Ce verger a été créé en 2008 dans le cadre du programme du Conseil Régional de Bourgogne et Franche Comté (CRBFC) pour la ‘Sauvegarde des variétés fruitières bourguignonnes’. Il est conçu comme un lieu de promenade et de démonstration pour attirer l’attention des visiteurs sur la culture des arbres fruitiers de variétés anciennes régionales dont certaines sont en voie de disparition. Le CRBFC a lancé cette initiative pour multiplier le nombre de vergers où poussent ces espèces. Plutôt que de concentrer beaucoup d’arbres en un seul lieu, l’essaimage en de multiples vergers permet d’éviter qu’un aléa climatique mette en danger la survie d’une espèce.
On voit donc au verger conservatoire des variétés de fruits assez peu connues et qui menaçaient de disparaître et différentes façons de les conduire. Le verger est planté en forme de cadran solaire dont le centre est un damier minéral et les rayons des rangs de petits fruits. L’ensemble est cintré de trois rangs d’arbres fruitiers, quelques poiriers sur un premier cercle, puis un rang de pommiers et un troisième cercle composé de pruniers régionaux et de néfliers. Il est protégé du vent du nord par une haie de charmes et d’érables champêtres. D’autres arbres isolés, essentiellement pommiers et poiriers, complètent cette collection variétale qui s’étoffe au fil des rencontres pomologiques.


Les variétés fruitières
Les arbustes fruitiers
L’appel à projets du CRBFC propose une liste de variétés qui a été dressée par l’association ‘Les Croqueurs de Pommes’, la Chambre d’Agriculture de Côte d’Or, le Parc naturel régional du Morvan et l’université de Dijon. On peut retrouver les détails pomologiques concernant chacune de ces variétés dans un ouvrage édité par le Parc naturel régional du Morvan : ‘Les Variétés Fruitières Anciennes à Propager en Morvan et dans les Terrains Périphériques’ (Cahiers scientifiques N°3 – 2003) ainsi que dans les cahiers édités par les Croqueurs de pommes.
Les variétés présentes au verger conservatoire comprennent des pommiers, des poiriers, des pruniers et néfliers.
Les poiriers
Ils sont plantés au premier rang, plantés en arc de cercle autour du cadran, des poiriers conduits en fuseau.



De toute la collection de variétés anciennes de poiriers (voir la liste des variétés du verger conservatoire), seuls ‘Belle Angevine’, ‘Curé’, ‘Martin Sec’ et ‘Ploteau’ ont pour l’instant porté des fruits. ‘Belle Angevine’ est de maturité très tardive, un fruit que l’on dit ‘d’apparat’ tant il est gros et beau, ce qui n’est guère le cas de ‘Ploteau’, plein de finesse. ‘Curé’ est à toutes fins, sa robustesse lui confère un avantage distinct face aux aléas climatiques. ‘Martin Sec’ est remarquable cuit, comme le ‘Certeau d’Automne’ et ‘Maude’, deux variétés présentes au jardin mais encore trop jeunes pour porter des fruits. Nous avons pu les apprécier chez des voisins qui nous ont donné des greffons et qui possèdent des arbres de plus de 80 ans (greffés sur franc).
Les pommiers
Plantés au second rang, ils sont conduits en gobelet sur un tronc très court.


Une bonne partie des pommiers a fleuri en avril 2023 mais les gelées tardives ont emporté les pommes de la moitié des variétés. Les pucerons verts (aphis pomi) ont également fait des ravages, plus qu’en 2022 où nous avions un peu vite conclu que la plupart des variétés du conservatoire étaient insensibles à ces ravageurs. Nous avons donc finalement pu récolter des pommes ‘Calville Rouge’, ‘Gros Locard’ et ‘Sauvageon Barré’ et devrons attendre pour les autres.
Les pruniers
Le conservatoire compte neuf variétés de pruniers. Ci dessous, la ‘Mirabelle de Flotow’ est la seule avec la ‘Mirabelle de Metz’ et, hors du conservatoire, la ‘Saint Léonard’ qui a déjà produit des fruits. Nous voyons de plus en plus de fleurs chaque année, preuve que les organes fruitiers se développent bien, une petite consolation quand même. Nous avons déjà remarqué, dans une autre partie du jardin, que le prunier ‘Reine Claude Dorée’ avait produit des fruits assez médiocres plusieurs années de suite avant les belles prunes vertes moirées d’or qu’il nous a offertes cette année. Patience donc là encore, même si nous avons hâte de goûter toutes ces variétés aux noms prometteurs : ‘Abbaye d’Argon’, ‘Prune Abricot’, ‘Madeleine’, etc.



Plantés de 2008 à 2018, et greffés sur tout jeunes scions. Ci-dessus, la formation progressive de l’arbuste fruitier en basse tige pour une cueillette, et surtout une taille d’entretien plus faciles.
Les néfliers
Quatre variétés de néfliers dont une locale, sont conduits en buisson libre. Les néfliers sont des arbustes qui gagnent à être connus. Peu envahissants, ils se taillent très facilement et leur couleur automnale est réellement magnifique. Et leurs fruits sont une source de vitamine C. Ils sont généralement petits sauf une des variétés du jardin, la ‘Monstrueuse d’Evreinoff’, ci-dessous.



Haie protectrice
Autour du cadran enfin, une haie plantée de charmes et d’érables champêtres protège le verger contre le vent du nord. Cette strate arbustive en forme libre (plein vent) ne sera taillée que pour permettre une bonne circulation de l’air autour des fruitiers


Les petits fruits
Pour les petits fruits, des variétés locales ont été choisies chaque fois que possible. L’idée est ici encore de montrer aux visiteurs l’éventail des choix possibles et les différences entre les variétés, au niveau de la taille des grappes et des baies mais aussi pour la robustesse des arbustes et leur résistance aux maladies. Par ailleurs, on a choisi des variétés aux dates de maturité aussi étalées que possible pour profiter au maximum de ces merveilleux fruits que l’on peut aussi consommer frais.
A gauche les cassis. ‘Noir de Bourgogne’ à gauche et ‘Andega’ à droite.
A droite les groseilles : ‘Junifer’ à gauche et ‘Fertile de Palluau’ à droite.


Les cassissiers
Fruit bourguignon par excellence, ils étaient traditionnellement conduits en tige (voir le schéma ci-dessous). Mais nous avons progressivement abandonné cette forme fruitière au bénéfice de la forme en buisson simple, moins jolie, mais qui permet une taille de renouvellement régulière des branches fruitières. Les variétés à fruits blancs ne se sont jamais vraiment installées et ont dû être remplacées.


Les groseilliers
Ils sont conduits en touffe buissonnante, plantés tous les 1,30 mètres. La croissance des groseilliers à maquereaux est beaucoup plus lente que celle des autres groseilliers qui se plaisent bien au jardin.




Les framboisiers
Des framboisiers de 10 variétés ont été plantés à l’origine du projet. Mais aucune variété n’a résisté aux fortes rafales de vent, contrairement aux cassissiers et groseilliers qui sont des arbustes beaucoup plus rustiques. Notre parcelle de framboisiers a donc migré vers le jardin de Cosne, bien protégé par de hauts murs et dont le sol sablonneux convient bien à cette culture. Ces conditions ne sont en revanche pas très favorables aux cassis.
Les mûriers hybrides
Ils sont palissés sur contre-espaliers et commencent enfin à prendre de l’ampleur, plus de dix ans après leur plantation, et à porter des récoltes régulières. Mais là encore, certaines variétés n’ont pas résisté, principalement à cause du vent. Les fruits n’arrivent à maturité que si les pluies sont suffisantes au mois d’août, ce qui n’est hélas pas toujours le cas.



Lire plus de détails sur nos variétés de petits fruits
Un cadran solaire au centre du verger conservatoire
Le centre du verger est planté selon les lignes d’un immense cadran solaire pour permettre aux visiteurs de visualiser l’importance des saisons sur la longueur des ombres projetées dans un jardin. Les rayons du centre du cadran se prolongent par les plates-bandes plantées de petits fruits. Leur longueur reproduit celle des ombres portées par le soleil. Celles-ci sont très différentes selon les heures de la journée, les plus courtes autour de midi et les plus longues le matin et le soir. De plus, elles varient entre les deux solstices, celui d’hiver (quand les ombres sont les plus longues) et celui d’été (aux ombres les plus courtes), en fonction de l’azimut du soleil. Ainsi, les plates-bandes mesurent 3 m au centre du cadran et s’allongent progressivement à 3,5m puis 5,6m et enfin 17m. Les ombres correspondant aux deux solstices sont matérialisées par des repères au sol.


Le sol est constitué d’une mosaïque de sables locaux : sable de Loire, sable ocré du jardin et gravier fin de l’Yonne.

Au centre du cadran solaire, un mât, ou gnomon, dont l’ombre projetée au sol permet de suivre la course du soleil tout au long de l’année. Toutes les mesures du cadran solaire ont été calculées avec l’aide de la Société Française d’Astronomie. S’il y a du soleil, on peut donc lire l’heure, grâce au mât incliné mais aussi déterminer à quelle époque de l’année on est, grâce au mât vertical.


Voir les coordonnées des lignes horaires du cadran
Et parfois quelques jolies surprises : comme lorsque, par un hiver bien froid, l’eau a ressurgi du sol en fines baguettes : magique !


Le projet pédagogique
Des fêtes ou visites pour découvrir des variétés locales et en goûter les fruits
Le verger conservatoire du Jardin des Merlettes peut permettre aux visiteurs de la Nièvre et des alentours de reconnaître certains fruits qu’ils ont peut-être déjà rencontrés dans leur jardin sans pouvoir les identifier.
C’est aussi l’occasion de goûter les fruits car leur qualité gustative varie autant que leurs formes, leur productivité, etc. Certaines variétés, de pruniers en particulier, ne sont pas encore en production car le verger est trop récent. Mais dès que les récoltes seront suffisantes, des journées ‘portes ouvertes’ seront organisées périodiquement au Jardin pour déguster tous les fruits du conservatoire, mais aussi des autres vergers du jardin.
- En juin : les cerises (du grand verger palissé),
- En juillet : les groseilles et cassis,
- En août : les prunes et mirabelles,
- En septembre, les pêches
- En octobre : les poires, les mûres et les noisettes,
- En novembre ou plus tard : les pommes et les nèfles, les noix et les kakis.
Dans un premier temps on espère que les visites organisées à l’occasion des Journées du Patrimoine, en septembre, offriront des premières découvertes gourmandes à nos visiteurs.
La signalétique du jardin
Compte tenu du grand nombre de variétés présentes dans ce verger conservatoire, il nous a semblé important de mettre en place une signalétique particulière. Cela a été possible grâce au concours du Conseil régional de Bourgogne qui a financé la fabrication de panneaux. Ceux-ci sont disposés auprès de chaque arbre et indiquent sa variété, son espèce et les noms synonymes. Des panneaux sont également disposés à chaque extrémité de rang de petits fruits pour permettre aux visiteurs de connaître le nom et les spécificités de chaque variété. Chacun peut ainsi choisir ce qu’il pourrait planter dans son propre jardin, participant ainsi à l’effort de conservation variétale.



Quelques grands panneaux ont également été installés, dont celui-ci ( ci-dessous) qui détaille les particularités du gnomon et explique son fonctionnement pour que chacun puisse tester l’exactitude de cette horloge solaire perpétuelle.
