SOIGNER LES ARBUSTES – Partie II : Comment tailler ?

1 mars 2020

Et nous voici au deuxième épisode de notre mini-série consacrée aux soins à apporter aux arbustes. La première question à se poser, c’est pourquoi on souhaite tailler un arbuste et si cette raison est légitime. Il peut y avoir de nombreux motifs différents. Celui que l’on cite le plus souvent et qui n’est pas forcément le plus légitime, comme expliqué dans notre podcast précédent, c’est que l’on souhaite ajuster un arbuste à l’espace qui lui a été attribué, parfois bien arbitrairement, quand on l’a planté. Mais tailler ne veut pas forcément dire rogner ou raccourcir, sauf si on cherche à créer une tête de saule. Alors, essayons de recenser les raisons qui nous poussent à tailler un arbuste :

  • Cela peut être pour maîtriser son volume et, en particulier l’éclaircir au pied quand il devient trop touffu, c’est le cas de nombreuses spirées
  • Ou pour lui donner une forme graphique qui lui permettra d’être mieux mis en valeur dans son environnement, les buis, les Osmanthus, par exemple
  • Pour le rajeunir, le régénérer, c’est le cas des lavandes et de beaucoup de plantes sous arbustives de la flore méditerranéenne
  • Parce que l’espèce présente des caractéristiques qui encouragent les tailles régulières. Par exemple, le cornus alba dont seul le bois jeune est rouge. Si on ne le taille pas, il devient grisâtre et on remarque de moins en moins les nouvelles pousses. Il faut donc lui offrir une taille de régénération bien régulièrement.
  • On peut également tailler des arbustes pour favoriser la pousse de nouveaux rameaux qui fleurissent abondamment. C’est le cas du genêt, Genista lydia.
  • Ou tout simplement pour une raison utilitaire, pour produire du bois d’émonde. C’est le cas des saules et des osiers.

En tous cas, et quelle que soit la raison qui nous pousse à tailler l’arbuste,  on cherchera toujours à mettre en valeur sa structure propre ou à susciter la repousse de nouvelles branches pour régénérer l’arbuste et favoriser sa floraison.

Et nous voici donc au cœur du sujet : comment tailler les arbustes ? Comme d’habitude il faut regarder et, dans ce cas, regarder comment l’arbuste pousse. Deux critères sont déterminants : le mode de croissance des rameaux et la date de floraison. Si l’on connaît la réponse à ces deux questions, on possède la clé d’une taille raisonnée et bien adaptée à chaque végétal.

La manière de pousser : tous les arbustes ne se ressemblent pas

Les arbustes ne poussent pas tous de la même façon et le critère qui les différencie se rapporte à l’endroit d’où ils produisent de nouvelles pousses chaque année. Si une plante se développe à partir de sa souche ou à la base des rameaux de l’année précédente, on dit qu’elle est basitone. Si elle développe en priorité les bourgeons situés en extrémité de rameaux, et en particulier le bourgeon apical situé sur l’axe principal, on dit qu’elle est acrotone. C’est tout simple, il suffit d’observer et avec un peu d’entraînement, vous repérerez immédiatement à quel type d’arbuste vous avez affaire.

Les arbustes basitones

Je vais commencer par vous donner quelques exemples d’arbustes basitones que vous trouverez facilement autour de chez vous : les hortensias (Hydrangea macrophylla), les noisetiers, les cornouillers blancs (cornus alba), les weigelia, les potentilles, de nombreuses spirées et… les rosiers.   La pousse de ces arbustes est centrée autour de leur souche.

Les arbustes acrotones

Inversement, les arbustes acrotones poussent en s’allongeant, depuis le sommet de leurs rameaux. Vous avez certainement déjà regardé sur vos arbustes ou sur vos arbres le bout des rameaux pour voir de combien il s’était allongé depuis le printemps. On constate l’arrêt de la végétation une année puis elle reprend au printemps et on peut mesurer la distance entre le sommet du rameau et le nœud précédent. Pour un arbuste basitone, on ne regarde pas la vitalité comme ça. On se penche plutôt et on regarde combien de nouvelles pousses se sont développées tout au pied. Et parfois on n’a pas du tout besoin de se pencher parce que la pousse de l’année est aussi haute que le reste de l’arbuste tant la vigueur est grande. On voit donc combien le mode de croissance d’un arbuste acrotone est différent de celui d’un arbuste basitone. Faites le tour de votre jardin et essayez de classer vos arbustes en fonction de ce critère. Vous deviendrez vite expert !

Mais au fur et à mesure de votre promenade et alors que votre œil s’exerce, vous remarquez que quelques arbustes vous posent problème : acrotones ? Peut-être, mais pas vraiment. Basitones alors ? Non, pas du tout… Et bien, c’est la magie du végétal, tout n’est ni noir, ni blanc, mais qui présente de nombreuses nuances de gris ! Et dans le cas qui nous préoccupe, on observe effectivement que certains arbustes produisent des pousses dans la partie médiane des axes verticaux. Je redis cela une fois : des pousses surgissent dans la partie médiane des axes verticaux, c’est à dire ni au sommet ni à la base, mais au milieu. Regardez par exemple vos forsythias. Clairement, ils sont capables de s’allonger. Une belle pousse peut ainsi évoluer en grandissant pendant 3 à 4 ans de suite. Ensuite, elle vieillit et se dessèche progressivement jusqu’au moment où il devient évident qu’il faut la supprimer. De même, le forsythia produit de belles pousses de son pied qui peuvent être utilisées pour rajeunir l’arbuste. Mais il produit aussi des pousses au milieu de l’arbuste, sur des bois qui peuvent avoir déjà plusieurs années. Prenez un papier et un crayon et dessinez vos arbustes en représentant simplement l’architecture des branches. Prenez une couleur différente pour les pousses de l’année, vous comprendrez tout de suite.

Une taille adaptée au mode de croissance des arbustes

Taille des arbustes basitones

Alors une fois que vous savez déterminer le mode de croissance de vos arbustes, il est bien simple d’en déduire comment les tailler.

Si l’arbuste pousse de la base, c’est à la base qu’il convient de le tailler. Cela semble parfois radical. En tous cas nos stagiaires sont souvent mal à l’aise de procéder de cette façon quand ils commencent le stage de taille des arbustes. Car tailler à la base, cela veut vraiment dire tailler la branche au ras du sol, une technique qu’il ne faut pas confondre avec le ‘recépage’ qui consiste à tailler toutes les branches de l’arbuste au ras du sol, en une seule fois. Une méthode très efficace dans certains cas et sur laquelle nous reviendrons dans un prochain podcast.

Mais pour revenir à la taille par sélection des branches à supprimer, c’est ainsi que l’on taille les groseilliers, par exemple. Chaque année, on supprime à la base quelques branches plus anciennes et on raccourcit légèrement les autres. Cela assure une régénération régulière de l’arbuste tout en protégeant une fructification continue. Cette méthode est expliquée en détail dans le stage sur la culture et la taille des petits fruits. Et on opère de la même façon pour tous les arbustes basitones.

Taille des arbustes acrotones

Inversement, un arbuste acrotone doit être taillé de façon à construire une architecture pérenne et à mettre en valeur sa structure. On sait en effet que le bois de ces arbustes ne présente pas de dégénérescence rapide mais va durer aussi longtemps que l’arbuste lui-même. La taille ne sera donc plus une taille de régénération mais servira à renforcer la charpente de l’arbuste. On raccourcira certains rameaux et on allègera la structure en supprimant des rameaux mal orientés. C’est ainsi que l’on procède par exemple pour les Hydrangea arborescens. Même après des années de pratique, ce genre de taille comporte toujours un côté un peu magique. En fin d’hiver, on raccourcit une branche un peu maigrelette, qui n’a que quelques millimètres de diamètre et au printemps on voit percer de beaux bourgeons à son extrémité. Un an plus tard, la branchette a doublé de volume et les bourgeons épargnés se sont transformés en rameaux qui portent de belles hampes de fleurs. Je vous assure, c’est très motivant.

Attention, il ne faut pas confondre cause et conséquence : ce n’est pas parce qu’un arbuste est taillé d’une certaine façon qu’il devient basitone ou acrotone. Mais c’est au contraire parce qu’il est basitone ou acrotone qu’il faut le tailler de telle ou telle façon. Il est vrai cependant qu’on peut renforcer le caractère basitone d’un arbuste en le taillant régulièrement au plus près de sa souche, ce que Pascal Prieur appelle ‘basitonie d’éducation’ dans son livre sur la taille raisonnée des arbustes (édition 2017) que je vous recommande très chaudement.

Une autre précision : dans votre investigation sur la façon dont poussent vos arbustes, n’agissez pas avec précipitation et surtout, gardez-vous de généraliser. Ne croyez que vos yeux. En particulier toutes les variétés d’une même espèce n’ont pas forcément le même comportement. Par exemple, les cornouillers mâle (Cornus mas) ou kousa (Cornus kousa) sont acrotones, contrairement aux cornouillers blanc (Cornus alba) ou sanguin (Cornus sanguinea). De même, l’hortensia (hydrangea macrophylla) est clairement basitone mais les hydrangeas arborescens ou pétiolaris (hydrangea grimpant) sont franchement acrotones.

Des périodes et modes de floraison très distincts

La préparation des boutons floraux

Et maintenant, parlons de l’autre caractéristique qu’il faut observer avant de tailler un arbuste : son mode de floraison.

Vous avez remarqué bien sûr que tous les arbustes ne fleurissent pas à la même période de l’année. Oui, mais pourquoi ? Là encore, la réponse se trouve dans leur mode de croissance. En effet les arbustes ne produisent pas leurs boutons floraux à la même époque de l’année. Dans certains cas, les boutons se forment en été sur des rameaux qui s’aoûtent, c’est à dire qui se transforment de cellulose en lignine, autrement dit, en bois. Ces boutons restent clos durant l’hiver et éclosent au printemps suivant, en début de saison. C’est le cas par exemple des rhododendrons et des camélias.

D’autres buissons ne forment des boutons floraux que sur des rameaux jeunes qui ont poussé à la fin de l’hiver et qui ne sont pas encore aoûtés. Les buddleias, beaucoup de spirées et de rosiers sont dans ce cas.

Que se passe t’il si vous taillez vos arbustes à contre temps. Imaginez par exemple que vous taillez un camélia ou un forsythia en tout début de printemps. En faisant cela, vous allez supprimer les boutons de fleurs déjà formés et c’est très ennuyeux car l’arbuste n’est pas capable d’en créer d’autres avant l’été suivant. Vous aurez donc supprimé une grande partie de la floraison de votre arbuste pour cette saison.

Il ne faut donc pas confondre les arbustes et pour avoir les bonnes réponses, une fois encore, le mieux est d’observer soigneusement vos plantes. C’est un sujet sur lequel nous insistons particulièrement pour les rosiers, par exemple. Observer un rosier avant de le tailler, comme nous l’expliquons dans un article de notre blog, c’est s’assurer de comprendre comment il pousse et pouvoir ensuite choisir la meilleure façon de le guider. C’est aussi s’éviter de grosses erreurs et ne pas faire une taille d’hiver quand une taille d’été serait mieux appropriée !

La localisation des boutons floraux

En plus de la saisonnalité de l’induction florale (l’époque de formation des bourgeons à fleurs), il est également très  important de noter à quel endroit les boutons floraux se forment. En effet, certaines plantes ne fleurissent que sur du bois d’un an ou plus, mais jamais sur une pousse jeune. L’arbre de Judée (Cercis siliquastrum) appartient à cette catégorie, ainsi que la plupart des hamamélis. Lorsqu’on taille ces arbustes, on gère donc simultanément la pousse de l’année suivante mais aussi la floraison de l’année en cours et de l’année suivante.

Ces remarques sur les modes de floraison sont cruciales pour des arbustes que presque tout le monde possède dans son jardin : les rosiers. Un rosier dit ‘non remontant’, c’est à dire qui ne fleurit qu’une seule fois par an, fleurit toujours sur du bois de l’année précédente, à partir de bourgeons floraux qui ont été induits l’été précédent. Lorsque cette réserve de boutons floraux est épuisée, l’arbuste se met à pousser. Il produit de longues tiges sur lesquelles se formeront en été des bourgeons floraux qui à leur tour s’épanouiront au printemps de l’année suivante.

A l’inverse, un rosier ‘remontant’ fleurit tout au long de la saison. Chaque nouvelle branchette qui pousse est capable de porter des fleurs durant la même saison, parfois jusqu’au mois de novembre.

Vous le voyez, il est absolument vital de savoir à quel type de rosier on a affaire avant d’utiliser son sécateur ! C’est pourquoi nous avons posté, toujours sur notre blog, un article spécialement consacré à la taille d’été des rosiers, une activité très utile mais à manier avec circonspection !

Quelques suggestions pour mieux soigner ses arbustes

‘Raisonner ‘la taille

Vous comprenez donc maintenant pourquoi on dit que ces tailles d’arbustes sont ‘raisonnées’. C’est parce qu’elles se fondent sur des critères objectifs (mode de croissance et de floraison ) qu’on a identifiés pour chaque arbuste et qui nous a permis de les classer. Le jardinier peut ainsi organiser efficacement son travail. Et vous vous souvenez sans doute de notre objectif : de bons résultats pour un minimum de travail, mais à bon escient !

Établir un calendrier pour les arbustes de son jardin

Et dans ce cadre, il peut être utile de préciser qu’on n’a pas forcément besoin de tailler chaque arbuste chaque année. Ce n’est parfois même pas souhaitable. Certains arbustes, les hydrangeas, les spirées, ont  besoin qu’on les suive régulièrement pour conserver une floraison abondante. D’autres, les forsythias, les philadelphus, les végélias se portent mieux si les tailles sont un peu plus espacées, mais que le jardinier sélectionne soigneusement les branches à éliminer. Sur ces arbustes, le travail peut s’effectuer par roulement tous les 2 ou 3, voire 4 ans.

Et certains arbustes peuvent ne jamais croiser un sécateur, les pivoines en arbre (Peonia suffruticosa), par exemple. L’organisation naturelle de leurs banches est en général assez aérée pour chaque fleur et il semblerait peut être incongru d’en supprimer. Quoique, là aussi, le débat est ouvert et je dois dire que je suis heureuse d’avoir procédé à une taille légère sur une pivoine en arbre d’une cinquantaine d’années qui s’est trouvée ainsi bien rajeunie. Il suffit d’y aller ‘en douceur’.

Et voici la fin de ce podcast. Pour le troisième épisode de notre petite série sur les arbustes, nous vous proposerons quelques arbustes auxquels on ne pense pas souvent et qui présentent trois qualités importantes pour le jardinier : ils sont splendides, bien adaptés au climat de la France septentrionale, et d’une facilité d’entretien hors pair !

A bientôt !

Pour aller plus loin

De bonnes lectures

Il existe beaucoup de livres bien documentés sur la taille des arbustes, taille tranquille des végétaux, taille douce, etc. Mais un livre se démarque vraiment des autres d’un point de vue pédagogique. C’est «La Taille Raisonnée Des Arbustes D’Ornement », de Pascal PRIEUR publié chez Ulmer en 2006. Ce livre, qui est très bien présenté et illustré, vous ouvrira le monde des arbustes. Pour les amateurs, je recommande cette édition de 2006. Les professionnels, eux, seront enchantés de toutes les précisions apportées dans la version révisée et enrichie parue en novembre 2017.

Des stages pratiques dédiés au Jardin des Merlettes

Et si voulez mettre votre nouveau savoir en pratique, le Jardin des Merlettes propose 2 stages dédiés aux arbustes d’ornement :

  • La taille  des arbustes : un grand classique, pour une mise en jambes. Il s’agit d’ailleurs d’une taille de fin de printemps, où l’on apprendra en particulier quels arbustes se taillent en hiver et quels arbustes se taillent après floraison, et comment.
  • Le choix et la plantation des arbustes : pour éviter les différentes erreurs dont on a parlé.

et 4 stages plus particulièrement dédiés aux rosiers, qui méritent bien toute cette attention :

  • La taille d’hiver des rosiers : pour reprendre les rosiers, en particulier les rosiers grimpants, leur redonner une forme et préparer la nouvelle saison
  • La taille d’été des rosiers, une taille sévère pour les rosiers non remontants, mais aussi pour susciter une remontée des roses chez les rosiers remontants
  • La taille d’automne (de fin d’été), pour les rosiers lianes et grimpants, qui ont besoin d’être solidement palissés en septembre. Le programme est le même que pour la taille d’été, mais les travaux pratiques sont bien différents.
  • Le choix et la plantation des rosiers : si vous voulez ajouter des rosiers à votre jardin. Les possibilités sont si nombreuses qu’on s’y perd parfois.

Références sur le site :


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