Le verger palissé

2011 08 3

Voir le plan du verger (PDF)

Le verger palissé a été planté en novembre 2006, pour les besoins des stages. Il compte 16 rangs d’arbres fruitiers en différentes formes fruitières dont quelques unes sont installées sur des contre espaliers. Les arbres commencent à s’établir et à porter des fruits, rang après rang, mais il faudra encore une dizaine d’années pour que les formes aient atteint leur hauteur adulte.

Présentation de quelques formes fruitières du jardin

Comme les autres espaces du jardin, le verger palissé sert de support aux travaux des élèves. On y trouve donc des formes assez faciles à réaliser, et d’autres plus compliquées…

Les cordons horizontaux

Ce sont les formes les plus faciles à conduire. Il suffit d’être un peu patient car on ne les laisse s’allonger que de 20 cm environ chaque année, c’est à dire la longueur nécessaire pour former deux nouvelles coursonnes. Ci dessous à gauche, un rang de pommiers ‘Reine des Reinettes Bonnin‘ en cordons bilatéraux simple ; au milieu des cordons triples bilatéraux de pommiers ‘Reinette grise du Canada’ (le troisième cordon n’est pas encore poussé, on commencera à le former dans 3 ans environ quand les deux cordons inférieurs seront complètement installés) ; à droite, des cordons simples unilatéraux de pommiers ‘Reinette blanche du Vigan’ en trois hauteurs alternées.

1 1Cordon horiz bilatéral simple1 2Cordon horiz bilatéral triple 'Bon Henry'1 3Cordon horiz unilat simple 3 haut alt

Pourquoi choisir  une forme fruitière plutôt qu’une autre ? En fait, le jardinier a moins de possibilités que la diversité des formes ne le laisserait supposer. Il faut déjà choisir une forme qui convient à l’espèce. En effet, certaines formes sont mieux appropriées que d’autres à certains fruitiers. Comme toujours, il faut regarder comment le végétal pousse naturellement. Les pommiers, par exemple, sont parfaits pour les cordons horizontaux car ils ont naturellement un port assez étalé. Il suffit de surveiller – et éliminer- les pousses ‘sur ou sous’ chaque cordon.

D1 1Cordon bilatéral simpleD1 2Triple cordon bilatéralD1 3Cordon simple unilatéral

Il faut également que la variété se prête à cette forme. Certaines variétés sont trop vigoureuses pour une forme donnée. C’était par exemple probablement une erreur  de planter en cordons des ‘Reinettes grises du Canada‘ et des ‘Reine des Reinettes‘. En revanche,  les ‘Granny Smith‘, ‘Calville‘, et ‘Jonagold’, moins vigoureuses, sont aussi plus faciles à conduire en cordons.

Les gobelets

C’est une autre forme bien adaptée à la pousse des pommiers (Ci dessous ‘Reinette du Grand Faye‘). Elle est très décorative dans un jardin, en isolé ou en groupes de deux ou trois arbustes fruitiers. Elle ne requiert pas de support. Ici, le gobelet est conduit autour de trois axes, en calice très ouvert. La forme habituelle est moins évasée (ci-dessous, en bas).

2 GobeletD2 Gobelet

Les croisillons

Ils sont adaptés à des espèces qui ont un port intermédiaire et ne prospèrent pas si leurs branches sont horizontales. C’est le cas des poiriers et des cerisiers.

Ci-dessous, des poiriers formés en croisillons. On voit bien sur cette photo la progression de la forme. On cherche à obtenir une coursonne (petite branche qui portera les fruits) latérale à chaque volée de feuilles. Les bourgeons sont placés autour de l’axe en mouvement hélicoïdal. Selon la variété fruitière, un bourgeon sera situé à gauche puis à droite de l’axe, tous les 15, 20 ou 25 centimètres. On taillera le rameau terminal juste au dessus de ces bourgeons pour susciter la formation d’une branchette latérale, ou coursonne. La longueur de rameau entre deux bourgeons orientés de la même façon est spécifique pour chaque espèce, c’est ce qu’on appelle la phyllotaxie.

5 Tricroisillon

D5 Tricroisillon

Les fuseaux et les colonnes

Ces formes sont plus difficiles à conduire que les cordons car on ne voit la forme émerger qu’au bout de quatre ou cinq ans et que l’on doit rabattre l’axe principal chaque année pour renforcer les branches charpentières du bas de l’arbre. La même technique s’applique pour les fruitiers conduits en colonne. Ci-dessous à gauche, un poirier ‘Beurré Hardy‘ conduit en fuseau. Au centre, un pommier ‘Calville‘ conduit en colonne et à droite, un poirier ‘Doyenné du Comice‘ conduit également en fuseau. Le croquis tout en bas représente des fuseaux.

3 1Fuseau Beurré Hardy3 2Colonne3 3Fuseau Doy du Comice

D3 Fuseau

Et ce n’est pas tout qu’une espèce se prête à une forme fruitière, il faut aussi que la variété se prête au mode de taille imposé par la forme fruitière considérée. A l’usage, nous nous sommes rendus compte que la variété de pomme ‘Calville‘ ci-dessus est gênée par cette forme en colonne qui nécessite une taille très courte en hiver ET une sévère taille en vert. Ces tailles favorisent sur la Calville l’apparition de ‘bitter pit’, ce qui est vraiment dommage pour une pomme au goût si délicat. Nous avons donc fait évoluer la forme de ce rang en axe libre, et obtenu rapidement (en deux ans) une production beaucoup plus satisfaisante (ci dessous).

Rang de pommiers Calville qui ont évolué de la forme ‘Colonne’ à la forme ‘Axe libre’

Les palmettes : en U ou Verrier

Les cerisiers, par exemple, se prêtent bien aux palmettes. La plupart des gens pensent que les cerisiers ne se taillent pas, pourtant certains ont un port assez étalé et supportent des formes évasées, comme le ‘gobelet du Vaucluse’ ou le ‘liseron’. En Roumanie, un pays producteur de cerises, on palisse et on taille sévèrement les cerisiers. Ça fonctionne bien, comme on peut le voir sur ce cerisier ‘Summit‘ palissé en croisillon et tout couvert de fleurs, puis de fruits (…c’était en avril 2012, les cerises se sont nouées, puis sont hélas tombées à la suite des gelées de mai !).

Voir l’article du blog sur la taille des cerisiers

4 1Palmette trois branches Cerisier Summit4 2Cerises

D4 Palmette trois branches

Une autre clé de succès est de choisir un porte greffe adapté au terrain où l’arbre est planté mais aussi à la forme fruitière que l’on souhaite obtenir. Il s’agit en effet de tempérer la pousse, en utilisant par exemple des porte greffes M106 ou M9 pour les pommiers (plus répandu désormais que les pommiers Doucin ou Paradis (Malus pumila)), des cognassiers pour les poires, des porte greffes Maxma Delbard pour les cerisiers.

La forme en palmette est également particulièrement bien adaptée aux poiriers car ces arbustes ont un port érigé et dressent leurs rameaux comme des candélabres. La palmette tire profit de cette forte acrotonie. Voici un rang de poiriers ‘William Bon Chrétien‘ avant la taille d’hiver (mars 2012).

Port droit naturel des poiriers

Simplement, et comme c’est le cas pour toutes les formes fruitières, il faut laisser l’arbre pousser très progressivement pour assurer la formation de coursonnes bien solides tout le long des charpentières. Voici un poirier de ce même rang après la taille :

7 Palmette Verrier double

D7 Palmette Verrier double

Et voici enfin, pour clore cette présentation, la forme qui sera la plus longue forme à ‘monter’ au verger. C’est une palmette verticale double branche (poirier ‘Louise Bonne d’Avranches‘), ci-dessous.

8 1Palm vert 1 doub branc 18 2Palm vert 2

D8 Palmettte verticale double branche

Voir le stage de taille des arbres fruitiers palissés

Les arbres fruitiers de plein vent

Planter un verger, c’est aussi suivre des envies : le jardin palissé est un lieu expérimental où nous avons envie de planter toutes sortes d’arbres à voir et à goûter. Au Jardin des Merlettes, ce sont des mali (pommiers à fleurs), des cognassiers, des plaqueminiers (kakis), des pruniers de différentes variétés, taillés en demi-tige ou en haute tige et conduits en forme libre ou en gobelet. Nous vous en présentons quelques uns ci dessous.

Liste des arbres fruitiers du verger palissé (Février 2013)

Les mali

Nous les avons choisis pour leur magnifique floraison blanche (‘Prunifolia‘, à gauche), rose (‘Liset‘, au centre) ou rouge (‘Bob‘, à droite), leur aide à la pollinisation des arbres, leurs fruits splendides à l’automne.

1 Aldehamensis

Les cognassiers

Nous avons choisi de les conduire en gobelets : voici le résultat au bout de deux ans (à gauche), trois ans (au centre) et 5 ans (à droite).

Les plaqueminiers ou kaki

Trop peu connus en France, ce sont des arbres magnifiques et très décoratifs tant par leur feuillage (à gauche) que par leur floraison très originale (au centre) que par leurs fruits qui demeurent sur l’arbre après la chute des feuilles et le parent de boules orange,  comme un arbre de Noël (à droite)

2 Fleurs Fuyu3 Arbre et fruits Fuyu

Les pruniers

Nous avons imaginé de les former en forme de parapluie, pour mettre leurs fruits à portée de mains. L’un d’eux, sur tige, l’autre sur demi tige. Des formes dont l’entretien requiert beaucoup de temps et de soins mais qui sont bien jolies, et tout aussi productives. Simplement, il n’y a plus besoin d’échelle pour cueillir les fruits qu’on ne risque pas d’abîmer en secouant l’arbre pour les faire

St Léonard début

Les cerisiers

Quelques cerisiers  de plein vent : bigarreaux, griottes et guignes ont également été plantés pour montrer aux visiteurs la très grande diversité de variétés qui existent dans cette espèce. Sur les photos ci-dessous, on remarque les ports très différentes : à gauche, la ‘Griotte du Nord‘ au port très souple, comme les ‘Montmorency’. Au milieu, la bigarreau ‘Napoléon‘, un arbre très robuste aux rameaux érigés dont les pousses s’allongent souvent de plus d’un mètre dans l’année et qui nécessite une taille de formation soignée. A droite, la guigne noire ‘Guindhoul du Tarn‘, une variété intermédiaire et que nous formons en liseron.

1 Griotte du Nord2 Bigarreau Napoléon3 Guindhoul du Tarn

Les variétés choisies

Un verger palissé permet de ‘sublimer’ chaque variété car chaque fruit reçoit beaucoup plus de soins que sur un arbre en port libre (cf infra). C’est donc l’occasion d’explorer les fruits généralement appréciés comme fruits de table. Nous avons planté ceux que l’on trouve encore facilement en pépinière, comptant sur le verger conservatoire pour y cultiver quelques variétés plus rares, petit à petit.

Les pommes

On trouve donc au Jardin des Merlettes la ‘Reine des reinettes‘, la première mûre à l’automne, avec son frais goût acidulé, les autres reinettes : ‘Blanche du Vigan,‘ puis ‘Grise du Canada‘ et ‘Reinette du Grand Faye‘, sont beaucoup plus tardives. Et aussi : ‘Granny Smith‘, ‘Calville‘, ‘Jonagold‘, ‘Belle de Boskoop‘. La ‘Jonagold montre toutefois une assez forte intolérance à notre terrain lourd et très humide en hiver. Tous les insectes et tous les champignons qui se promènent au jardin sont pour elle…

1 1Reinette du Grand Faye1 2Reine des Reinettes1 3Reinette blanche du Vigan4 Calville blanche5 2Granny Smith 25 1Granny Smith

Nos recherches se poursuivant, nous avons greffé aussi la ‘Sans Pareille de Peasgood‘ (‘Peasgood non such’), une ‘Belle Bourguignonne’ (quand même…), la ‘Chataignier du Morvan‘, la ‘Framboise d’Oberlan‘, une ‘Pomme de la Saint Jean‘ et une ‘Grand Alexandre‘. Nous avons récolté les premières pommes de certaines de ces variétés à l’automne 2018. Pour les autres, il faudra attendre encore un peu.

Les poires

On surveille les poires quand elles commencent à mûrir car elles font bien des envieux. Et on les surcueille, bien sûr, comme toutes les poires, c’est à dire que dès qu’un fruit tombe de l’arbre, on cueille tout l’arbre.. pour qu’elles finissent de mûrir au fruitier. Ne recevant aucun arrosage, leur goût est plus prononcé que celui des poires du commerce. Pourtant leur taille ne laisse rien à désirer, jugez par vous mêmes.

6 William Bon Chrétien

Sur les poires aussi, les différences de maturité sont très marquées : c’est la ‘Dr Jules Guyot’ qui ouvre la saison, puis les ‘Beurré Hardy’ et les ‘Williams Bon Chrétien’. Les ‘Louise Bonne d’Avranches‘ viennent ensuite et, beaucoup plus tard, les ‘Doyenné du Comice‘. Mais il n’est pas possible de dire laquelle on préfère, puisqu’on ne peut jamais les déguster en même temps.

7 1Dr Jules Guyot7 3Louise Bonne d'Avranches7 2Beurré Hardy

Les cerises

Le rang de cerisiers palissés est constitué en majorité de cerises anglaises : ‘Summit‘, ‘Belge‘, ‘Earlise‘, en tout neuf variétés différentes. Les arbres de plein vent sont des griottes, des bigarreaux et des guignes, il y aura donc bientôt 14 variétés de cerises à goûter au jardin.

La mise à fruit a été un peu retardée par la taille de formation pour obtenir une forme fruitière. Nous avons récolté quelques cerises dès 2011. En revanche, les gelées tardives de la fin mai détruisent régulièrement  les récoltes, malgré une floraison toujours abondante. La situation est aggravée par le choix que nous avons fait de planter des cerises, plus fragiles que les griottes, les guignes et même les bigarreaux semble t’il. Nous plantons cet hiver 2019 quelques variétés plus résistantes.

 

Ce qu’on y apprend

En hiver, la taille des arbres palissés ou en forme libre. Au printemps, le palissage et l’effleurage, les pincements, les soins à apporter pour lutter contre les insectes et maladies. En tout début d’été, la taille en vert, ainsi que l’éclaircissage et l’ensachage des fruits. En automne enfin, c’est d’abord une seconde taille en vert et l’installation d’arcatures pour les variétés les plus vigoureuses, puis la récolte et la conservation des fruits, Enfin, la création et la gestion d’un verger  : le choix des variétés fruitière, la sélection des porte-greffes, le nombre optimal d’arbres à planter et enfin la plantation elle-même.

Le verger conservatoire