S3 E1 Podcast : La taille des forsythias et des arbustes printaniers

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Je vous propose aujourd’hui de réfléchir à la taille des forsythias et des arbustes printaniers comme les camélias, les rhododendrons et les azalées. Cela a été depuis toujours l’un des sujets favoris des lecteurs du blog de notre site internet et c’est une excellente introduction à un sujet extrêmement important pour le jardinier : quand faut-il tailler quoi ?

Le forsythia est cet arbuste aux fleurs d’un jaune éclatant qui annonce l’arrivée du printemps. C’est celui que l’on remarque partout dans les jardins au mois de mars. On aime (ou pas) sa couleur un peu ‘flashy’ et son allure un peu rustique (je ne trouve pas de meilleur mot) mais on est content de le voir fleurir. C’est la preuve que le printemps est bien là et que la nature est en train de se réveiller pour de bon.

Le forsythia est une plante très familière, que l’on la voit partout. Il est pourtant méconnu, bien mal soigné et offre souvent à voir un triste enchevêtrement de branches sèches et grises. Vous en avez tous observés, et pas seulement dans des jardins abandonnés mais plutôt dans des jardins entretenus de façon méticuleuse, où les allées sont bien desherbées et les plantations bien alignées.

Alors, comment peut-on expliquer cette situation ?

Je crois que le problème résulte tout simplement d’une erreur d’observation de la part du jardinier. Le forsythia forme ses bourgeons floraux en plein été, lorsque la croissance des branches se ralentit. C’est ce qu’on appelle l’induction florale. La plante est donc toute prête à fleurir au printemps, dès que la montée de sève intervient et réveille ces bourgeons floraux qui n’ont qu’à grossir et à s’épanouir. C’est pour cela que la floraison est très précoce. On comprend alors que si on taille l’arbuste en fin d’hiver, on supprime autant de branches qui allaient justement fleurir dans les prochains jours. En revanche, quand on taille l’arbuste après sa floraison, c’est-à-dire en avril ou en mai, on favorise la pousse d’un grand nombre de branches qui fleuriront l’année suivante.

Comment puis-je parler d’erreur d’observation alors que je viens d’expliquer que la période à laquelle se produit l’induction florale, c’est-à-dire l’été, est la cause du malentendu ? En effet, quand on regarde un forsythia en automne ou en hiver, c’est-à-dire après l’été, on ne voit pas particulièrement les bourgeons floraux dont je viens de parler, contrairement aux camélias ou aux rhododendrons dont nous parlerons tout à l’heure.

Et bien, c’est tout simplement parce que je crois que le travail le plus important du jardinier, c’est d’observer ses plantes tout au long de l’année. En ce qui concerne les arbustes à fleurs, il doit regarder où se situent les fleurs. Selon les arbustes, c’est soit :

  • sur une branche qui vient de pousser au printemps. A la sortie de l’hiver, des bourgeons, puis de nouvelles pousses se forment un peu partout dans l’arbuste, des feuilles apparaissent puis, lorsque la pousse est bien installée et présente en général quelques volées de feuilles, des bourgeons floraux apparaissent en bout de branche puis enfin les fleurs. C’est le cas du lilas commun, de la vigne, du lilas des indes (le lagerstroemia), des hydrangéas, de la plupart des roses modernes. Si la floraison du lilas intervient dès la fin avril, en revanche, les autres floraisons sont nettement plus tardives : juin, juillet ou même fin d’été pour certains hydrangéas.
  • Alternativement, les bourgeons floraux peuvent se situer sur une branche qui a poussé l’année précédente. Dès que les conditions de lumière et de chaleur sont réunies (un concept sur lequel nous reviendrons dans un prochain podcast), cela donne à l’arbuste le signal du débourrement et ces bourgeons éclosent et les fleurs s’épanouissent. Il n’y a pas besoin d’un afflux abondant de sève élaborée créée par la photosynthèse des feuilles. Le bourgeon contient toutes les réserves nécessaires pour que la fleur s’épanouisse. C’est le cas du forsythia, mais aussi des dits rosiers non remontants car ils ne fleurissent qu’une seule fois par an. Mais si vous y réfléchissez un instant, vous constaterez que c’est également le cas pour de nombreux arbres fruitiers dont la floraison nous émerveille chaque printemps, avant que l’arbre ne se couvre de feuilles. Les pêchers, les cerisiers, mais aussi les poiriers et les pommiers. Pourtant me direz-vous, on taille bien les arbres fruitiers au printemps. Et bien justement, pas trop, et seulement de façon à limiter une trop grosse production. Celui qui veut vraiment choyer ses arbres intervient plusieurs fois dans l’année. Mais nous reviendrons également sur ce sujet.
  • Enfin, troisième cas, les bourgeons floraux peuvent se situer sur une branche qui a poussé deux années auparavant : c’est le cas des cognassiers du Japon (les chaemomeles) qui fleurissent exclusivement sur du bois de deux ans. Vous voyez donc combien il faut être prudent avant de sortir son sécateur. Si vous taillez vos cognassiers du Japon sévèrement tous les ans en mars, il y a de fortes chances que vous ne voyiez jamais de fleurs. C’est pour cela que, au grand désespoir de certains jardiniers, les arbustes semblent parfois fleurir beaucoup mieux dans des jardins abandonnés, ou du moins entretenus de façon très épisodique. Mais je vous rassure, ce ‘succès’ n’a qu’un temps car le manque de soins résulte souvent en une profusion de branches qui sont assez peu esthétiques et finissent par étouffer l’arbuste.

Donc, c’est établi, le forsythia se taille après sa floraison. Mais comment le taille t’on ?

A ce stade de la discussion, il nous faut aborder un autre concept extrêmement important pour la taille des arbustes. Il s’agit de son mode de pousse par rapport à sa base. Les deux extrêmes sont l’acrotonie et la basitonie que l’on peut illustrer simplement par l’image d’un camélia et d’un groseillier. Pour faire très simple, on désigne par acrotones les ligneux qui développent un tronc et qui poussent en hauteur au fur et à mesure de leur croissance. Ce sont les rameaux situés en extrémité des branches, au premier rang desquels l’axe de l’arbuste, qui poussent de la façon la plus vigoureuse. Au cours des années, ces arbustes construisent une architecture pérenne que le jardinier va suivre soigneusement. Au contraire, les plantes basitones émettent régulièrement des pousses depuis leur souche. Ces pousses produisent des fleurs ou des fruits pendant quelques années puis s’épuisent. Le Podcast N°2 de notre Saison 2 intitulé ‘ Comment soigner les arbustes : la taille’ explique en détail ce phénomène d’acro ou basitonie et ses conséquences sur la façon dont l’arbuste pousse et, en conséquence, quel mode de taille il faut lui appliquer. Puisque les branches des arbustes basitones s’épuisent au bout de quelques années, on aidera le renouvellement de l’arbuste en taillant les plus âgées à leur base pour laisser la place à de nouvelles pousses.

Observons un arbuste franchement basitone comme le kolkwitzia. Lorsqu’on a créé un peu d’espace à son pied en éliminant les branches les plus anciennes en fin de printemps, il produit de nouvelles pousses qui atteignent rapidement un ou plutôt deux mètres de haut au cours de l’été. Ce sont des tiges toutes simples, érigées, pas particulièrement gracieuses mais qui se fondent dans le reste de l’arbuste si l’on a pris le soin de répartir les tailles autour du pied. Le printemps suivant, ces nouvelles pousses portent des fleurs à l’aisselle de chacune des feuilles portées par la branche l’année précédente. La floraison est donc un peu parsemée et la pousse commence à s’arquer sous le poids des fleurs et aussi au fur et à mesure qu’elle continue de s’allonger. La floraison achevée, de petites pousses surgissent à l’emplacement de chaque bouquet de fleurs. Des bourgeons floraux se formeront pendant l’été sur ces pousses secondaires et la floraison de l’année suivante sera beaucoup plus dense, et aussi plus lourde. Le phénomène se répète la troisième année et il en résulte une floraison encore plus abondante. Mais ensuite, la branche s’épuise, la floraison devient médiocre et il faut couper la branche pour permettre le renouvellement de l’arbuste. Si vous procédez ainsi, l’arbuste portera toujours des branches âgées de un, deux et trois ans et il fleurira de façon dense chaque année. Il prendra une forme en parapluie, les tiges les plus récentes érigées au centre de l’arbuste et les plus anciennes s’évasant au fur et à mesure qu’elles se courbent sous le poids des fleurs.

Vous pouvez trouver ce mode de taille un peu radical, voire simplet et vous demander si on ne pourrait pas faire demi-mesure et tailler plutôt les branches à la moitié de leur hauteur. C’est une très mauvaise idée : J’ai essayé maintes fois et obtenu des résultats toujours médiocres. Le bas de la tige, âgé, reste laid et le haut manque de vigueur. Et cela est vrai pour tous les arbustes clairement basitones, les cornouillers, par exemple.

Mais revenons à notre forsythia. C’est un arbuste particulièrement intéressant car, à y regarder de plus près, il n’est pas uniquement basitone mais a gardé un peu d’acrotonie. On le nomme donc ‘mésotone’. Autrement dit, vous pouvez décider de conserver certaines tiges et les traiter comme des branches charpentières car il est capable de former des branches secondaires. Vous obtiendrez ainsi une architecture un peu plus complexe qui donnera plus de grâce à l’arbuste. Mais c’est beaucoup plus compliqué car sa fragilité perdure, c’est à dire le vieillissement prématuré de son bois qui a besoin d’être renouvelé. Vous pourrez peut-être garder une branche cinq ou six ans, mais vous devrez ensuite la scier à la base, un travail toujours plus délicat que de supprimer une branche de trois ans.

D’autres jardiniers choisissent de tailler cet arbuste en topiaire. Si la taille a été effectuée avant l’été puis simplement entretenue, le résultat peut être saisissant : une boule ou un carré jaune d’or. En revanche, ce mode de taille n’est pas durable pour un forsythia car il va se dégarnir très vite, faute de renouvellement à la base. Il finit par s’étouffer lui-même dans un fouillis de branches sèches. De plus, la pousse d’après floraison est hérissée et le résultat est en conséquence assez peu esthétique.

Et maintenant, examinons le cas des arbustes acrotones : on parle toujours seulement des arbustes printaniers, ceux qu’il ne faut PAS tailler au début du printemps mais en fin de printemps, une fois qu’ils ont fleuri : les camélias, les rhododendrons et les azalées par exemple. Ils forment en général des fleurs ou des bouquets de fleurs que l’on admire de façon individuelle alors que les précédents forment littéralement des cascades de fleurs. Contrairement aux arbustes basitones dont les bourgeons sont tout petits, ceux-ci forment des bourgeons très gros que l’on peut facilement observer à partir du mois d’août. Mais du coup, les jardiniers pensent qu’il n’est pas possible de tailler ces arbustes alors qu’au contraire ils supportent très bien la taille, s’ils sont cultivés dans un milieu favorable. On peut même obtenir de jolis effets, à condition une fois encore, d’agir au bon moment.

La première taille que l’on peut recommander pour ces arbustes, c’est la taille en transparence. Ils sont souvent très touffus ce qui favorise l’installation d’insectes, les cochenilles par exemple, d’autant que leurs feuilles sont persistantes. Une taille légère qui respecte l’étagement des branches, réduit ce problème. On rentre littéralement dans l’arbuste et on supprime ou on raccourcit les branches secondaires qui partent vers le haut ou vers le bas et qui empêchent la lumière de rentrer dans l’arbuste. Il faut avoir la main légère. Une bonne façon de tester si la taille est suffisante est de demander à quelqu’un de se tenir de l’autre côté de l’arbuste. Avant la taille, vous ne pourrez pas deviner la silhouette de cette personne. Vous pourrez vous arrêter de tailler dès que vous pourrez deviner les contours de la personne en face de vous. La taille vous permet également de rééquilibrer les proportions si par exemple l’arbuste s’est trop développé d’un seul côté, par exemple s’il a été planté trop près d’un autre arbuste.

Un autre type de taille, auquel on ne pense jamais, du moins en France, c’est la taille en topiaire. Et là, contrairement aux arbustes basitones, les arbustes acrotones s’y adaptent très bien. Les haies de camélias taillées de façon très dense sont très fréquentes en Angleterre et offrent un joli spectacle au printemps. En plus, c’est vraiment une bonne idée de haie à feuillage persistant, bien dense, si le climat de votre région convient aux camélias. Au Japon, ce sont les rhododendrons et les azalées qui sont fréquemment taillés en topiaire. Dans le centre de Tokyo, les parterres situés au centre des avenues sont plantées d’azalées taillées en boules de taille, de forme et de couleurs différentes et ils forment des tableaux magnifiques au printemps.

Alors, à vos sécateurs, regardez, réfléchissez et taillez !

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