Le fruticetum et les haies

LE FRUTICETUM

Le fruticetum est le jardin d’arbustes du Jardin des Merlettes. Contrairement aux fruticetums traditionnels, organisés en collection systématique et plantés sur des rangs, nous avons simplement choisi d’offrir à nos visiteurs de contempler un grand nombre d’espèces d’arbustes dans le cadre agréable d’un jardin paysagé.

Le fruticetum du Jardin des Merlettes dessine quelques pétales autour d’un grand parterre de plantes vivaces et borde le jardin fruitier palissé, la pergola et la roseraie. Il a fallu environ une dizaine d’années pour que le jardin prenne forme puisque l’on partait d’un champ nu. Bien sûr les arbres sont encore loin de leur taille finale mais les arbustes commencent à dessiner un jardin.

Chaque partie du fruticetum est plantée autour d’un thème. La partie sud du fruticetum est consacrée aux décors hivernaux : écorces décoratives, floraisons hivernales. Quelques arbres (Betula costata, Acer pensylvanicum, Prunus serrula) invitent à une promenade en sous-bois. De nombreux cornouillers à bois coloré (cultivars de Cornus alba, sanguinea et stolonifera), et quelques chèvrefeuilles odorants (Lonicera fragrantissima) ponctuent le parcours.

Cornouillers en automne
Prunus serrula

Quelques arbustes aux feuillages sombres persistants (Osmanthus, Prunus lusitanica ‘Angustifolia’) taillés en topiaires mettent en valeur ces couleurs hivernales.

Filaire et Ilex taillés en topiaire

Plus à l’est, le décor se pare de couleurs vives : jaunes et rouges sont à l’honneur. Le sol plus pauvre accueille des genêts (Genista, Cytisus), des millepertuis (Hypericum), des kerrias, ainsi qu’un buddleia à fleurs jaunes (Buddleia x weyeriana ‘Sungold’) et que de nombreux forsythias. Une collection de lilas commence tout juste à émerger dont quelques lilas de Hongrie au parfum délicieux.

Les arbustes sont les végétaux qui nous causent le plus de souci au jardin, d’où l’importance de cet espace pour nos élèves. Pour commencer, le sol est très différent d’un endroit à l’autre : hydromorphe dans certains parterres et quasiment inondé trois mois par an, très sec ailleurs. Et de nombreuses variétés ne se plaisent pas dans ce sol argileux et lourd. Après essais, parfois répétés par trop d’obstination, nous avons dû renoncer aux variétés les moins rustiques de cornouillers (Kousa ou Florida, …), aux hamamélis, corylopsis, exochordas, magnolias ; sans oser même mentionner les rhododendrons, azalées et tous les camélias. Quant aux tamaris (de printemps ou d’été), pourtant fréquents en Bourgogne, ils ne résistent ni au sol trop lourd ni au sol inondé ! Il faut donc persévérer en testant d’autres espèces.

Parmi les francs succès, différentes variétés de cotoneasters, des osmanthes, des bouleaux, des cornouillers basitones. Les viornes semblent également une bonne idée, ainsi que les berbéris, différentes variétés de millepertuis (couvre sol ou arbustifs). Les ilex, tous les mahonias et même certaines variétés de céanothes ou de spirées se développent très bien également.

Conduisant au verger palissé, un sentier bordé d’osiers de différentes variétés. Les osiers noirs de Villaines (‘Salix Triandra‘) n’ont pas résisté au froid. Mais les osiers rouge belge et les osiers jaunes locaux se portent bien. Et on a pu commencer à tresser un tunnel. On le devine derrière quelques beaux spécimens de pins du Japon, et plus loin, un grand hêtre apporte une ombre fraîche en été.

Osiers tressés

En bordure de la pergola de rosiers, la promenade se colore de rose et blanc réveillés par quelques pointes de rouge des deutzias, kolkwitzias et althéas (hibiscus syriacus). Et la promenade continue avec les nombreuses spirées à floraison printanière et aux teintes dorées en automne.

Un sentier se faufile entre les frondaisons. Quelques espaces plantés d’arbustes sont entourés par un écrin de ronces aux pourtours constamment retenus. En plus de leur intérêt au titre de la biodiversité et du refuge qu’ils offrent aux habitants du jardin de tous poils, ailes et antennes, ces massifs denses de ronces sont d’excellents coupe vent. Et, avec une hauteur maximale de deux mètres, ils ne créent pas d’ombre. On les utilise donc pour tracer des sentiers au faciès bien différents de ceux créés avec des arbustes plus ‘horticoles’.

On utilise également des massifs de ronces en isolés pour apporter un refuge de biodiversité (‘Island of salvation’ comme les nomment nos amis britanniques) dans les parties du jardin cultivées de façon plus intensive.

Pour le jardinier la gestion de ces petits espaces représentent un défi permanent. Livrés à eux mêmes, ils s’étendent rapidement et surtout, ils « s’arment », c’est à dire que de nombreux arbustes puis arbres s’y installent constamment, bien protégés des vents froids. Ne dit-on pas que ‘la ronce est le berceau du chêne’ ? Donc chênes, il y a, mais aussi pruneliers, églantiers, frènes, charmes… Pour éviter qu’un petit bois ne se développe en quelques années, il faut donc veiller à changer ces îlots de place tous les 4 à 5 ans.

LES HAIES

Beaucoup de haies ont été plantées au Jardin des Merlettes : une grande haie à l’ouest du jardin, tout le long de la route, mais aussi une haie de protection pour isoler l’espace utilitaire, une haie d’arbustes persistants pour abriter le verger d’arbres fruitiers à noyaux et quelques haies décoratives.

La grande haie ouest (230 mètres) a été plantée dès mars 2006. Les vents d’ouest sont dominants sur le plateau et aussi redoutables que le vent du Nord. La haie a été plantée en trois strates :

  • Des arbustes pour la strate basse 
  • Des arbrisseaux
  • Des arbres de haut jet

Pour offrir abri et nourriture aux habitants du jardin : petits mammifères, oiseaux et insectes.

La composition de la haie a beaucoup changé au cours des années. Certaines essences n’ont pas du tout résisté dès leur plantation : les cornouillers kousa, les hamamélis… D’autres se sont portés pâles plus récemment, en particulier les aulnes qui sont tous mots, sauf la variété ‘cordata’. Sans surprise, les succès viennent des arbustes locaux, érables champêtres, cornouillers sanguins, mâles et blancs.

Les végétaux ont été choisis en particulier pour leur rusticité et pour la nourriture qu’ils apportent aux oiseaux. Prunus myrabolan, érables champêtres, cornouillers mâles, bourdaines, amélanchiers sont particulièrement appréciés et l’on a vu, ou plutôt, entendu, les oiseaux revenir au jardin au fil des années. Là où il n’y avait que des faisans et des corneilles, on voit maintenant des geais, des cailles, des passereaux de toutes sortes, y compris des merles et des mésanges, amis des jardiniers. Sans oublier les rapaces, buses et chouettes. Bien que la haie soit entièrement caduque, elle peut servir de refuge d’hiver grâce à la strate herbacée que l’on a laissé développer à son pied. Les arbustes sont maintenant bien installés et ne craignent plus la concurrence racinaire des plantes adventices. Et les fruits et les baies qu’ils offrent tout au long de l’année assurent de belles provisions aux oiseaux.

D’autres haies, plus petites, ont été plantées : deux petites haies de charmes au sud ouest du jardin fruitier, doublées par deux haies de chaemomeles (cognassiers du Japon), et une haie d’arbustes persistants. Elles ont été taillées régulièrement à leur début pour permettre une meilleure densification de leur base, une fois les plantes bien établies. Elles rythment l’espace du jardin et protègent du vent les arbustes et parterres voisins, tout en ménageant quelques surprises au promeneur.

Également, une petite haie de charmes pour border la petite pépinière d’arbres fruitiers nouvellement greffés et d’arbustes en cours d’acclimatation.

Haie de charmes conduits en rideaux (4 ans)

La variété des haies dans le jardin permet d’apprécier la gamme des styles, des usages, et la grande palette végétale que peut recouvrir ce terme ‘haie’. Pour qui veut pratiquer le ‘jardinage au naturel’, la haie est un allié indispensable, élément décoratif, ressource de matière organique, refuge et garde manger des petits animaux, protection contre le vent et l’érosion des sols…

Ce qu’on y apprend :

Comment les végétaux poussent, et donc la taille, encore et toujours !

La taille raisonnée des arbustes d’ornement, taille d’hiver et taille d’été. Pour chaque espèce d’arbuste, la taille qui lui convient le mieux, au moment approprié. Pour certains, c’est tout de suite après la floraison, et une taille légère, pour d’autres, on remet ‘les compteurs à zéro’ chaque année en hiver, pour d’autres enfin, on construit patiemment une architecture pérenne…. C’est un stage très amusant. Les élèves sont (presque) toujours incrédules mais au moment du départ, ils sont convertis et, de retour chez eux, ils nous envoient des nouvelles et des photos ! Bien tailler un arbuste, c’est embellir à coup sûr son jardin en déployant au prix de bien peu d’efforts !

On apprend aussi à reconnaître les différents types d’arbustes, leurs modes de croissance et de floraison. Pourquoi certains réagissent bien quand le jardinier les taille sévèrement alors que d’autres ne s’en remettraient pas. Comment tailler un arbuste pour que le passage du jardinier ne se voie pas mais que la forme de l’arbuste semble aller de soi. Mais aussi, à quelle distance planter les végétaux selon les effets recherchés, quelles associations privilégier…

Voir le stage de taille raisonnée des arbustes d’ornement