Les belles roses de l’été : Partie I Les rosiers buissons de parterres

3 novembre 2019

Aujourd’hui, alors que l’été vient de finir, je voudrais revenir sur quelques images que nos jardins nous ont laissées et parler des plus belles roses que j’ai vues cet été. Attention, pas juste de belles roses, mais les plus belles roses du milieu de l’ été, c’est à dire celles qui m’ont émerveillée en fleurissant de juillet à la mi-septembre.

En principe tous les rosiers fleurissent fin mai et au mois de juin et, en tout premier lieu, ces roses que l’on nomme non remontantes parce qu’une fois finie leur exubérante floraison de printemps, on ne pourra plus les admirer jusqu’à l’année suivante. Pour les autres rosiers le mois de juillet est une période de repos pendant lequel quelques-uns fleurissent encore. Mais au mois d’août, c’est la grève générale. Les rosiers se préparent pour la ‘remontée’ de septembre, souvent assez abondante si les rosiers ont été bien soignés

Les meilleurs rosiers remontants

Quelques rosiers, assez peu nombreux, font exception et nous gratifient d’une floraison généreuse dès le mois d’août. Ils sont bien précieux au jardin.

Arrêtons-nous un instant pour réfléchir sur la qualité de la floraison : comment la définir ? Ce n’est pas facile de mettre des mots sur ce qui est un ressenti et mes critères ne seront pas forcément les vôtres. En général :

  • On recherche des fleurs, pas forcément très nombreuses, mais bien réparties dans l’arbuste
  • On recherche aussi des fleurs qui ont tous leurs pétales. Certaines fleurs (et pas seulement les roses) présentent des corolles moins fournies dans leur deuxième floraison et sont donc moins jolies que la version originale du printemps.
  • Un bon état sanitaire de l’arbuste : beaucoup de feuilles, bien brillantes et pas tachées. De belles pousses nouvelles et pas trop de bois mort.

Une fois que ces critères de robustesse et de santé de l’arbuste sont réunis, on peut se concentrer sur ce qui nous intéresse le plus, à savoir la fleur elle-même. Tout le monde ne sera pas d’accord : certains diront, c’est seulement la fleur qui nous intéresse. C’est vrai… et pas vrai. C’est bien la fleur qui nous intéresse mais si elle pousse sur un arbuste malingre, on s’en laissera en dépit de sa beauté. Peut-être parce qu’on se sentira un peu navré à chaque fois qu’on s’approchera de l’arbuste et qu’on ne pourra s’empêcher de penser que l’arbuste n’est pas à sa place ou qu’on ne lui prodigue pas les soins dont il a besoin. Avez-vous déjà ressenti cela en allant regarder vos rosiers ? C’est pourquoi j’insiste sur la vitalité de l’arbuste.

Mais ensuite, oui, on regarde les fleurs. La couleur des pétales, leur forme, leur nombre, la façon dont la corolle s’organise, turbinée, plate ou globuleuse par exemple. Mais aussi la façon dont la fleur se tient sur sa tige et si cette tige est assez longue pour permettre de cueillir la rose et la mettre dans un vase. Et bien sûr, son parfum. Ce qui est certain, c’est que nous n’aimons pas tous la même chose, peut-être parce que nous n’avons pas tous les mêmes souvenirs et qu’en cette matière ce sont souvent eux qui guident nos préférences.

Certains rosiers ont ‘tout bon’ et réunissent toutes, ou presque toutes les qualités. Mais ils ne sont pas si nombreux. Alors, comment trouver ces beaux rosiers ? On ne peut guère suivre les recommandations des catalogues, parfois un peu trop dithyrambiques. La méthode très efficace à laquelle je me tiens depuis des années est de visiter des roseraies et d’effectuer des repérages :

  • Entre le 15 juillet et le 8 août, au moment de la première remontée de fleurs
  • Du 15 août au 7 septembre : pour la seconde vague.

Cette année, j’ai eu l’occasion de me rendre à Bagatelle le 20 août et le spectacle était fantastique. Les rosiers adorent le soleil quand il est accompagné d’arrosages copieux et réguliers et les jardiniers de Bagatelle se sont vraiment surpassés : pas une branche morte, pas une rose en train de former des fruits, toutes les roses fanées ont été régulièrement ôtées pour encourager de nouvelles pousses. Un régal de jardinier !

La roseraie de Bagatelle

Après m’être bien promenée, j’ai établi une liste de recommandations de rosiers particulièrement floribonds. Et j’ai ajouté à ceux vus à Bagatelle quelques rosiers qui poussent au Jardin des Merlettes et qui nous ravissent chaque été, bien que recevant certainement beaucoup moins de soins que leurs collègues parisiens ! Mon propos n’est pas de dire que ces rosiers sont les plus beaux ou les meilleurs et beaucoup d’entre vous auront d’autres choix à proposer. Vous pouvez d’ailleurs nous les indiquer sur le site du jardin, en bas de l’article lié à ce podcast et qui présente toutes les photos. Il s’agit simplement ici de vous présenter quelques rosiers qui ont fait leurs preuves, malgré le froid d’hiver, le vent et la canicule.

Pour vous les présenter, j’ai choisi de les classer selon leur taille et leur port. Dans ce podcast, nous discuterons des rosiers buissons pour les parterres. Dans le prochain podcast, ce sera le tour des rosiers dits ‘hauts buissons’ que l’on peut planter en isolé, en groupes de 3 ou 5, par exemple, pour un effet plus dense, ainsi que des rosiers tiges et des pleureurs. Le troisième épisode de cette mini série s’occupera des rosiers grimpants. Et nous parlerons du parfum, qui peut être un critère de choix très important.

Les buissons pour les parterres :

Ce sont des rosiers qui ne dépassent pas un mètre de haut environ sur 80 cm de large.

Dans les tons de rose je vous propose trois rosiers  :

  • Aloha : un hybride moderne créé par BOERNER en 1949 aux fleurs très joliment turbinées, d’un rose dragée argenté. Il fleurit jusqu’en novembre et la rose est jolie du moment où elle éclot au moment où elle se fane.
  • Francis Jammes : un hybride moderne créé par HORNER en 2006. Ses fleurs sont de forme plate joliment ondulées comme les volants d’une jupe et d’un beau rose abricoté.
  • Nur Mahal: un hybride de moschata rose fuchsia aux fleurs semi plates créé par PEMBERTON en 1923. Il fait merveille dans un plate-bande mixte, associé par exemple à des asters.

Ces trois rosiers sont encore en fleurs fin octobre.

Aloha

Francis James

Nur Mahal

On pourrait bien entendu citer encore bien d’autres rosiers et chaque rosier à ses afficionados. Je vous le rappelle, je me contente de rapporter ici des expériences très positives avec certains rosiers dont je suis sûre qu’ils ne vous décevront pas.

Dans les tons de rouge :

  • Belles rives: un hybride moderne rose cerise créé par MEILLAND et dédié ‘au Palace chic et art déco ‘Belles Rives’ de Juan les Pins où aimaient séjourner Scott Fitzgerald et E. Hemingway.
  • Chrysler Impérial, un hybride moderne créé par LAMMERTS en 1952, aux grandes fleurs rouge cramoisi profond et d’une forme parfaite. Un véritable velours !
  • République de Montmartre: un hybride moderne créé par DELBARD, aux fleurs très doubles d’un rouge éclatant. A noter que ce rosier a été primé en concours et a reçu la médaille BFG (buisson à fleurs groupées).

Belles Rives

Chrysler Imperial

République de Montmartre

Je ne cite là que des hybrides modernes. Il y a bien entendu beaucoup d’autres roses rouges absolument magnifiques et de création plus ancienne. Je dois dire cependant que mes expériences avec ces rosiers ont parfois été difficiles car elles sont souvent très sensibles à l’oïdium. D’autre part, beaucoup ne supportent pas le rude climat du Jardin des Merlettes à Saint Loup. Les roses d’un rouge cramoisi semblent être particulièrement sensibles. Ainsi, nous n’avons pas réussi à installer au jardin le rosier Deuil de Paul Fontaine, un rosier de BANKS aux fleurs de forme globuleuse, ni Baron Girod de l’Ain, un rosier Bourbon hybride créé par REVERCHON en 1897, dont l’extrémité des pétales est légèrement retroussée et décolorée. De même pour Eugénie Guinoisseau, un centifolia muscosa créé par GUINOISSSEAU en 1864 et pour Souvenir d’Alphonse Lavallée, un rosier créé par CHARLES VERDIER en 1884. Tous ces rosiers sont assez médiocrement remontants mais tellement jolis qu’ils tenteraient n’importe quel amateur. Pour autant, ils ne répondent pas aux critères de rusticité et floraison que nous avons définis pour notre sélection aujourd’hui.

Dans les nuances de jaune, ambre et champagne, notre préférence va à

  • Molineux : un hybride moderne jaune d’or créé par DAVID AUSTIN en 1994, aux roses de forme imbriquée, c’est à dire aux pétales très nombreux, un peu retroussés vers l’extérieur et se chevauchant légèrement.
  • Diamond jubilé, un hybride moderne créé par BOERNER en 1947, aux fleurs d’une forme assez semblable à celles de Molineux mais aux pétales moins nombreux et d’une couleur beaucoup plus pâle. Les deux se marient merveilleusement bien dans les bouquets.
  • ‘Marjolaine’, un très joli rosier pêche abricot à fleurs groupées, un hybride moderne créé par SAUVAGEOT en 2000. Il est bien remontant et rustique et sa couleur est juste sublime.

Molineux

Diamond Jubilé

Marjolaine

Tout aussi ravissant et recommandable ‘Abraham Darby’, une création de DAVID AUSTIN en 1985. Très remontant, très floribond, dont les fleurs de forme globuleuse tendent plus vers le rose que les précédents.

Dans les tons violet et parme,

On trouve peu de rosiers remontants, hélas. Ainsi, parmi les plus jolis sans doute, et l’un des plus connus ‘The Bishop’ (le rosier évêque), un rosier gallica dont l’origine est inconnue mais qui date d’avant 1790  est non remontant, donc hors sujet. De même, ‘Petite renoncule violette’, un rosier gallica vraiment ravissant commercialisé par VIBERT dès 1820 produit peu ou pas de fleurs en arrière-saison.

On peut néanmoins citer

  • Reine des violettes’, un hybride créé par MILLET MALLET en 1860, qui est un peu remontant et dont les roses sont vraiment très jolies.
  • Et surtout, parmi les hybrides modernes, il faut citer la rose ‘Chartreuse de Parme’ créée par DELBARD en 1996 très remontante et parfumée
  • et aussi ‘Charles de Gaulle’, un hybride de thé au ton parme virant vers le bleu, créée par MEILLAND en 1874. Il produit de grandes fleurs bien turbinées sans discontinuer jusque fin octobre. Et, en plus, il sent délicieusement bon.

Reine des Violettes

Les rosiers blancs :

Et je ne voudrais pas clore cette petite sélection des meilleurs rosiers de l’été sans mentionner un rosier qui me surprend chaque année par sa floribondité, sa régularité dans l’excellence, le rosier ‘Grand Nord’, un hybride de thé créé par DELBARD en 1973. Si vous aimez les roses blanches, alors, il est pour vous, sans aucune hésitation. Fleurs parfaitement turbinées d’un blanc pur très légèrement rosé, parfum léger, feuillage brillant, résistant aux maladies, et fleurissant sans arrêt.

Grand Nord

Tous coloris confondus, les polyanthas

Pour conclure sur les rosiers de parterres, juste un petit mot sur les petits rosiers polyanthas dont certains sont bien vaillants en fin d’été : ‘The Fairy’, ‘Lavender Dream’ et ‘Canicule’. Le premier, The Fairy’, est un rosier polyantha obtenu par BENTALL en 1932 . Je ne l’aime pas beaucoup car je trouve que ses fleurs sont d’un rose bonbon un peu trop brillant. Mais cette opinion n’engage que moi et je suis probablement assez injuste. En effet, ce rosier fleurit sans discontinuer et à profusion de juin à novembre. Il est si dense qu’aucune adventice ne s’égare sous ses branches, ce qui est quand même bien pratique. Et en cas d’aléa climatique, il est là, toujours en forme. Les deux autres roses polyanthas dont j’ai parlé, ‘Lavender Dream’( Ilsink 1984) et ‘Canicule’ (Tantau 1993), sont moins robustes mais elles fleurissent également très bien en fin d’été.

The Fairy

Lavender Dream

Canicule

Il y a tellement de choses à dire sur les rosiers en été que j’ai décidé de poursuivre cette présentation dans un autre épisode. Je vous dis donc à bientôt pour le deuxième épisode de cette mini-série qui parlera des rosiers hauts buissons, à planter en isolé, ainsi que des rosiers tige et des pleureurs. Un troisième épisode parlera ensuite des rosiers grimpants.

Pour aller plus loin :

Les stages du jardin des Merlettes

Choix et plantation des rosiers

Les articles du blog

Comment choisir les rosiers : août 2011

Petite bibliographie

DELBARD, G. (2002). Le Grand Livre de la Rose. Somogy Editions d’art.

HARKNESS, J.L. (1979). Roses : Les Plus Belles Roses du Monde et Comment les Cultiver. Encre.

HILLIER Nurseries (2002). ‘The Hillier Manual of Trees and Shrubs’.  David & Charles.

Mots clés

Arcature

Pliure que l’on impose aux grandes pousses des rosiers grimpants pour ralentir le flux de sève et susciter la production de fleurs tout au long de la branche.

Cynorrhodons

Le cynorhodon (ou cynorrhodon) est le faux-fruit provenant de la transformation du conceptacle floral du rosier et de l’églantier. Les fruits proprement dits des rosiers sont en fait les akènes situés à l’intérieur.

Palissage

Fait d’attacher un végétal sur un support pour lui faire prendre une forme donnée : rosiers et arbres fruitiers en particulier

Remontant

Un rosier est remontant s’il refleurit jusqu’en fin d’été voire début d’automne après sa première floraison. A ne pas confondre avec « grimpant » !

Rosier ancien

Obtention horticole antérieure à 1867, date de l’obtention des Hybrides de Thé, qui inaugurent la période « moderne ».

Rosier botanique

Rosier présent à l’état naturel, qui n’est donc pas un croisement réalisé par l’homme.

Rosier moderne

Obtention horticole créée à partir de 1867.

Rosier sarmenteux

Un rosier sarmenteux produit de très longues tiges souples qui grimpent le long du support qui lui est offert. Sa vigueur et son développement sont supérieurs à celui d’un rosier grimpant.

 

 

 

 


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