Histoire et philosophie

Zone naturelle

Un jardin au milieu des champs

Sur un espace réservé jusqu’alors aux grandes cultures (maïs, blé, colza…) un jardin pousse et embellit tranquillement depuis sept ans (et oui, il atteint tranquillement l’âge de raison). Les rosiers grimpent à l’assaut des pergolas, les arbustes s’étoffent, les arbres fruitiers s’enrichissent doucement et régulièrement des coursonnes qui porteront les fruits des prochaines années et les étages montent sur les palissages.

Les plantations du Jardin des Merlettes :

  • 2006 – 2007 : Des arbres fruitiers de plein vent et en haies fruitières dans un premier verger. Une roseraie qui s’habille de parterres et de pergolas de rosiers, et les premiers parterres de plantes annuelles et vivaces.
  • 2007 – 2008 : Un fruticetum pour montrer des arbustes d’ornement de toutes sortes, hauteurs, couleurs, etc. De nouvelles plantes vivaces, plantes annuelles et graminées. Des haies ornementales et brise vent.
  • 2008 – 2009 : La plantation d’un verger conservatoire d’espèces fruitières bourguignonnes. Des poiriers, pommiers et pruniers, mais aussi des petits fruits, framboisiers, groseilliers, cassissiers et mûres.
  • 2009 – 2011 : Les plantes naturelles tiennent la vedette au jardin. Quelques essais expérimentaux d’associations et de colonisation réciproque entre plantes horticoles et plantes naturelles, vivaces et bulbeuses. Des installations temporaires de sculptillonnage et des fauches différenciées.
  • 2011 – 2012 : Le potager simplifié s’installe, ou comment créer un potager pour la consommation familiale en gardant le plaisir des récoltes mais en minimisant le travail à effectuer chaque semaine…  tout en restant bio, bien sûr !
  • 2012 – 2013 : Le jardin des délices, une façon de regarder aussi son jardin comme un réservoir de gourmandises et y trouver de nouvelles surprises en toutes saisons… Suivez le guide

Tous les végétaux servent de support aux cours pratiques. Chaque espèce est donc souvent plantée en plusieurs exemplaires, pour permettre de vérifier l’impact sur le végétal de tel ou tel mode de taille, par exemple. Et quand une variété n’est pas disponible au Jardin des Merlettes, des “jardins partenaires” voisins nous ouvrent leurs portes.

Zone naturelle

Plantes naturelles et biodiversité dans un jardin autonome

Le Jardin des Merlettes est cultivé selon les principes de l’agriculture biologique. Nous avons entrepris la démarche officielle de certification auprès de la société ECOCERT en janvier 2009, mais les mêmes principes étaient appliqués dès la création du jardin, en 2006 : une grande attention portée à l’évolution du sol, une protection systématique de la biodiversité, des plantes naturelles, des bêtes et insectes “de tous poils et de toutes antennes”, et pas de produits en “ide” ou d’engrais chimique. C’est ainsi que, selon la Fédération des Chasseurs de la Nièvre, des comptages effectués près du jardin ont permis d’apercevoir des bécassines, en plus des lièvres, perdrix, cailles et faisans habituels, le gibier ayant promptement adopté le jardin comme “réserve naturelle” ! Nous avons donc adhéré à la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) et sommes devenus “Refuge LPO”.

Des espaces ont été préservés dans le jardin pour offrir un refuge à la faune des insectes (“entomofaune”) et favoriser ainsi la multiplication des auxiliaires. Au fil des saisons, la flore évolue et l’espace est colonisé par les plantes naturelles pionnières. Il faut trois ans pour que le cycle de reproduction des insectes (ponte, métamorphoses..) s’installe durablement dans ces mini corridors écologiques. De petits espaces sont donc ‘sanctuarisés’ en réserves naturelles en divers points du jardin.

Pour inciter les nouveaux pensionnaires du jardin à aider les jardiniers, plusieurs contraintes sont prises en compte :

  • Conserver en prairie haute (fauche une seule fois par an) des zones enherbées assez près des arbres fruitiers car les insectes auxiliaires ne se déplacent guère au-delà d’une trentaine de mètres
  • Installer des haies diversifiées pour favoriser les migrations saisonnières, fréquentes entre haies et espaces plus ouverts, le jardin fruitier par exemple.

Haie avec nid d'oiseauAlliara petiolaSenecio ericifolius

Maintenant que le jardin s’installe, nous adaptons le mode de gestion car il faut faire ‘tourner’ les zones laissées ainsi en gestion naturelle et qui se ferment très vite. Car la nature a tôt fait de reprendre complètement ses droits : les ronces s’installent durablement et dans ce berceau, les petits chênes,  charmes,  frênes et saules marsault se développent rapidement. Chaque parcelle du jardin doit donc être fauchée tous les trois ou quatre ans, pas davantage. La rotation des espaces permet d’offrir aux insectes différents degrés de naturel.

Cette gestion d’espaces en friches confère au jardin un aspect parfois sauvage et la découverte de ce jardin “autonome” déroute d’abord le visiteur. En effet, on s’y intéresse autant au processus qu’au rendu final. Le Jardin des Merlettes est d’abord un atelier où l’on observe l’évolution de la nature.

  • On y expérimente des techniques de jardinage alternatives : très peu de travail du sol, des paillages de toutes sortes, des tailles raisonnées, des fauches tardives.. pour alléger le travail des jardiniers tout en promouvant de bonnes pratiques environnementales. Millefeuilles et lasagnes ne s’accompagnent dans ce jardin ni de crème pâtissière, ni de sauce tomate, mais d’un mélange de cartons, de fumier et de mulchs. Et le sol argileux et lourd, la ‘terre amoureuse’ de Puisaye, y acquiert au fil des mois une texture granuleuse et friable à faire pâlir d’envie tous les potagistes.
  • Les plantes naturelles sont à l’honneur et l’on apprécie leur diversité et leur influence sur la biodiversité. Visiteuses, apportées par le vent ou à l’occasion d’un travail du sol où leurs graines étaient enfouies, elles poussent ça et là. Nous nous empressons alors de les inviter à demeure, à condition toutefois qu’elles respectent l’espace des autres. Elles sont peut être moins colorées et exubérantes que les plantes rapportées d’autres parties du monde, mais il suffit de les regarder d’un peu plus près et l’on découvre une richesse infinie.

AlliaraSenecio ericifolius

  • Et l’on observe comment les plantes cohabitent. Dans certains espaces, il s’agit tout simplement d’expérience de survie. Des asters, des tulipes ou des camassias, des roses trémières installées dans une prairie survivront-elles une saison, deux, trois, toujours ? Comment le jardinier doit-il intervenir pour pérenniser l’expérience et leur permettre de se naturaliser ?

De nouveaux procédés en observation

Nous expérimentons ainsi l’utilisation de bois raméal fragmenté (BRF). Il s’agit de copeaux de branches de feuillus d’un diamètre inférieur à 7cm, excluant les conifères (moins de 10%) et le bois mort. Ces copeaux sont riches en lignine et en azote. Ces deux caractéristiques permettent aux champignons de coloniser progressivement les copeaux et d’en initier la digestion.

On installe ce BRF en paillage au pied des arbustes ou sur une zone à planter au jardin potager et toute une organisation se met alors en place dans le sol : les micro-organismes du sol (acariens, collemboles, …) vont brouter les champignons, les secrétions de ces micro-organismes nourrissent à leur tour la faune souterraine, notamment les vers de terre. Le sol est aéré, les racines des plantes s’associent aux champignons pour former des mycorhizes, permettant une meilleure alimentation des plantes en eau, en éléments minéraux et en molécules plus complexes (sucres, phythormones,…) et favorisant ainsi la croissance des plantes.

Intrigués par cette pratique somme toute récente (en France, tout au moins), nous avons décidé d’installer des “espaces tests” pendant l’hiver 2008 sur de petites parcelles, des rangs d’arbres fruitiers et des parterres de plantes vivaces. Encouragés par les premiers résultats, nous avons poursuivi cette expérience et l’avons étendue chaque année à de nouveaux massifs de vivaces et d’arbustes. Nous avons été si satisfaits des résultats que nous avons généralisé l’usage du BRF à tout le jardin. Nous sommes aidés dans cette démarche par un élagueur voisin qui fournit en tailles de haies paysagères broyées fin.

Les planches botaniques montrées ci-contre ont été dessinées par Monsieur François Bugnon, et font partie de la “Nouvelle Flore de Bourgogne”, rééditée en 2008 par l’université de Bourgogne.

Espaces