce qu’il illustre bien à mon avis à quel point certains agissements peuvent être déviants par rapport à une fonction initiale. Au même titre que trop regarder un arbre peut faire oublier la forêt, trop regarder les brins d’herbe font oublier la pelouse. La fonction initiale de celle-ci est de participer à la création d’un cadre de verdure, un abri frais et reposant. Mais au fil des années, un conformisme navrant s’est imposé dans ces banlieux californiennes. Quelques arbres et arbustes, une grande pelouse abondamment arrosée, de larges allées bétonnées et le décor est posé pour un pseudo jardin : banal, pratique, demandant peu d’entretien hormis une bonne tondeuse et un réseau d’arrosage. Ni fouillis, ni biodiversité.  Mais quand l’eau vient à manquer, le modèle s’effondre.

Pomper et utiliser l’eau du sous sol

La sécheresse actuelle fait progresser les mentalités partout dans le monde, enfin dans le monde qui se croyait à l’abri de la sécheresse. En particulier, particuliers, agriculteurs et autorités locales qui gèrent l’approvisionnement en eau des villes doivent reconsidérer leur position en ce qui concerne le pompage des nappes phréatiques. Longtemps, les jardiniers des villes ou des champs ont considéré qu’arroser avec des eaux de pompage ne portait pas à conséquence. Il ne pleut pas ? Pas de souci, j’ai l’eau de mon puits, ou du ruisselet qui passe dans mon jardin. Et moins il y avait d’eau à utiliser en surface, plus on pompait. Solution simple… et bête, ça va parfois de pair. Ainsi en Californie environ 65% de l’eau utilisée en 2014 provenait de pompages directs, contre 40% environ les années précédentes. Mais cela n’est juste pas durable et le magazine GEO notait, en août 2021 que la guerre de l’eau aurait bien lieu en Californie. 

Champs irrigués

Le grand public s’est (enfin) rendu compte que le problème est très compliqué, et grave. On réexamine le concept de nappe phréatique et on se rappelle que cette eau de sous sol est un bien commun et que trop pomper entraîne invariablement des problèmes de salinité. Et si l’eau fraîche venait à manquer ?

Salinité (Source : Wikipédia)

Une fois l’urgence reconnue, on réfléchit à des moyens de préserver cette ressource précieuse. Santa Cruz, par exemple, a depuis près de 10 ans rationné l’eau et interdit de remplir baignoires et jacuzzis, tout en instituant des amendes et des classes d’instruction civiques (« water schools ») pour les contrevenants. Les résultats ont été à la mesure des moyens employés : une baisse de 26% de la consommation d’eau dès la première année par rapport à l’année précédente.
Et bien sûr, arme ultime, on peut facturer l’eau à un prix qui reflète la valeur de ce bien rare pour la communauté. Toute l’eau utilisée, c’est à dire celle du réseau de distribution mais aussi celle pompée localement, serait enfin prise en compte et facturée à chaque immeuble… mais en 2025 seulement. Certains progrès ont un peu de mal à passer dans les actes.
En attendant ces mesures radicales, chacun de nous peut commencer par faire le meilleur usage possible de l’eau qui est à sa disposition
Pour commencer, on peut installer des citernes pour récupérer l’eau de nos toitures, ce que les anglo saxons appellent « water harvesting », ou ‘récolte de l’eau. J’aime bien ce terme qui, en la comparant à une récolte, souligne combien l’eau est précieuse. Dans la bible (dans le livre de la genèse), Joseph est enfermé par ses frères dans une citerne avant d’être vendu comme esclave par ses frères. Tiens ? une citerne. Elle était probablement vide à ce moment de l’année, mais oui, le Moyen Orient a une longue tradition de conservation de l’eau. L’eau que l’on récupère ainsi ne permet pas d‘arroser une pelouse, d’ailleurs, on n’y pense même plus, mais elle fournit de l’eau à verser au pied des végétaux les plus fragiles et quelques arrosoirs peuvent faire une vraie différence et éviter la mort de tel ou tel joli arbuste.
Sans aller jusqu’à la récupération bien organisée de toutes les eaux grises de la maison, une solution à laquelle on viendra peut-être, on peut aussi reprendre les gestes que l’on a vu faire à nos grands-mères qui ne perdaient pas une cuvette d’eau de rinçage des légumes, par exemple.
Mais surtout, il faut soigner le jardin de telle façon que toute goutte qui tombe au sol lui profite et dure ! Bien sûr un orage violent ou un épisode de grêle peuvent causer des dégâts par leur violence. Mais il n’empêche qu’il faut à tout prix récupérer toute l’eau qui tombe, parfois bien violemment. Cela veut dire entretenir la perméabilité du sol et réfléchir au circuit de l’eau qui ruisselle. Autant que possible il faut retenir l’eau chez soi et l’empêcher de filer dans les égouts, au demeurant bien souvent saturés lors d’un épisode orageux. Cette préparation consiste à :

  • Repérer et supprimer autant que possible tous les endroits où le sol a été imperméabilisé. Le fameux ‘drive in’ des américains, l’entrée du garage, certaines circulations. Et les remplacer chaque fois que c’est possible par des grilles au sol au travers desquelles l’herbe pourra pousser et être tondue.
  • Installer de larges cuvettes autour des arbustes. Si le jardin est en pente, il faut souvent renforcer le bord de la cuvette, au haut et en bas, par des pierres.
  • Installer des paillages sur les parterres : cela permet d’absorber beaucoup d’eau mais, pour une bonne efficacité, il ne faut pas se contenter de recouvrir le sol, il faut installer une bonne épaisseur (3 ou 4 cm). Et si vous n’avez pas de paille, pas de souci, les tontes de gazon, le mulch, toutes sortes de débris végétaux conviendront parfaitement.

En fait, l’idée conductrice est qu’un sol ne doit jamais être laissé nu, et surtout s’il est ‘battant’, c’est-à-dire s’il a tendance à se compacter sous l’effet des gouttes d’eau. C’est le propre des sols contenant une forte proportion d’argile ou de limons. Les sols sableux ne sont pas battants.
Et quand on a épuisé toutes ces solutions simples : que faire quand il n’y a pas d’eau ? Certes, nous n’avons guère eu à arroser nos pelouses l’été dernier (en 2021). N’empêche, on savait que la sécheresse reviendrait bien une année ou l’autre, surtout si le réchauffement climatique se poursuivait… Et c’est bien le cas.
Donc il faut réfléchir sur le long terme. Et l’attitude qui paraît la plus raisonnable est de s’adapter. Pour cela, on a besoin de réfléchir et peut être,  de changer de repères : que souhaite-t-on dans son jardin, un havre verdoyant ou un tapis d’herbe ?
Déjà, on peut adapter notre façon de tondre ou de faucher. La température au sol varie en effet largement selon la hauteur de l’herbe qui le recouvre. Si l’herbe est laissée haute, le sol se maintiendra à environ 19 ou 20°. L’herbe coupée à 10 cm, ce qui est assez haut, résultera en une température de 24 ou 25°. Mais si l’herbe est coupée à ras, laissant le sol nu, celui-ci subira des températures de plus de 40°. La différence est donc très sensible. Laisser un sol chauffer au soleil a de graves conséquences sur la biodiversité car toute la faune qui vit proche de la surface du sol est détruite. On peut donc adopter une attitude différenciée : on continue à faucher les allées sur une largeur juste suffisante pour permettre une circulation facile et on laisse haute l’herbe tout autour.

Ensuite, on peut adapter la gamme végétale. Les jardiniers japonais sont depuis longtemps passés maîtres dans l’art du trompe l’œil. Et à défaut de pouvoir faire pousser un gazon tel qu’on le conçoit en Europe, ils créent des oasis verdoyantes. 

Oasis à Paris : Parc André Citroën (Paris)

Si l’on recherche absolument cet effet de tapis vert, certains végétaux couvre sols sont particulièrement bien adaptés. Les japonais ont développé l’art de faire pousser de très nombreuses variétés de mousses, à développement plus ou mois dense et dans une gamme étendue de verts.  Ceci leur permet de choisir les variétés les mieux adaptées à chaque jardin. Certaines mousses ne s’établissent bien que dans des milieux bien humides, mais d’autres, si elles sèchent en été, reprennent vite des couleurs aux premières pluies d’automne. 

En France de nombreuses variétés de géraniums vivaces résistent très bien à la chaleur. Et des tapis de sédums nains commencent à apparaître dans les espaces publics très arides, la ligne T9 à Paris, par exemple. Et si on souhaite un peu de hauteur on peut choisir des arbustes tels que les mahonias, les berbéris, les osmanthes ou les filaires. En revanche, je ne vous conseille pas les banquettes d’azalées comme ci-dessous, à Kyoto. Pas d’eau, pas d’azalée.

Pour les parcs et grands jardins, on peut remodeler l’espace petit à petit et en observant l’évolution de la flore, en particulier des graminées qui s’installent au fil des saisons, aller dans le sens de ce que l’on observe et choisir des plantes dans les mêmes familles que celles qui s’installent spontanément, un sujet sur lequel nous reviendrons, c’est sûr.

Au fond, la seule règle à suivre est de regarder la nature en grand et en petit et de s’adapter en conséquence.

Trottoir colonisé

S4 E5 Podcast : Le jardinier, gardien de l’écosystème

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Le Jardin des Merlettes insiste depuis sa création en 2007 sur l’importance du développement durable, un concept économique articulé au départ pour mieux concevoir et gérer les projets de développement dans les pays pauvres et qui, revisité en ‘jardinage ‘durable’, propose au jardinier d’assumer un nouveau rôle, qui n’est plus seulement de produire des fleurs, des légumes et des fruits, mais de participer à un effort plus large d’équilibre et de bien être de la société tout en œuvrant, entre autres missions, à la protection, voir au développement de la biodiversité. Tout un programme !

Blog 2022 08 : Le jardinier, gardien de l’écosystème

Chaque mois d’avril, une semaine est dédiée au ‘développement durable’. Beaucoup de manifestations jardinières tournent autour de ce thème. Le Jardin des Merlettes insiste depuis sa création en 2007 sur l’importance de ce concept pour le jardinier, qu’il soit amateur ou professionnel. Notre jardin a en effet été créé pour participer à l’émergence d’une nouvelle forme de jardinage, le jardinage ‘durable’. C’est un concept par lequel le jardinier assume un nouveau rôle, qui n’est plus seulement de produire fleurs, légumes et fruits, mais de participer à un effort plus large d’équilibre et de bien être de la société.

Durable est la traduction de ‘sustainable’ (soutenable), un concept économique développé vers la fin des années 70 pour les projets de développement de ce qu’on appelait alors le Tiers Monde. On remettait (enfin) en cause l’aide apportée par les pays développés et qui se concentrait trop souvent sur des mesures prises dans l’urgence. Cette aide n’apportait souvent aucune solution à terme ou ne prenait pas en compte l’épuisement de certaines ressources naturelles. Et, peut-être plus grave encore, on ne tenait pas compte de l’organisation du travail dans la société sur place, ce qui fragilisait souvent l’équilibre des projets. On a progressivement intégré l’idée d’aide durable en créant des projets capables de s’auto-supporter financièrement (la contrainte économique) et sans porter atteinte à l’accès des générations futures aux ressources naturelles (la contrainte écologique). Mais le concept s’est très vite élargi car les économistes ont réalisé que les impératifs écologiques et économiques n’étaient pas suffisants et que la dimension sociale devait également être prise en compte. En effet les règles de fonctionnement de la société dans lequel est conçu chaque projet, la répartition du travail entre hommes et femmes par exemple, sont souvent lourdes de conséquences sur le succès d’un projet.

Cette façon d’analyser les projets sous ces différents angles de vue a été largement adoptée depuis une dizaine d’années. Cette approche enrichit les projets de développement en leur apportant plus de profondeur et de solidité. Mais elle est également applicable à l’art des jardins selon les trois dimensions, ou ‘piliers’ du développement durable, à savoir :

  • La dimension écologique : par l’adoption de techniques culturales adaptées
  • La dimension économique : en concevant et en appliquant un plan de gestion contraignant
  • Et enfin, en tous cas pour les jardins publics, la dimension sociétale : en respectant un objectif de consensus social, un jardin pour tous.

Un impératif écologique: il s’agit d’adopter des techniques culturales adaptées et de protéger la biodiversité

Les techniques culturales durables : soigner le sol

On parle ici de non travail du sol, de paillages et de connaissance des propriétés physiques du sol du jardin. Ces techniques culturales sont au centre des stages qui ont lieu au jardin pour apprendre à préparer le sol et à le protéger. Le point principal est que le jardinier doit accepter de passer un peu de temps pour mieux connaître son sol (sa structure, sa perméabilité, par exemple…) et le soigner en conséquence car la fertilité du sol est littéralement exponentielle s’il est bien soigné. Notre propos peut paraître exagéré, mais vraiment, cela vaut la peine d’essayer.

La biodiversité ordinaire

Il s’agit ensuite, ou plutôt, simultanément, de se préoccuper de la biodiversité existant au jardin. Et là, on parle de toutes les plantes et les bestioles ‘ordinaires’ qui vivent dans la même région que nous. …..  Il s’agit de respecter tout ce qui est endémique, c’est-à-dire tout ce qui est naturellement présent dans notre région. Et on comprend donc bien que ce ne seront donc pas les mêmes espèces et variétés en Bourgogne et en Normandie par exemple. Quoique bien sûr, le réchauffement climatique entraînant des migrations tant des plantes que des animaux, il en résulte une certaine confusion sur ce qu’il est ‘normal’ de trouver dans telle ou telle région.

En ce qui concerne la biodiversité en tous cas, une des premières priorités du jardinier va être de protéger la diversité des ‘mauvaises herbes’ et des insectes’. Il ne s’agit donc pas d’un combat glorieux pour quelque chose de tout à fait extraordinaire, comme un oiseau magnifique ou une orchidée rare, mais plutôt de s’assurer que le nombre de variétés de plantains ou de pissenlits ne diminue pas, pas plus que celui des espèces de cloportes et autres crustacés terrestres. Ces plantes et animaux bien modestes sont en effet complètement intégrés à la chaîne du vivant et chaque maillon a son importance.

On veillera donc à créer des refuges pour les insectes en gardant des bandes enherbées, des jachères ou des zones réservées, si on a assez de place. J’insiste sur les insectes, plus que sur les oiseaux, parce qu’ils se situent en amont. Or on ne peut pas jardiner avec la nature sans s’intéresser au monde des insectes. Plus on regarde, mieux on comprend les interactions, plus on est efficace pour protéger ses plantations. Faire fuir les indésirables, attirer les auxiliaires, cultiver puis préparer les plantes essentielles en phytothérapie, c’est un programme au long cours qui s’installe dans l’agenda du jardinier. Cela prend peu de temps et en fait gagner beaucoup. Le plus long, c’est de comprendre ce qui se passe : à chaque saison, ses soucis. Plus une action est spécifique, plus elle est efficace. Au jardin, nous proposons deux stages différents sur les ravageurs et maladies du jardin. L’approche générale est bien sûr la même pour les deux, mais les soucis sont différents selon la saison où se tient le stage, printemps ou automne. Regarder régulièrement son jardin pour détecter les soucis est la base. On peut ensuite poser sûrement un diagnostic, identifier le problème, maladie ou invasion, et alors seulement, agir.

Libellule

La gamme variétale

Préserver la biodiversité, c’est aussi penser à planter des variétés locales, en particulier des espèces fruitières. Et contrairement à certains préjugés, cela laisse un grand choix. Nous avons installé au Jardin des Merlettes un jardin d’arbustes et un conservatoire d’espèces fruitières bourguignonnes qui montrent la richesse de la gamme disponible.

Fête des fruits à Saint Loup

Enfin, autant que possible, il faut respecter le cahier des charges de l’agriculture bio

C’est à dire n’utiliser aucun produit chimique et favoriser les semences et plants issus de la filière ‘bio’. Si ça semble difficile, on peut tout simplement commencer en supprimant tous ces produits en ‘cide’ et observer les résultats au jardin. En particulier, on voit revenir assez vite des papillons et insectes de toutes sortes.

De même qu’il y a des parcours de santé pour les humains, on peut installer un parcours de biodiversité au jardin. Ce parcours recense les étapes à franchir pour que le jardin et ses hôtes disposent des ressources nécessaires à leur autonomie et à leur protection. On fait un premier pas, puis un autre et le jardin devient progressivement plus naturel et favorable à la biodiversité. On observe par exemple une multiplication des espèces : par exemple, et comme déjà mentionné dans d’autres de nos podcasts, ce n’est désormais plus une espèce mais de nombreuses espèces de coccinelles qui s’attaquent à nos pucerons pour protéger le jardin. Des contraintes économiques

Des contraintes économiques : Le plan de gestion du jardin

L’objectif du plan de gestion

Le plan de gestion sert à prévoir l’avenir du jardin tout en respectant certaines contraintes financières et humaines. Il prévoit la séquence des tâches qui doivent être accomplies chaque année mais aussi, à plus long terme, l’évolution des végétaux du jardin tout au long de leur cycle de vie : les arbres et arbustes qu’il faudra remplacer, l’évolution de leur volume, etc.

On cherche également à définir quel niveau d’entretien minimum est nécessaire pour les différents secteurs du jardin selon l’effet que l’on souhaite obtenir. Les parcs et jardins ouverts à la visite doivent économiser leurs ressources financières qui s’amenuisent au fil du temps. Faute de moyens, on ne peut plus entretenir les jardins comme au temps de Louis XIV, ni même au siècle dernier. Pour garder l’esprit des jardins et leur rendu esthétique, mais avec beaucoup moins de moyens, il faut établir des priorités. On va donc, par exemple, définir des zones de prestige, où l’entretien sera très soigné et d’autres catégories, pour des espaces qui demanderont moins de travail de suivi, jusqu’à même l’espace quasi naturel, qui ne nécessitera qu’un faucardage occasionnel..

Pour établir un plan de gestion durable pour un espace vert, on devra prendre en compte tous les coûts, c’est-à-dire les végétaux (les semences, plants et arbustes…), tous les intrants (eau, énergie, traitements, coût du matériel et de son entretien), le coût du travail et les intervenants extérieurs (élagueurs, dendrologues, techniciens et conseillers)… pour pouvoir répartir les ressources disponibles en respectant les priorités établies lors du zonage.

Topiaires au Parc de la Source (Orléans)

Mais ce raisonnement de gestion durable ne s’applique pas qu’aux espaces collectifs : le jardin familial est, lui aussi, soumis à des contraintes économiques ou édaphiques. Qu’il s’agisse du temps disponible, de l’équipement ou du coût des fournitures diverses, les ressources familiales ne sont pas infinies non plus. Autant les prendre en compte quand on prévoit son jardin. Voici quelques exemples concrets à éviter :

  • Des haies taillées très denses qui demandent plusieurs tailles par an, ce que les paysagistes ont surnommé ‘le béton vert’
  • A éviter aussi : les parterres de plantes annuelles ou de rosiers dont le sol est laissé nu et ceux dont l’accès est difficile pour le jardinier qui doit les désherber
  • Et bien sûr, de larges surfaces de gazon installées dans des conditions édaphiques défavorables

Au contraire, on peut essayer de favoriser :

  • Des haies variées en port libre
  • Des strates variées, y compris la strate herbacée (pour les insectes)
  • Le paillage systématique ou le ‘mulching’ des parterres
  • Un meilleur usage des arbustes

Un jardin qui s’adapte aux contraintes du jardinier

En bref, un jardin ‘durable’ est un jardin qui s’adapte. Il est difficile d’éviter de faire des erreurs lors de la conception d’un jardin. Une erreur courante consiste à pécher par optimisme et à mal apprécier la masse de travail qui sera nécessaire pour entretenir correctement ce que l’on souhaite planter. Mais on peut souvent rectifier par la suite, à condition de comprendre où le bât blesse. Nous avons ainsi planté au Jardin des Merlettes des parterres de rosiers de façon traditionnelle, en sous estimant largement le nombre d’heures de désherbage que ce choix entraînerait. Tout simplement parce que les parterres en sol poyaudin sont beaucoup plus difficiles et longs à désherber que ceux de la vallée de Loire, au sol sableux, donc légeret dont nous avions l’habitude. Nous avons dû déplacer certains rosiers pour aménager de plus petits parterres autour desquels il est facile de passer la tondeuse. Un autre exemple : certaines parties du jardin sont gorgées d’eau en hiver. Nous avons installé des mini collines au potager. Surélever nos plantations de 20 ou 30 cm permettent d’éviter certains dégâts. A suivre.

Le rôle du jardinier dans la société : une dimension humaine inégalée

Quand on demande aux gens quels métiers ils trouvent les plus sympathiques, les jardiniers se retrouvent tout en haut de la liste. C’est parce que le jardin est actuellement ressenti comme un des meilleurs endroits d’échange et de partage amical. En plus de cultiver son jardin, le jardinier remplit plusieurs missions :

Le jardin est vecteur de consensus social et de réinsertion

  • Le jardinage est une activité qui fait appel à l’observation, à la mémoire et au savoir. Il est accessible à tous, pourvu qu’on en aie l’envie.
  • C’est un travail physique où l’on endure la pénibilité de certaines tâches et où l’on est confronté à la force de la nature : dureté des sols, force du vent, pluies battantes, soleil écrasant.. Ces épreuves renforcent toujours les liens entre les participants. D’ailleurs, les stages dont nos élèves gardent le meilleur souvenir sont toujours des stages effectués dans des conditions climatiques difficiles… à notre corps défendant !

Le jardinage favorise les relations de proximité

  • C’est dur de travailler tout seul. De plus, les jardiniers aiment bien partager leurs expériences. C’est l’occasion de s’entraider, et aussi pour les anciens ou les plus expérimentés, de former les plus jeunes.
  • Travailler ensemble et ensuite, partager : un bon jardinier récolte en quantité, des fleurs, des légumes, des fruits. On a souvent trop d’un petit nombre de choses et chacun connaît des réussites et des échecs : c’est l’occasion d’échanger avec ses voisins.

Le jardinage participe à conserver la mémoire du vivant, les savoir faire et les connaissances locales

  • La taille des arbres dans certaines formes, par exemple, la conduite des arbustes fruitiers en formes palissées, mais aussi les tétards des haies, les plessis ou pléchages.
  • Certaines techniques pour la conservation des récoltes : construction de silos enterrés, transformation ou conservation de certains aliments (les poires tapées en Puisaye)
  • La connaissance des particularités locales édaphiques : en particulier concernant le sol et le climat. En janvier 2012, les personnes les plus âgées en Bourgogne nous rappelaient qu’en 1956 aussi, le printemps s’était invité au début de l’hiver, jusqu’à la fin janvier. S’en était suivi du 1er au 27 février 1956, la pire vague de froid depuis 1947. Dans les temps de canicule que nous subissons actuellement, c’est important de se souvenir que d’autres générations ont enduré aussi de grosses difficultés. Cela protège du défaitisme ambiant.
  • Les jardiniers privés participent également activement à la préservation des variétés locales, qu’il s’agisse d’arbres fruitiers, de légumes ou de plantes naturelles, grâce aux espaces préservés de leur jardin.

Quand on parle de la dimension sociale, ou plutôt sociétale du jardinage, il y a un aspect qu’il peut être très utile de se rappeler, c’est sa dimension thérapeutique

Le jardinage thérapeutique : l’exemple de l’association Thrive

L’exemple le plus concret de mise en œuvre de cette vertu ‘soignante’ du jardinage est fourni par l’association THRIVE, créée sous l’égide de la Royal Horticultural Society au Royaume Uni et qui organise et gère des jardins thérapeutiques. Sa devise : ‘Utiliser le jardinage pour changer les vies’ (‘Using gardening to change lives : social and therapeutic horticulture’) : Rien que ça! Les jardins qu’elle conçoit sont adaptés pour servir d’ateliers pratiques pour des personnes en situation de handicap, physique ou mental.

Thrive crée des jardins, forme du personnel d’encadrement, milite pour imposer le jardinage comme vecteur de réinsertion sociale. Son succès depuis sa création, en 1978, est phénoménal : plus de 900 jardins créés, aidés ou encadrés à ce jour. Et plus elle crée de jardins, plus on lui en demande !

Un petit plaidoyer pour conclure ce podcast : un chemin vers le BNB

Jardiner ‘durable’ c’est remettre en cause ses habitudes : travail du sol (béchage) ou couverture du sol (paillis, mulching), taille ou éborgnage, cassage ou arcure des arbres fruitiers, etc. C’est aussi s’éloigner du productivisme et privilégier plus de qualité et de diversité.

On peut aussi y ajouter un poil de philosophie : jardiner, c’est être dans l’instant présent. Rien ne ‘vide’ autant la tête que de soigner des plantes, que l’on prépare une planche au potager, qu’on récolte des graines ou qu’on cueille des fleurs pour un bouquet. Ce que les yogis mais aussi les thérapeutes appellent, ‘la pleine conscience’. Et cela nous rapproche d’une autre notion : le BNB (ou Bonheur national Brut), un concept inventé au Bhoutan. Si on parlait un peu de nous, juste histoire de voir d’où nous tirons nos moments de bonheur ? Le jardinage est probablement un élément à retenir pour améliorer cet indice.

On nous annonce pour bientôt des restrictions de toutes sortes, mais, tout comme le BNB du bonheur s’oppose au PNB de la productivité, la ‘sobriété heureuse’, un concept remis en avant (mais non inventé) par Pierre RAHBI, s’oppose à la consommation effrénée. Sobriété, pleine conscience, des façons de profiter de la vie qui s’accordent bien avec les jardiniers. A réfléchir !

S1 E7 Podcast : Le calendrier du jardinier

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Parler d’un calendrier pour le jardinier, ça semble aller de soi. On se doute bien qu’il y a un moment favorable pour chaque chose. Mais si l’on veut être tout à fait honnête avec nous-mêmes, sommes-nous vraiment sûrs d’être bien organisés ? Avons-nous vraiment pris en compte les priorités du jardinier et surtout, la plus contraignante d’entre elles, le temps du jardinier. Quelles tâches doit-il accomplir tout au long de l’année et dans quel ordre ?

Nous vous proposons de commencer par dire pourquoi et comment il faudrait organiser notre calendrier annuel. Ensuite, pour que tout le monde soit à l’aise, on va rappeler tout ce qui nous empêche de faire les choses quand il le faudrait. Parce que, disons-le, on arrive rarement à tout faire. Mais quand on planifie un peu les choses, on arrive quand même nettement mieux à les faire à temps, et de plus en plus souvent.

Et pour aller plus loin : deux stages au JDM

  • Préparer son jardin aux plantations
  • Protéger les arbres fruitiers des insectes prédateurs et des maladies en lutte intégrée

Blog 2021 12 : la plantation des arbres et arbustes en automne : pourquoi à la Sainte Catherine ?

Et voici de nouveau la Sainte Catherine, une journée qui marque le début de la période la plus favorable pour la plantation des plantes pérennes, arbres et arbustes: « À la Sainte Catherine, tout arbre prend racine… ». Cette saison va durer jusqu’aux froids de janvier, sauf épisodes neigeux. En 2009 il a neigé le 19 décembre, en 2010, dès le 19 novembre. En 2021, on a vu les premières neiges en Val de Loire le 3 décembre.

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Pourquoi planter en novembre ?

Le système souterrain (les racines) travaille en différé par rapport au système aérien (les feuilles).

En automne, la sève se retire dans les racines (elle ‘descend’), entraînant la chute des feuilles. A partir de ce moment la partie aérienne de la plante entre en repos végétatif. Mais les racines, elles, continuent de pousser. Planter un arbre en novembre permet donc à son système racinaire de bien s’installer avant les grands froids. Au printemps, l’arbre repartira avec d’autant plus de vigueur que son système racinaire sera bien développé. Il sera également plus résistant en cas de sécheresse. Au printemps, l’inverse est vrai, et les bourgeons se réveillent avant les racines.

On plante maintenant les arbres et arbustes à racines nues.

Certains rosiéristes ou obtenteurs d’arbres réputés n’expédient leurs plantes qu’à partir de la fin novembre. Donc, pas de panique pour ceux qui souhaitent encore réfléchir à quelques commandes, la saison bat son plein encore pour quelques semaines.

On peut planter jusquau début de lhiver

Cependant, on ne peut planter qu’à condition que le sol ne soit pas gelé. La période la plus favorable s’étend sans conteste de mi novembre à mi décembre car les racines ont le temps de bien s’installer avant les grands froids de janvier.

Préparer les végétaux

Praliner pour réhydrater avant de planter

Le pralin est un mélange de bouse de vache séchée, d’argile et d’eau. On trempe les racines de la plante dans un pralin pour que le chevelu de la plante soit imprégné d’une substance favorable à son développement. Mais le pralinage sert surtout à réhydrater la plante avant la plantation. C’est une précaution très importante car les végétaux souffrent lors des manipulations et attendent parfois quelques semaines entre arrachage et replantation. A défaut de pralin, un trempage dans un seau d’eau fera l’affaire, et cette étape est indispensable. Laissez donc ‘boire’ vos plantes avant de les planter.

Pralinage

Mettre les végétaux en jauge

Si l’on ne peut pas planter des végétaux dès leur réception, il faut défaire le paquet d’expédition le plus rapidement possible. Attention, le séjour dans un garage ou pire, dans une cave, s’il protège les plantes du gel, n’empêche pas leur déshydratation, au contraire. Or celle ci est très dangereuse pour les racines. Il faut donc mettre les plantes en jauge, c’est à dire placer tout le chevelu dans un trou, le recouvrir de terre ou de sable et arroser. Protégée ainsi du gel et de la soif, la plante attendra le jour de sa plantation et si plusieurs jours ou même plusieurs semaines se sont écoulés avant la plantation, le jardinier pourra constater que le système racinaire s’est développé dans la jauge en produisant de nombreux petits radicelles. Attention donc aux garages desséchants.

Jauge de sable

Protéger les végétaux pendant la plantation

Le dessèchement des racines est dangereux pour la bonne reprise des végétaux. Alors il faut les protéger jusqu’à ce qu’ils soient bien plantés. Cela implique en particulier de se méfier du vent pendant la plantation. Lorsque l’on commence à planter et qu’on sort les plantes de la jauge pour les apporter sur le lieu de plantation, on oublie souvent de les protéger. Pas de souci si vous ne plantez que deux ou trois sujets. Au delà, il faut penser à entourer les racines des arbustes en attente avec une bâche ou un carton pour éviter que les racines ne se dessèchent. Même une demi journée en plein vent peut endommager le chevelu racinaire. Un simple carton fait l’affaire. Simple et très efficace, encore faut il y penser.

Tailler ou rafraîchir ?

On préconise généralement de rafraîchir les racines, c’est à dire de tailler légèrement leur extrémité (photo du milieu). Si le chevelu est en bon état (photo de gauche), ce n’est pas forcément nécessaire. Il suffit de vérifier qu’aucune racine n’est abîmée et qu’un chignon n’est pas en train de se former, sinon bien sûr, il faut tailler (photo de droite). Il en va de même pour les branches, mais la plantation n’est pas forcément le bon moment de faire une taille de mise en forme. Cela peut attendre quelques jours.

La plantation proprement dite

Un vieux débat, la taille du trou à préparer

Faut il un gros ou un petit trou de plantation, le faire à l’avance ou au moment de planter ? La réponse est simple : ça dépend du sol. En sol argileux, il ne sert à rien de s’y prendre à l’avance car une pluie qui survient bouche le trou et le sol fraîchement remué et imprégné d’eau est beaucoup plus long à ressuyer, rendant la plantation difficile. Dans une terre à lapins très poudreuse et légère, ce n’est pas non plus la peine de s’y prendre à l’avance car la plantation est rapide. Il n’y a donc que dans les sols très difficiles où l’intervention d’un engin, est nécessaire, que l’on prépare les trous de plantation à l’avance. Nous avons ainsi dû creuser à la pelleteuse à certains endroits du Jardin des Merlettes envahis de silex.

Préparer soigneusement le trou

En particulier, il faut s’assurer que les parois ne sont pas lisses après le passage de la bêche. Si c’est le cas, les griffer. Et dimensionner le trou en fonction de la taille de la motte à installer : parfois large et relativement plat (certains arbres fruitiers, les pommiers par exemple) ou au contraire relativement étroit et profond (pour les rosiers).

La taille nécessaire pour le trou dépend également de l’état du sol

Meilleur le sol, plus petit le trou à préparer car les racines y feront facilement leur chemin. En revanche, un sol compact demandera la préparation d’un volume plus grand. Si l’on doit creuser profond, attention aux horizons du sol : il faut veiller à ne pas les inverser pour protéger la vie du sol. Les insectes, mais aussi les vers de terre et les bactéries vivent à des profondeurs très spécifiques. Les enfouir trop ou, au contraire, les amener trop en surface, peut provoquer leur disparition.

Faut-il apporter des engrais à la plantation ? Tout dépend de votre sol, encore une fois.

Beaucoup de jardiniers ont l’impression d’aider leurs jeunes arbres en leur apportant un engrais au moment de la plantation. Une nourriture facilement assimilable, en quelque sorte un viatique pour les premiers mois d’adaptation. Mais dans un sol bien structuré et vivant, il n’y a pas besoin d’engrais. Ce n’est certes pas le cas partout, mais nous pensons que le jardinier doit soigner son sol tout au long des années. Si c’est le cas, il n’y a pas de soin particulier à apporter lors de la plantation. Et sinon la poignée d’engrais n’est qu’un cautère sur une jambe de bois !

Se méfier des engrais près des racines 

En effet, les engrais peuvent brûler les racines. Cela vaut aussi pour le fumier, s’il n’a pas eu le temps de se décomposer et de se transformer en compost. Ne pas enfouir non plus d’herbe au pied de l’arbre. En se décomposant, elle perturbe les échanges gazeux et se révèle nocive.

Préparer très en avance

Si vous êtes convaincus par nos explications, essayez de prévoir dès maintenant vos plantations de l’an prochain et d’installer bâches, mulch et BRF pour faire revivre le sol de votre jardin aux endroits que vous souhaitez planter.

Voir le stage ‘Soigner le sol de son jardin’

La hauteur à laquelle on plante l’arbre ou l’arbuste par rapport au sol est très importante

Il faut absolument éviter d’enterrer le collet (la limite entre la partie souterraine et la partie aérienne) de la plante car ceci entraînerait le pourrissement de certains arbres et l’affranchissement de certains autres. Pour éviter de se tromper, on place un bâton en travers du trou de plantation, bien en appui sur le sol des deux côtés du trou, et ceci sert de repère. Et nous vous recommandons aussi de planter à deux. L’un maintient le sujet, l’autre apporte la terre, ce qui évite que la plante descende ou se mette de travers au fur et à mesure que l’on ajoute de la terre. Ainsi on plante droit et au bon niveau !

On dispose les racines bien écartées

On les place en étoile, éventuellement en les plaçant sur un petit dôme de terre, si leur forme s’y prête. Chacune partira ainsi dans sa propre direction et un volume maximum de terre sera investigué par le système racinaire.

On recouvre de terre

On ne jette pas de grandes pelletées, mais on émiette la terre à la main en vérifiant qu’elle glisse bien entre les racines. Le sujet doit pouvoir tenir droit même avant qu’on ait tassé la terre à la main, (et non pas au pied !).

Enfin, on arrose à l’arrosoir, au goulot, pour finir de tasser la terre

Au Jardin des Merlettes, où le sol est très argileux, ceci ne s’impose pas car la première pluie se chargera de tasser le sol très soigneusement émietté. En revanche, on met un peu plus de terre au pied de chaque arbre car la terre qui a foisonné à la plantation prendra beaucoup moins de place une fois arrosée et certaines racines pourraient se trouver à nu.

Piquets et haubanage

Il est généralement nécessaire dattacher la plante à un piquet pour la protéger du vent

Le vent secoue en effet les plantes et ralentit ou empêche le développement du système racinaire. Le piquet doit être enfoncé bien profondément, plus que la hauteur de terre remuée à l’occasion de la plantation.

On commence par installer le piquet, si possible du côté du vent dominant, puis on présente l’arbuste et on le plante de façon à ce que ses branches ne soient pas gênées par le piquet. Au cours de l’hiver, il faut vérifier que l’arbuste ne frotte pas contre le piquet et, si c’est le cas, installer une petite séparation, en caoutchouc ou en polystyrène par exemple. Et par la suite, penser à desserrer le lien pour ne pas étrangler le jeune arbre. Il faut également se méfier de la gêne que peut occasionner un piquet pour le développement des branches latérales. Sur la photo ci dessus, on voit que le cyprès chauve (Taxodium Distichum) ne peut pas développer de branche sur presque la moitié de sa circonférence. Le piquet a été retiré depuis mais il est trop tard pour que de nouvelles branches poussent au bas de l’arbre. Celui ci restera donc déséquilibré pendant encore quelques années.

Il faut parfois haubaner

Un piquet seul n’est parfois pas suffisant si l’arbre a besoin d’être attaché par plusieurs angles. Ce n’est généralement pas le cas quand on plante petit, ce que nous recommandons chaque fois que possible. Quand on cherche à restaurer un alignement et que l’on a besoin de planter une ébauche d’arbre, il faut haubaner. Pour un jeune scion, ce n’est pas nécessaire.

Protection et grillage

Quand on a suivi toutes ces dispositions, l’arbuste est bien planté, bien installé, mais la tâche n’est pas finie. Il faut en effet penser à le protéger du mauvais temps et des ravageurs.

Installer un paillage au sol

Cela protège (un peu) contre les mauvaises herbes et surtout évite l’évapotranspiration. Les printemps récents ont été très secs. Le paillage diminue le besoin en arrosage. Il est plus ou moins efficace contre les mauvaises herbes mais le sol, protégé du martèlement des gouttes de pluie par le paillage , reste meuble et est plus facile à désherber. Tant mieux car il est important de désherber le pied des arbustes dans leurs jeunes années, pour éviter la concurrence des graminées, très gourmandes en eau. C’est vrai qu’un dispositif aussi important que sur la photo ci-dessous peut faire sourire car on devine à peine le jeune scion de pommier à côté du bambou, mais ‘petit scion deviendra vite grand’, surtout s’il est bien protégé ! Le feutre est dévoré en deux ou trois ans par les petites bêtes du sol, juste le temps qu’il faut à l’arbuste pour s’implanter. On retire ensuite la toile verte et on la remplace par notre paillage fétiche composé de carton, fumier et mulch ou fétiche qu’on renouvelle environ tous les trois ans.

Super protection : toile verte sur feutre

Installer un grillage

Pas de problème si votre jardin est en ville, quoique… il faut aussi se méfier des griffes du chat du voisin. Et, en pleine campagne, penser à adapter la taille du grillage à celle du ravageur, petit, moyen ou gros gibier ! On ne protège pas contre des lapins ou des lièvres de la même façon que contre des chevreuils ou des sangliers. Et surtout, ne pas attendre mais mettre les protections en place dès la plantation !
Le Jardin des Merlettes est protégé par un grillage assez haut qui évite les incursions de chevreuils. Mais nous installons systématiquement des filets autour de nos nouvelles plantations car les lièvres du jardin sont très curieux. Ils ont besoin de goûter tout ce que l’on plante. Quand ils cisaillent un bout de branche, cela n’est pas dommageable. En revanche, c’est beaucoup plus grave quand ils s’attaquent au tronc or on ne s’en rend pas forcément compte tout de suite. En général, on installe maintenant un protège tronc souple puis un grillage en seconde protection. Nos voisins qui sont exposés aux ravages des chevreuils sont obligés de construire une protection beaucoup plus importante.

En résumé : planter bien, c’est planter soigneusement, en prenant son temps. Au Jardin, on compte que l’on peut, à deux personnes, planter environ 10 à 15 arbres par jour lorsque le travail est fait par des jardiniers amateurs, dans un terrain sans grande difficulté et que le chantier a été préparé, c’est à dire que tous les outils et le matériel nécessaire sont à disposition. Je parle ici d’ébauche d’arbres qui ne font pas plus de deux mètres de haut et qui n’ont pas encore développé de branches secondaires. Ce temps comprend aussi la mise en place des piquets, d’un petit grillage pour protéger le tronc et d’une couverture au sol. Pour les arbustes, on prévoit de planter environ 20 à 25 arbustes par jour.

Une bonne plantation est un gage de bonne reprise, alors, à vous de jouer !

Et, pour conclure, nous vous proposons ces photos de notre roseraie juste à la plantation, puis un an et trois ans plus tard

Pour ceux qui voudraient aller plus loin, nous vous rappelons aussi notre stage de création et plantation de verger

Voir le stage de plantation et gestion de verger

Blog 2021 08 : Le désherbage du jardin, pour quoi faire ?

Une tâche bien ingrate, désherber son jardin. A quatre pattes devant les parterres, de préférence un tapis sous les genoux, mais quand même… D’autant qu’il vaut mieux commencer avant ou dès le départ de la végétation c’est à dire en fin d’hiver. En Bourgogne, il fait à peine 0 à 2° le matin, il pleut… cela n’engage pas à arracher une à une ces herbes qu’on dit mauvaises. D’ailleurs, est-ce vraiment nécessaire ?  (more)

DÉSHERBER : POUR QUOI FAIRE ?

Ce qui est utile :

  • Aérer une terre compactée, ce qui permettra à la pluie de s’y infiltrer facilement au lieu de glisser dessus et limitera l’évapotranspiration en été.
Sol aéré
  • Libérer les végétaux de l’étouffement provoqué par la végétation aérienne et souterraine des mauvaises herbes. D’une part, redonner air et lumière aux plantes des parterres, d’autre part, éliminer le tapis de racines qui peut rapidement s’installer dans un parterre négligé. p
  • Les mauvaises herbes, aussi appelées adventices, font concurrence aux plantes des parterres pour l’utilisation de la ressource en eau. En cas de sécheresse, le contrôle des adventices est donc particulièrement important.
  • Un parterre désherbé a un aspect plus net (beaucoup de jardiniers utilisent l’expression sale/propre que nous récusons). C’est souvent cet argument qui prime chez les jardiniers. Mais, du point de vue de la biodiversité, ce n’est pas forcément un bon critère. Un jardin trop ‘net’ est souvent pauvre alors qu’un jardin plus négligé est plus riche en plantes vagabondes, certes un peu envahissantes, mais qui attirent maints insectes butineurs et auxiliaires du jardinier.

Ce qui est inutile, voire nocif :

  • Remuer la terre pour désherber. Cela revient à effectuer un ‘faux semis’, c’est-à-dire à activer la banque de graines adventices présentes dans le sol.
  • Inverser les horizons du sol et déranger les petites bêtes qui y habitent. Elles sont très spécifiques quant à la profondeur à laquelle elles se trouvent bien. D’où l’intérêt d’outils adaptés, tels que la grelinette. Quand on désherbe , on e retourne pas la terre.
  • Si une partie du jardin n’est pas plantée, il vaut mieux y laisser s’installer un tapis de mauvaises herbes que laisser le sol nu : la végétation protégera le sol du martèlement des gouttes de pluie qui crée de la battance et rend le sol compact.
  • Certaines mauvaises herbes sont très utiles car elles agissent comme extracteur de substances. Dans un sol lessivé, elles remontent en surface des substances nutritives. Du fait de leurs racines parfois très longues, elles peuvent également casser les semelles de labour. Nous avons constaté la bonne influence des racines très longues des rumex et des carottes sauvages sur le sol dégradé du Jardin des Merlettes et la régénération progressive de ce sol.

Racine pivotant : ici de Rumex acetosa (oseille sauvage)

QUELLES PARTIES DU JARDIN DÉSHERBER ?

Vérifier l’utilité du désherbage.

Vous le savez, le Jardin des Merlettes propose toujours d’économiser les forces et le temps des jardiniers. Faire juste ce qui est nécessaire, et au bon moment, c’est déjà très bien. Or l’utilité du désherbage varie de façon très significative selon la partie du jardin dont on parle :

  • Il existe une grosse différence entre le désherbage d’un massif de rosiers ou arbustes et celui d’un parterre de vivaces. Dans le premier cas, deux passages annuels suffisent pour protéger les arbustes. Dans le second, une attention quasi permanente est nécessaire.
  • Le cas des nouvelles plantations est particulier. Les arbustes et arbres fruitiers doivent être protégés pendant 3 ans au moins de la concurrence des mauvaises herbes. Lorsqu’ils seront bien établis, l’ombre qu’ils projetteront empêchera la pousse de la plupart des adventices. A cet égard, nous avons expérimenté et vraiment apprécié les petits tapis de feutre biodégradable (60 X 60 cm) que l’on installe au pied des arbustes. On les dissimule sous quelques feuilles mortes ou tontes de gazon et le tour est joué.
  • S’il n’y a pas d’utilité botanique, vérifier l’utilité esthétique : un parterre en fond de jardin n’est pas toujours très visible et ne requiert pas le même niveau d’entretien.
  • Et nous avons déjà mentionné l’utilité pour la biodiversité de conserver des parties du jardin non désherbées. Finalement, à quel moment ou pourquoi une herbe devient elle ‘mauvaise’ ? Pensons à la bourrache, aux orties, bien envahissantes, mais bien utiles aussi. Et aussi, les capucines, le myosotis. Peut-on envisager d’utiliser, voire de mettre en valeur certaines plantes naturelles au jardin ?

Un mini plan de gestion pour son jardin

On le voit, ces réflexions nous conduisent à réfléchir à une gestion différenciée du jardin, c’est-à-dire à une intensité d’entretien modulée selon les espaces :

  • Par exemple, le tour de la terrasse et l’endroit où les enfants jouent sera beaucoup plus soigné que le fond du jardin.
  • Et le jardin potager bénéficiera d’un régime particulier
  • On détermine ainsi progressivement un petit plan de zonage qui nous rappelle à quelle fréquence on doit intervenir. C’est le même principe, à une échelle différente, qu’appliquent les jardiniers professionnels qui entretiennent le domaine public de nos villes et nos villages.

COMMENT DÉSHERBER ?

Quand désherber ?

  • La première attaque aura lieu à la sortie de l’hiver et après les grosses pluies, quand le sol est bien meuble et que les plantes poussent très vite. Enrayer la pousse des mauvaises herbes à ce moment-là évite bien du travail en avril. Il est bien utile de savoir reconnaître les mauvaises herbes lorsqu’elles sont toutes jeunes (à deux feuilles, par exemple) car il est alors très facile de les arracher.
  • A la fin du printemps et en début d’été : il faudra penser à éliminer en priorité les capsules de graines avant qu’elles ne soient mûres. Si le temps manque, on se contente de couper les hampes florales desséchées au sécateur, en les remuant le moins possible. On arrache aussi les nouvelles plantules.
  • Et bien sûr, en automne, à moduler selon les propriétés du sol de votre jardin. Dans un sol argileux, par exemple, le sol se refroidit très tard (fin décembre). En conséquence, les plantes continuent à installer leur système racinaire jusqu’en décembre. Arracher les mauvaises herbes à ce moment là limite grandement l’invasion printanière.

Comment ?

  • Il est important de connaître le système racinaire des herbes que l’on cherche à extraire et de s’équiper en conséquence, c’est à dire de choisir les bons outils selon que la racine est pivotante, fasciculée ou traçante : grelinette, fourche, couteau…
Racine fasciculée de fétuque (Festuca)
  • Toujours penser à économiser sa peine : adopter une bonne position, protéger ses genoux et son dos, être à bonne main pour peser sur la racine, c’est-à-dire se déplacer souvent pour être toujours bien en face de la plante à extraire, pas de côté.

Que faire pour s’assurer qu’on n’ait pas désherber trop souvent ?

  • On l’a dit plus haut, éliminer absolument les hampes florales avant qu’elles ne montent à graine
  • Ne pas négliger d’ôter les plantules au motif qu’elles ont l’air si petites, et donc pas bien agressives. Huit jours plus tard à peine, vous constaterez votre erreur !
  • Pailler après désherbage. Contrairement à une idée reçue, le paillage n’empêchera pas la pousse des mauvaises herbes mais il la retardera. Et, en gardant le sol plus meuble, il facilitera l’entretien du parterre.
  • Et surtout, être très soigneux, ne pas chercher à aller ‘vite’. Nettoyer un seul mètre carré de plate-bande négligée depuis quelques mois peut prendre une à deux heures. Mais la vigueur des plantes que vous aurez ainsi soignées vous récompenserons de votre effort. J’en profite pour signaler une erreur trop commune des jardiniers débutants qui consiste à couper les racines des mauvaises herbes, au lieu de les arracher. Cela ne fait qu’encourager la plante à pousser de plus belle en renforçant ses racines, comme sur la photo ci dessous d’un rumex qui a échappé plusieurs fois à un arrachage définitif.

Bon courage !