Choisir ses arbres fruitiers

29 décembre 2018

On vient de fêter la Sainte Catherine il y a quelques semaines et comme dit le dicton ‘à la Sainte Catherine, tout arbre prend racine’. Donc c’est encore le bon moment pour ajouter quelques arbres fruitiers dans son jardin. Mais tout de suite, la question se pose : que planter, comment, où ?

Dans ce podcast, nous vous proposerons quelques pistes pour choisir les espèces et les variétés d’arbres fruitiers. Et dans un prochain podcast nous discuterons de l’achat des arbres : où les trouver, quelle forme privilégier et aussi combien d’arbres planter dans votre jardin.

Les espèces ‘possibles’ pour votre jardin

La première chose à déterminer, c’est ce que l’on peut planter : des prunes, du raisin ou des grenades ? C’est à dire, les espèces de fruits. Autrement dit, ce que l’on peut planter avec un espoir que cela pousse bien et donne des fruits de façon satisfaisante. Et là, contrairement à ce que pensent beaucoup de jardiniers, notre liberté de choix est relativement contrainte.

Première contrainte : le climat et l’alternance des saisons

Il est très important de rappeler, à l’heure où l’on parle beaucoup de dérèglement climatique, que ce sont le climat et l’alternance des saisons qui doivent guider les choix du jardinier car ce sont eux qui définissent ‘l’univers des possibles’. Il s’agit de ces lignes de démarcation qu’on apprenait à l’école primaire. Vous vous souvenez peut être ? La limite de culture de l’olivier, de la vigne, du houblon. Il y a une limite géographique pour chaque espèce.

Ces démarcations (ou la place de ces limites) sont-elles encore d’actualité (et utiles) aujourd’hui où l’on parle de réchauffement climatique ? On note en ce moment que les aires de répartition de certaines espèces d’arbres se déplacent vers le nord. Par exemple, la limite de culture du chêne vert est en train de remonter. Certains experts avancent même qu’elle pourrait remonter jusqu’à la Loire d’ici 2100. Donc les limites changent de place mais elles existent toujours.

Et inversement la limite de culture existe également dans le sens nord sud : pour certaines espèces, un manque de froid ou de repos hivernal empêche une bonne fructification. Les groseilles, par exemple, ont absolument besoin d’une période froide. Et on ne verra pas pousser de pommes en Tunisie (trop chaud) ou sous un climat tropical qui ne connaît aucune période de repos végétatif.

Il y a encore un critère à examiner en plus de ces aires naturelles de répartition, c’est celui qui concerne les aléas climatiques et en premier lieu les  gelées tardives. Pour chaque espèce il existe un seuil critique de température à partir duquel une certaine partie de la plante peut geler. Autant l’arbuste ne souffre pas en général au cœur de l’hiver quand ses bourgeons sont bien clos, autant il est fragile lorsque ses fleurs éclosent ou que ses fruits se nouent. Prenons l’abricotier, le plus fragile des fruits à noyaux. Au stade phénologique C (c’est à dire quand le calice est visible) le seuil critique est à -4°, mais il est à seulement -2,2° au stade F (c’est à dire à fleur ouverte). Les pétales de fleurs (stage G) tombent en dessous de -0,8° et les fruits noués à -0,5°(stade I). L’abricotier lui-même, l’arbre, n’est pas endommagé mais il n’y aura pas de récolte si ces niveaux critiques de température sont atteints à l’un ou l’autre de ces différents stades phénologiques..

Fleur de pommier GRANNY en stade E2

Deuxième contrainte : les particularités édaphiques du lieu

C’est à dire, les éléments que le jardinier ne pourra pas changer et dont il doit absolument tenir compte. Rapidement, il s’agit de :

La place dont on dispose :

On ne le dira jamais assez : on ne peut pas contraindre un arbre fruitier par la taille. Tout ce qu’on fait, c’est le ‘rogner’, le brider et l’empêcher de s’épanouir, c’est à dire d’avoir des fruits. Il faut s’assurer dès la plantation que l’endroit est adapté à la taille de l’arbre quand il sera ADULTE.

Le degré d’acidité du sol :

Le poirier, par exemple, redoute les sols calcaires. Il est important de vérifier les besoins de chaque espèce et chaque fois que possible, d’adapter le choix du porte greffe en conséquence et éventuellement de renoncer à certaines espèces de fruitiers.

L’hydromorphie :

C’est à dire l’éventuelle saturation du sol en eau, en particulier en hiver. Attention aux sols engorgés pour les arbres à noyaux. Heureusement, le sol d’un jardin est rarement uniforme. Vous pouvez examiner le sol de votre jardin et noter où les flaques d’eau s’accumulent. Et aussi les endroits où le sol est tassé, voire recouvert de mousse. Vous saurez ainsi où ne pas planter les arbres plus sensibles à l’eau stagnante.

Le vent :

Certains arbres ont besoin d’être abrités. D’autant que le vent accentue les écarts de température en hiver. C’est ce qu’on appelle la température ‘ressentie’ qui peut être inférieure de quelques degrés à la température indiquée par le thermomètre.

L’exposition :

Soleil ou ombre. C’est une chose à vérifier soigneusement car les apparences sont trompeuses. Un endroit peut paraître bien clair mais en fait ne pas recevoir de soleil direct. Or certaines espèces (je dirais même, la plupart des espèces fruitières) ont besoin d’un bon ensoleillement. D’autres sont heureuses à l’ombre d’autres plantes, au moins une partie de la journée, les framboisiers par exemple.

Cerisier Montmorency

Parmi les espèces possibles, lesquelles choisir ?

Une fois que l’on sait quelles espèces on peut planter dans son jardin, c’est à dire, celles qui y pousseront et y fructifieront bien, reste encore à choisir celles qu’on désire.

Et là, il ne faut pas aller trop vite mais au contraire se donner un peu de temps. On peut par exemple se demander :

Quels fruits aime-t-on ?

Un peu, beaucoup, passionnément ? Et éventuellement, est-ce que cela vaut la peine de planter plusieurs variétés d’une même espèce (des poires, par exemple, de plusieurs variétés) ? Pour les petits fruits, faut-il privilégier les variétés remontantes ? Un peu moins de fruits pendant la saison principale en échange du plaisir d’une nouvelle récolte à l’automne.

Quels fruits voudrait-on manger et qu’on ne trouve pas facilement (ou jamais) ?

Certains fruits doivent être cueillis très peu mûrs pour pouvoir être transportés car ils sont fragiles et voyagent mal : les pêches, les abricots, certaines variétés de prunes, mais aussi de pommes et de poires. Ces fruits trouvés dans le circuit commercial ne sont donc pas au maximum de leurs possibilités. En revanche, s’ils poussent dans votre jardin, vous les cueillerez à un stade plus mûr donc plus délicieux encore. Sans compter que, toujours pour des contraintes de manutention, certaines variétés ne sont jamais produites dans le circuit commercial car trop fragiles, une peau trop fine en général. Ainsi vous ne trouverez quasiment jamais à acheter des poires Beurré Hardy ou des pêches ‘Grosse mignonne’, variétés pourtant reconnus comme exceptionnelles par tous les amateurs de fruits.

A quel moment est-on dans son jardin ?

Par exemple, s’il s’agit d’une maison de famille ou d’une maison de campagne où l’on ne réside pas toute l’année, pourra-t-on être là au moment de s’occuper des arbres et, encore plus important, au moment de la récolte ? Sinon franchement, ce n’est pas la peine.

Et lorsqu’on sait de quoi on a envie, il faut opter pour la diversité . Si possible, éviter de planter une rangée de pommiers, à moins que vous ayez envie de monter un atelier de compote. Au contraire, des fruits variés pour alimenter votre table tout au long de l’année. La limite ?  La place disponible et votre envie de vous occuper de votre jardin et de récolter ses fruits.

Le choix des variétés : calendrier de maturité, fécondation et diversité

Quand on a défini les espèces, il faut choisir les variétés, c’est à dire en fonction de leur calendrier de maturité, de leur fécondation et de la diversité que l’on souhaite.

La composition d’un calendrier de maturité

Elle me semble très importante pour choisir les variétés. Le but est de pouvoir manger des fruits de son jardin (presque) toute l’année. Il faut savoir qu’à l’intérieur d’une même espèce, les dates de maturité peuvent être très étalées au long de l’année. Si l’on prend de nouveau l’exemple des poires car il est très parlant, une poire Dr Jules Guyot sera mûre dès le début septembre, alors que la Comice sera comestible en décembre et la poire Olivier de Serres en février.

Au passage, on rappelle de ne pas confondre la précocité de la fleur et la précocité du fruit qui ont peu de choses à voir ensemble.

Une autre précision importante : ce n’est pas parce qu’on cueille les fruits à pépins en automne qu’ils sont forcément mûrs et consommables en automne. Les fruits ‘de garde‘ peuvent n’être consommables que plusieurs semaines, voire plusieurs mois après leur récolte, en décembre par exemple ou au début de l’année suivante.

On prendra donc soin de choisir des espèces et des variétés qui ne sont pas mûres au même moment. Les pommes et les poires, en particulier, permettent un grand choix : soit hâtives (les ‘pommes de moisson’ et certaines poires qui sont mûres dès la mi-août) ou tardives (jusqu’en mars de l’année suivante !). Les fruits à noyaux en revanche n’offrent pas autant de possibilités mais leur fructification est quand même étalée sur six semaines à deux mois. Attention seulement, si on choisit de planter beaucoup d’arbres fruitiers à maturité décalée, il faudra disposer d’un endroit où stocker leurs fruits dans de bonnes conditions jusqu’à leur maturité, c’est à dire en cageots, posés bien à plat et sur une seule épaisseur.

Poirier ‘Olivier de Serres’

Les besoins de pollinisation

Ils sont également à prendre en compte. Cela est plus facile si on est entouré d’autres jardins car la présence proche d’autres arbres de la même espèce est toujours bénéfique à la fécondation. La difficulté est plus ou moins grande selon les espèces. Les pruniers par exemple sont parfois un peu difficiles et il faut s’assurer qu’un arbre pollinisateur n’est pas loin. La Reine Claude dorée est très sensible à ce critère et fructifiera d’autant mieux qu’un arbre de la variété Reine Claude Doullens se trouvera à proximité.

Les bons pépiniéristes savent vous renseigner sur les meilleurs pollinisateurs pour une variété donnée et sinon, il faut prendre le temps d’une petite recherche sur internet !

Et pour se faire plaisir, céder à la curiosité  et avoir un peu d’originalité

Quel jardinier n’a pas souhaité un jour repousser (un peu) les limites et essayer dans son jardin des espèces un peu inhabituelles en prenant soin de choisir des variétés qui supporteront le climat local. En Bourgogne par exemple, la figue ‘Madeleine’ (variété proche de la figue d’Argenteuil) réussit très bien et fructifie quasiment tous les ans, avec toutefois une récolte plus abondante si le mois de septembre n’est pas trop pluvieux ou froid.

On peut aussi essayer la culture en pot ce qui permet de rentrer les arbres l’hiver, comme les orangers ou les citronniers.

Figuier en pot à l’orangerie du Potager du Roi (Versailles)

Penser au raisin :

On peut aussi penser au raisin, souvent oublié, et pourtant un régal. Vous aurez ainsi sur votre table du raisin non traité ! Il y a tant de variétés différentes de raisins de table. Ne vous arrêtez pas au chasselas doré, même s’il est exquis. Là encore, choisissez des raisins qui permettent une récolte étalée. En revanche, selon le climat habituel de votre région, renoncez aux variétés qui ont besoin de chaleur en octobre, comme le muscat, car il ne mûrit vraiment pas partout !

Et aussi : kakis, kiwis, etc.

Essayer des espèces moins courantes : les kiwis, de culture très facile et qui produisent abondamment et aussi les kakis qui ne donneront pas forcément des récoltes tous les ans, en fonction des gelées tardives, mais si délicieux quand il y en a (en 2018). Les kiwis vous offriront de l’ombre en formant une tonnelle et les kakis sont des arbustes superbes qui prennent des couleurs étonnantes à l’automne.

Kakis ‘Fuyu’ et ‘Muscat’ en novembre

Mais, pour le mot de la fin, je dois ajouter que, malgré notre envie, nous nous abstiendrons de planter cette année encore, des grenadiers ou des pistachiers, trop gélifs pour notre plateau poyaudin.

A bientôt, au jardin !

Pour aller plus loin

Les stages du JDM

http://jardindesmerlettes.com/stages-et-formations/stages/choix-et-plantation-des-arbres-fruitiers-gestion-d-un-verger/

Les articles du blog

Pourquoi planter arbres et arbustes en automne ?

La plantation des arbres et arbustes en automne : pourquoi à la Sainte Catherine ?

Mots clés

Franc : plant issu d’un pépin

Greffe : multiplication d’un végétal par installation d’un greffon sur un porte greffe

Greffon : variété que l’on veut cultiver, installée sur le porte greffe

Porte greffe : partie dans le sol qui reçoit le greffon, par exemple :

  • Pommier : M9, M106, Franc, Bittenfelder
  • Poirier : Cognassier d’Angers ou de Provence, Franc, Kirchensaller
  • Prunier : Saint Julien, Myrabolan
  • Cerisier : Sainte Lucie, Merisier

 


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