La culture des plantes vivaces

30 septembre 2018

Aujourd’hui, nous nous intéressons aux plantes vivaces, des plantes qui sont très à la mode depuis longtemps dans les jardins anglais mais qui n’ont pas encore tout à fait gagné leurs lettres de noblesse dans les jardins français. La façon de concevoir les jardins a beaucoup évolué ces dernières années. Les jardiniers recherchent des solutions pour faciliter l’entretien de leurs jardins, des solutions qui soient compatibles avec des pratiques jardinières respectueuses de l’environnement, tout en permettant d’avoir un jardin intéressant et fleuri un peu tout le temps. Et les plantes vivaces sont une excellente alternative à tous ces égards.

Mais qu’est-ce que c’est que ces ‘plantes vivaces ? Comment peut-on les utiliser au jardin et installer un parterre. Lesquelles choisit on ? Et à quoi faut-il faire attention ?

La première chose à savoir sur les plantes vivaces, c’est que ce sont des plantes pérennes

Annuelles, bisannuelles, vivaces  : quelles différences ?

  • Ce ne sont pas des annuelles: qu’on sème, qui fleurissent, qui grainent et qui meurent : par exemple les coquelicots, les nigelles de Damas, les pois de senteur…
  • Ce ne sont pas des bisannuelles non plus: qu’on sème et qui poussent, qui font une rosette et l’année suivante qui fleurissent, grainent et meurent elles aussi. Par exemple les roses trémières, les pieds d’alouettes, les œillets de poète, les giroflées. Toutes ces plantes ne vivent que deux ans, d’où leur nom, bisannuelles.

 

Les vivaces, elles, commencent aussi par pousser à partir d’une petite graine comme les annuelles, elles font une rosette, comme les bisannuelles et fleurissent au bout d’un an ou deux. Ensuite, elles fanent, font des graines, perdent leurs feuilles et gèlent. Mais contrairement aux plantes annuelles et bisannuelles, à la fin de l’hiver, elles repartent, toutes neuves, à partir de la même souche qui n’est donc pas morte, elles poussent, font des fleurs, préparent leurs graines, gèlent, s’endorment pour l’hiver… et repartent l’année suivante. Et cela peut durer très longtemps.

On a tous dans notre mémoire un petit coin de jardin, le nôtre ou peut être un jardin où l’on allait quand on était petit enfant, et où poussent chaque année des marguerites, des pivoines, des asters, toujours au même endroit. On ne s’en souvient plus, mais si on vient au bon moment de l’année, tout à coup on redécouvre ces plantes familières qui sont là, fidèles au rendez-vous.

Toutes ces plantes dites ‘vivaces’ possèdent la même particularité biologique : elles sont herbacées, c’est à dire que leurs tiges ne contient pas de lignine, contrairement aux arbustes. Leurs tiges gèlent donc dès les premiers froids et la plante s’affale sur le sol puis ne se remarque plus. Mais elle ne meurt pas car elle possède un bourgeon principal qui est situé juste au niveau du sol et qui, lui, ne gèle pas en hiver. Le printemps suivant, on les voit donc repousser et elles prennent de l’ampleur année après année, au fur et à mesure du développement de leur système racinaire. C’est cette particularité d’un bourgeon vivace au niveau du sol qui permet de classer une plante comme vivace ou non. Elles appartiennent au type biologique que l’on appelle ‘hémi cryptophyte’, c’est à dire ‘à moitié dans le sol’. Les lavandes, romarins, bruyères ne sont donc pas à proprement parler des plantes vivaces, mais des sous-arbrisseaux, des petits ligneux.

Il y a un point à connaître et qui crée souvent des confusions dans l’esprit des gens : c’est le fait qu’il existe des plantes vivaces indigènes, c’est à dire locales, et des plantes vivaces étrangères, c’est à dire venues d’ailleurs ou obtenues par croisement et hybridation. Le terme ‘vivace’ n’a donc pas à voir avec le fait que la plante est rare ou non, cela désigne simplement son mode de croissance. Le chiendent est une plante vivace au même titre que le plus sophistiqué des Miscanthus.

Parlons un peu de leur croissance :

Les vivaces se développent de plusieurs manières. Par exemple en touffes, on dit alors qu’elles sont ‘cespiteuses’. C’est le cas de certaines variétés d’asters et d’iris. Mais elles peuvent aussi s’étaler sur ou sous le sol grâce à des stolons ou des drageons : les fraisiers, certaines variétés d’asters, le muguet, les pervenches, ou grâce à des rhizomes charnus, par exemple les iris germanica ou les pivoines. Et il y a aussi les lianes vivaces qui forment un chevelu de racines très profond. C’est le cas de la redoutable famille des convolvulacées à laquelle appartient le liseron tellement redouté des jardiniers.

La simplicité supposée d’entretien des plantes vivaces : est-ce un mythe ou la réalité ?

Les plantes vivaces peuvent être très costaudes et résister au temps. Si elles sont bien implantées dans un jardin et si l’environnement leur convient, elles seront quasi indestructibles.

Mais il y a pour cela deux conditions essentielles :

  • D’une part, choisir les plantes pour le milieu spécifique de l’endroit où on va les installer, et
  • D’autre part, savoir si elles peuvent vivre ensemble : qui va étouffer les autres, qui va être étouffé, quel équilibre est possible ?

Les ‘milieux’ des plantes vivaces

La meilleure référence pour ce sujet est un livre publié chez Ulmer à Stuttgart en 1981 et intitulé « Les Plantes Vivaces et leurs milieux ». Beaucoup des essais rapportés dans ce livre ont pour origine le jardin d’essai Hermannshof à Weinheim, dans le Bade Wurtemberg, en Allemagne, essais parfois partagés avec le jardin de Weihenstephan. Je vais citer une partie de l’avant-propos de ce livre qui campe bien le sujet.

« Notre aspiration est de faire que, pour l’homme, le jardin soit une lieu de rencontre avec le monde vivant et le fasse participer au ‘grand jeu’ (‘Gartenspiel’, une expression de Karl Foerster), des arbustes et des plantes vivaces. Ces dernières font preuve d’une grande capacité d’adaptation. Cependant, elles ne peuvent prospérer et se développer durablement ensemble que si l’on a tenu compte de leurs exigences quant à la situation et à l’environnement. Le jardinier, en particulier le concepteur et l‘exécutant, sait combien cela, avec l’aide des listes, est déterminant pour l’harmonie de l’ensemble. »

Les auteurs, Richard Hansen et Friedrich Stahl ont sans relâche testé les possibilités d’implantation de centaines de variétés de plantes et leurs possibilités d’associations avec d’autres pour obtenir des combinaisons stables dans l’espace et dans le temps (les fameuses ‘listes’ dont on parle dans la citation). Ils ont donc étudié soigneusement les différents facteurs liés à l’environnement, c’est à dire (verbatim) «le type de sol et sa structure, sa richesse en eau et en éléments nutritifs, le climat général de la région et des microclimats, l’ombre et la lumière, l’emplacement, la pente ». Vous noterez au passage que la plupart de ces facteurs sont hors du contrôle du jardinier.

En fonction de la combinaison de ces facteurs environnementaux, Hansen et Stahl proposent 7 types de milieux très différents les uns des autres. Beaucoup peuvent être subdivisés pour plus de précision, mais, au minimum, vous devez, avant de planter quoi que ce soit, déterminer à quels milieux appartiennent les différents espaces de votre jardin.

Ces 7 milieux principaux sont :

  • Les ligneux, c’est à dire les zones arborées
  • La lisière de ligneux
  • L’espace libre
  • La rocaille
  • La plate-bande
  • Les rives et marécages
  • Et la pleine eau

Lorsque je parle des milieux de votre jardin, c’est volontairement que je parle au pluriel. En effet, votre jardin est très rarement homogène, loin de là. Et même s’il l’était au moment de la construction de votre maison (dans le cas d’un lotissement, par exemple), les plantes qui s’y sont développés, les bâtiments qui y ont été installés, et parfois (hélas) les retournements et apports de sol qui y ont été opérés ont créé progressivement des milieux différenciés. Donc, même dans un espace qui à première vue, semblerait le plus simple possible, vous aurez différents milieux : des plate bandes sans doute, des espaces libres, une lisière (par exemple, s’il y a une haie qui borde votre jardin), et une zone de ligneux, si des arbres ont été plantés et commencent à prendre de l’espace. J’irai plus loin : même une terrasse toute simple ou un balcon présente des milieux différents selon l’ombre qui y est portée, ce qui est déjà planté dans les bacs, l’espace qui existe et les variétés de sols dont vous disposez.

La phytosociologie des plantes vivaces , l’autre facteur essentiel de réussite de vos plantations

Une fois que l’on a déterminé quelles plantes on peut planter dans les milieux dont on dispose, il faut encore vérifier qu’elles s’entendent bien entre elles. Car elles peuvent se gêner mutuellement ou il peut y avoir des colonisatrices dominantes et des dominées étouffées. La vitesse de développement d’une plante et sa faculté à coloniser rapidement un territoire, participent à ce qu’on appelle la phytosociologie des plantes, c’est à dire l’étude des communautés végétales et leur relation avec le milieu où elle sont installées.

Pour imager le propos : vous n’auriez pas l’idée de mettre ensemble dans une même volière des poules, des canards, des oies et des dindons et de leur laisser partager une seule gamelle de nourriture. Et bien, c’est ce que vous faites lorsque vous créez une plate-bande de plantes vivaces. Même si vous avez choisi chacune des plantes et qu’elles sont individuellement bien adaptées au milieu de votre plate-bande, vous devez encore vous assurer de leur sociabilité entre elles, au risque d’en voir certaines disparaître très rapidement et d’autres envahir la plate-bande. La classification est la suivante :

  • les plantes qui vivent d’ordinaire en isolé ou en petits groupes: les eupatoires, certains types d’asters, les euphorbes, les pivoines
  • les plantes qui s’établissent par petits groupes (3 à 5 plantes) : les tradescantia, véroniques, monardes, nepeta,
  • les plantes qui s’établissent rapidement en grands groupes de 10 à 20 plantes : les achillées, carex, corbeille d’argent, les heuchères,
  • les plantes que l’on trouve en grandes colonies et qui créent un effet de masse : les epimedium, certains types d’iris, des géraniums,
  • et enfin les plantes qui s’installent en grandes nappes : ail des ours, cyclamen, astilbes, millepertuis

Si vous envisagez de créer un massif de vivaces, vous voilà donc chargés de deux devoirs bien précis : déterminer à quelle catégorie de milieu cet espace appartient et, une fois que vous avez choisi les variétés de plantes que vous souhaiteriez y mettre, vérifier leur compatibilité entre elles. Dans un prochain épisode nous reviendrons sur la manière de planter et d’entretenir ces plantes et aussi, nous vous donnerons quelques idées, pour des associations durables et faciles à entretenir pour chaque type de milieu.

Et nous vous rappelons que c’est le sujet traité dans notre stage d’octobre ‘les vivaces et leurs milieux’ : inscrivez vous et venez pratiquez par vous-mêmes !

 

Pour aller plus loin…

Prochain stage au Jardin des Merlettes

Concevoir, planter et entretenir des parterres de vivaces

Voir nos articles du blog :

« Youth at the helm » : pourquoi il faut rajeunir les plantes des parterres de vivaces

http://jardindesmerlettes.com/jardinage-et-ecologie/20110403/youth-at-the-helm-lutilite-de-rajeunir-les-plantes-des-parterres-de-vivaces/

« De l’air pour les vivaces »

http://jardindesmerlettes.com/jardinage-et-ecologie/20100904/de-lair-pour-les-vivaces/

Voir les parterres de vivaces du Jardin des Merlettes

http://jardindesmerlettes.com/jardin/espaces/parterres-de-vivaces/

Petite bibliographie

BOURNERIAS, M. (1979, puis réédité ). Guide des groupements végétaux de la région parisienne. Belin.

HANSEN et STAHL. (1992). Les vivaces et leurs milieux. Ulmer.

Glossaire autour de la phytosociologie 

Adventice : plante qui pousse dans un endroit (champs, massifs…) sans y avoir été intentionnellement installée.

Association (végétale) : unité de base de la classification des communautés végétales. Permet de désigner toutes les communautés qui ont un aspect similaire et vivent dans des habitats similaires.

Cespiteuse : Les racines d’une vivace cespiteuse partent toutes de la même base. La touffe grossit lentement, sans coloniser l’espace.

Colonisation (végétale) : action mise en place par les plantes pour s’étendre à plus de territoire avec l’aide du vent, des abeilles ou tout autre moyen.

Colonisation à grand pas : mesure du mode effectif de colonisation d’un végétal (grands ou petits pas)

Plante pionnière : l’une des premières formes de vie qui colonisent ou recolonisent un espace écologique donné

Phytosociologie : discipline botanique étudiant les relations spatiales et temporelles entre les végétaux.

Synusie : ensemble de végétaux d’une même strate se développant simultanément, pendant une certaine période de l’année. Les espèces d’une même synusie ont souvent un développement parallèle et se concurrencent faiblement. Ainsi, on distingue la synusie vernale des plantes poussant au printemps.

 


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