Histoire et philosophie

Zone naturelle

Un jardin au milieu des champs

Sur un espace réservé jusqu’alors aux grandes cultures (maïs, blé, colza…) un jardin se construit tranquillement depuis trois ans. Il se construit, c’est-à-dire, il pousse. Les rosiers grimpent à l’assaut des pergolas, les arbustes s’étoffent, les arbres fruitiers s’enrichissent doucement et régulièrement des coursonnes qui porteront les fruits des prochaines années.

Les plantations du Jardin des Merlettes :

  • 2006 – 2007 : Arbres fruitiers de plein vent et en haies fruitières, parterres et pergolas de rosiers, premiers essais de plantes annuelles et vivaces.
  • 2007 – 2008 : Arbustes d’ornement, plantes vivaces, plantes annuelles et graminées, haies ornementales et brise vent.
  • 2008 – 2009 : Plantation d’un verger conservatoire d’espèces fruitières bourguignonnes. Poiriers, pommiers et pruniers, mais aussi petits fruits, framboisiers, groseilliers, cassissiers et mûres.
  • 2009 – 2011 : Les plantes naturelles au jardin. Essais expérimentaux d’associations et de colonisation. Installations temporaires.

Tous les végétaux servent de support aux cours pratiques. Chaque espèce est donc souvent plantée en plusieurs exemplaires, pour permettre de vérifier l’impact sur le végétal de tel ou tel mode de taille. De plus, et pour diversifier les exemples, des « jardins partenaires » nous ouvrent leurs portes.

Zone naturelle

Plantes naturelles et biodiversité dans un jardin autonome

Le Jardin des Merlettes est cultivé selon les principes de l’agriculture biologique. Nous avons entrepris la démarche officielle de certification auprès de la société ECOCERT en janvier 2009, mais les mêmes principes sont appliqués depuis 2006 : une grande attention portée à l’évolution du sol, une protection systématique de la biodiversité, des plantes naturelles, des bêtes et insectes « de tous poils et toutes antennes », et pas de produits en « ide » ni d’engrais chimique. Récemment, la Fédération des Chasseurs de la Nièvre nous a indiqué que des comptages effectués près du jardin ont permis d’apercevoir des bécassines, en plus des lièvres, perdrix, cailles et faisans habituels, le gibier ayant promptement adopté le jardin comme « réserve naturelle » ! Nous avons donc adhéré à la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) et sommes devenus « Refuge LPO ».

Des espaces ont été préservés dans le jardin pour permettre à la faune des insectes ( »entomofaune ») de s’y réfugier et favoriser ainsi la multiplication des auxiliaires. Au fil des saisons, la flore y évolue et l’espace est colonisé par les plantes naturelles pionnières. Il faut trois ans pour que le cycle de reproduction des insectes (ponte, métamorphoses..) s’installe durablement dans ces mini corridors écologiques. Pour inciter les nouveaux pensionnaires du jardin à aider les jardiniers, plusieurs exigences doivent être respectées :

  • Garder des zones libres assez près des arbres fruitiers car les auxiliaires ne se promènent guère au-delà d’une trentaine de mètres
  • Installer des haies diversifiées pour favoriser les migrations saisonnières, fréquentes entre haies et espaces plus ouverts, le jardin fruitier par exemple.

Haie avec nid d'oiseauAlliara petiolaSenecio ericifolius

La découverte de ce jardin « autonome » déroute d’abord le visiteur car on s’y intéresse autant au processus qu’au rendu final. Le jardin est d’abord un atelier où l’on observe l’évolution de la nature. On y expérimente des techniques de jardinage alternatives : très peu de travail du sol, paillages différenciés, tailles raisonnées, semis décalés, fauches tardives, naturalisation d’espèces botaniques, pour alléger le travail des jardiniers tout en promouvant de bonnes pratiques environnementales. Les plantes naturelles, en particulier, sont à l’honneur dans ce jardin où l’on apprécie leur diversité et leur influence sur la biodiversité. Visiteuses, apportées par le vent ou à l’occasion d’un travail du sol où leurs graines étaient enfouies, elles poussent ça et là. Nous nous empressons alors de les inviter à demeure, à condition toutefois qu’elles respectent l’espace des autres. Elles sont peut être moins colorées et exubérantes que les plantes rapportées d’autres parties du monde, mais il suffit de les regarder d’un peu plus près et l’on découvre une richesse infinie. Et, elles, se plaisent vraiment chez nous !

AlliaraSenecio ericifolius

Et nous expérimentons l’utilisation de bois raméal fragmenté (BRF). Les BRF sont des copeaux de branches de feuillus d’un diamètre inférieur à 7cm, en excluant les conifères (moins de 10%) et le bois mort. Ces copeaux sont riches en lignine et en azote. Ces deux caractéristiques permettent aux champignons de coloniser progressivement les copeaux et d’en initier la digestion.

On installe ce BRF en paillage au pied des arbustes ou sur une zone à planter en jardin potager et toute une vie se met alors en place dans le sol: les micro-organismes du sol (acariens, collemboles, …) vont brouter les champignons, les secrétions de ces micro-organismes nourrissent à leur tour la faune souterraine, notamment les vers de terre. Le sol devient aéré, les racines des plantes s’associent aux champignons pour former des mycorhizes, permettant une meilleure alimentation des plantes en eau, en éléments minéraux et en molécules plus complexes (sucres, phythormones,…) favorisant la croissance des plantes.

Nous étions très intrigués par cette pratique assez récente (en France, tout au moins) et avons décidé d’installer des « espaces tests » pendant l’hiver 2008 sur de petites parcelles, des rangs d’arbres fruitiers et des parterres de plantes vivaces. Encouragés par les premiers résultats, nous avons poursuivi cette expérience et l’avons étendue l’automne dernier à de nouveaux massifs de vivaces et d’arbustes. Au printemps 2009, nous étions si satisfaits des résultats que nous avons généralisé son usage. Nous sommes aidés dans cette démarche par un élagueur voisin qui nous a fourni des tailles de haies paysagères broyées fin. Et Yann Labuche, de la société « Terre d’humus », nous fait bénéficier de son expérience.

Les planches botaniques montrées ci-contre ont été dessinées par Monsieur François Bugnon, et font partie de la « Nouvelle Flore de Bourgogne », rééditée en 2008 par l’université de Bourgogne.

Espaces