Blog 2022 08 : Le jardinier, gardien de l’écosystème

Chaque mois d’avril, une semaine est dédiée au ‘développement durable’. Beaucoup de manifestations jardinières tournent autour de ce thème. Le Jardin des Merlettes insiste depuis sa création en 2007 sur l’importance de ce concept pour le jardinier, qu’il soit amateur ou professionnel. Notre jardin a en effet été créé pour participer à l’émergence d’une nouvelle forme de jardinage, le jardinage ‘durable’. C’est un concept par lequel le jardinier assume un nouveau rôle, qui n’est plus seulement de produire fleurs, légumes et fruits, mais de participer à un effort plus large d’équilibre et de bien être de la société.

Durable est la traduction de ‘sustainable’ (soutenable), un concept économique développé vers la fin des années 70 pour les projets de développement de ce qu’on appelait alors le Tiers Monde. On remettait (enfin) en cause l’aide apportée par les pays développés et qui se concentrait trop souvent sur des mesures prises dans l’urgence. Cette aide n’apportait souvent aucune solution à terme ou ne prenait pas en compte l’épuisement de certaines ressources naturelles. Et, peut-être plus grave encore, on ne tenait pas compte de l’organisation du travail dans la société sur place, ce qui fragilisait souvent l’équilibre des projets. On a progressivement intégré l’idée d’aide durable en créant des projets capables de s’auto-supporter financièrement (la contrainte économique) et sans porter atteinte à l’accès des générations futures aux ressources naturelles (la contrainte écologique). Mais le concept s’est très vite élargi car les économistes ont réalisé que les impératifs écologiques et économiques n’étaient pas suffisants et que la dimension sociale devait également être prise en compte. En effet les règles de fonctionnement de la société dans lequel est conçu chaque projet, la répartition du travail entre hommes et femmes par exemple, sont souvent lourdes de conséquences sur le succès d’un projet.

Cette façon d’analyser les projets sous ces différents angles de vue a été largement adoptée depuis une dizaine d’années. Cette approche enrichit les projets de développement en leur apportant plus de profondeur et de solidité. Mais elle est également applicable à l’art des jardins selon les trois dimensions, ou ‘piliers’ du développement durable, à savoir :

  • La dimension écologique : par l’adoption de techniques culturales adaptées
  • La dimension économique : en concevant et en appliquant un plan de gestion contraignant
  • Et enfin, en tous cas pour les jardins publics, la dimension sociétale : en respectant un objectif de consensus social, un jardin pour tous.

Un impératif écologique: il s’agit d’adopter des techniques culturales adaptées et de protéger la biodiversité

Les techniques culturales durables : soigner le sol

On parle ici de non travail du sol, de paillages et de connaissance des propriétés physiques du sol du jardin. Ces techniques culturales sont au centre des stages qui ont lieu au jardin pour apprendre à préparer le sol et à le protéger. Le point principal est que le jardinier doit accepter de passer un peu de temps pour mieux connaître son sol (sa structure, sa perméabilité, par exemple…) et le soigner en conséquence car la fertilité du sol est littéralement exponentielle s’il est bien soigné. Notre propos peut paraître exagéré, mais vraiment, cela vaut la peine d’essayer.

La biodiversité ordinaire

Il s’agit ensuite, ou plutôt, simultanément, de se préoccuper de la biodiversité existant au jardin. Et là, on parle de toutes les plantes et les bestioles ‘ordinaires’ qui vivent dans la même région que nous. …..  Il s’agit de respecter tout ce qui est endémique, c’est-à-dire tout ce qui est naturellement présent dans notre région. Et on comprend donc bien que ce ne seront donc pas les mêmes espèces et variétés en Bourgogne et en Normandie par exemple. Quoique bien sûr, le réchauffement climatique entraînant des migrations tant des plantes que des animaux, il en résulte une certaine confusion sur ce qu’il est ‘normal’ de trouver dans telle ou telle région.

En ce qui concerne la biodiversité en tous cas, une des premières priorités du jardinier va être de protéger la diversité des ‘mauvaises herbes’ et des insectes’. Il ne s’agit donc pas d’un combat glorieux pour quelque chose de tout à fait extraordinaire, comme un oiseau magnifique ou une orchidée rare, mais plutôt de s’assurer que le nombre de variétés de plantains ou de pissenlits ne diminue pas, pas plus que celui des espèces de cloportes et autres crustacés terrestres. Ces plantes et animaux bien modestes sont en effet complètement intégrés à la chaîne du vivant et chaque maillon a son importance.

On veillera donc à créer des refuges pour les insectes en gardant des bandes enherbées, des jachères ou des zones réservées, si on a assez de place. J’insiste sur les insectes, plus que sur les oiseaux, parce qu’ils se situent en amont. Or on ne peut pas jardiner avec la nature sans s’intéresser au monde des insectes. Plus on regarde, mieux on comprend les interactions, plus on est efficace pour protéger ses plantations. Faire fuir les indésirables, attirer les auxiliaires, cultiver puis préparer les plantes essentielles en phytothérapie, c’est un programme au long cours qui s’installe dans l’agenda du jardinier. Cela prend peu de temps et en fait gagner beaucoup. Le plus long, c’est de comprendre ce qui se passe : à chaque saison, ses soucis. Plus une action est spécifique, plus elle est efficace. Au jardin, nous proposons deux stages différents sur les ravageurs et maladies du jardin. L’approche générale est bien sûr la même pour les deux, mais les soucis sont différents selon la saison où se tient le stage, printemps ou automne. Regarder régulièrement son jardin pour détecter les soucis est la base. On peut ensuite poser sûrement un diagnostic, identifier le problème, maladie ou invasion, et alors seulement, agir.

Libellule

La gamme variétale

Préserver la biodiversité, c’est aussi penser à planter des variétés locales, en particulier des espèces fruitières. Et contrairement à certains préjugés, cela laisse un grand choix. Nous avons installé au Jardin des Merlettes un jardin d’arbustes et un conservatoire d’espèces fruitières bourguignonnes qui montrent la richesse de la gamme disponible.

Fête des fruits à Saint Loup

Enfin, autant que possible, il faut respecter le cahier des charges de l’agriculture bio

C’est à dire n’utiliser aucun produit chimique et favoriser les semences et plants issus de la filière ‘bio’. Si ça semble difficile, on peut tout simplement commencer en supprimant tous ces produits en ‘cide’ et observer les résultats au jardin. En particulier, on voit revenir assez vite des papillons et insectes de toutes sortes.

De même qu’il y a des parcours de santé pour les humains, on peut installer un parcours de biodiversité au jardin. Ce parcours recense les étapes à franchir pour que le jardin et ses hôtes disposent des ressources nécessaires à leur autonomie et à leur protection. On fait un premier pas, puis un autre et le jardin devient progressivement plus naturel et favorable à la biodiversité. On observe par exemple une multiplication des espèces : par exemple, et comme déjà mentionné dans d’autres de nos podcasts, ce n’est désormais plus une espèce mais de nombreuses espèces de coccinelles qui s’attaquent à nos pucerons pour protéger le jardin. Des contraintes économiques

Des contraintes économiques : Le plan de gestion du jardin

L’objectif du plan de gestion

Le plan de gestion sert à prévoir l’avenir du jardin tout en respectant certaines contraintes financières et humaines. Il prévoit la séquence des tâches qui doivent être accomplies chaque année mais aussi, à plus long terme, l’évolution des végétaux du jardin tout au long de leur cycle de vie : les arbres et arbustes qu’il faudra remplacer, l’évolution de leur volume, etc.

On cherche également à définir quel niveau d’entretien minimum est nécessaire pour les différents secteurs du jardin selon l’effet que l’on souhaite obtenir. Les parcs et jardins ouverts à la visite doivent économiser leurs ressources financières qui s’amenuisent au fil du temps. Faute de moyens, on ne peut plus entretenir les jardins comme au temps de Louis XIV, ni même au siècle dernier. Pour garder l’esprit des jardins et leur rendu esthétique, mais avec beaucoup moins de moyens, il faut établir des priorités. On va donc, par exemple, définir des zones de prestige, où l’entretien sera très soigné et d’autres catégories, pour des espaces qui demanderont moins de travail de suivi, jusqu’à même l’espace quasi naturel, qui ne nécessitera qu’un faucardage occasionnel..

Pour établir un plan de gestion durable pour un espace vert, on devra prendre en compte tous les coûts, c’est-à-dire les végétaux (les semences, plants et arbustes…), tous les intrants (eau, énergie, traitements, coût du matériel et de son entretien), le coût du travail et les intervenants extérieurs (élagueurs, dendrologues, techniciens et conseillers)… pour pouvoir répartir les ressources disponibles en respectant les priorités établies lors du zonage.

Topiaires au Parc de la Source (Orléans)

Mais ce raisonnement de gestion durable ne s’applique pas qu’aux espaces collectifs : le jardin familial est, lui aussi, soumis à des contraintes économiques ou édaphiques. Qu’il s’agisse du temps disponible, de l’équipement ou du coût des fournitures diverses, les ressources familiales ne sont pas infinies non plus. Autant les prendre en compte quand on prévoit son jardin. Voici quelques exemples concrets à éviter :

  • Des haies taillées très denses qui demandent plusieurs tailles par an, ce que les paysagistes ont surnommé ‘le béton vert’
  • A éviter aussi : les parterres de plantes annuelles ou de rosiers dont le sol est laissé nu et ceux dont l’accès est difficile pour le jardinier qui doit les désherber
  • Et bien sûr, de larges surfaces de gazon installées dans des conditions édaphiques défavorables

Au contraire, on peut essayer de favoriser :

  • Des haies variées en port libre
  • Des strates variées, y compris la strate herbacée (pour les insectes)
  • Le paillage systématique ou le ‘mulching’ des parterres
  • Un meilleur usage des arbustes

Un jardin qui s’adapte aux contraintes du jardinier

En bref, un jardin ‘durable’ est un jardin qui s’adapte. Il est difficile d’éviter de faire des erreurs lors de la conception d’un jardin. Une erreur courante consiste à pécher par optimisme et à mal apprécier la masse de travail qui sera nécessaire pour entretenir correctement ce que l’on souhaite planter. Mais on peut souvent rectifier par la suite, à condition de comprendre où le bât blesse. Nous avons ainsi planté au Jardin des Merlettes des parterres de rosiers de façon traditionnelle, en sous estimant largement le nombre d’heures de désherbage que ce choix entraînerait. Tout simplement parce que les parterres en sol poyaudin sont beaucoup plus difficiles et longs à désherber que ceux de la vallée de Loire, au sol sableux, donc légeret dont nous avions l’habitude. Nous avons dû déplacer certains rosiers pour aménager de plus petits parterres autour desquels il est facile de passer la tondeuse. Un autre exemple : certaines parties du jardin sont gorgées d’eau en hiver. Nous avons installé des mini collines au potager. Surélever nos plantations de 20 ou 30 cm permettent d’éviter certains dégâts. A suivre.

Le rôle du jardinier dans la société : une dimension humaine inégalée

Quand on demande aux gens quels métiers ils trouvent les plus sympathiques, les jardiniers se retrouvent tout en haut de la liste. C’est parce que le jardin est actuellement ressenti comme un des meilleurs endroits d’échange et de partage amical. En plus de cultiver son jardin, le jardinier remplit plusieurs missions :

Le jardin est vecteur de consensus social et de réinsertion

  • Le jardinage est une activité qui fait appel à l’observation, à la mémoire et au savoir. Il est accessible à tous, pourvu qu’on en aie l’envie.
  • C’est un travail physique où l’on endure la pénibilité de certaines tâches et où l’on est confronté à la force de la nature : dureté des sols, force du vent, pluies battantes, soleil écrasant.. Ces épreuves renforcent toujours les liens entre les participants. D’ailleurs, les stages dont nos élèves gardent le meilleur souvenir sont toujours des stages effectués dans des conditions climatiques difficiles… à notre corps défendant !

Le jardinage favorise les relations de proximité

  • C’est dur de travailler tout seul. De plus, les jardiniers aiment bien partager leurs expériences. C’est l’occasion de s’entraider, et aussi pour les anciens ou les plus expérimentés, de former les plus jeunes.
  • Travailler ensemble et ensuite, partager : un bon jardinier récolte en quantité, des fleurs, des légumes, des fruits. On a souvent trop d’un petit nombre de choses et chacun connaît des réussites et des échecs : c’est l’occasion d’échanger avec ses voisins.

Le jardinage participe à conserver la mémoire du vivant, les savoir faire et les connaissances locales

  • La taille des arbres dans certaines formes, par exemple, la conduite des arbustes fruitiers en formes palissées, mais aussi les tétards des haies, les plessis ou pléchages.
  • Certaines techniques pour la conservation des récoltes : construction de silos enterrés, transformation ou conservation de certains aliments (les poires tapées en Puisaye)
  • La connaissance des particularités locales édaphiques : en particulier concernant le sol et le climat. En janvier 2012, les personnes les plus âgées en Bourgogne nous rappelaient qu’en 1956 aussi, le printemps s’était invité au début de l’hiver, jusqu’à la fin janvier. S’en était suivi du 1er au 27 février 1956, la pire vague de froid depuis 1947. Dans les temps de canicule que nous subissons actuellement, c’est important de se souvenir que d’autres générations ont enduré aussi de grosses difficultés. Cela protège du défaitisme ambiant.
  • Les jardiniers privés participent également activement à la préservation des variétés locales, qu’il s’agisse d’arbres fruitiers, de légumes ou de plantes naturelles, grâce aux espaces préservés de leur jardin.

Quand on parle de la dimension sociale, ou plutôt sociétale du jardinage, il y a un aspect qu’il peut être très utile de se rappeler, c’est sa dimension thérapeutique

Le jardinage thérapeutique : l’exemple de l’association Thrive

L’exemple le plus concret de mise en œuvre de cette vertu ‘soignante’ du jardinage est fourni par l’association THRIVE, créée sous l’égide de la Royal Horticultural Society au Royaume Uni et qui organise et gère des jardins thérapeutiques. Sa devise : ‘Utiliser le jardinage pour changer les vies’ (‘Using gardening to change lives : social and therapeutic horticulture’) : Rien que ça! Les jardins qu’elle conçoit sont adaptés pour servir d’ateliers pratiques pour des personnes en situation de handicap, physique ou mental.

Thrive crée des jardins, forme du personnel d’encadrement, milite pour imposer le jardinage comme vecteur de réinsertion sociale. Son succès depuis sa création, en 1978, est phénoménal : plus de 900 jardins créés, aidés ou encadrés à ce jour. Et plus elle crée de jardins, plus on lui en demande !

Un petit plaidoyer pour conclure ce podcast : un chemin vers le BNB

Jardiner ‘durable’ c’est remettre en cause ses habitudes : travail du sol (béchage) ou couverture du sol (paillis, mulching), taille ou éborgnage, cassage ou arcure des arbres fruitiers, etc. C’est aussi s’éloigner du productivisme et privilégier plus de qualité et de diversité.

On peut aussi y ajouter un poil de philosophie : jardiner, c’est être dans l’instant présent. Rien ne ‘vide’ autant la tête que de soigner des plantes, que l’on prépare une planche au potager, qu’on récolte des graines ou qu’on cueille des fleurs pour un bouquet. Ce que les yogis mais aussi les thérapeutes appellent, ‘la pleine conscience’. Et cela nous rapproche d’une autre notion : le BNB (ou Bonheur national Brut), un concept inventé au Bhoutan. Si on parlait un peu de nous, juste histoire de voir d’où nous tirons nos moments de bonheur ? Le jardinage est probablement un élément à retenir pour améliorer cet indice.

On nous annonce pour bientôt des restrictions de toutes sortes, mais, tout comme le BNB du bonheur s’oppose au PNB de la productivité, la ‘sobriété heureuse’, un concept remis en avant (mais non inventé) par Pierre RAHBI, s’oppose à la consommation effrénée. Sobriété, pleine conscience, des façons de profiter de la vie qui s’accordent bien avec les jardiniers. A réfléchir !

S4 E4 Podcast ; Les auxiliaires au jardin

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Syrphe sur pomme Boskoop

Nous sommes trop ignorants de toutes les bestioles qui vivent dans notre jardin et qui influencent grandement la façon dont nos plantes arrivent à échapper aux ravageurs… ou pas. Seules les coccinelles sont universellement connues des jardiniers. Il existe pourtant de nombreux autres insectes qui sont tout aussi, sinon plus efficaces en tant qu’auxiliaires du jardinier. Mais ils font souvent peur et sont les victimes de préjugés. Au mieux, les jardiniers les ignorent, au pire ils cherchent à les éliminer alors qu’au contraire, ils devraient favoriser leur installation. Nous vous en présentons quelques uns.

Blog 2022 07 : Lutter contre les pucerons ? Il y a la coccinelle, bien sûr, mais pas seulement…

Avec le printemps et l’éruption de tendres pousses sur nos rosiers, arbustes et arbres fruitiers, un nouvel ennemi envahit les jardins ces temps ci : le puceron. Et chaque jardinier de sortir son arsenal de lutte : pulvérisations en tous genres, aspersions, et, pour les plus avertis, lâchers (ou poser) de coccinelles. C’est une bonne idée d’inviter ces insectes au jardin et de leur permettre de s’y installer durablement, mais on peut pousser plus loin cette réflexion. En effet, la coccinelle, ou Bête à bon Dieu, comme on l’appelait autrefois, est loin d’être le seul insecte efficace contre les pucerons. Il existe de nombreux autres auxiliaires qui peuvent aider le jardinier, pourvu qu’on les y invite. Nous vous proposons une courte introduction sur ce sujet passionnant.

La coccinelle est utile au jardin : les différentes phases de son développement

Comme beaucoup d’insectes, la coccinelle passe par des métamorphoses. L’oeuf éclot en larve puis se nymphose en pupe et enfin émerge l’insecte. Nous connaissons moins bien les coccinelles que nous ne le croyons. Peu d’entre nous savent par exemple reconnaître sa larve, pourtant très utile au jardin car très affamée… de pucerons. D’autre part, si tout le monde connaît la coccinelle à 7 points (Coccinella septempunctata), on ne connaît guère ses petites soeurs.

Les larves

Voici quelques photos de larves de coccinelles prises au Jardin des Merlettes. Presque aussi vorace que l’insecte adulte, la larve en fin de croissance dévore environ 80 pucerons par jour. La coccinelle adulte en dévore environ 100.

Et c’est toujours un spectacle rassurant pour le jardinier que la vue d’un groupe de larves en action sur une pousse de pommier ! Pas de souci à se faire, l’arbre sera nettoyé en moins d’une journée.

Les insectes adultes (imago)

Voici quelques photos d’insectes adultes. Nous avons observé de nombreuses variétés au Jardin des Merlettes, en plus de la coccinelle à 7 points. Elle exhibent un nombre de points varié, ce qui n’a rien à voir avec leur âge, ont des formes et des couleurs différentes… sans oublier la redoutable coccinelle asiatique qui dévore ses congénères quand la nourriture se fait rare ! Michael Chinery, dans son livre ‘Insectes de France et d’Europe Occidentale’ (Flammarion, 2005) cite ainsi, parmi les coccinelles proprement dites, la Coccinella 7-punctata de Linné, abondante partout de mars à septembre, l‘Anatis ocellata, que l’on trouve souvent sur les les conifères (juin – juillet) et la Théa 22-punctata, sur les végétations basses (avril à août).

Les coccinelles ravageuses

Mais toutes les coccinelles ne sont pas les bienvenues au jardin. Il existe différents groupes dans la famille des coccinellidae et certaines cousines de nos coccinelles familières sont de redoutables ravageurs. Si les Coccidula scutellata pourchassent les aphides en été, d’autres espèces s’intéressent davantage à nos cultures. Ainsi au fil des mois, vous rencontrerez au jardin des Epilachna chrysomelina, rouge jaune, qui s’attaquent aux melons, et des Subcoccinella vigintiquatuorpunctata  (24 pooints) – (Linné 1758), rouge fauve, aux élytres à points noirs, qui s’attaquent aux cultures florales dans le midi de la France.

Chaque variété d’insecte opère à une période bien spécifique et uniquement à cette période. Lorsqu’il s’agit de ravageurs, cela permet au jardin de respirer. Mais pour les auxiliaires, on aimerait qu’ils soient là tout le temps pour nous aider. Heureusement, si la période d’activité est assez limitée pour les coccinelles, il n’en est pas de même pour d’autres auxiliaires qui participent à protéger le jardin toute l’année.

Les autres auxiliaires mangeurs de pucerons

Un peu de vocabulaire : ravageurs, auxiliaires et prédateurs.

Les ravageurs

On appelle ravageurs les insectes qui s’attaquent à nos cultures. Ils portent bien leur nom car ils font des ravages. Tel Attila, là où leur horde est passée, rien ne repousse… Enfin, ça dépend. Dans certains cas on s’inquiète pour rien car la plante se remet très bien de cet assaut printanier et en sort même renforcée. L’attaque aura tout au plus calmé une vigueur très grande. Pour les plantes plus chétives en revanche, l’assaut peut être fatal.

Les pucerons sont des ravageurs. Ils sont redoutables tant par leur appétit pour sucer la sève de nos plantes que par leur nombre, leur diversité (avec ou sans ailes) et la longueur de la période pendant laquelle ils sévissent. Ils privilégient toujours l’extrémité herbacée des branches. C’est en observant régulièrement ses arbres que l’on peut se repérer les attaques des insectes ravageurs. Voici des photos de trois espèces très répandues. A gauche, le Myzus Persicae, ou Puceron vert du Pêcher, qui sévit au printemps. Au centre, le Puceron lanigère du pommier, Eriosoma lanigerum, qui s’attaque aux branches en été et aux racines en hiver. A droite, le Puceron noir de la fève, Aphis fabae qui hiverne sur fusain ou genêt à l’état d’oeuf et pullule en été sur de très nombreuses plantes.

Les auxiliaires

Et voici la contre attaque : les auxiliaires. Il est important de les prendre en compte avant de recourir à des produits insecticides destinés à éliminer tel ou tel ravageur, mais qui supprime en même temps nombre d’auxiliaires. Il ne faut pas détruire ces derniers mais, au contraire, leur permettre de bien s’acclimater au jardin. En effet, leur cycle de vie est calqué sur celui de leurs proies et ils protégeront le jardin de façon plus durable et moins polluante que tous les produits chimiques
Le souci, c’est que les auxiliaires ne sont pas toujours ceux qu’on croit et que certains, pourtant très utiles contre les ravageurs de nos cultures, sont largement méconnus et donc méprisés, voire pourchassés par les jardiniers. D’où l’idée d’une formation pour apprendre à les reconnaître.

On distingue les auxiliaires prédateurs et les parasitoïdes :

  • Les prédateurs chassent et dévorent leurs proies, c’est le cas des coccinelles.
  • Les parasitoïdes procèdent différemment. Ils pondent dans l’abdomen des insectes, acariens ou pucerons, par exemple, à l’aide d’un ovipositeur situé à  l’extrémité de leur abdomen. Les oeufs éclosent et les larves se développent en dévorant leurs hôtes. La photo ci dessous montre l’un de ces insectes (probablement une punaise translucide) doté d’un ovipositeur. On imagine facilement les ravages que peut provoquer cet instrument !
Punaise à oviposteur

Quelques insectes auxiliaires méconnus

Non seulement la coccinelle n’est pas le seul auxiliaire du jardinier dans sa lutte contre les pucerons, mais elle n’est pas non plus la plus efficace. Le journal « Avertissements agricoles AQUITAINE » N° 10 du 3 mai 2007 proposait ainsi un recensement des auxiliaires contre les ravageurs des vergers. Pour la lutte contre les pucerons, il classait les auxiliaires en deux groupes selon leur efficacité contre les ravageurs :

D’une efficacité importante : les chrysopes, les syrphes, les cécidomyies

Les chrysopes :

Les larves de chrysopes sont des prédateurs redoutables. Elles consomment principalement des pucerons et acariens (jusqu’à 500 pucerons ou 10000 acariens au cours de leur développement), mais peuvent aussi s’attaquer aux oeufs et jeunes larves de lépidoptères.

Les syrphes :

Les syrphes, de couleur jaune et noire, sont souvent confondus avec les abeilles et les guêpes. Or elles ne sont pas des hyménoptères mais des diptères (elles n’ont que deux ailes), communément appelées ‘mouches’. Leurs larves peuvent consommer de 400 à 700 pucerons au cours de leur développement.

Les cécidomyies :

Leurs larves, par exemple celles d’Aphidoletes aphidizyma, peuvent consommer jusqu’à 20 proies par jour. Les cécidomyies sont également des diptères et dévorent aussi des acariens.

La chrysope est à gauche, le syrphe au milieu et la cécidomyie à droite. Ces photos ont été prises au Jardin des Merlettes, sauf celle de la cécidomye, trouvée sur le site internet aramel.free.fr (crédit photo M. Chevriaux). La taille du syrphe (environ celle d’une mouche) et celle de la chrysope sont environ celles des photos ci dessous. L’image de la cécidomyie, en revanche, est grossie environ 10 fois. Elle ne mesure que quelques millimètres seulement, ce qui explique pourquoi elle est difficile à observer (et encore plus, à photographier).

D’une efficacité moyenne, les coccinelles, les staphylins, les forficules et certaines espèces d’acariens et de punaises.

Les coccinelles :

Les aphides (les pucerons) sont leur nourriture favorite. Les statistiques concernant leur appétit varient selon les auteurs : de 50 ou 70 insectes par jour, pour larves et adultes, respectivement, à 80 ou 100. Les espèces plus petites se nourrissent également d’acariens ou de cochenilles.

 Les staphylins :

Ils sont généralement noirs et de forme très allongée. Larves et adultes sont polyphages. Ils se nourrissent d’acariens, de pucerons et de larves de diptères. Leur abdomen rappelant celui du scorpion, il n’y a pas de surprise qu’ils soient moins populaires que les jolies coccinelles ! L’université catholique de Louvain a conduit une étude expérimentale sur l’efficacité des staphylins en lutte biologique contre les pucerons qui a conclu à leur grande efficacité.

 Les forficules :

Nous avons déjà plaidé la cause des forficules (de son petit nom ‘forficula auricularia’), bien méprisés en général. Des études, en particulier celles menées par l’INRA, au centre de recherche d’Avignon, ont pourtant montré leur action prédatrice contre les pucerons.

Voir la vidéo sur les forficules

Les acariens :

Les acariens ont bien mauvaise réputation, et souvent à raison puisque cet ordre d’insectes comprend les redoutables tiques et l’araignée rouge (Panonichus ulmi), un parasite important des arbres fruitiers. Mais certains acariens comme les trombidions ((Trombidium sp) vivent sur les plantes et chassent les pucerons et d’autres acariens ravageurs. Leur appétit n’est pas énorme, mais ceci est compensé par leur capacité de prolifération. Il sont difficiles à identifier en raison de leur petite taille et on les confond souvent avec les araignées rouges.

Les punaises :

Quant aux punaises, l’ordre des hétéroptères est si fourni qu’il regroupe aussi bien des insectes très indésirables que certaines cousines, comme la punaise translucide, que les arboriculteurs québécois considèrent comme prometteuse dans la lutte intégrée (Revue Vertigo Volume 2 Numéro 2, octobre 2001). 

Les photos ci dessous montent un forficule, appelé familièrement perce oreille (à gauche), un staphylin trouvé sur le site www.salamandre.net au milieu et, à droite, un acarien s’attaquant à un puceron, trouvé sur le site www.galerie-insecte.org , deux sites participatifs spécialisés sur les insectes et que je vous recommande au passage.

De tous ces insectes, seules les coccinelles sont appréciées des jardiniers, peut être parce qu’elles sont si jolies et ont l’air tellement inoffensives. Les autres insectes cités sont pourtant tout aussi efficaces, mais ils font souvent peur et sont les victimes de préjugés.

Comment inviter ces auxiliaires dans son jardin ?

Le jardinier sait donc souvent assez peu de choses sur le monde des insectes et leurs multiples interactions. Alors, comment faire pour laisser un équilibre naturel s’instaurer. Dans le doute, on est bien souvent tenté d’intervenir car certains insectes sont parfois des auxiliaires prédateurs à un moment de l’année, pour devenir ravageurs à d’autres.

 Dans leur livre ‘Coccinelles, primevères, mésanges… La nature au service du jardin‘ ( Terre Vivante, 2008), Denis Pépin et Georges Chauvin offrent une mine de renseignements pour nous aider dans cette démarche de jardiniers naturalistes et nous permettre d’aménager des espaces du jardin favorables aux auxiliaires. Ils citent en particulier les plantes ‘hôtes’ favorites à chaque insecte.

Le mot de la fin : la patience. Il ne faut pas raisonner à court terme mais essayer d’instituer un équilibre stable. Même si chaque insecte ne nous est activement « utile » qu’à une certaine période de l’année, il faut lui permettre de conduire à son terme son cycle de reproduction. Il faut donc procurer gîte et nourriture toute l’année pour favoriser son installation durable. Ce sera l’objet d’un prochain article. Nous vous expliquerons également comment soigner la biodiversité de votre jardin.

Le stage du Jardin des Merlettes intitulé « maladies et ravageurs » est une initiation à la lutte intégrée au jardin et, en particulier, au jardin fruitier. Il a lieu deux fois par an, au printemps et en automne, des moments où la pression des ravageurs et des maladies se fait intense. Ne vous laissez pas rebuter par le titre, c’est très amusant et vous vous passionnerez vite pour le monde des insectes.

S1 E5 Podcast : Pourquoi tailler les arbres fruitiers ?

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Pommier plein vent laissé à lui même

Est-il vraiment utile de tailler un arbre fruitier ? S’il est planté dans un endroit fertile, ne peut il pas se ‘débrouiller’ seul ? N’est ce pas notre mauvaise habitude de vouloir tout dominer, et en particulier, la nature, qui nous pousse à nous acharner sur nos arbres ?
Tout au contraire : tailler un arbre, c’est le soigner, c’est s’assurer que le format de ses branches sera suffisant pour porter ses récoltes et lui éviter ainsi de se briser sous leur poids un jour de grand vent, ce qui est souvent le début de la fin. En effet, une branche cassée, c’est une grosse porte d’entrée aux maladies et aux champignons.
Et tailler un arbre, c’est aussi permettre à la lumière d’y rentrer et de faire mûrir les fruits. Un exercice absolument nécessaire donc, et à renouveler une, et même plutôt deux ou trois fois par an.

S1 E12 Podcast : les beaux rosiers de l’été III : les rosiers grimpants

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Nous vous présentons nos rosiers grimpants préférés qui fleurissent tout l’été, et plutôt même jusqu’aux gelées. D’abord quelques conseils pour bien les soigner et leur permettre de grimper aussi haut que possible pour leur variété. Et leur permettre aussi de refleurir. Choix des supports, taille d’hiver, taille d’été et palissage des jeunes pousses. Autant de gestes techniques indispensables. Et puis notre florilège de rosiers roses, écarlates, jaunes et abricot ainsi que de rosiers blancs. Des valeurs sûres qui vous raviront.

S4 E2 Podcast : Insectes et maladies au jardin II – Identifier les problèmes en hiver et au printemps

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Larve d’hoplocampe sur une pomme

Après avoir discuté de l’importance de repérer si les plantes de votre jardin ont des problèmes, nous cherchons à les identifier. Encore une fois, on va parler calendrier car les soucis n’arrivent pas n’importe quand, bien au contraire. En gros, il y a trois sortes de problèmes : ceux qui sont liés à la météo, les maladies et les bestioles ravageuses. Nous allons scinder l’année en deux périodes : l’hiver et le printemps d’une part, l’été et l’automne de l’autre car, heureusement, tous les soucis n’arrivent pas au même moment.
C’est hélas, un assez long catalogue de problèmes que je vous présente ici. Mais ce n’est qu’en connaissant l’existence de chacun que vous pourrez vérifier s’il existe ou non dans votre jardin et que vous pourrez ensuite protéger vos plantes.

S1 E11 Podcast : les beaux rosiers de l’été II : les rosiers haut buisson, demi tige et pleureurs

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Beaucoup plus grands que les rosiers de parterre, les rosiers hauts buissons, tige et pleureurs constituent des éléments très décoratifs dans un jardin. Ce podcast présente une sélection de ces rosiers parmi ceux qui sont bien remontants, fleurissant de juin aux gelées. ‘Salet’, Blossom Time’, ‘Sénégal’, ‘Elizabeth Stuart’ et ‘Chinensis Mutabilis’ figurent parmi nos favoris. Ils ne se ressemblent ni par la forme de leurs fleurs, très variée, ni par leur couleur, ni par leur port mais offrent tous de grandes qualités par la régularité de leur floraison, l’abondance et la beauté de leur fleurs.

S1 E10 Podcast : Les plus belles roses de l’été I – Les buissons de parterre

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Pour le jardinier qui souhaite un jardin fleuri toute l’année, il est très important de bien choisir les caractéristiques des plantes qu’il choisit. Ceci est particulièrement important pour les rosiers car un grand nombre d’entre eux ne fleurissent pas pendant l’été. Outre ceux qui ne refleurissent pas du tout après le mois de juin, un grand nombre de rosiers ne produisent pas de fleurs en juillet et en août.
Cette mini série de podcasts propose une sélection de rosiers qui fleurissent abondamment pendant l’été. Cette première partie présente les rosiers buissons de parterre, un prochain épisode présentera les hauts buissons, à planter en isolé ainsi que les rosiers tiges et pleureurs. Un troisième et dernier épisode présentera les rosiers grimpants et abordera la question du parfum des roses.

Et si l’envie vous prend de pousser plus loin dans la taille de vos rosiers en été, venez assister à notre stage de fin de printemps spécialement dédié aux rosiers non remontants.

S1 E3 Podcast : La taille des rosiers en été

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Rosier Moyesii ‘Geranium’

Ce podcast explique pourquoi on doit tailler les rosiers en été, quels rosiers tailler et comment. Et bien sûr, on vous parle des gourmands qui intriguent tant de jardiniers.
Les rosiers ont une réputation de rusticité et c’est souvent le cas. Mais pour un résultat optimum, il faut s’occuper d’eux plus souvent qu’une fois par an. Rien de bien compliqué et nous vous proposons quelques repères pour vous aider et vous assurer une floraison digne de votre jardin.
Il y a deux stratégies bien différentes selon les rosiers auxquels on a affaire. Sur les rosiers remontants : on se contente de supprimer tailler les fleurs fanées et les fruits éventuels. En revanche, sur les rosiers non remontants, la taille que l’on va effectuer est la taille principale de l’année.

Et pour mieux tailler vos rosiers en été, pensez à vous inscrire au stage qui leur est spécialement dédié.

S2 E3 Podcast : Soigner les arbustes III – Choisir les arbustes pour son jardin

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Ce troisième podcast consacré à la culture des arbustes d’ornement propose quelques conseils pour choisir les espèces à planter. Connaître les conditions édaphiques de son jardin et évaluer le niveau de difficulté d’entretien de l’arbuste choisi par rapport à la disponibilité du jardinier et à son savoir-faire. Sur la façon de choisir les arbustes, deux pistes de réflexion : regarder d’un œil neuf les arbustes qu’on connaît et choisir quelques arbustes plus originaux. Pour l’automne, de beaux coloris de feuillages et/ou une fructification remarquable. Pour l’hiver, on va rechercher des belles écorces et des feuillages persistants. Pour le printemps, des floraisons superbes et pour l’été, des couleurs vives et des parfums pour les belles soirées. Quelques exemples.