La taille des arbres fruitiers à noyaux

8 novembre 2018

Quelle drôle d’idée, direz-vous ! Et de fait, l’article de notre blog sur la taille des arbres fruitiers à noyaux provoque énormément de commentaires dont le plus fréquent est : ‘Comment ? On taille aussi les pêchers, les pruniers, les mirabelliers et même les cerisiers ? Je ne le savais pas…’

Et pourtant ! Toute personne qui se rend dans le midi de la France et qui emprunte la Vallée du Rhône peut admirer, vers Montélimar, les vergers qui se succèdent.

Regardez de plus près ces rangées d’arbustes bien ordonnés : ce sont des pêchers et des abricotiers, souvent conduits dans la forme appelée ‘gobelet du Vaucluse’. Si vous passez au bon moment, vous verrez les arboriculteurs au travail. De même quand on se promène en Bourgogne vers Jussy ou Coulanges La Vineuse, on passe à côté de vergers de cerisiers et les branches qui jonchent le sol témoignent du travail que l’on vient d’effectuer. Dans les Pyrénées Orientales, le mode de conduite le plus répandu est le buisson espagnol, une forme courte et trapue qui permet une cueillette très facile.

Alors, pourquoi faut-il tailler les arbres fruitiers à noyaux ? Comme pour les arbres à pépins, la réponse est très simple : c’est pour surveiller leur structure et améliorer leur fructification.

1 – On taille pour établir une belle charpente : taille de formation puis taille d’entretien

Les cerisiers

On l’a dit dans un podcast précédent, il s’agit d’abord de choisir trois ou quatre branches charpentières puis d’éviter de laisser ‘filer’ l’arbre en hauteur. Car très vite, si l’on n’y prend pas garde, il n’y a que les oiseaux qui se régalent des belles cerises qui sont hors de notre portée. Très vite en effet car les branches d’un cerisier s’allongent facilement d’un mètre voire même d’un mètre cinquante chaque année. Il faut donc être très vigilant dès la plantation de l’arbre. On formera l’arbre en gobelet ou en buisson sur un tronc très bas et chaque année on devra entretenir la forme par des tailles ‘en vert’ et une légère taille d’hiver.

Pour ceux qui se posent la question, la taille ‘en vert’ est tout simplement le nom que l’on donne aux tailles que l’on effectue lorsque les arbres sont verts, c’est à dire lorsqu’ils ont encore leurs feuilles et que la sève circule. Par opposition, les tailles que l’on effectue en hiver, lorsque les arbres sont au repos et que la sève ne circule pas, ou presque, sont appelées tailles ‘en sec’.

Cerisiers en gobelets dans l’Yonne

Les pruniers

Le point crucial consiste à veiller à l’écartement des branches charpentières à la base du tronc. En effet, le prunier a tendance à pousser très droit et l’angle entre les différentes charpentières est souvent si petit que lorsque les branches grossissent, elles se gênent mutuellement et parfois se déchaussent. C’est une fragilité mécanique de l’arbre qui a beaucoup de points en commun avec le phénomène d’écorce incluse bien connu en sylviculture et cela explique le manque de résistance au vent des arbres. La situation est fortement aggravée par le fait que la plupart des jardiniers ne pensent pas à raccourcir régulièrement les branches de leurs pruniers. Une fois qu’elles sont couvertes de fruits, elles ressemblent à de longs ‘manchons de fruits’. Elles sont très lourdes et se balancent dès qu’il y a un peu de vent. En général on place des étais pour les soutenir mais c’est une solution bien bancale. Il vaut mieux renforcer les branches par des tailles régulières et limiter la hauteur de l’arbre pour pouvoir intervenir dedans facilement.

Les pêchers

Il s’agit, encore une fois, de limiter l’allongement des branches car celles-ci sont trop frêles pour porter les fruits, bien plus frêles encore que celles des pruniers. Au fur et à mesure que l’arbre s’allonge, les pêches deviennent d’ailleurs de plus en plus petites et l’arbre dégénère très rapidement. Il faut savoir que la durée de vie d’un pêcher non taillé est d’environ 8 à 10 ans, alors que, bien suivi, il peut vivre 35 ans environ.

La photo ci-dessous est un bon exemple d’un jeune pêcher qu’on laisse se développer à sa guise. Mais peut-on vraiment envisager qu’un arbre aussi frêle pourra porter tant de fruits ? Même si une fleur sur cinq ou dix seulement devenait un fruit, la charge serait encore beaucoup trop lourde pour cet arbuste mal charpenté.

Jeune pêcher en attente de taille de formation

Branche de pêcher trop frêle ployant sous les fruits

Abricotiers : C’est un peu un résumé de tout ce qui précède. On réfléchit à sa forme, un gobelet en général, donc sur un tronc très court, on limite l’extension des branches par des tailles en vert éventuellement rectifiées en hiver et on veille à garder de la lumière jusqu’au cœur de l’arbre pour permettre aux abricots de bien mûrir et limiter les maladies.

Pour tous ces arbres, la préoccupation essentielle du jardinier est d’éviter l’établissement d’un arbre ‘fantôme’. C’est un phénomène très présent chez le prunier, moins chez l’abricotier et le cerisier. Le prunier a en effet tendance à émettre de nouvelles pousses près de l’axe le plus vertical. Ces rameaux puissants, qu’il ne faut pas confondre avec les brindilles qui se multiplient chaque saison, ont tendance à se développer en nouveaux axes qui répliquent l’architecture déjà existante. En plus de ce développement spontané près de l’axe de l’arbre, des phénomènes de réitération peuvent également apparaître si les branches d’un arbre sont chargées de fruits et se courbent trop vers le sol. Un nouveau rameau, en général bien droit et vigoureux, apparaît au point d’arcure. Cette seconde architecture de l’arbre se superpose à la première et envahit petit à petit l’arbre, le rendant impénétrable à la lumière. A force d’observer ce phénomène, les jardiniers ont mis au point des formes fruitières en coupes (gobelet du Vaucluse, buisson espagnol, fleur de liserons, etc.) qui, justement, permettent d’accéder facilement au cœur de l’arbre fruitier et de l’entretenir régulièrement pour laisser entrer la lumière.

2- Des  tailles régulières de fructification

Elles aident à obtenir des fruits de bon calibre, bien mûrs et aussi précoces que possible. On comprend bien qu’un arbre mal éclairé produit des fruits qui mûrissent difficilement. Mais on sait moins que les fruits d’un arbre trop chargé mûrissent moins vite et moins bien. C’est un facteur important pour les professionnels, surtout pour certaines espèces très attendues par les consommateurs, par exemple les cerises. Plus vite on peut les mettre en vente, plus leur prix est intéressant pour le producteur. Ce critère est donc moins important pour l’amateur. En revanche la qualité de maturité, c’est à dire la teneur en sucre du fruit, est, elle, bien entendu tout aussi importante pour l’amateur que pour le professionnel.

Donc on va chercher à avoir des arbres qui portent des fruits tout le long de leurs branches, bien répartis et qui reçoivent bien le soleil quelle que soit leur place dans l’arbuste.

Les cerisiers

Le travail essentiel est de rabattre les pousses de l’année, un travail que l’on effectue de juillet à septembre. C’est à dire de supprimer la moitié, voire les deux tiers, du bois qui vient de pousser. Outre le problème de retard au mûrissement qui survient lorsque l’arbre est trop en fouillis, il y a un problème de calibre si l’arbre n’est pas restreint. Les cerises sont des fruits dont le calibre est très important pour le consommateur. Tout le monde a envie de manger de ‘belles’ cerises (pour une cerise Burlat par exemple, c’est environ 26 mm) et non pas une cerise dont le noyau est presque aussi gros que le fruit.

Printemps (premières fleurs)

Eté, avant la taille ‘en vert’

Fin d’été, après la taille ‘en vert’

Les pruniers

On effectue une taille en vert à la même époque que pour les cerisiers (de juillet à septembre) en cherchant à favoriser toutes les petites coursonnes qui se sont développées le long des branches fruitières, au détriment des beaux (et généralement très forts) rameaux qui ont poussé récemment. Pour la taille du prunier, c’est cet élément qui est fondamental :   choisir quelles branches conserver et lesquelles supprimer. Certes la structure des arbres est souvent assez complexe et ils poussent très vite. Mais laissez-vous guider par votre bon sens. Vous jugerez très vite si un rameau est simplement un petit rameau de fructification ou si c’est une grande perche ! C’est celles-là qu’il faut supprimer sans pitié. Et ensuite on réduit la longueur des petits rameaux que l’on conserve tous le long des branches en se souvenant qu’un prunier fleurit (et donc produit des fruits) sur du bois qui a au moins deux ans. Si vous  n’avez pas été assez sévère dans votre taille d’été, vous pourrez rattraper les choses en hiver. Une fois les feuilles tombées, vers le mois de novembre, on y voit en général plus clair et on découvre quelques forts rameaux qui ont échappé au sécateur.

Fleurs de prunier

Les pêchers

De nouveau, c’est en été que l’on va d’abord intervenir, quand l’arbre a bien poussé. Là encore, on  taille ‘en vert’ un tiers au moins (et parfois 2/3, selon les variétés) de la pousse de l’année. En général, le pêcher recommencera à pousser au bout d’une quinzaine de jours et vous jugerez si une seconde taille est nécessaire ou non, par exemple un mois plus tard. C’est différent selon les variétés.

Vous pourriez vous demander à quoi sert de raccourcir ainsi les branches si c’est pour qu’elles repoussent illico. Et c’est une très bonne question à se poser car il s’agit là d’une des clés de la conduite des arbres fruitiers. Tout simplement, il faut comprendre que quand vous raccourcissez un rameau, vous modifiez le flux de la sève dans l’arbuste. Tout à coup, si une jeune branche est taillée, la sève est arrêtée dans son élan. Elle ne peut plus arriver à l’extrémité de la branche puisque celle-ci a été supprimée. Donc la sève va irriguer les bourgeons à la base du rameau. Même si le rameau s’allonge de nouveau au bout de quelques semaines, cet apport de sève supplémentaire que vous avez favorisé va très souvent conduire à la formation ou au développement d’un ou plusieurs bourgeon à fleurs à la base du rameau. Et c’est exactement ce que l’on cherche à obtenir.

Fleurs de pêchers

Au mois d’avril suivant, lorsque le pêcher est en fleurs, on raccourcit et on simplifie chaque branche. Il est très intéressant alors d’avoir des bourgeons à fleurs presque à la base du nouveau rameau car cela permet de tailler assez court et d’éviter ainsi l’allongement des branches du pêcher. Un autre travail consiste à simplifier les terminaisons des branches. Une branche de pêcher se termine souvent comme une patte d’oie qui se serait dédoublée, c’est à dire qui aurait six doigts au lieu de trois. Il faut supprimer trois de ces petites branches pour ne garder que trois terminaisons.

Là encore, une taille régulière de l’arbre (taille d’été puis taille de printemps) a une très grosse influence sur le calibre des fruits. Et c’est important à tous égards : des fruits moins nombreux mais de beau calibre sont meilleurs tout d’abord, plus juteux et plus sucrés. Mais ils sont aussi plus faciles à manipuler : à ensacher et à cueillir, par exemple.

Pêcher avant taille d’éclaircissement

Pêcher après taille d’éclaircissement

Les abricotiers

La façon de tailler tient de celle du prunier et de celle du pêcher. Comme pour le prunier, on surveille la structure de l’arbre en été et on supprime les gourmands trop vigoureux s’ils dupliquent la charpente de l’arbre. On conserve soigneusement en revanche les rameaux qui permettent de compléter cette charpente si besoin. En effet, l’abricotier est parfois sujet à des dessèchements de branches qui peuvent ainsi créer des trous dans la charpente. C’est en tous cas le cas en Bourgogne qui n’est pas, il faut bien le dire, l’endroit le plus propice à la culture des abricotiers. Et d’autre part, comme pour les pêchers, on taille également l’arbuste fruitier en fleurs, au moins d’avril environ, pour raccourcir les rameaux et obtenir une production moins abondante mais de meilleur calibre.

Branche d’abricotier

Alors, si vous n’êtes pas découragés par toutes ces explications, nous vous proposons de vous aider à vous y retrouver. Pour cela, nous vous proposerons dans un prochain podcast de reprendre plus en détail le calendrier récapitulatif des tailles des arbres fruitiers à noyaux. Et nous vous expliquerons aussi les précautions particulières à prendre quand on taille des arbres fruitiers à noyaux, car ils sont un peu plus fragiles que les autres arbustes fruitiers et demandent donc certains égards.

A bientôt !

Pour aller plus loin

Les stages au JDM

Taille des arbres fruitiers à noyaux

Les articles du blog

La taille des arbres fruitiers à noyaux

Biblio

COLLECTION « AUX QUATRE VENTS» (1955) La taille : fruits à noyaux. Flammarion

PAMART, E. (1927).  L’arboriculture fruitière raisonnée et mise à la portée de tous  Gaston Doin Editeur

PENEVEYRE F. (1912). Le cerisier. Librairie du progrès agricole et viticole

VERCIER, J. (1911 +).  Arboriculture Fruitière. Encyclopédie des connaissances agricoles, Hachett
 

Mots clés

Certains mots sont spécifiques aux arbres fruitiers à noyaux. Ils concernent en particulier leur mode de fructification.

Bouquet de mai :

Organe court (de un à quelques centimètres) comportant plusieurs boutons floraux et un bourgeon à bois terminal. Ils demeurent souvent plusieurs années (sauf pour le pêcher)

Chiffonne

Rameau de 5 à 15 cm comportant 8 à 12 boutons floraux et terminé par un œil à bois.

Rameau mixte

Rameau comportant des bourgeons floraux et des bourgeons à bois.

 Branche florale

Branche de 80 à 200 cm portant boutons floraux, bouquets de mai et rameaux mixtes. Elle peut fructifier plusieurs années de suite. On la taille ensuite proche de la base (3 à 4 cm) et elle est remplacée par un bourgeon à bois qui se développe à sa base.

 

 


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