Blog 2021 08 : Le désherbage du jardin, pour quoi faire ?

Une tâche bien ingrate, désherber son jardin. A quatre pattes devant les parterres, de préférence un tapis sous les genoux, mais quand même… D’autant qu’il vaut mieux commencer avant ou dès le départ de la végétation c’est à dire en fin d’hiver. En Bourgogne, il fait à peine 0 à 2° le matin, il pleut… cela n’engage pas à arracher une à une ces herbes qu’on dit mauvaises. D’ailleurs, est-ce vraiment nécessaire ?  (more)

DÉSHERBER : POUR QUOI FAIRE ?

Ce qui est utile :

  • Aérer une terre compactée, ce qui permettra à la pluie de s’y infiltrer facilement au lieu de glisser dessus et limitera l’évapotranspiration en été.
Sol aéré
  • Libérer les végétaux de l’étouffement provoqué par la végétation aérienne et souterraine des mauvaises herbes. D’une part, redonner air et lumière aux plantes des parterres, d’autre part, éliminer le tapis de racines qui peut rapidement s’installer dans un parterre négligé. p
  • Les mauvaises herbes, aussi appelées adventices, font concurrence aux plantes des parterres pour l’utilisation de la ressource en eau. En cas de sécheresse, le contrôle des adventices est donc particulièrement important.
  • Un parterre désherbé a un aspect plus net (beaucoup de jardiniers utilisent l’expression sale/propre que nous récusons). C’est souvent cet argument qui prime chez les jardiniers. Mais, du point de vue de la biodiversité, ce n’est pas forcément un bon critère. Un jardin trop ‘net’ est souvent pauvre alors qu’un jardin plus négligé est plus riche en plantes vagabondes, certes un peu envahissantes, mais qui attirent maints insectes butineurs et auxiliaires du jardinier.

Ce qui est inutile, voire nocif :

  • Remuer la terre pour désherber. Cela revient à effectuer un ‘faux semis’, c’est-à-dire à activer la banque de graines adventices présentes dans le sol.
  • Inverser les horizons du sol et déranger les petites bêtes qui y habitent. Elles sont très spécifiques quant à la profondeur à laquelle elles se trouvent bien. D’où l’intérêt d’outils adaptés, tels que la grelinette. Quand on désherbe , on e retourne pas la terre.
  • Si une partie du jardin n’est pas plantée, il vaut mieux y laisser s’installer un tapis de mauvaises herbes que laisser le sol nu : la végétation protégera le sol du martèlement des gouttes de pluie qui crée de la battance et rend le sol compact.
  • Certaines mauvaises herbes sont très utiles car elles agissent comme extracteur de substances. Dans un sol lessivé, elles remontent en surface des substances nutritives. Du fait de leurs racines parfois très longues, elles peuvent également casser les semelles de labour. Nous avons constaté la bonne influence des racines très longues des rumex et des carottes sauvages sur le sol dégradé du Jardin des Merlettes et la régénération progressive de ce sol.

Racine pivotant : ici de Rumex acetosa (oseille sauvage)

QUELLES PARTIES DU JARDIN DÉSHERBER ?

Vérifier l’utilité du désherbage.

Vous le savez, le Jardin des Merlettes propose toujours d’économiser les forces et le temps des jardiniers. Faire juste ce qui est nécessaire, et au bon moment, c’est déjà très bien. Or l’utilité du désherbage varie de façon très significative selon la partie du jardin dont on parle :

  • Il existe une grosse différence entre le désherbage d’un massif de rosiers ou arbustes et celui d’un parterre de vivaces. Dans le premier cas, deux passages annuels suffisent pour protéger les arbustes. Dans le second, une attention quasi permanente est nécessaire.
  • Le cas des nouvelles plantations est particulier. Les arbustes et arbres fruitiers doivent être protégés pendant 3 ans au moins de la concurrence des mauvaises herbes. Lorsqu’ils seront bien établis, l’ombre qu’ils projetteront empêchera la pousse de la plupart des adventices. A cet égard, nous avons expérimenté et vraiment apprécié les petits tapis de feutre biodégradable (60 X 60 cm) que l’on installe au pied des arbustes. On les dissimule sous quelques feuilles mortes ou tontes de gazon et le tour est joué.
  • S’il n’y a pas d’utilité botanique, vérifier l’utilité esthétique : un parterre en fond de jardin n’est pas toujours très visible et ne requiert pas le même niveau d’entretien.
  • Et nous avons déjà mentionné l’utilité pour la biodiversité de conserver des parties du jardin non désherbées. Finalement, à quel moment ou pourquoi une herbe devient elle ‘mauvaise’ ? Pensons à la bourrache, aux orties, bien envahissantes, mais bien utiles aussi. Et aussi, les capucines, le myosotis. Peut-on envisager d’utiliser, voire de mettre en valeur certaines plantes naturelles au jardin ?

Un mini plan de gestion pour son jardin

On le voit, ces réflexions nous conduisent à réfléchir à une gestion différenciée du jardin, c’est-à-dire à une intensité d’entretien modulée selon les espaces :

  • Par exemple, le tour de la terrasse et l’endroit où les enfants jouent sera beaucoup plus soigné que le fond du jardin.
  • Et le jardin potager bénéficiera d’un régime particulier
  • On détermine ainsi progressivement un petit plan de zonage qui nous rappelle à quelle fréquence on doit intervenir. C’est le même principe, à une échelle différente, qu’appliquent les jardiniers professionnels qui entretiennent le domaine public de nos villes et nos villages.

COMMENT DÉSHERBER ?

Quand désherber ?

  • La première attaque aura lieu à la sortie de l’hiver et après les grosses pluies, quand le sol est bien meuble et que les plantes poussent très vite. Enrayer la pousse des mauvaises herbes à ce moment-là évite bien du travail en avril. Il est bien utile de savoir reconnaître les mauvaises herbes lorsqu’elles sont toutes jeunes (à deux feuilles, par exemple) car il est alors très facile de les arracher.
  • A la fin du printemps et en début d’été : il faudra penser à éliminer en priorité les capsules de graines avant qu’elles ne soient mûres. Si le temps manque, on se contente de couper les hampes florales desséchées au sécateur, en les remuant le moins possible. On arrache aussi les nouvelles plantules.
  • Et bien sûr, en automne, à moduler selon les propriétés du sol de votre jardin. Dans un sol argileux, par exemple, le sol se refroidit très tard (fin décembre). En conséquence, les plantes continuent à installer leur système racinaire jusqu’en décembre. Arracher les mauvaises herbes à ce moment là limite grandement l’invasion printanière.

Comment ?

  • Il est important de connaître le système racinaire des herbes que l’on cherche à extraire et de s’équiper en conséquence, c’est à dire de choisir les bons outils selon que la racine est pivotante, fasciculée ou traçante : grelinette, fourche, couteau…
Racine fasciculée de fétuque (Festuca)
  • Toujours penser à économiser sa peine : adopter une bonne position, protéger ses genoux et son dos, être à bonne main pour peser sur la racine, c’est-à-dire se déplacer souvent pour être toujours bien en face de la plante à extraire, pas de côté.

Que faire pour s’assurer qu’on n’ait pas désherber trop souvent ?

  • On l’a dit plus haut, éliminer absolument les hampes florales avant qu’elles ne montent à graine
  • Ne pas négliger d’ôter les plantules au motif qu’elles ont l’air si petites, et donc pas bien agressives. Huit jours plus tard à peine, vous constaterez votre erreur !
  • Pailler après désherbage. Contrairement à une idée reçue, le paillage n’empêchera pas la pousse des mauvaises herbes mais il la retardera. Et, en gardant le sol plus meuble, il facilitera l’entretien du parterre.
  • Et surtout, être très soigneux, ne pas chercher à aller ‘vite’. Nettoyer un seul mètre carré de plate-bande négligée depuis quelques mois peut prendre une à deux heures. Mais la vigueur des plantes que vous aurez ainsi soignées vous récompenserons de votre effort. J’en profite pour signaler une erreur trop commune des jardiniers débutants qui consiste à couper les racines des mauvaises herbes, au lieu de les arracher. Cela ne fait qu’encourager la plante à pousser de plus belle en renforçant ses racines, comme sur la photo ci dessous d’un rumex qui a échappé plusieurs fois à un arrachage définitif.

Bon courage !

Actualités 2021 08 20

Bonjour et bienvenue sur la troisième édition du site du Jardin des Merlettes.

La première édition a été créée en 2007. Elle a permis de présenter les stages et formations qui commençaient tout juste au jardin.

Le site a été entièrement revu en 2010, pour tenir compte du développement des médias sociaux et mettre en avant notre blog. Nos lecteurs participaient à l’aventure du jardin en apportant leurs commentaires sur les articles du blog et/ou en venant en stage au jardin. Cette version a disparu en mars 2021, emportée en fumée dans l’incendie d’OVH Cloud.

Nous saisissons l’occasion pour refondre le contenu du site et nous concentrer sur ce qui nous occupe aujourd’hui : plantation et entretien du jardin, encore et toujours ; stages et formations, bien sûr, mais moins fréquemment. Les restrictions liées au COVID nous ont convaincu de développer notre offre à distance. Le blog, existait déjà mais nous proposons désormais des podcasts. Et bientôt d’autres projets plus ambitieux. Abonnez-vous à cette rubrique pour suivre nos actualités !

2021 08 20 Actualités

Bonjour et bienvenue sur la troisième édition du site du Jardin des Merlettes.

La première édition a été créée en 2007. Elle a permis de présenter les stages et formations qui commençaient tout juste au jardin.

Le site a été entièrement revu en 2010, pour tenir compte du développement des médias sociaux et mettre en avant notre blog. Nos lecteurs participaient à l’aventure du jardin en apportant leurs commentaires sur les articles du blog et/ou en venant en stage au jardin. Cette version a disparu en mars 2021, emportée en fumée dans l’incendie d’OVH Cloud.

Nous saisissons l’occasion pour refondre le contenu du site et nous concentrer sur ce qui nous occupe aujourd’hui : plantation et entretien du jardin, encore et toujours ; stages et formations, bien sûr, mais moins fréquemment. Les restrictions liées au COVID nous ont convaincu de développer notre offre à distance. Le blog, existait déjà mais nous proposons désormais des podcasts. Et bientôt d’autres projets plus ambitieux. Abonnez-vous à cette rubrique pour suivre nos actualités !

S3 E2 Podcast : Des iris pour tous les goûts

Écouter le podcast

De toutes les figures héraldiques du Moyen Age, aucune n’est plus répandue que la fleur de lys, qui symbolise à la fois le pouvoir royal et la protection divine. Cette symbolique se retrouve dans les plus anciennes civilisations, en Égypte et en Inde, comme signe de vie et de résurrection. Or, à y regarder de plus près, il ne s’agit pas d’un lys mais plutôt d’un iris et plus particulièrement de l’iris des marais (Iris pseudoacarus) que l’on trouve couramment dans la plus grande partie de l’Europe et de l’Asie.

Beaucoup de jardiniers sont assez catégoriques à propos des iris. Ils les écartent de leur jardin au motif qu’ils sont trop rigides, trop colorés et ne durent pas assez longtemps. J’espère que vous faites partie de ce groupe car je pourrai ainsi tenter de vous convaincre d’installer quelques iris dans votre jardin et vous permettre de profiter, année après année, de leur beauté remarquable. Car il en va des iris comme des pivoines : ces plantes sont des amies fidèles du jardinier. Année après année, elles refleurissent, même si, et cela peut arriver, vous les avez un peu négligées.

Et ça vaut vraiment la peine d’y regarder de plus près. Dire que l’on n’aime pas les iris, c’est comme de dire (pour faire une comparaison digne d’un jardinier) que l’on n’aime pas les abricots sans jamais en avoir goûté un qui a mûri sur l’arbre et que vous avez cueilli vous-même.

Quant à leurs supposés défauts, nous vous ferons la même remarque que pour les tulipes dont nous avons discuté à l’épisode 4 de la saison 2 : tout dépend du soin que l’on prend à choisir les variétés. Là réside le secret de votre succès avec les iris comme avec la plupart des plantes.

(Une grande diversité botanique)

Quand on dit ‘iris’, on parle d’un groupe de fleurs qui sont bien différentes les unes des autres. Il s’agit en effet d’un genre très étendu (210 espèces recensées et un nombre infini de variétés) et de classification botanique particulièrement compliquée. Tous ont en commun des fleurs composées de six éléments : 3 pétales en partie supérieure et trois sépales en partie inférieure et qui retombent plus ou moins selon les espèces. En revanche, la plus grande différence entre les espèces tient à un caractère invisible au premier abord car souterrain : leurs racines. Car, s’il s’agit dans tous les cas de plantes vivaces mais certaines espèces d’iris sont à rhizomes tandis que d’autres sont bulbeux.

Les iris bulbeux comprennent deux sections, les iris Reticulata et les iris Xiphion. Derrière ces noms un peu compliqués se cachent des plantes très familières.

L’Iris reticulata ne mesure qu’environ 15 cm de haut et fleurit dès la fin février, en même temps que les perce neige. Il ne faut pas le confondre avec l’iris nain qui lui est à rhizome. Ses fleurs bleu violet, de 2 à 7 cm de large, portent une tache jaune d’or au milieu de chaque sépale. Ses feuilles commencent à pousser quand la fleur s’épanouit. Elles peuvent atteindre 30 à 45 cm avant de disparaître au début de l’été. L’iris reticulata suit donc exactement le cycle de vie des plantes bulbeuses qui ont besoin de ‘recharger’ leur bulbe en éléments nutritifs grâce à la photosynthèse effectuée par leurs feuilles puis se mettent en dormance jusqu’à l’année suivante. En février encore, l’iris Danfordiae , 15 cm de hauteur, qui s’adapte particulièrement bien aux potées et aux jardins de rocaille.

Les iris Xiphion comprennent, entre autres, les iris espagnols, les iris anglais et l’iris hollandica, un croisement entre iris espagnols et iris d’autres espèces.Dès le printemps ils produisent de longues hampes rigides de 30 à 60 cm qui fleurissent de mi-mai à début juin. En général deux fleurs de 7 à 12 cm par bulbe. Il y en a de nombreuses variétés, bleu, jaune, violet, blanc et des panachés entre ces couleurs. Ils se naturalisent très facilement au jardin et forment vite de belles touffes colorées. Ils sont excellents pour la fleur coupée car ils se tiennent en vase une bonne semaine. Moins connu, l’iris latifolia ou iris des Pyrénées, 40 cm, bleu foncé, fleurit en avril et se naturalise lui aussi très bien. J’insiste sur cette facilité de naturalisation car il en résulte des touffes de fleurs qui se distribuent de façon aléatoire et sont extrêmement décoratives au jardin. Vous êtes toujours libre d’arracher les bulbes en surplus et de les placer ailleurs, ou de les donner autour de vous. Tout disparaît en début d’été jusqu’au printemps suivant sans autre effort de la part du jardinier que quelques apports d’engrais organique.

Parlons maintenant des iris à rhizomes 

Les iris les plus fréquemment cultivés dans nos jardins sont les iris barbus (Iris barbata), appelés ainsi parce que des excroissances de poils groupés en une ligne centrale ornent leurs sépales. Ces ‘barbes’ de multiples couleurs peuvent être particulièrement décoratives. Les iris des jardins sont souvent appelés iris germanica bien qu’ils ne viennent pas tous d’Allemagne. Ils ont une tige très charnue, de couleur vert argenté comme leurs feuilles en forme de lances larges. Ils poussent à partir d’un rhizome charnu et qui doit être l’objet de toutes nos attentions, un élément sur lequel nous reviendrons dans un prochain épisode. Leurs fleurs sont parfois imposantes, jusqu’à 16 cm de largeur et offrent toutes les couleurs de l’arc en ciel. Si les conditions de culture sont favorables, et cela a été le cas en 2021, chaque hampe peut porter jusqu’à 4 ou même 5 branchements comprenant de un à trois boutons qui fleurissent à tour de rôle. Beaucoup d’entre eux dégagent une odeur délicate. Ces iris barbus existent en quatre hauteurs différentes :

  • Les grands iris : de 70cm à plus d’un mètre de haut
  • Les iris intermédiaires (Iris X intermedia) : de 40 à 70 cm
  • Les iris lilliputs : de 25 à 40 cm
  • Les iris nains ou iris pumilla : de 12 à 20 cm

Dans cette catégorie des iris barbus, il faut mentionner l’Iris pallida, aussi nommé Iris de Dalmatie, de couleur indigo clair, dont chaque inflorescence est enveloppée dans une membrane (une spathe) qui ressemble à du papier de soie. Cet iris botanique, c’est à dire naturel, non créé par hybridation, se naturalise très facilement. Il est très important dans l’histoire de l’hybridation car il est à la base de très nombreuses variétés horticoles. On le voit souvent en bordure de route, à la campagne, le long des vieilles maisons.

Également à rhizome, l’Iris de Kaempfer, originaire du Japon, nommé aussi Iris ensata, est une plante semi aquatique qui pousse en terrain marécageux, dans les endroits humides, en position ombragée. Alors que tous les iris dont nous avons parlé jusqu’à présent poussent dans toutes les terres de jardin, cet iris est un peu plus difficile et se plaît particulièrement en bord de rivière. Cependant, il ne doit pas rester toujours immergé. Ses fleurs, très élégantes, sont simples ou doubles à 6 sépales horizontaux. Leurs couleurs vont du blanc pur au pourpre et au bleu foncé. Hauteur : 0,80 cm à 1m.

De tous ces iris, un de mes préférés est un iris du Japon, l’iris frangé, originaire de Chine occidentale. Je cultive depuis des années la variété «confusa». C’est une espèce d’iris non barbu, mais à crêtes, dont les fleurs et le port sont très différents des autres iris. Il craint le soleil et a besoin d’ombre partielle. Il forme un rhizome traçant sous terre, d’où émergent de nouvelles pousses verticales au printemps. Très différent des iris de jardin, Iris confusa déploie son feuillage vert clair en éventail à l’horizontale ou vers le bas. Il porte 5 à 10 fleurs par tige de 40 à 60 cm de hauteur. Elles sont petites et ravissantes. J’ai le souvenir d’une nappe de ces iris, installée je crois à l’ombre d’un grand cèdre, à l’entrée du jardin botanique de Padoue. Les feuilles formaient comme un tapis ondoyant d’où émergeaient les hampes de fleurs.

Iris confusa

Encore plus beau, l’Iris nada, est un croisement entre Iris japonica et Iris confusa. Il porte beaucoup plus de fleurs que l’iris confusa, environ 25 mais parfois jusqu’à 50 fleurs par tige, d’où son nom d’iris papillon.

A découvrir aussi, l’Iris sibirica, est une autre espèce d’iris qui gagne vraiment à être connue. Il a des feuilles plates, étroites, et des tiges ramifiées de 45 à 90 cm de haut. Elles portent plusieurs fleurs, de 7,5 à 10cm, le plus souvent dans des tons de bleus, mais parfois bordeaux, blanches ou violettes. La forme très graphique de ces fleurs et leur longue tenue en vase en fait aussi d’excellentes fleurs à bouquet. C’est cet iris pense-t-on qui a été retenu comme modèle de la fleur de Lys de l’écu royal.

Bien différent, l’Iris spurria est le dernier à fleurir au jardin. D’une hauteur de 80 cm environ, il est admirable par sa robustesse et les couleurs très chatoyantes de ses fleurs. Une idée à suivre pour allonger à moindre effort la durée des floraisons au jardin.

Et, pour conclure cette longue énumération, l’Iris jaune (Iris pseudacorus) dont la tige dressée mesure de 50 cm à 1,50 m de haut et que l’on trouve à l’état naturel sur les rives des eaux dormantes ou courantes, des plaines jusqu’aux montagnes. Il est très facile, très rustique à cultiver et idéal pour créer une zone de transition entre un jardin et la campagne avoisinante.

Je n’irai pas plus loin aujourd’hui, en priant les amateurs d’iris de m’excuser pour toutes les espèces que je n’ai pas citées. Il y en a juste trop, dont certains que je cultive avec un soin jaloux, comme les Iris de Louisiane et les Iris reticulata. Mais j’en ai assez dit au cours de cet exposé pour vous persuader, j’espère, qu’en termes d’iris, il y en a pour le goût de chacun. Nous ne sommes pas tous sensibles aux mêmes attributs. Pour certains, c’est le graphisme de la plante elle-même qui prime, pour d’autres, c’est plutôt la façon dont la plante va apporter une nouvelle dimension à un massif existant.

Si on reprend les critères un par un :

La hauteur est le premier d’entre eux : le choix est très vaste entre les grands barbus ou spurrias jusqu’aux mini pumillas, reticulata ou danfordiae en passant par les iris intermédiaires.

La rigidité ensuite :

Quand on parle de rigidité, on pense avant tout aux grands germanica et barbus. Car les sibirica s’inclinent doucement et ondulent pour ainsi dire sous le vent. Les spurrias sont rigides mais touffus, presque comme un petit arbuste.

Le jardinier est un être bizarre : il se plaint des pivoines qui sont trop hautes et qu’il faut tuteurer. Mais il se plaint aussi des iris qui se tiennent debout tout seuls ! Allez comprendre.

D’ailleurs, on peut aussi considérer la rigidité comme un atout. Car cette bonne tenue de la plante permet d’admirer de loin une touffe d’iris au fond du jardin, pour peu qu’on ait pris le soin de laisser un peu d’espace autour d’elle. En début de soirée, quand les rayons du soleil se font rasants, c’est juste magnifique !

Troisième critère de choix : Les formes des iris offrent maintes options au jardinier, selon le tableau qu’il veut composer :

  • La forme et la couleur des feuilles tout d’abord : gris vert, vert tendre, charnue, gracile…
  • La forme des fleurs : l’iris royal sibirica (le lys de France), l’immense robe du soir des barbus, ou la délicatesse des japonica

Pour la couleur, les iris barbus sont des champions. En revanche, les iris de Sibérie sont parfaits pour border des allées, d’autant que leurs feuilles sont particulièrement décoratives en automne et en hiver, ce qui n’est pas le cas des autres iris.

Pour l’odeur la palme revient sans conteste aux Germanica. Un plus important pour ceux qui cherchent à créer un jardin de senteur. L’iris au parfum poudré est un excellent candidat dans ce domaine.

Enfin, on peut être contraint dans ses choix par les dates de floraison, un sujet sur lequel nous insistons souvent dans ce podcast. Ce n’est pas la peine de planter des variétés qui fleuriront à un moment où vous n’êtes pas dans votre jardin. Les confinements récents ont d’ailleurs apporté quelques jolies surprises à certains amis jardiniers.

Pour vous rappeler la chronologie des floraisons, par exemple, en Bourgogne Val de Loire :

  • Les iris reticulata et iris de Provence fleurissent en février
  • Les iris nains : début avril
  • Les iris de Hollande et les iris intermédiaires : en avril mai
  • Les barbus : de mi-mai à juin
  • Les sibirica et les iris anglais : de fin mai à mi-juin
  • Et enfin les spurrias et les iris d’eau : de la mi- juin au début de juillet

Pour des floraisons ‘courtes’, avouez que cela couvre quand même plus de 4 mois !

J’espère vous avoir convaincus que votre jardin mérite quelques iris bien choisis. La clé de votre succès résulte, comme souvent, dans le choix de l’endroit où vous les installerez, tant pour répondre à leurs besoins de culture : un iris barbu fleurit très peu à l’ombre et un iris confusa doit être protégé des rayons du soleil, que pour l’effet esthétique que vous souhaitez créer. Mon conseil est de planter un exemplaire de nombreuses espèces différentes, c’est-à-dire, iris barbu, sibirica, iris de Hollande, etc.  et de les observer. Quand ils seront bien installés, il faut compter environ trois ou quatre ans, vous verrez de quoi ils sont capables et vous pourrez prendre des décisions de plantation en plus grand nombre… en commençant d’ailleurs par dédoubler vos iris test ! Ce délai vous semble long ? Honnêtement, pas vraiment, quand vous pensez que ces plantes vous survivront probablement. Et puis, n’est-ce pas ce qu’on fait constamment quand on déplace nos vivaces d’un endroit à l’autre, ce qui leur fait d’ailleurs souvent le plus grand bien.

 

Page jardin : mode de culture

Mode de culture et biodiversité au jardin

La découverte de ce jardin ‘autonome’ déroute d’abord le visiteur car on s’y intéresse autant au processus qu’au rendu final. Le jardin est d’abord un atelier où l’on observe l’évolution de la nature. 

Des étendues libres, refuge des plantes et bêtes sauvages !

Entre les espaces ateliers jardinés régulièrement cités ci-dessus, des étendues libres ont été préservées partout dans le jardin pour permettre à la faune des insectes (‘entomofaune’) de s’y réfugier et favoriser ainsi la multiplication des auxiliaires. Au fil des saisons, la flore aussi évolue et l’espace est progressivement colonisé par des plantes naturelles pionnières (campanules, lamiers, certaines variétés de graminées…) ou plus rares. Nous sommes très fiers de recenser maintenant trois variétés d’orchidées botaniques. Il faut trois ans pour que le cycle de reproduction des insectes (ponte, métamorphoses.) s’installe durablement dans ces mini corridors écologiques. 

Image Orchis

Un sol en cours de régénération

Le Jardin des Merlettes est cultivé selon les principes de l’agriculture biologique : une attention toute particulière est donc portée à l’évolution du sol, âbimé par des décennies de labours profonds et de culture intensive ayant recours à force d’intrants chimiques ; mais aussi le souci de protéger la biodiversité, les plantes naturelles, les bêtes et insectes ‘de tous poils’, et bien entendu, plus de produits en ‘ide’ ni d’engrais chimique. Récemment, la Fédération des Chasseurs de la Nièvre nous a indiqué que des comptages effectués près du jardin ont permis d’apercevoir des bécassines, en plus des lièvres, perdrix, cailles et faisans habituels, le gibier ayant promptement adopté le jardin comme ‘réserve naturelle’ ! Et, comme pour les plantes naturelles, le nombre de variétés d’oiseaux présents au jardin s’allonge chaque année.

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S3 E3 Podcast : La taille en vert des arbustes fruitiers II  

Écouter le podcast

(Pour les images : voir blog 2013/07)

La plupart des jardiniers taillent leurs arbres fruitiers chaque hiver et n’y pensent plus jusqu’à l’année suivante. Ce n’est pas du tout la méthode que nous recommandons car, plutôt que d’opérer une taille sévère une fois par an, il nous semble plus naturel de suivre le développement des arbres tout au long de l’année. Au fur et à mesure que des éléments indésirables se développeront, on cherchera donc à modérer leur pousse. Pour ce faire, on interviendra au moins 4 ou 5 fois sur les arbres, mais de façon très rapide et légère. Des éborgnages et ébourgeonnements au printemps, comme expliqué dans le podcast précédent, (Saison 2 Épisode 6) et, chaque été, des cassements accompagnés éventuellement d’une taille en vert, ou parfois deux, entre juin et septembre. On n’utilisera ainsi la taille d’hiver, ou taille ‘en sec’ qu’à titre de rattrapage. Nous allons reprendre chaque étape de ce programme.

Tout d’abord, on parle de taille ‘en vert’ parce que l’on travaille sur des arbustes qui portent des feuilles, contrairement à la taille ‘en sec’ qui a lieu en hiver, quand les feuilles de l’année précédente sont tombées et que celles de l’année en cours n’ont pas encore poussé. Le but de la taille ‘en sec’ est d’une part, de redonner une certaine forme à l’arbre (on reprend la charpente) et, dans le cas des arbres fruitiers palissés, de raccourcir toutes les coursonnes en taillant sur le premier fruit. La taille ‘en vert’ a également ces deux finalités de charpente et de fructification. Tout d’abord, on cherche à guider la sève pour éviter un effort inutile à l’arbre fruitier en supprimant très tôt des pousses qu’il faudrait supprimer de toutes façons l’hiver suivant. Mais c’est aussi de favoriser la fructification en réorientant la sève vers des bourgeons qui pourront ainsi se transformer en bourgeons à fruits.

Voyons déjà le premier but, la modération des pousses indésirables.

Dans l’épisode 6 de la Saison 2, on rappelle qu’à la fin du printemps, environ deux mois après la taille d’hiver et le débourrement des arbres, les arbres s’emballent un peu. De nouvelles pousses apparaissent un peu partout, en prolongement des tailles effectuées ou à partir de nouveaux bourgeons surgis de nulle part. C’est toute l’architecture de l’arbre fruitier, palissé bien sûr mais aussi de plein vent, qui peut être compromise par ces pousses intempestives. Quand l’arbre a bien démarré et que sa charpente existante a recommencé à s’allonger et à se fortifier, des bourgeons apparaissent un peu partout qui se transforment vite en rameaux indésirables. Il faut contrôler cette croissance car sinon, c’est rapidement une ramure supplémentaire qui s’installe dans la ramure existante ou, pour prendre une image forte, une architecture « fantôme » qui s’installe dans votre arbuste fruitier. Vous l’avez certainement déjà constaté s’il vous est arrivé de retourner dans votre verger après quelques mois d’absence. Vous découvrez des rameaux très forts et peut être même de nouveaux axes qui se sont installés au centre de certains arbres. On les remarque de loin, en marchant vers les arbres. Ces rameaux indésirables, très verticaux, tranchent avec le reste de la ramure. 

Nous analyserons dans un prochain podcast en quoi cette ramure fantôme nuirait rapidement à l’arbre mais aussi comment on peut dans certains cas en utiliser une partie pour ‘réparer’ des arbustes fruitiers.

Pour le moment, voyons comment le jardinier doit passer vigoureusement à l’acte en supprimant les rameaux indésirables. Plus la taille aura été sévère l’hiver précédent, plus vous risquez d’être confronté à une repousse sauvage très drue. C’est tout l’objet des éborgnages, ébourgeonnements et pincements expliqués dans l’article du blog de la saison 2 et qui consistent à limiter ce phénomène. Mais si vous n’avez pas pu agir fin avril ou début mai comme nous vous le recommandions, vous ne pourrez éviter une taille ‘en vert’ proprement dite.

Tout l’objet de cette intervention sera de réduire le flux de sève largement monopolisé par ces rameaux intempestifs et de le restituer aux autres parties de l’arbre.

Et cela nous amène au second but de la taille en vert : favoriser la formation de bourgeons floraux :

Contrairement à la taille ‘en sec’ qui opère sur un végétal encore en dormance, la taille ‘en vert’ s’effectue sur des rameaux en pleine croissance. Le végétal réagit donc immédiatement. Dès qu’une taille est effectuée, la sève se redistribue dans le reste de l’arbre. En particulier, la sève qui, avant taille, filait vers l’extrémité des rameaux en vertu d’un mécanisme appelé acrotonie, cette sève va maintenant irriguer les bourgeons qui restent sur chaque rameau raccourci et leur permettre de se développer.

Petite explication : au printemps, seuls les trois premiers bourgeons apicaux (c’est à dire en extrémité de rameau) démarrent : le bourgeon terminal qui s’allonge en un rameau d’environ 40 à 70 cm et les deux bourgeons en proximité immédiate du bourgeon terminal et qui donnent naissance à deux rameaux secondaires d’environ 50 cm. Cela représente un énorme gâchis d’énergie car ces rameaux poussent comme de simples baguettes de bois, incapables de porter du fruit sur une telle longueur. Vous pouvez en début d’été observer cette pousse sur les cerisiers. Si l’on n’agit pas, le phénomène se reproduit l’année suivante, la branche fruitière s’allonge de nouveau de 70 cm, deux rameaux secondaires apparaissent, le cerisier grimpe ainsi vers le ciel, et l’ensemble de la ramure est à la fois imposant par son volume et sa hauteur et décevant par son manque de densité. Sans compter que plus est arbre est haut, plus il est difficile d’en cueillir les fruits.

Ce que la taille en vert cherche donc à accomplir, c’est à limiter cette production de bois inutile et non fructifère en rapprochant l’arbre de son centre et en permettant la formation de bourgeons floraux à la base de chaque nouveau rameau. Je vous rappelle qu’il s’agit là des bourgeons qui fleuriront au printemps de l’année suivante. 

Tailles annuelles en été pour l’induction florale (voir Opoix p 57)

Maintenant que l’on a examiné le ‘pourquoi’ de la taille en vert, voyons le ‘comment’ :

Confronté à cette ‘explosion’ de pousse chez les sujets les plus vigoureux, le jardinier est un peu désarmé et ne sait pas trop comment procéder. Il dispose de plusieurs modes d’action qui présentent chacun, bien entendu, des avantages et des inconvénients.

La première chose à faire est de choisir parmi les rameaux ceux que l’on souhaite garder et ceux qui doivent être supprimés. En principe, sauf à devoir compléter une ramure qui aurait été endommagée et dans laquelle il existerait des trous, il faut enlever tous les rameaux qui poussent soit complètement vers le haut, soit complètement vers le bas et conserver les rameaux qui poussent de façon latérale sur les branches charpentières ou fruitières. Attention, à ce stade il ne s’agit pas de tailler, c’est à dire de raccourcir, mais de supprimer complètement. Ce sont les rameaux que l’on n’a pas remarqués ou que l’on n’a pas eu le temps d’arracher deux mois plus tôt. En juin, ils se sont bien installés sur la branche et ils sont plus difficiles à arracher, donc on les taillera au sécateur, en veillant à agir au plus près de leur base pour éviter des repousses sur les yeux axillaires. 

Cette première mission très importante accomplie, on peut procéder à la taille ‘en vert’ proprement dite. Il existe trois façons d’opérer : la taille ‘en vert’ traditionnelle, les cassements et l’arcature.

1 La taille ‘en vert’ traditionnelle est une taille que l’on devra effectuer une, deux ou trois fois dans la saison, selon la vigueur de l’arbuste. On ne commence cette taille qu’à partir du moment où le rameau compte au moins huit feuilles, c’est à dire environ 40 à 50 cm, si l’on parle d’un pommier, selon la longueur de l’entre nœud. Mais si la variété est vigoureuse, on peut attendre pour effectuer la taille en vert qu’il compte douze ou quatorze feuilles, pour limiter le nombre de passages. On taille alors à 4 ou 5 feuilles. C’est donc une taille moins sévère que la taille dite trigemme, c’est à dire à trois bourgeons, pratiquée en hiver sur les arbres palissés. On reviendra sur cette taille trigemme dans un prochain podcast. Environ une quinzaine de jours après cette première taille ‘en vert’, l’arbuste recommence à pousser. On le rabat de nouveau, de moitié environ, quatre à cinq semaines plus tard quand il porte 5 ou 6 nouvelles feuilles. Attention à ne pas tailler trop court la première fois pour que les nouveaux départs ne soient pas trop forts !

2 La seconde méthode consiste à casser les rameaux (p 126 de Pamart) : au lieu de les tailler avec des sécateurs, on casse les rameaux environ à la même longueur que là où on les aurait taillés. Il y a deux possibilités : soit le rameau est assez lignifié pour se casser nettement, soit il est encore mal lignifié et donc élastique. Dans ce cas, on le tourne bouchonne dans la main jusqu’à ce qu’il se plie. De toutes façons, on ne retire pas la partie cassée. On la laisse simplement pendre et sécher peu à peu. Un mince filet de sève continuera éventuellement à alimenter l’extrémité du rameau mais la majorité du flux profitera à la partie du rameau restée en place et participera donc à l’induction florale des bourgeons latents. Ce processus de taille en vert est très rapide et convient parfaitement aux arboriculteurs professionnels. Le résultat est même supérieur à celui de la taille en vert proprement dite car on n’a pas besoin d’y revenir ce qui représente donc un gain considérable de temps. Contrairement à la taille au sécateur, le mince flux de sève qui persiste en bout de rameau empêche le démarrage d’un nouveau rameau.

3 La troisième méthode consiste à arquer les plus grands rameaux. Certaines variétés très robustes réagissent mal à la taille en vert et repartent de plus belle. C’est le cas des Boskoop, par exemple. D’autres variétés, sans être aussi ‘poussantes’, tolèrent mal des tailles répétées. Chez la Calville, par exemple, cela induit le bitter bit. Il faut donc ajuster votre programme de taille en vert et l’arcure des rameaux les plus forts peut être une bonne solution alternative. Si vous arquez un rameau à 45 degrés, vous réduisez la vitesse de circulation de la sève qui vient alors irriguer chacun des bourgeons latents le long de la branche. Ceci favorise le développement de bourgeons floraux. Évidemment, le résultat n’est pas du tout le même qu’avec un cassement. Dans un cas, vous réduisez le volume de l’arbre, dans l’autre, vous créez de nouvelles branches fruitières en arquant des rameaux très forts. Il faut accompagner cette arcure d’une sélection assez rigoureuse des rameaux à conserver. Mais le résultat est le même : mettre à fruits tous les rameaux conservés.

Pour arquer les rameaux, il suffit de trouver deux rameaux en vis-à-vis et de les attacher ensemble en les inclinant à environ 45 degrés. On ne trouve pas toujours exactement le rameau que l’on souhaiterait en vis-à-vis mais ce n’est pas important si la symétrie n’est pas respectée, c’est seulement plus joli à regarder. On peut en général rattraper les choses l’année suivante. Ce qui est important, en revanche, c’est de ne pas conserver et arquer un trop grand nombre de rameaux pour conserver à l’arbuste une charpente bien aérée. Cela implique donc de supprimer environ un rameau sur deux, voire davantage.

Les principes généraux que nous exposons doivent être modulés en fonction de la vigueur de vos arbres. Pour faire des progrès dans votre pratique, observez les résultats des tailles de l’année précédente, y compris de l’été précédent. Rien ne remplace l’observation de vos arbres et de la façon dont ils réagissent, variété par variété, aux différents modes de taille. Au Jardin des Merlettes, nous avons progressivement abandonné la taille en vert proprement dite (c’est à dire, avec des sécateurs) au bénéfice des cassements, rapides à effectuer et très efficaces. Le seul inconvénient que nous avons trouvé à ce jour : des brindilles cassées qui pendouillent un peu partout dans l’arbre et qui ne sont pas vraiment esthétiques. Nous les supprimons dès la descente de sève, c’est-à-dire au moment de la chute des feuilles. 

Les essais sont toujours en cours au Jardin des Merlettes, en particulier avec les arcatures avec pour objectif une meilleure santé des arbres, une belle fructification… et moins de travail pour le jardinier. 

Avant de conclure, nous allons aborder rapidement le cas des arbres fruitiers à noyaux. En effet, pour cette famille d’arbustes fruitiers, le but de la taille en vert change. Il ne s’agit plus de favoriser des bourgeons particuliers mais la fructification générale de l’arbre. A cette fin, on veillera d’une part à maintenir le puits de lumière à l’intérieur de la charpente, qu’il s’agisse d’une forme en gobelet, en V, en liseron et d’autre part à éviter que l’arbre prenne un trop grand volume par l’allongement incontrôlé de ses branches terminales.

En pratique :

Pour les cerisiers et les pêchers : leur architecture est très simple et la taille en vert aussi. On effectue une taille de rapprochement en cassant toutes les nouvelles pousses pour les diminuer d’environ 2/3 de leur longueur et on supprime complètement toutes celles qui ont poussé au centre de l’arbre.

Concernant les abricotiers, il faut avoir la main beaucoup plus légère, à adapter selon la vigueur de l’arbre. On effectue des cassements sur les rameaux secondaires et on arque les rameaux les plus vigoureux, s’il y a de la place pour eux dans la charpente.

Enfin, les pruniers : c’est un compromis entre cerisiers et abricotiers. On supprime les nouveaux rameaux très forts ‘hors architecture’, ce qu’on a coutume d’appeler des gourmands, et on supprime les coursonnes mal placées sur les branches fruitières, c’est-à-dire celles qui poussent sur ou sous la branche, pour ne conserver que des coursonnes latérales

En principe vous voilà bien équipés pour vous essayer à la taille en vert. Je ne doute pas que vous y preniez goût tant les résultats sont probants. Sans compter les autres avantages : le plaisir de travailler sur ses arbres à la belle saison et d’observer assez vite le résultat de ce que l’on fait et surtout, un avantage immense : on apprend à observer ses arbres et soudain, on comprend beaucoup, beaucoup de choses !…