Préparer les floraisons de l’été

7 juin 2020

Dans ce podcast, nous vous proposons de réfléchir à la préparation d’une seconde saison de floraison magnifique dans votre jardin, celle de l’été. Elle est parfois un peu négligée pour ne pas dire totalement oubliée, tout simplement parce qu’on est très occupé par la préparation de la floraison de printemps et qu’il ne reste pas autant d’énergie pour s’occuper de la suite.

Christine Coulomb · Préparer les floraisons d’été

Mais heureusement, une fois la saison de printemps bien organisée au jardin, les floraisons se renouvellent d’année en année (à quelques détails près, comme le remplacement de quelques bulbes) et on peut porter son attention sur la saison suivante.

Dans le podcast précédent nous vous avons recommandé quelques arbustes particulièrement beaux en été et trois autres podcasts ont été consacrés aux belles roses de l’été. Cette fois ci, nous vous proposons de compléter votre tableau estival en explorant la strate herbacée, celle des parterres de fleurs annuelles, bisannuelles et vivaces.

Je vous rappelle rapidement les différences entre ces trois catégories qui sont expliquées plus en détail dans le podcast consacré à la culture des plantes vivaces.

  • La plante annuelle effectue la totalité de son cycle de vie en une année seulement. Une graine germe en début de printemps, la plante pousse et fleurit. Quand la fleur se fane, son pistil grossit et les graines qu’il contient mûrissent. A maturité, il libère ces graines qui tombent au sol ou sont emportées par le vent ou les oiseaux et la plante meurt. L’année suivante, le cycle se répète. Parmi ces plantes éphémères, les cosmos, les soucis, les nigelles de damas, les pois de senteur et beaucoup d’autres.
  • La plante bisannuelle met, elle, deux ans à accomplir son cycle. La première année, la graine germe, comme dans le cas d’une plante annuelle. Mais la plante ne fleurit pas. Elle développe simplement une corolle de feuilles au ras du sol. En hiver, cette corolle gèle mais seulement partiellement. Dès les beaux jours, elle recommence à pousser à partir de son bourgeon central et produit cette fois une hampe florale qui portera des graines puis se dessèchera à son tour. Fin de l’histoire. Dans cette catégorie, les digitales, les campanules, les giroflées, les pavots, les roses trémières, les carottes… et beaucoup d’autres ! Ne soyez donc pas désolés si les graines que vous avez semées et qui ont bien poussé ne produisent pas de fleurs. Un peu de patience… jusqu’au printemps prochain et vous serez largement récompensés. Entre temps, vous pouvez déplacer les plantules en excès pour enrichir d’autres parterres ou faire plaisir à des amis.
  • La plante vivace, elle, perdure et se renforce d’année en année. Même si pour beaucoup elles sont, elles aussi, issues d’une graine à l’origine, une fois établies, ces plantes ne meurent pas. Elles possèdent un système racinaire qui stocke des réserves et est capable de les emmener de saison en saison. En hiver, la partie aérienne de la plante gèle car elle n’est pas ligneuse et ne peut donc pas résister au froid. Mais le bourgeon central de la plante perdure car il est pour partie enfoui dans le sol, à l’abri du gel. Au printemps la plante recommence à pousser dès que les conditions lui sont favorables. Si vous souhaitez en savoir un peu plus sur les spécificités des plantes vivaces et leur culture, je vous recommande notre podcast de la saison 1 intitulé ‘La culture des plantes vivaces’.

Puisque ces différentes catégories de plantes, annuelles, bisannuelles et vivaces, ont des modes de croissance très différents, on comprend bien qu’on ne peut pas les soigner toutes de la même façon. En particulier, pour le sujet qui nous intéresse aujourd’hui, c’est à dire la préparation de nos parterres pour cet été tout proche, il va falloir s’adapter aux besoins particuliers des différentes variétés de plantes.

Les possibilités de plantation tardive en fonction des différentes catégories de plantes

Les plantes annuelles et bisannuelles

Vous pouvez acheter des plantes en godets et les transplanter. C’est assez coûteux, mais rapide et assez sûr.

Un jour ou l’autre, de toutes façons, vous prend l’envie de vous essayer au semis. Et c’est maintenant la bonne saison pour beaucoup de fleurs : fin du printemps, début de l’été.

Si vous n’avez pas l’habitude de faire des semis, considérez le résultat que vous souhaitez. Si vous voulez un parterre un peu naturel, vous pouvez semer en place et éclaircir lorsque le semis a levé, c’est à dire arracher délicatement les plantules en surnombre. Si vous souhaitez quelque chose de plus ordonné, vous semez en godets, vous éclaircissez et vous repiquerez en place après les dernières gelées de mai . Cette deuxième méthode permet aussi de démarrer les semis plus tôt, dans une terrine que vous garderez à l’abri, dans une véranda par exemple.

Parmi les plantes les plus faciles à semer, les soucis (calendula), les coquelourdes des jardins (lychnis coronaria ) roses ou blanches, les campanules à feuilles de pêcher (campanula persicifolia) blanches ou bleu indigo, les digitales, les pavots, les œillets de poète en mélange. Mais il y en a bien d’autres. Quand vous aurez acquis un peu d’expérience, vous deviendrez ‘accros’ aux semis car ils comportent un côté magique. Souvenez-vous toutefois des deux règles d’or que nous répétons tout le temps dans ce podcast :

  • D’abord, assurez-vous que le sol où vous semez correspond bien aux besoins de la plante que vous souhaitez faire pousser et préparez le en conséquence en l’éclaircissant si besoin. Vous noterez que je ne dis pas, exprès, ‘en le nettoyant’ car ces herbes qu’on dit mauvaises n’ont rien de sale, elles sont juste envahissantes et feraient de la concurrence aux jeunes plantules de vos semis. Vous pouvez griffer le sol légèrement ou au contraire le dégager complètement. Je vous rappelle que lorsque vous avez ainsi dégagé un parterre, il arrive le plus souvent, surtout s’il y a eu un peu de pluie, qu’une cohorte de plantules poussent dans les quinze jours suivants. Cela est dû à toutes les graines du sol que vous avez remontées à la surface en désherbant. Le phénomène s’appelle un ‘faux semis’. Il faut arracher toutes ces petites plantes si possible avant de semer. C’est en général très rapide à faire, dans le sol que vous avez préparé et qui est bien meuble.
  • Ensuite, deuxième règle d’or, notez l’emplacement de vos semis sur le plan de plantation que vous élaborez pour votre jardin. Gardez la trace de ce que vous faites. Sur le plan, en notant soigneusement les références des graines (et où vous les avez achetées) mais aussi sur place avec des tuteurs ou tout autre moyen de votre choix. Ce propos semble peut-être évident, mais vous constaterez vite qu’on se laisse dépasser par la situation. D’un mois sur l’autre on ne se souvient pas bien de ce que l’on a semé et où… et parfois on replante ou on ressème au même endroit. Le résultat peut être très joli, ou pas !

Les plantes à bulbes

Il en existe beaucoup que vous pouvez encore planter fin mai, si vous les trouvez en jardinerie : par exemple les dahlias, glaïeuls, gladiolus, bégonias, renoncules et freesias et vous obtiendrez une belle floraison fin août. En revanche, il est trop tard pour planter les lys et couronnes impériales qui fleurissent plutôt en fin de printemps, en ce moment.

Après la floraison, on laisse tranquillement les bulbes ‘se recharger’ comme on l’a décrit dans le podcast consacré aux tulipes. L’avantage de les laisser dans le sol, en plus de nous épargner la peine de les planter de nouveau, c’est qu’ils grossissent et se multiplient par division des bulbilles (pour les glaïeuls) ou des cayeux (pour les lys). On peut se contenter de les arracher tous les 3 ou 4 ans et les trier par gabarit pour des floraisons plus homogènes. Certains bulbes sont toutefois trop fragiles pour rester en terre pendant l’hiver. C’est le cas des dahlias. En plus d’un problème de température, cela dépend aussi de la nature du sol du jardin (encore lui). Au Jardin des Merlettes dont le sol est détrempé une grande partie de l’hiver, il faut absolument arracher les dahlias en fin de saison et les conserver à l’abri jusqu’au printemps suivant. Laissés dans le sol, ils y pourriraient. En revanche, les glaïeuls résistent bien. Certaines variétés de lys s’accommodent très bien de cette humidité, par exemple le lilium regale African Queen, mais d’autres disparaissent dès l’hiver suivant, par exemple le lys de la madone (lilium candidum) et un certain nombre de lys martagon, ces splendides lys qui portent sur une tige très haute de nombreuses fleurs à long tépales récurvés, en forme de turban , roses foncé ou orange. Ces variétés ont juste horreur d’avoir les cayeux dans l’eau en hiver.

Les plantes à rhizomes ou à griffes

Ce n’est pas non plus le moment de les planter car elles sont actuellement en pleine végétation. Les iris et hémérocalles par exemple s’arrachent, se multiplient et se replantent au mois de juillet et les eremurus en automne. Une fois installées, vous pourrez ensuite laisser la plupart de ces plantes en terre d’année en année et elles formeront une ossature pour vos parterres des étés à venir. Bien entendu, plus il y a déjà de choses en place, plus le travail est simplifié chaque année au moment de préparer les parterres d’été. Mais les cannas, comme les dalhias, sont trop fragiles, pas assez ‘rustiques’, et ne supportent pas le froid de l’hiver. Vous les arracherez donc lorsque leurs tiges auront séché en automne. Vous les diviserez et les stockerez dans un lieu sec (mais pas trop) où ils passeront l’hiver et vous les replanterez au printemps, au moment où vous verrez apparaître de nouvelles petites pousses sur les bulbes.

Les plantes vivaces

Elles ont un système racinaire fasciculé ou pivotant, plutôt qu’à réserve et peuvent être transplantées en cours de saison c’est à dire à partir du mois de mai, quand le sol est bien réchauffé et le risque de gelées matinales écarté, et jusque bien avant dans l’été, en évitant les journées de canicule, bien entendu. Théoriquement, on pourrait également les transplanter en septembre et octobre mais au Jardin des Merlettes nous avons constaté une moins bonne reprise des plantes en automne qu’au printemps ou en début d’été.

Il y a deux possibilités pour les plantes vivaces : on les multiplie en divisant des souches existantes (dans notre jardin ou chez les amis) ou on achète des godets. Si vous choisissez de préparer vous-même vos plants, idéalement, vous passez par une étape ‘multiplication’ qui prendra un an. Vous divisez un plant et replantez les morceaux dans des petits godets que vous mettez en pépinière. Vous les mettrez en place, dans vos parterres, l’année suivante, lorsqu’ils auront développé un bon système racinaire qui leur permettra de démarrer très vite, c’est à dire de prendre rapidement du volume et de résister ainsi aux intempéries mais aussi aux petites bêtes qui pourraient avoir envie de venir les déguster.

Deux conseils importants :

1- Quand on transplante une plante vivace, il faut lui enlever presque toutes ses feuilles pour limiter l’évapotranspiration qui déshydrate la plante. Cela permet aux racines de s’établir rapidement. Vous savez que la plantation a réussi lorsque les feuilles recommencent à pousser. Parmi les plantes les plus faciles à multiplier : les géranium vivaces, les rudbeckias, heuchères, héléniums et toutes les variétés d’asters. Ils grossiront d’année en année. Lorsque la touffe devient envahissante, on recommence l’opération. Soit on sépare à la bêche des fragments en pourtour de touffe, soit on arrache complètement la touffe. Puis on la divise et on prépare des plants pour de futures plantations.

2- Installer une petite pépinière dans votre jardin (pépinière se dit ‘nursery’ en anglais, ça dit bien ce que ça veut dire). Pour cela, vous choisissez un endroit protégé du vent et un peu ombragé. Vous creusez un sillon large d’environ 50 à 60 cm et, si vous pouvez en obtenir, vous le remplissez de sable. Vous installerez les uns à côté des autres dans cette jauge les godets que vous aurez préparés, bien serrés pour ne pas perdre de place et comblerez les espaces entre les pots par du sable sur toute la hauteur des godets. Cela les protège du froid, du chaud et de la sécheresse car le sable retient bien l’eau et il vous suffira d’arroser la pépinière de temps en temps. Si vous n’avez pas de sable, utilisez de la terre de jardin, tout simplement.

Attention, l’épisode ‘pépinière’ ne doit durer qu’un an, ou deux au maximum. Ensuite, la plante a formé un réseau de racines trop important pour le pot dans lequel vous l’avez installée au départ et elle commence à dépérir, faute de nourriture. Veillez donc à bien gérer la quantité de godets que vous préparez et faites le vide régulièrement dans votre pépinière, ce qui, par la même occasion, créera de l’espace pour de nouvelles plantes.

La plantation

Vos choix sont faits, les plantes sont prêtes, il vous reste à accomplir le travail le plus agréable (à mon avis) : la plantation

Et aujourd’hui, nous n’allons parler que d’une seule chose : l’organisation spatiale du parterre. Il y a beaucoup d’éléments à prendre en compte mais deux sont particulièrement importants pour la composition de votre tableau : réfléchir à la succession des floraisons tout au long de l’année et prendre en compte la hauteur des plantes.

Organiser, dans un même espace,  les vagues successives de pousse et de floraison

Les bulbes de printemps par exemple seront en pleine floraison au moment de planter ceux d’été. Souvenez-vous qu’il faut laisser les bulbes en place le temps qu’ils se ‘rechargent’. Si vous mettez vos bulbes de printemps en avant du parterre, vous aurez donc jusqu’au mois de juillet un assez triste spectacle de feuilles fanées jonchant le sol. Contrairement à ce qui se pratique souvent, il faut donc planter les bulbes de printemps plutôt en arrière du parterre et les bulbes d’été, devant.

Quelle est la hauteur de chaque plante que l’on souhaite installer

Compte tenu de ce renseignement, on pourra décider quelle pourrait être la position de chaque plante dans le parterre. Il faut donc répertorier les différentes hauteurs des plantes que l’on a choisies et réfléchir au plan du parterre ‘en élévation’, c’est à dire pas seulement au sol mais de façon verticale, comme projeté sur un mur. Cela ne veut pas dire que les plus petites plantes sont forcément devant et les grandes derrière, c’est à vous de voir en fonction des effets que vous souhaitez créer. Mais votre choix doit être réfléchi, comme toujours au jardin. Quelques exemples :

  • Les lys mesurent de 60cm à 2m de haut, l’eremurus mesure 3m de haut. Mais l’eremurus occupe une assez grande place au sol et peut étouffer des plantes plus petites. Ce n’est pas le cas du lys qui ne développe qu’une seule tige et peut donc être utilisé tout à fait différemment, jusqu’en avant du parterre.
  • Les différents variétés d’asters s’étagent de 40cm (pour l’ A. dumosus) à 1,50m (pour l’A. novae angliae). Les sauges sont également de toutes les tailles (environ 10cm pour la sauge cespiteuse et plus d’un mètre pour la salvia azurea, la grande sauge bleue).
  • La verveine des jardins culmine à 60cm environ. Elle s’étiole facilement s’il y a trop de concurrence autour d’elle.

Conclusion

Voilà donc quelques idées pour vos parterres d’été. Bien entendu, ce n’est pas la fin de l’histoire et il y  aurait encore tant de choses à dire. Notre seule prétention aujourd’hui était de vous fournir quelques pistes pour vous aider à réfléchir à ces tableaux que vous créez dans votre jardin. C’est du travail, mais vous en serez bien récompensés. Bonne plantation !


Laisser un commentaire