Page jardin : mode de culture

Mode de culture et biodiversité au jardin

La découverte de ce jardin ‘autonome’ déroute d’abord le visiteur car on s’y intéresse autant au processus qu’au rendu final. Le jardin est d’abord un atelier où l’on observe l’évolution de la nature. 

Des étendues libres, refuge des plantes et bêtes sauvages !

Entre les espaces ateliers jardinés régulièrement cités ci-dessus, des étendues libres ont été préservées partout dans le jardin pour permettre à la faune des insectes (‘entomofaune’) de s’y réfugier et favoriser ainsi la multiplication des auxiliaires. Au fil des saisons, la flore aussi évolue et l’espace est progressivement colonisé par des plantes naturelles pionnières (campanules, lamiers, certaines variétés de graminées…) ou plus rares. Nous sommes très fiers de recenser maintenant trois variétés d’orchidées botaniques. Il faut trois ans pour que le cycle de reproduction des insectes (ponte, métamorphoses.) s’installe durablement dans ces mini corridors écologiques. 

Image Orchis

Un sol en cours de régénération

Le Jardin des Merlettes est cultivé selon les principes de l’agriculture biologique : une attention toute particulière est donc portée à l’évolution du sol, âbimé par des décennies de labours profonds et de culture intensive ayant recours à force d’intrants chimiques ; mais aussi le souci de protéger la biodiversité, les plantes naturelles, les bêtes et insectes ‘de tous poils’, et bien entendu, plus de produits en ‘ide’ ni d’engrais chimique. Récemment, la Fédération des Chasseurs de la Nièvre nous a indiqué que des comptages effectués près du jardin ont permis d’apercevoir des bécassines, en plus des lièvres, perdrix, cailles et faisans habituels, le gibier ayant promptement adopté le jardin comme ‘réserve naturelle’ ! Et, comme pour les plantes naturelles, le nombre de variétés d’oiseaux présents au jardin s’allonge chaque année.

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S3 E3 Podcast : La taille en vert des arbustes fruitiers II  

Écouter le podcast

(Pour les images : voir blog 2013/07)

La plupart des jardiniers taillent leurs arbres fruitiers chaque hiver et n’y pensent plus jusqu’à l’année suivante. Ce n’est pas du tout la méthode que nous recommandons car, plutôt que d’opérer une taille sévère une fois par an, il nous semble plus naturel de suivre le développement des arbres tout au long de l’année. Au fur et à mesure que des éléments indésirables se développeront, on cherchera donc à modérer leur pousse. Pour ce faire, on interviendra au moins 4 ou 5 fois sur les arbres, mais de façon très rapide et légère. Des éborgnages et ébourgeonnements au printemps, comme expliqué dans le podcast précédent, (Saison 2 Épisode 6) et, chaque été, des cassements accompagnés éventuellement d’une taille en vert, ou parfois deux, entre juin et septembre. On n’utilisera ainsi la taille d’hiver, ou taille ‘en sec’ qu’à titre de rattrapage. Nous allons reprendre chaque étape de ce programme.

Tout d’abord, on parle de taille ‘en vert’ parce que l’on travaille sur des arbustes qui portent des feuilles, contrairement à la taille ‘en sec’ qui a lieu en hiver, quand les feuilles de l’année précédente sont tombées et que celles de l’année en cours n’ont pas encore poussé. Le but de la taille ‘en sec’ est d’une part, de redonner une certaine forme à l’arbre (on reprend la charpente) et, dans le cas des arbres fruitiers palissés, de raccourcir toutes les coursonnes en taillant sur le premier fruit. La taille ‘en vert’ a également ces deux finalités de charpente et de fructification. Tout d’abord, on cherche à guider la sève pour éviter un effort inutile à l’arbre fruitier en supprimant très tôt des pousses qu’il faudrait supprimer de toutes façons l’hiver suivant. Mais c’est aussi de favoriser la fructification en réorientant la sève vers des bourgeons qui pourront ainsi se transformer en bourgeons à fruits.

Voyons déjà le premier but, la modération des pousses indésirables.

Dans l’épisode 6 de la Saison 2, on rappelle qu’à la fin du printemps, environ deux mois après la taille d’hiver et le débourrement des arbres, les arbres s’emballent un peu. De nouvelles pousses apparaissent un peu partout, en prolongement des tailles effectuées ou à partir de nouveaux bourgeons surgis de nulle part. C’est toute l’architecture de l’arbre fruitier, palissé bien sûr mais aussi de plein vent, qui peut être compromise par ces pousses intempestives. Quand l’arbre a bien démarré et que sa charpente existante a recommencé à s’allonger et à se fortifier, des bourgeons apparaissent un peu partout qui se transforment vite en rameaux indésirables. Il faut contrôler cette croissance car sinon, c’est rapidement une ramure supplémentaire qui s’installe dans la ramure existante ou, pour prendre une image forte, une architecture « fantôme » qui s’installe dans votre arbuste fruitier. Vous l’avez certainement déjà constaté s’il vous est arrivé de retourner dans votre verger après quelques mois d’absence. Vous découvrez des rameaux très forts et peut être même de nouveaux axes qui se sont installés au centre de certains arbres. On les remarque de loin, en marchant vers les arbres. Ces rameaux indésirables, très verticaux, tranchent avec le reste de la ramure. 

Nous analyserons dans un prochain podcast en quoi cette ramure fantôme nuirait rapidement à l’arbre mais aussi comment on peut dans certains cas en utiliser une partie pour ‘réparer’ des arbustes fruitiers.

Pour le moment, voyons comment le jardinier doit passer vigoureusement à l’acte en supprimant les rameaux indésirables. Plus la taille aura été sévère l’hiver précédent, plus vous risquez d’être confronté à une repousse sauvage très drue. C’est tout l’objet des éborgnages, ébourgeonnements et pincements expliqués dans l’article du blog de la saison 2 et qui consistent à limiter ce phénomène. Mais si vous n’avez pas pu agir fin avril ou début mai comme nous vous le recommandions, vous ne pourrez éviter une taille ‘en vert’ proprement dite.

Tout l’objet de cette intervention sera de réduire le flux de sève largement monopolisé par ces rameaux intempestifs et de le restituer aux autres parties de l’arbre.

Et cela nous amène au second but de la taille en vert : favoriser la formation de bourgeons floraux :

Contrairement à la taille ‘en sec’ qui opère sur un végétal encore en dormance, la taille ‘en vert’ s’effectue sur des rameaux en pleine croissance. Le végétal réagit donc immédiatement. Dès qu’une taille est effectuée, la sève se redistribue dans le reste de l’arbre. En particulier, la sève qui, avant taille, filait vers l’extrémité des rameaux en vertu d’un mécanisme appelé acrotonie, cette sève va maintenant irriguer les bourgeons qui restent sur chaque rameau raccourci et leur permettre de se développer.

Petite explication : au printemps, seuls les trois premiers bourgeons apicaux (c’est à dire en extrémité de rameau) démarrent : le bourgeon terminal qui s’allonge en un rameau d’environ 40 à 70 cm et les deux bourgeons en proximité immédiate du bourgeon terminal et qui donnent naissance à deux rameaux secondaires d’environ 50 cm. Cela représente un énorme gâchis d’énergie car ces rameaux poussent comme de simples baguettes de bois, incapables de porter du fruit sur une telle longueur. Vous pouvez en début d’été observer cette pousse sur les cerisiers. Si l’on n’agit pas, le phénomène se reproduit l’année suivante, la branche fruitière s’allonge de nouveau de 70 cm, deux rameaux secondaires apparaissent, le cerisier grimpe ainsi vers le ciel, et l’ensemble de la ramure est à la fois imposant par son volume et sa hauteur et décevant par son manque de densité. Sans compter que plus est arbre est haut, plus il est difficile d’en cueillir les fruits.

Ce que la taille en vert cherche donc à accomplir, c’est à limiter cette production de bois inutile et non fructifère en rapprochant l’arbre de son centre et en permettant la formation de bourgeons floraux à la base de chaque nouveau rameau. Je vous rappelle qu’il s’agit là des bourgeons qui fleuriront au printemps de l’année suivante. 

Tailles annuelles en été pour l’induction florale (voir Opoix p 57)

Maintenant que l’on a examiné le ‘pourquoi’ de la taille en vert, voyons le ‘comment’ :

Confronté à cette ‘explosion’ de pousse chez les sujets les plus vigoureux, le jardinier est un peu désarmé et ne sait pas trop comment procéder. Il dispose de plusieurs modes d’action qui présentent chacun, bien entendu, des avantages et des inconvénients.

La première chose à faire est de choisir parmi les rameaux ceux que l’on souhaite garder et ceux qui doivent être supprimés. En principe, sauf à devoir compléter une ramure qui aurait été endommagée et dans laquelle il existerait des trous, il faut enlever tous les rameaux qui poussent soit complètement vers le haut, soit complètement vers le bas et conserver les rameaux qui poussent de façon latérale sur les branches charpentières ou fruitières. Attention, à ce stade il ne s’agit pas de tailler, c’est à dire de raccourcir, mais de supprimer complètement. Ce sont les rameaux que l’on n’a pas remarqués ou que l’on n’a pas eu le temps d’arracher deux mois plus tôt. En juin, ils se sont bien installés sur la branche et ils sont plus difficiles à arracher, donc on les taillera au sécateur, en veillant à agir au plus près de leur base pour éviter des repousses sur les yeux axillaires. 

Cette première mission très importante accomplie, on peut procéder à la taille ‘en vert’ proprement dite. Il existe trois façons d’opérer : la taille ‘en vert’ traditionnelle, les cassements et l’arcature.

1 La taille ‘en vert’ traditionnelle est une taille que l’on devra effectuer une, deux ou trois fois dans la saison, selon la vigueur de l’arbuste. On ne commence cette taille qu’à partir du moment où le rameau compte au moins huit feuilles, c’est à dire environ 40 à 50 cm, si l’on parle d’un pommier, selon la longueur de l’entre nœud. Mais si la variété est vigoureuse, on peut attendre pour effectuer la taille en vert qu’il compte douze ou quatorze feuilles, pour limiter le nombre de passages. On taille alors à 4 ou 5 feuilles. C’est donc une taille moins sévère que la taille dite trigemme, c’est à dire à trois bourgeons, pratiquée en hiver sur les arbres palissés. On reviendra sur cette taille trigemme dans un prochain podcast. Environ une quinzaine de jours après cette première taille ‘en vert’, l’arbuste recommence à pousser. On le rabat de nouveau, de moitié environ, quatre à cinq semaines plus tard quand il porte 5 ou 6 nouvelles feuilles. Attention à ne pas tailler trop court la première fois pour que les nouveaux départs ne soient pas trop forts !

2 La seconde méthode consiste à casser les rameaux (p 126 de Pamart) : au lieu de les tailler avec des sécateurs, on casse les rameaux environ à la même longueur que là où on les aurait taillés. Il y a deux possibilités : soit le rameau est assez lignifié pour se casser nettement, soit il est encore mal lignifié et donc élastique. Dans ce cas, on le tourne bouchonne dans la main jusqu’à ce qu’il se plie. De toutes façons, on ne retire pas la partie cassée. On la laisse simplement pendre et sécher peu à peu. Un mince filet de sève continuera éventuellement à alimenter l’extrémité du rameau mais la majorité du flux profitera à la partie du rameau restée en place et participera donc à l’induction florale des bourgeons latents. Ce processus de taille en vert est très rapide et convient parfaitement aux arboriculteurs professionnels. Le résultat est même supérieur à celui de la taille en vert proprement dite car on n’a pas besoin d’y revenir ce qui représente donc un gain considérable de temps. Contrairement à la taille au sécateur, le mince flux de sève qui persiste en bout de rameau empêche le démarrage d’un nouveau rameau.

3 La troisième méthode consiste à arquer les plus grands rameaux. Certaines variétés très robustes réagissent mal à la taille en vert et repartent de plus belle. C’est le cas des Boskoop, par exemple. D’autres variétés, sans être aussi ‘poussantes’, tolèrent mal des tailles répétées. Chez la Calville, par exemple, cela induit le bitter bit. Il faut donc ajuster votre programme de taille en vert et l’arcure des rameaux les plus forts peut être une bonne solution alternative. Si vous arquez un rameau à 45 degrés, vous réduisez la vitesse de circulation de la sève qui vient alors irriguer chacun des bourgeons latents le long de la branche. Ceci favorise le développement de bourgeons floraux. Évidemment, le résultat n’est pas du tout le même qu’avec un cassement. Dans un cas, vous réduisez le volume de l’arbre, dans l’autre, vous créez de nouvelles branches fruitières en arquant des rameaux très forts. Il faut accompagner cette arcure d’une sélection assez rigoureuse des rameaux à conserver. Mais le résultat est le même : mettre à fruits tous les rameaux conservés.

Pour arquer les rameaux, il suffit de trouver deux rameaux en vis-à-vis et de les attacher ensemble en les inclinant à environ 45 degrés. On ne trouve pas toujours exactement le rameau que l’on souhaiterait en vis-à-vis mais ce n’est pas important si la symétrie n’est pas respectée, c’est seulement plus joli à regarder. On peut en général rattraper les choses l’année suivante. Ce qui est important, en revanche, c’est de ne pas conserver et arquer un trop grand nombre de rameaux pour conserver à l’arbuste une charpente bien aérée. Cela implique donc de supprimer environ un rameau sur deux, voire davantage.

Les principes généraux que nous exposons doivent être modulés en fonction de la vigueur de vos arbres. Pour faire des progrès dans votre pratique, observez les résultats des tailles de l’année précédente, y compris de l’été précédent. Rien ne remplace l’observation de vos arbres et de la façon dont ils réagissent, variété par variété, aux différents modes de taille. Au Jardin des Merlettes, nous avons progressivement abandonné la taille en vert proprement dite (c’est à dire, avec des sécateurs) au bénéfice des cassements, rapides à effectuer et très efficaces. Le seul inconvénient que nous avons trouvé à ce jour : des brindilles cassées qui pendouillent un peu partout dans l’arbre et qui ne sont pas vraiment esthétiques. Nous les supprimons dès la descente de sève, c’est-à-dire au moment de la chute des feuilles. 

Les essais sont toujours en cours au Jardin des Merlettes, en particulier avec les arcatures avec pour objectif une meilleure santé des arbres, une belle fructification… et moins de travail pour le jardinier. 

Avant de conclure, nous allons aborder rapidement le cas des arbres fruitiers à noyaux. En effet, pour cette famille d’arbustes fruitiers, le but de la taille en vert change. Il ne s’agit plus de favoriser des bourgeons particuliers mais la fructification générale de l’arbre. A cette fin, on veillera d’une part à maintenir le puits de lumière à l’intérieur de la charpente, qu’il s’agisse d’une forme en gobelet, en V, en liseron et d’autre part à éviter que l’arbre prenne un trop grand volume par l’allongement incontrôlé de ses branches terminales.

En pratique :

Pour les cerisiers et les pêchers : leur architecture est très simple et la taille en vert aussi. On effectue une taille de rapprochement en cassant toutes les nouvelles pousses pour les diminuer d’environ 2/3 de leur longueur et on supprime complètement toutes celles qui ont poussé au centre de l’arbre.

Concernant les abricotiers, il faut avoir la main beaucoup plus légère, à adapter selon la vigueur de l’arbre. On effectue des cassements sur les rameaux secondaires et on arque les rameaux les plus vigoureux, s’il y a de la place pour eux dans la charpente.

Enfin, les pruniers : c’est un compromis entre cerisiers et abricotiers. On supprime les nouveaux rameaux très forts ‘hors architecture’, ce qu’on a coutume d’appeler des gourmands, et on supprime les coursonnes mal placées sur les branches fruitières, c’est-à-dire celles qui poussent sur ou sous la branche, pour ne conserver que des coursonnes latérales

En principe vous voilà bien équipés pour vous essayer à la taille en vert. Je ne doute pas que vous y preniez goût tant les résultats sont probants. Sans compter les autres avantages : le plaisir de travailler sur ses arbres à la belle saison et d’observer assez vite le résultat de ce que l’on fait et surtout, un avantage immense : on apprend à observer ses arbres et soudain, on comprend beaucoup, beaucoup de choses !…