Pourquoi tailler les arbres fruitiers ?

21 octobre 2018

Aujourd’hui, nous allons parler de la taille des arbres fruitiers en général et essayer de répondre à cette question fondamentale : ’la taille est-elle un acharnement de maniaque ou une nécessité ?’

Parmi les questions que posent les lecteurs de notre blog, sur le site internet du Jardin des Merlettes, certaines reviennent très souvent. Ce sont des questions de bon sens que finalement, tout jardinier doit se poser à un moment ou à un autre et que nous souhaitons donc aborder dans ces podcasts des merlettes. Elles permettent de prendre du recul par rapport aux tâches que nous accomplissons régulièrement, et parfois presque machinalement, et nous pensons qu’elles sont particulièrement importantes car, lorsqu’on les relie les unes aux autres, on se rend compte qu’elles constituent une sorte de philosophie du jardinage, ou plutôt devrais-je dire, du jardinage tel que nous le souhaitons, une pratique en harmonie avec la nature où le jardinier est avant tout un observateur et un faciliteur.

Est-il vraiment utile de tailler les arbres fruitiers et si oui, pourquoi ?

C‘est à dire, pourquoi ne pas les laisser tout simplement ‘vivre leur vie’. Après tout, ce sont des arbres naturels et il y a des fruits sur cette terre depuis des millénaires. Alors, qu’est-ce que l’homme peut bien s’imaginer pouvoir ‘Faire de mieux que la nature’ ?

Qu’arrive t’il aux fruitiers non soignés ?

Notre conception de la nature et de ce qui est naturel est un peu faussée. D’abord, il faut sans doute renoncer à la vision de la terre sauvage comme un jardin d’Eden où les fruits pousseraient en toute liberté, nombreux, magnifiques, délicieux, sans blessures d’insectes ni maladies. Un voyage sur l’île de Molokai, à Hawaï, me l’a récemment démontré. Là, les conditions de culture sont idéales pour les papayers, les manguiers, les avocatiers et beaucoup d’autres espèces qui nous font rêver et qui y poussent très facilement. Cependant, j’ai pu constater que la qualité des fruits récoltés est bien différente selon que l’arbre est soigné ou pas et, surtout, la durée de vie de l’arbuste laissé à l’état sauvage est bien plus courte que celle de l’arbre dans un verger.

Arbre fruitier ‘naturel’ ou arbre greffé ?

Il est également intéressant de savoir si l’arbre lui-même est ‘naturel’. Par arbre ‘naturel’, on entend un arbre issu directement d’un pépin ou d’un noyau et qui a poussé sans l’intervention de l’homme. Il existe encore des arbres naturels, certains pêchers par exemple, qui se reproduisent simplement grâce à des noyaux qui ont germé à partir de fruits tombés au sol. Et il y a encore des arbres fruitiers ‘naturels’ dans les forêts primaires. Prenons l’exemple du poirier. Il existe des poiriers sauvages et ceux-ci peuvent porter des fruits. Mais ces petites poirettes n’ont rien à voir avec les poires que nous mangeons quotidiennement. Et c’est vrai pour la plupart des arbres fruitiers de nos jardins : les arbres greffés y produisent des fruits de bien meilleure qualité que les fruits des arbres ‘naturels’.

On greffe les arbres pour multiplier rapidement certaines variétés que l’on a découvertes ou obtenues et qui se sont révélées particulièrement intéressantes. La greffe permet également d’améliorer la compatibilité entre l’arbre et le sol de l’endroit où il est planté. On change arbitrairement le système racinaire de l’arbre en le remplaçant par celui d’un autre arbuste, mieux compatible avec l’endroit en cause. Et on greffe enfin pour changer la vigueur d’un arbre : lui apporter plus de puissance ou au contraire le nanifier pour pouvoir par exemple, le conduire en arbre fruitier palissé.

Est-ce vraiment nécessaire de tailler les arbres fruitiers ?

Il y a deux raisons principales :

C’est d’abord pour limiter le développement de l’arbre en hauteur (on appelle cela ‘contrôler la dominance apicale’, nous y reviendrons dans un prochain épisode), pour obtenir des fruits qui soient (presque) à portée de mains, et pour limiter le développement de l’arbre en largeur et pour que les branches ne s’allongent pas trop en devenant incapables de porter leurs fruits. C’est ce que l’on voit en particulier sur tous les pêchers qui ne sont pas taillés. Et également sur les pruniers et mirabelliers qui se fendent et se déchirent à la première tempête. Cette année il y a eu beaucoup de fruits et beaucoup d’arbres ont souffert parce que leurs branches étaient trop longues et trop minces, par rapport au poids des fruits qu’elles portaient.

Verger de cerisiers à Jussy (Yonne)

Et l’autre raison principale pour laquelle on taille les fruitiers, c’est pour maintenir de la lumière au centre de l’arbre en empêchant l’installation d’un arbre ‘fantôme’. C’est à dire qu’on supprime au fur et à mesure tous les gourmands qui poussent dans l‘arbre car si on ne les surveille pas, ils ont vite fait de se transformer en nouveaux axes qui doublonnent la charpente de l’arbre. Chacun de nous connaît des exemples de beaux arbres fruitiers, bien hauts, bien touffus… et bien improductifs.

Arbre fruitier de plein vent non entretenu depuis plusieurs années

Quand et comment tailler les arbres fruitiers : les gestes indispensables 

Tailler dès la plantation ?

Quand on revient de chez le pépiniériste et qu’on plante l’arbre que l’on vient d’acheter, ce n’est pas forcément la peine de le tailler. Le plus important, c’est qu’il reprenne vite de la vigueur, qu’il s’installe bien, c’est à dire que son système racinaire recommence à fonctionner et à jouer son rôle de pompe à sève. Donc, on installe l’arbre : on le plante, on l’arrose, on protège son tronc, on le tuteure ou on le haubane éventuellement, on paille le sol et on taille les branches qui pourraient être cassées ou mortes. Pour le reste, on le laisse tranquille.

En principe, on plante à l’automne. Au printemps suivant, en mars, l’arbuste aura eu le temps de s’installer et là, on pourra s’occuper sérieusement de lui et effectuer la première taille de formation.

Combien de branches garder ?

Puisque les premières branches que forme l’arbuste deviendront la base de sa charpente, il ne faut pas en garder beaucoup : 3 ou 4 au minimum et 6 au grand maximum. Pourquoi si peu, ? Parce que chacune de ces branches doit avoir la possibilité de grossir sans gêner sa voisine. Autour d’un même tronc, il n’y a en général pas de place pour plus de 4 ou 5 branches. Quand l’arbre est jeune bien sûr, il y a assez de place pour de nombreuses petites branches et beaucoup de jardiniers pensent qu’il est préférable de garder six ou sept branches. Mais la base de chacune d’entre elles va rapidement grossir et là, les problèmes surviennent. C’est lorsqu’elles sont encore petites qu’il faut sélectionner les branches que l’on garde. Il ne faut pas avoir à revenir quelques années plus tard pour supprimer une branche en surnombre.

Quelles branches garder ?

Il faut penser à l’équilibre de l’arbre, c’est à dire que les branches doivent être bien réparties autour du tronc et il faut observer la force de chacune d’elles. Elles sont destinées à être les charpentières, donc elles doivent être solides. C’est une erreur de garder des branches maigrelettes. Elles ne récupèrent jamais. De même, les branches mal orientées seront toujours mal orientées. Ce sont des décisions importantes pour la vie de l’arbre et le jardinier doit prendre son temps, observer et tourner autour de l’arbre avant d’utiliser son sécateur.

Quand on a éliminé les branches que l’on ne veut pas, alors seulement on peut tailler celles qui restent. Là, on taille court et on fait très attention à l’œil sur lequel on taille pour ne pas créer ces angles inopportuns que l’on appelle des manivelles. Vous trouverez sur notre site, sur la page de ce podcast, les liens vers les articles que nous avons déjà publiés sur la taille de formation. C’est un sujet qui nous semble très important, indispensable même, pour le bon démarrage de votre arbre fruitier.

Nous espérons vous avoir convaincu que la taille des fruitiers n’est pas  une manie des jardiniers enfermés dans leurs habitudes mais qu’elle répond à un besoin fondamental des arbres. Il faut un certain temps pour maîtriser l’art de la taille des fruitiers, y compris la taille de formation parce que l’on travaille sur quelque chose qui est vivant et qui réagit donc à nos interventions. Justement, ces fortes réactions des arbres taillés constitue la troisième question que l’on nous pose et qui perturbe le plus grand nombre d’auditeurs : pourquoi un arbre fruitier émet il de nombreux rejets après une taille très vigoureuse et comment l’éviter ? Nous aborderons cette question dans un prochain podcast car elle mérite qu’on s’y attarde un peu. En attendant, nous vous proposons d’aller sur la page de ce podcast sur notre site www.JardindesMerlettes.com pour y retrouver le détail de tout ce que nous avons discuté aujourd’hui.

A bientôt

Pour aller plus loin

Les stages au Jardin des Merlettes

Taille d’hiver des arbres fruitiers à pépins de plein vent

Taille d’hiver des arbres fruitiers à pépins en forme libre

Taille des arbres fruitiers palissés

Taille des arbres fruitiers palissés

Les articles du blog

Mars 2013 La taille des arbres fruitiers : acharnement ou nécessité ?

La taille des arbres fruitiers : acharnement ou nécessité ?

Septembre 2011 La taille de formation des arbres fruitiers : simple, indispensable… et totalement oubliée !

La taille de formation des arbres fruitiers : simple, indispensable… et totalement oubliée !

Courte bibliographie :

BROCHARD, D. et PRAT, J-Y (2005 +). Traité Rustica des Arbres Fruitiers. Rustica

LESPINASSE, JM. Et LETERME, E. (2011). De la taille à la conduite des arbres fruitiers. Éditions du Rouergue

OPOIX, O. (1921). La Culture du Poirier et du Pommier. Gaston Doin Éditeur

Glossaire :

Le vocabulaire particulier à l’arboriculture fruitière est très riche. Sa connaissance est importante pour bien nommer les éléments de l’arbre que l’on examine : voici quelques termes très utilisés.

Axe : Ce que l’on a coutume d’appeler ‘le tronc’. C’est la direction principale de l’arbre, qui peut être droite ou penchée (suite à des palissages ou un accident). De cet axe partent les branches charpentières.

Branche charpentière : Élément constitutif de la charpente

Brindille : Rameau grêle de 15 à 40 cm de longueur

Bourrelet de greffe : Partie renflée située au niveau où la greffe a été pratiquée

Charpentière : Branches principales d’un arbre fruitier qui lui donnent son faciès et supportent les branches fruitières. Souvent au nombre de 4 ou 5.

Dominance apicale : Propriété des bourgeons apicaux qui envoient une hormone, l’auxine, dans le végétal pour inhiber la croissance des autres bourgeons, en particulier des bourgeons latéraux. Cela permet de favoriser le développement en hauteur de l’arbre, au détriment du développement en largeur. Le végétal est dit acrotone.

Frondaison : Masse feuillue d’un arbre

Fruitière : Branche qui se rattache à une charpentière et porte les différents organes fruitiers.

 


Laisser un commentaire