SOIGNER LES ARBUSTES : Partie I Le contexte

6 février 2020

Nous avons enregistré en fin d’année dernière une mini-série de trois épisodes sur les rosiers. Cela nous a permis de rentrer un peu plus à fond dans le sujet. Apparemment cela vous a plu et vous êtes nombreux à avoir écouté un épisode et à être allés ensuite chercher les autres. Alors, nous avons décidé de réitérer l’exercice et d’inaugurer notre seconde saison en ce début d’année 2020 par une autre mini-série, cette fois sur les arbustes, un sujet qui tient à notre cœur de jardinier .

Les arbustes sont d’une importance capitale pour la beauté d’un jardin car ils apportent de la structure et modèlent le volume du jardin. Nous avons mis sur le site une image exemplaire de leur rôle. Il s’agit d’une photo du Taj Mahal, à Agra, dans le nord de l’Inde, monument célèbre s’il en est. On voit ce magnifique édifice de marbre blanc, tout blanc, serti dans le paysage. Et on voit surtout combien les quelques arbustes qui l’entourent, qui ont été choisis avec parcimonie et un très grand soin, ajoutent à la beauté du site. Ce sont des arbustes au feuillage vert très sombre, la plupart conduits en topiaire et qui contrastent fortement avec le marbre blanc. C’est tout à fait magique. Essayez maintenant de vous représenter cette photo sans les arbustes. Clairement, il manquerait quelque chose.

Taj Mahal et laurier

La seconde raison pour laquelle nous souhaitons parler des arbustes, c’est pour attirer votre attention sur un fait très simple et bien souvent oublié : ce sont probablement les végétaux les plus faciles à entretenir. Et vous savez, c’est une règle d’or dans ce podcast : rechercher la beauté pour votre jardin, certes, mais celle qui fait plus appel à votre intelligence qu’à vos biceps. Les arbustes répondent à ce souci : c’est difficile de bien choisir un arbuste et on y reviendra dans les podcasts 1 et 3. Mais une fois bien choisis et bien installés, ce sont des végétaux sans souci, souvent bien faciles à soigner.

Malheureusement on a tendance à les oublier un peu et leur beauté n’est pas toujours mise en valeur. Alors, ils périclitent : au mieux, ils poussent plus lentement qu’ils ne devraient, au pire, ils sont chargés de vieux bois et de branches cassées. C’est bien dommage car il suffit de consacrer un peu d’attention à chacun et leur attrait s’en trouve considérablement augmenté.

Dans ce premier podcast, nous allons discuter de la place des arbustes dans le jardin et du minimum de soin qu’il convient de leur apporter. L’épisode suivant parlera plus particulièrement de la taille et le troisième donnera quelques pistes pour bien choisir vos arbustes.

Des végétaux un peu oubliés du jardinier

Alors, examinons d’abord la situation des arbustes au  jardin. Quand avez-vous fait cela pour la dernière fois ? Et c’est un état des lieux un peu consternant auquel je vous invite car ils sont souvent bien négligés. Il existe toutes sortes de façons de mal traiter / de traiter mal nos arbustes. On peut manquer de soin à la plantation, faute de temps ou du matériel nécessaire. On peut aussi manquer de discernement sur l’espace qu’ils vont bientôt occuper au fur et à mesure de leur croissance. On peut enfin les oublier, ne pas les nourrir, ni les arroser, ni les tailler. Ils n’ont pas trop l’air d’en souffrir et on les laisse ainsi dégénérer progressivement en buissons informes. Ce n’est pas par mauvaise volonté mais par ignorance. Il y a des jardiniers qui taillent leurs arbustes, et d’autres qui n’y pensent pas. Pourtant, on peut facilement obtenir des résultats vraiment très satisfaisants en passant simplement un peu plus de temps à les soigner régulièrement.

Manque de soin dans la plantation

La première erreur donc, c’est de mal planter l’arbuste. C’est à dire de le planter trop profond (le collet enterré) ou trop haut (avec la naissance des racines exposées à l’air). Vous voyez ce qu’est le collet ? C’est cet espace à la limite du tronc et des racines. Le collet d’un arbuste ne doit jamais être enterré, à peine de pourriture. Il faut donc installer un repère, par exemple un bâton en travers du trou de plantation, quand on installe l’arbuste, de façon à voir facilement où est le niveau du sol. Et quand on arrose pour la première fois, pour éliminer d’éventuelles poches d’air, il faut maintenir l’arbuste pour éviter qu’il s’enfonce et que le collet ne se retrouve ensuite enterré malgré nos précautions initiales.

Tout aussi grave, le fait de ne pas installer un bon maintien à la plantation. Si un arbuste est planté petit (40 à 80cm de hauteur), cela a moins d’importance s’il est dans un endroit bien abrité du vent. Mais s’il est planté déjà grand (plus d’un mètre), alors il faut penser à lui procurer un support solide. Sinon, on s’expose à des accidents, comme nous le montrons sur le site internet : un arbuste complètement couché au sol et qui ne pourra plus se redresser. C’est une erreur de penser que cette protection est dérisoire. J’ai offert récemment quelques framboisiers à l’une de mes nièces en lui recommandant d’offrir un tuteur à chacun. Un pied de framboisier, c’est assez menu et on peut légitimement se demander quelle prise au vent il offre. Mais le fait d’être systématiquement agité à la base par des rafales de vent peut vraiment empêcher ce petit arbuste d’installer ses racines qui, au demeurant, sont superficielles et assurent donc peu d’ancrage. Un petit tuteur de bambou correctement enfoncé dans le sol réglerait le problème.

Manque de prévision à la plantation… et manque de place à l’arrivée !

Une autre faute de débutant, c’est d’oublier de prendre en compte l’évolution des arbustes.  Quand ils vont grandir, lequel va accaparer la place disponible ? Lequel va faire de l’ombre aux autres, lequel va végéter ?  Les conséquences à moyen ou long terme d’un plan de plantation non réfléchi peuvent être anodines… ou désastreuses. Dans le joli tableau que nous avons mis en ligne on voit une pivoine en arbre qui se trouve au bout de quelques années à l’ombre d’un arbuste qui a poussé plus haut qu’elle. On remarque que la pivoine cherche le soleil en s’écartant de l’arbuste et on peut prévoir qu’elle va pousser de façon de plus en plus déséquilibrée. L’arbuste, pour sa part, se trouve maintenant partiellement à l’ombre d’un arbre dont la pousse n’a pas non plus été anticipée.

Pour voir les photos, voir l’article du blog dédié aux arbustes

Au Jardin des Merlettes, nous dédions un stage au choix et à la plantation des arbustes d’ornement, on y montre (et on y pratique) comment  planter un arbuste pour une reprise vigoureuse. On réfléchit aussi comment prévoir son évolution dans le contexte où il est planté. Il n’y a pas de réponse toute faite et valable dans toutes les situations. Pour prendre un exemple un peu extrême : il arrive que des arbustes soient plantés en surnombre exprès, pour remplir les vides qui peuvent être conséquents quand les arbustes sont correctement espacés au départ, on les arrache ensuite quand ceux-ci grandissent. A chaque jardin, ses réponses sur mesure.

Que les arbustes soient utilisés comme ornement, isolés ou en groupe, une taille appropriée constitue donc un élément très important pour leur beauté. Mais le mot est à double sens. Quand on parle de la taille de l’arbuste, il s’agit déjà de réfléchir à ses mensurations, sa hauteur et sa largeur pour que celles-ci soient compatibles avec l’espace disponible.

Prévoir un espace vital adapté à la taille de chaque arbuste

Attention, donner de la place à un arbuste ne veut pas forcément dire le planter en isolé, en excluant les autres. Nous présentons sur notre site quelques exemples d’arbustes qui s’accordent bien entre eux tout en ménageant l’espace vital nécessaire à chacun.

  • Le premier exemple montre des hortensias, hydrangéas macrophylla, associés à un hydrangéa grimpant ‘petiolaris’, ce qui conjugue harmonieusement l’utilisation de l’espace au sol avec celle du  plan vertical.
  • Le deuxième exemple présente une association de fusains dorés (Euonymus japonicus ‘Aureomarginatus’) avec des plantes vivaces (Epimedium grandiflorum).
  • La troisième photo montre une haie de Photinia fraseri ‘Red Robin’ taillés en transparence plutôt qu’au taille haie.

Dans ces trois cas les arbustes disposent de toute la place nécessaire à leur épanouissement. Mais ce qui est important, c’est qu’ils n’ont pas été contraints à ces volumes par une taille radicale. En revanche, ils ont été choisis soigneusement pour l’espace où ils sont plantés. Il en résulte une impression d’harmonie et de simplicité.

Notre propos s’applique bien entendu à toutes les sortes d’arbustes, y compris les plus courants, c’est à dire ceux que l’on voit si souvent qu’on ne les regarde plus vraiment. Pourtant, sur les photos que nous présentons, ils nous semblent particulièrement beaux. Pourquoi ?  Tout simplement parce que, dans chaque cas, l’arbuste a la possibilité d’exprimer son caractère : l’érable du Japon  peut exhiber son port souple et élégant et étaler ses branches sans être gêné par d’autres végétaux trop proches. Au contraire, il met en valeur ses voisins qui le lui rendent bien. L’althæa a atteint sa taille optimale sans être encombré par de nombreuses branchettes.  Enfin, le cognassier du Japon a été taillé de façon à favoriser une floraison extraordinaire qu’il peut exhiber sans être masqué par un voisin. Chacun de ces arbustes est un véritable petit tableau et s’insère en même temps dans le reste du jardin. Rien de tout cela n’est compliqué. Mais le jardinier doit s’imposer un moment de réflexion avant de planter chaque nouvel arbuste. Pendant le stage sur la plantation des arbustes, on invite ainsi chacun à se projeter dans l’avenir et à imaginer l’effet de ses plantations au cours des saisons, tout au long de l’année mais aussi, au cours du temps, dans un, cinq, dix ou même… trente ans.

Des modes de tailles qui laissent à désirer

Nous insistons largement dans ce podcast sur ces erreurs de plantation car elles nous semblent trop souvent ignorées par les jardiniers. Ils n’y pensent juste pas. Ensuite, le plus important défaut de soin concerne souvent la taille des arbustes, et là on parle de la coupe avec un instrument tranchant. Face à un arbuste, le jardinier ne sait pas parfois par où commencer… et pire, où il souhaite arriver ! Nous décrivons cette difficulté dans un article de notre blog consacré à la taille des forsythias publié en mai 2010… et toujours d’actualité, bien entendu ! Les forsythias ne sont pas les seuls arbustes à être largement massacrés par leurs propriétaires. Nous montrons d’autres exemples dans un autre article de ce même blog (qui date lui de février 2011), où l’on présente quelques exemples couramment observés dans les jardins :

  • Un cognassier du Japon (chaenomeles japonica) rabattu trop souvent sans égard pour sa silhouette et qui finit par pousser comme une vraie broussaille.
  • Une spirée japonica Bumalda dont les branches ne se sont pas régénérées, faute de taille. La floraison de la saison prochaine en sera très diminuée, chaque rameau portant déjà beaucoup de bois mort.
  • Enfin, à l’inverse, un pommier à fleurs (malus Everest) qui n’est jamais taillé et dont le centre s’asphyxie progressivement au fur et à mesure que des branches secondaires poussent en surnombre. Cela entraînera sous peu la mort des belles branches charpentières du premier niveau.

Vous êtes peut être surpris que je parle d’un malus dans ce podcast dédié aux arbustes. Beaucoup d’entre vous considèrent peut être que c’est un arbre. En fait, pas du tout, car par convention, on ne qualifie d’arbres que les végétaux dont la hauteur excède 7 mètres. Un pommier à fleurs est donc un arbuste, de même que la plupart des ‘arbres’ fruitiers, qui sont en fait des arbustes fruitiers.

Lorsque des arbustes sont laissés à eux-mêmes, les pousses des années consécutives s’ajoutent les unes aux autres et les branches s’allongent et s’éloignent du cœur de l’arbuste pour chercher la lumière. Le centre de l’arbuste se retrouve ainsi à l’ombre, ce qui provoque la mort de nombreuses branches secondaires. Attention, je ne conteste pas que des arbustes très touffus peuvent être très utiles dans un jardin. Ils protègent du vent ou des regards indiscrets, par exemple. Les oiseaux peuvent y nicher à l’abri des chats et autres prédateurs . Ils présentent également un grand intérêt d’un point de vue écologique car ils produisent des feuilles mortes et du bois mort qui forment une litière et procurent abri et nourriture à la faune indigène, y compris tous les insectes et petites bestioles si utiles pour la vie du sol. Cependant chaque arbuste n’est ni au mieux de sa forme ni de sa beauté et, même dans le cadre d’une haie, le rendu pourrait être amélioré. La difficulté, bien entendu, c’est que tous les jardiniers manquent de temps. Ils ont donc besoin d’une méthode pour tailler leurs arbustes rapidement et efficacement et organiser les priorités parmi eux. C’est cette méthode,  compatible avec le mode de croissance de chaque arbuste, que nous présenterons dans notre prochain podcast qui sera consacré à la taille des arbustes.

Pour aller plus loin :

Des visites dans les parcs, en particulier les parcs botaniques et chez les pépiniéristes.

Nous vous conseillons des visites chez les pépiniéristes et dans les parcs, pour voir les arbustes ‘in situ’. Hélas, tous les parcs et jardins ne se valent pas et certains négligent vraiment la taille de leurs arbustes, hormis quelques arbustes en topiaire un peu banals. En revanche, certains de nos grands parcs historiques présentent des choses tout à fait remarquables. On peut également voir de beaux arbustes dans les espaces de démonstration des pépiniéristes spécialisés. A titre d’exemple regardez le site du Domaine des Rochettes qui nous paraît tout à fait remarquable.

Si cet épisode du Jardin des Merlettes vous a plu, rendez-vous s’il vous plaît sur le profil de ce podcast sur I Tunes, donnez votre avis et mettez des étoiles pour manifester votre accord et nous encourager. C’est très important pour le diffuseur qui suit l’opinion du public et nous donne de la visibilité en conséquence. Nous vous en remercions par avance !

Et à bientôt pour notre prochain épisode qui sera donc consacré à la taille des arbustes.

Un stage au Jardin des Merlettes


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