Le calendrier du jardinier

1 décembre 2018

Parler d’un calendrier pour le jardinier, ça semble aller de soi. On veut simplement dire que dans un jardin, il faut aussi être un peu organisé. Et la première priorité, et souvent la variable contraignante, c’est le temps du jardinier : quelles tâches doit il accomplir tout au long de l’année ?

Nous vous proposons de commencer par dire pourquoi et comment il faut organiser ce calendrier, et puis ensuite, pour que tout le monde soit à l’aise, on va rappeler tout ce qui nous empêche de faire les choses quand il le faudrait. Parce que, disons-le, on arrive rarement à tout faire. Mais quand on planifie un peu les choses, on arrive quand même nettement mieux à les faire à temps, et de plus en plus souvent.

Le calendrier idéal : comment le compose-t ’on ?

La première préoccupation est de suivre le cycle biologique des plantes

Comme on l’indique souvent aux stagiaires qui viennent au jardin, apprendre à soigner les plantes, c’est avant tout réfléchir comme un plombier. Car le plus important pour nos arbres et nos arbustes, c’est la façon dont la sève y circule.

On sait que la plante pompe de l’eau et des sels minéraux dans le sol, que cette ‘sève brute’ est véhiculée jusqu’au bout des feuilles et que là, par l’action de la photosynthèse (une action qu’entre nous, je considère encore et toujours comme magique) cette sève change de composition organique, en se chargeant de sucres pour devenir de la ‘sève élaborée’. D’autres canaux vont ensuite renvoyer cette sève élaborée dans toutes les parties de la plante (y compris les racines). Ainsi nourrie et irriguée de la tête au pied, la plante va se développer, elle ‘pousse’.

Avant la taille d’hiver

Après la taille d’hiver

Avant la taille en vert

Le circuit de la sève n’est pas le même tout au long de l’année mais respecte un rythme différent selon les saisons. Après le repos hivernal, le cours de la vie végétative reprend avec le début de la montée de sève. Les bourgeons grossissent, leurs écailles glissent les unes sur les autres. C’est ce qu’on appelle le débourrement. Il y a ensuite une longue période de pousse jusqu’à un premier repos estival. Au mois d’août, un second évènement ‘magique’ intervient. Dans la chaleur de l’été, les plantes ont l’air au repos. En fait, elles préparent l’année suivante. Elles transforment leurs nouvelles pousses en bois. C’est à dire que la cellulose qui était le matériau de tous les nouveaux rameaux qui viennent de pousser se transforme en lignine, c’est à dire en bois : c’est ce qu’on appelle l’aoûtement. Au même moment, les arbres nourrissent leurs fruits de l’année qui grossissent et de nouveaux bourgeons se préparent pour l’année suivante. Ce deuxième phénomène estival est appelé l’induction florale. La plante ‘induit’ des bourgeons à fleurs. C’est très facile à remarquer sur des arbustes comme les camélias ou les rhododendrons par exemple. On voit de gros bourgeons qui se forment au bout des branches et qui s’épanouiront en fleurs au printemps suivant.

Mais l’année, n’est pas finie. En général, lorsqu’il commence à faire moins chaud et que les pluies reprennent, vers le mois de septembre, les plantes recommencent à pousser et les rameaux à s’allonger. C’est plus sensible pour certaines plantes que pour d’autres. Pour la plupart des arbres, il ne se passe plus grand-chose. En revanche, pour beaucoup d’arbustes, au premier rang desquels les rosiers, on constate une pousse importante durant les mois de septembre et d’octobre. Et puis, quand arrivent les premiers froids, la sève ralentit de nouveau et commence à migrer vers les racines, c’est ce qu’on appelle ‘la descente de sève’. Au fur et à mesure que la sève se raréfie dans les feuilles, celles-ci se dessèchent jusqu’à ce qu’elles se détachent et tombent. La chute des feuilles marque le début du repos hivernal. Mais attention, ce n’est pas parce que l’on ne voit plus rien qu’il ne se passe plus rien. En particulier, et c’est très important, les racines continuent de pousser quand bien même la partie aérienne de l’arbre ne pousse plus. Ce sera l’inverse au printemps : les racines resteront au repos pendant la plus grande partie du débourrement des arbres et arbustes. Ces décalages d’activité entre parties aérienne et souterraine peuvent durer plusieurs semaines et ne sont pas les mêmes selon les régions.

Après la taille en vert

Ensachage des fruits

Récolte

Alors, pourquoi ai-je comparé le travail d’un jardinier à celui d’un plombier ? Parce que, comme un plombier, un jardinier va se soucier des flux. Par exemple, pour choisir le moment de tailler les arbustes : il agira en montée de sève pour les arbres à pépins, en descente de sève pour les arbres à noyaux, et après les risques de gelée pour les actinidias ou d’autres arbustes fragiles. S’il doit intervenir par des tailles importantes, il choisira un moment où la plante est complètement au repos. Ces cycles biologiques guident son calendrier. J’ai cité tout à l’heure la formation des bourgeons sur les camélias au mois d’août. Il en va de même pour beaucoup d’arbustes à floraison printanière, les forsythias, par exemple. Si notre jardinier ignore ce phénomène et vient tailler ces arbustes entre septembre à avril, il va en fait supprimer tous les bourgeons à fleurs. Et au printemps il s’étonnera du manque de floraison sur un arbuste pourtant en bonne santé.

Donc le jardinier va repérer les cycles biologiques de chacune de ses plantes et se caler sur ce calendrier pour savoir quand intervenir. Au fur et à mesure de ses observations, il va devenir plus entraîné pour ‘lire’ ses plantes et petit à petit, un calendrier global d’intervention va émerger pour son jardin. Car la météo change d’une année sur l’autre bien sûr, mais on ne parle que de décalage temporaire de une ou deux semaines, l’organisation générale demeure la même.

Deuxième préoccupation : se caler sur les dangers qui menacent les plantes

En fait, les deux phénomènes sont liés : Les insectes et les maladies n’interviennent pas n’importe quand mais à un moment précis du cycle annuel de la plante. Le jardinier doit donc connaître les stades de la vie de la plante qui sont concernés (on les appelle ‘stades phénologiques’).

Quelques exemples :

  • les pucerons s’installent et se développent en colonies sur les nouvelles pousses pleines de sève. Un mois avant, ils ne sont pas là. Deux mois plus tard, ils ne sont plus là. Leurs dégâts, si !
  • La mouche de la cerise prend son vol et vient pondre sur les cerises juste au moment de la véraison, c’est à dire au moment où la chair de la cerise commence à se charger en sucre et la cerise à jaunir.
  • Les maladies cryptogamiques, ces minuscules champignons qui causent la tavelure (sur les pommes et les poires), la moniliose (sur les coings et les prunes), le marsonia (sur les rosiers). Leurs spores colonisent les plantes à la chute des feuilles, en s’installant sur les petites blessures laissées au point de scission des feuilles quand elles tombent. Et ils tentent une nouvelle attaque lors du débourrement de printemps car les spores se sont déposés sur les bourgeons en été et les écailles qui glissent pour laisser grossir le bourgeon véhiculent les spores vers l’intérieur de celui-ci.

Tavelure

Moniliose

Alors, qu’est-ce que le jardinier n’arrive-t-il pas à faire ‘à temps’

Les écarts les plus fréquents

Pour les tailles , c’est d’omettre de tailler les arbres fruitiers ou les arbustes une année , ou de tailler à contretemps . Par exemple, comme on en a parlé il y a un instant, tailler des arbustes à floraison printanière à la fin de l’hiver, ou tailler des rosiers non remontants au mois de mars. Ou alors, tailler fortement des arbres à noyaux au printemps ou en été.

Pour les plantations, c’est de planter des ligneux en fin de printemps ou en été et des plantes vivaces en hiver.

Pour les soins contre les maladies, c’est de traiter à contre temps, quand l’insecte ou la maladie est déjà bien installé et que les ravages sont là.

Est-ce que c’est grave ? 

En fait, oui, c’est grave. Dans le meilleur des cas, agir à contre temps ne sert plus à rien (dans le cas des maladies), mais dans d’autres cas, cela peut être carrément nuisible . Par exemple, quand on taille au mauvais moment, on affaiblit les plantes.. parfois jusqu’à les faire mourir. En fait, une fois le moment opportun passé, il vaut souvent mieux ne rien faire et attendre l’année suivante.

En conclusion,

Comme toujours, il faut faire la part des choses. La plus grande contrainte du jardinier, c’est souvent son temps disponible. Quand on se donne le mal d’énumérer par écrit la liste des tâches à accomplir, on fait un grand pas vers la mise en oeuvre. On arrête de courir dans tous les sens  et on travaille mieux car les tâches accomplies régulièrement se font beaucoup plus vite. Ce n’est pas la même chose de faire une taille d’entretien sur un arbuste ou de reprendre un arbuste négligé depuis une dizaine d’années.

Il y a trois stages au Jardin des Merlettes que l’on vous conseille si vous voulez apprendre à respecter un calendrier pour votre jardin:

  • Le premier vous apprend à soigner le sol et à préparer les plantations. Il est utile pour se mettre au rythme du jardin et apprendre à le connaître mieux.
  • Le second stage consiste à apprendre l’écologie au jardin. C’est un stage de trois jours intitulé ‘Introduction à la gestion durable des espaces verts ‘. Il vous donne une vue d’ensemble sur la vie de votre jardin et vous initie à la mise en oeuvre d’un plan de gestion.
  • Et enfin le troisième stage recommandé concerne la protection du jardin contre les insectes et maladies. Il y a une session en avril pendant laquelle les travaux pratiques tournent plutôt autour des insectes. La seconde session a lieu en septembre et les travaux pratiques sont plus axés sur les maladies.

Automne

Hiver

Printemps

Été

A bientôt, au jardin !

Pour aller plus loin

Les stages au JDM

http://jardindesmerlettes.com/stages-et-formations/stages/preparer-son-jardin-aux-plantations-de-printemps/

http://jardindesmerlettes.com/stages-et-formations/stages/introduction-a-la-gestion-durable-des-espaces-verts/

http://jardindesmerlettes.com/stages-et-formations/stages/proteger-les-arbres-fruitiers-des-insectes-predateurs-et-des-maladies-en-lutte-integree/

Les articles du blog

On s’occupe beaucoup de calendrier sur le blog du Jardin des Merlettes, preuve que ce sujet nous tient à cœur !

La taille des rosiers en été : observer le cycle végétatif avant d’agir

Travaux d’automne : pensez aux engrais verts

La plantation des arbres et arbustes en automne : pourquoi à la Ste Catherine ?

Le jardin en hiver I

Azimut du soleil et jardinage

Mots clés

Certains mots sont spécifiques au calendrier. Ils concernent en particulier le mode de croissance des plantes .

Aoûtement

Rigidification des tissus qui se produit en fin d’été (typiquement au mois d’août, d’où son nom). Appelée aussi lignification, elle est permise par la formation de lignine, composant principal du bois.

Débourrement

Moment où les bourgeons (végétatifs et floraux) commencent à gonfler. Ce moment marque la fin de la période de dormance du végétal.

Dormance

Période pendant laquelle le végétal est au repos (en général en hiver) et fonctionne au ralenti. Il ne pousse pas.

Nouaison

Transformation du pistil de la fleur (son ovaire) en fruit.

Véraison

Moment où les fruits commencent à prendre la couleur qu’ils auront à maturité.

Stade phénologique

Période précise identifiée dans la croissance ou le développement d’une plante, correspondant à un stade de développement des bourgeons, des fleurs ou des feuilles. Elle peut être associée à des pathologies spécifiques, et ainsi permettre de situer dans la saison les actions préventives ou curatives à mener.

Taille ‘en vert’

Taille effectuée pendant la période de croissance de la plante.

Taille ‘en sec’

Taille effectuée pendant la période de repos de la plante

 

 


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