Les beaux rosiers de l’été Partie III : Les rosiers grimpants

1 janvier 2020

Voici le troisième épisode de notre mini série sur les beaux rosiers de l’été. Nous abordons aujourd’hui le sujet des rosiers grimpants et, comme d’habitude, nous recherchons des variétés qui fleuriront tout l’été et en automne, et non pas seulement de la fin mai au début juillet.

Les soins à apporter

Les rosiers grimpants sont les plantes les plus ‘impressionnantes’ de la famille des rosiers et aussi probablement de toutes les plantes sous nos climats tempérés. Par leur ampleur (hauteur et largeur), leur pouvoir ‘couvrant’, leur floribondité, leurs couleurs éclatantes. Et aussi, parce qu’ils ont une qualité bien particulière : ils ne déçoivent pas à l’approche. Ils sont beaux de loin, mais souvent encore plus beaux de près et quand on se rapproche, on profite aussi de leur parfum.

Installer un bon support

Il n’y a pas (ou guère) de rose sans épine. De la même façon, il n’y a pas de beau rosier grimpant sans quelques contraintes. La première est de trouver un support convenable, c’est à dire assez solide et assez haut pour lui permettre de s’étaler à son aise. Et ce n’est pas si simple. Il faut bien connaître le rosier pour bien choisir le support. Si vous le choisissez trop puissant votre rosier aura l’air un peu ridicule. S’il est trop faible par rapport à la force du rosier, vous retrouverez l’ensemble par terre après un jour de grand vent.

La pergola du Jardin des Merlettes

François Juranville

Tailler correctement

Il y a deux tailles bien différentes à effectuer. Chacune est indispensable :

  • Effectuer une taille de rapprochement en hiver.

Ôter tout le bois mort, bien sûr, mais aussi celui qui commence à se fendre, à s’abîmer, à porter des coursonnes moins vigoureuses. C’est la meilleure façon d’assurer le renouvellement de la charpente. Le rosier est une plante basitone même s’il a parfois l’air d’une liane et une taille courte est fortement recommandée. Lorsqu’après avoir expliqué la démarche aux élèves, je les laisse s’essayer sur un premier rosier, il faut en général reprendre la taille et enlever au moins autant de bois que ce qu’ils ont déjà coupé.

Aimé Vibert avant taille

 

 

 

 

 

 

 

 

Aimé Vibert après taille

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

  • Supprimer les fleurs fanées en été

Et, si possible, sans leur laisser le temps de former des fruits. Tous les rosiers n’ont pas de fruits mais certains forment des fruits très impressionnants, les hybrides de thé, en particulier. Ces fruits captent l’énergie des rosiers mais surtout, ils favorisent la production d’une hormone de fructification, la gibbérelline, qui inhibe l’induction florale, c’est à dire qui bloque la pousse de nouveaux rameaux qui porteraient des fleurs. Laisser des fruits sur un rosier, c’est en quelque sorte lui indiquer qu’il a fini sa saison de floraison, et votre rosier devient ‘non remontant’ même si, bien soigné, il aurait pu produire des fleurs jusqu’aux gelées.

Palisser les nouvelles pousses au fur et à mesure de leur apparition

Pour les protéger contre les vents violents, les orages et assurer la meilleure utilisation de ce nouveau matériau végétal par une mise en place correcte. Il faut procéder avec douceur et détermination. Douceur parce que la tige n’est pas lignifiée au départ et qu’on risque de la casser ou de la déchausser (c’est à dire l’abîmer à la base) si l‘on n’agit pas prudemment. D’un autre côté, laisser pousser un rosier grimpant sans guider les nouvelles pousses, c’est prendre le risque qu’il se lignifiera dans une mauvaise orientation et qu’il faudra sans doute tailler cette branche sévèrement, ce qui est dommage. Je vous propose d’agir par étapes. On commence par orienter la pousse dans la bonne direction en utilisant un lien très souple et très long pur ramener la branche vers le support et dans l’orientation désirée. Pour ma part, j’utilise du Toltex qui a le mérite de ne pas blesser les branches et de se repositionner facilement. On l’achète en bobine, ce qui permet de choisir la longueur voulue. Pour des grands grimpants, il m’arrive souvent de couper des liens de plus de deux mètres. On revient auprès du rosier quelques jours plus tard et on resserre un peu le lien. En deux ou trois passages, la pousse est en place et on a pu ainsi conserver toute la longueur. Vers le mois de septembre le rosier est aoûté, c’est à dire que les nouvelles tiges ne sont plus constituées de cellulose mais de lignine. Elles sont à la fois plus solides mais aussi plus souples. On peut alors remplacer éventuellement le Toltex par un lien en plastic dur.

Le rosier grimpant a donc besoin de soins bien particuliers et parfois un peu techniques pour donner le meilleur de lui même.

Notre florilège

Comme pour les deux autres podcasts dédiés aux rosiers, je vous propose pour plus de simplicité de présenter nos favoris en procédant par couleur car c’est le plus souvent le premier critère de choix. Vous le savez, il existe une multitude de rosiers mais je vous rappelle le critère éliminatoire retenu ici : on cherche des rosiers non seulement magnifiques, bien entendu, mais capables offrir une floraison importante entre le premier août et le 1er novembre. C’est un critère féroce et qui élimine la plupart des rosiers grimpants, y compris la plupart de ceux qui font notre émerveillement entre la fin mai et le début du mois de juillet.

Les rosiers roses

On parle beaucoup de rosiers anciens, mais dans ce florilège, je commencerai par un rosier d’obtention très récente et qui s’est imposé très rapidement en raison de ses qualités tout à fait extraordinaires. Il s’agit de ‘Pierre de Ronsard’, un hybride moderne obtenu par Meilland en 1986 : c’est le champion toutes catégories. Un arbuste solide, sans souci et qui offre des guirlandes de fleurs rose clair, très fournies, globuleuses jusqu’aux premières gelées.

Pierre de Ronsard en boutons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pierre de Ronsard épanoui

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ensuite, je vous propose mon rosier préféré, ‘Mme Butterfly’, aussi rigide que P de Ronsard est souple. C’est un hybride de thé obtenu par Smith en 1926. Ce rosier est sarmenteux, avec des fleurs bien dressées sur leurs tiges et qui tiennent très bien en bouquets. Elles sont très bien turbinées, rose clair, dégagent un parfum marqué de thé et sont jolies de l’éclosion jusqu’à ce qu’elles fanent. Le rosier s’arrête malheureusement de fleurir en octobre.

 

Mme Butterfly

Les rosiers rouges écarlates

Ma préférence va à ‘Ena Harkness’, un hybride de thé obtenu par Albert Normann en 1946 et issu d’un croisement entre ‘Crimson Glory’ et ‘Southport’. Il est malheureusement moins remontant dans la forme grimpant qu’en haut buisson. Ses fleurs sont de forme turbinée double (avec près de 30 pétales), d’un très beau rouge écarlate et très larges (plus de dix centimètres de diamètre). Et il exhale un parfum de rose de Damas

Et donc il faut parler aussi de ‘Crimson Glory’, un hybride de thé obtenu par Jackson et Perkins en 1946. Lui fleurit vraiment de mai à octobre. Ses fleurs sont d’un rouge plus sombre et velouté qu’’Ena Harkness’ et il est très parfumé.

Et enfin, ‘Messire Delbard’, un hybride moderne obtenu par Delbard en 1976, dans la même gamme de rouge écarlate, très foncé, très velouté, à fleurs assez plates.

Ena Harkness

Crimson Glory

Les tons jaunes et orangés

‘Mermaid’, un hybride de rosa bracteata obtenu par Paul en 1917, est un rosier atypique. Il commence à fleurir assez tard dans la saison (juillet, voire août) mais il fleurit ensuite sans arrêt jusqu’à la mi-octobre. Il a des fleurs tout à fait extraordinaires, d’un jaune soufré, comprenant seulement 5 pétales bien étalés autour d’une couronne d’étamines dorées. Attention, c’est un rosier liane, un géant dont les branches peuvent atteindre 8 mètres. Des feuilles foncées, bien vernissées qui mettent les fleurs très en valeur. Ce rosier peut servir pour constituer une haie défensive !

Mermaid jeune

Mermaid

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Mermaid conduit en haie défensive

 

Dans un genre très différent, ‘Duchesse d’Auerstadt’, un rosier noisette obtenu par Bernaix en 1888 aux roses d’un ton jaune crème rosé très doux aux très  nombreux pétales. C’est un rosier qui aime les climats un peu chauds . Il a été magnifique pendant l’été 2019. Toutes ses fleurs se sont épanouies, ce qui n‘avait pas été le cas les années précédentes, plus pluvieuses. Il a un port assez atypique pour un rosier car ses branches secondaires ont tendance à pousser à l’horizontale. Du coup, on voit très bien toutes les roses, comme si elles étaient présentées.

 

Duchesse d’Auerstadt sur pergola

 

Duchesse d’Auerstadt

Crépuscule’, un rosier noisette obtenu par Dubreuil en 1904, offre de magnifiques roses au coloris indéfinissable… comme les couleurs du crépuscule, entre le rose et le jaune abricot, chamois, mêlé de saumon et de cuivré… et inoubliable. Un léger parfum délicieux et une remontée éblouissante. ‘Mme Edouard Herriot’, un hybride de thé obtenu par Pernet Ducher en 1921, offre également une couleur incroyable : un rose corail ou saumoné avec des reflets cuivrés et un feuillage vert bronze brillant.

 

Crépuscule

 

Crépuscule

 

Les blancs

Une des plus jolies roses blanches que j’ai pu admirer en fin d’été est ‘Mme Jules Bouché’, un multiflora obtenu par France Croibier en 1911 . Il porte des fleurs joliment turbinées d’un blanc pur. C’est un rosier très délicat, un petit grimpant et c’est un bonheur d’avoir de si jolies roses blanches à mettre dans ses bouquets.

Mme Jules Bouché

 

Ma Maison Mon Jardin’ est un autre rosier grimpant de taille relativement modeste, un hybride moderne obtenu par Meilland en 1998. C’est un rosier de culture facile, résistant, dont les fleurs sont jolies aussi bien juste écloses que presque fanées.

Mon jardin et ma maison, épanoui

Mon Jardin et ma Maison, fané

 

Très différent, ‘Mme Alfred Carrère’, un rosier noisette obtenu par Schwartz en 1879. Tellement joli et floribond. Des fleurs gracieuses d’un blanc doucement teintées de rose pâle. Légèrement parfumées. Mais totalement incontrôlable. Control freaks, s’abstenir ! Impossible aussi de trouver une rose avec une tige assez longue pour aller dans un bouquet. Ce rosier est fait pour être admiré dans le jardin, en liberté.

Mme Alfred Carrière

 

Voilà, c’est la fin de la sélection, pour aujourd’hui. Comme d’habitude, vous pourrez consulter toutes les spécificités de ces différents rosiers sur notre site, à la rubrique ‘espaces du jardin’ – la roseraie.

Et, s’il vous plaît, réagissez. Donnez nous vos impressions, vos suggestions. Vous aimez d’autres rosiers ? indiquez les nous. Nous serons heureux de faire partager vos idées avec les autres auditeurs.

Pour aller plus loin :

Les stages du Jardin des Merlettes

Taille d’hiver des rosiers

Taille et palissage d’été des rosiers

Choix et plantation des rosiers

Les articles du blog

Taille d’hiver et palissage des rosiers : avril 2010

Soins et taille d’été des rosiers : juillet 2010

Taille des rosiers en été : observer le cycle végétatif avant d’agir : juillet 2011

Comment choisir les rosiers : août 2011

Petite bibliographie

DELBARD, G. (2002). Le Grand Livre de la Rose. Somogy Editions d’art.

HARKNESS, J.L. (1979). Roses : Les Plus Belles Roses du Monde et Comment les Cultiver. Encre.

HILLIER Nurseries (2002). ‘The Hillier Manual of Trees and Shrubs’.  David & Charles.

Mots clés

Arcature

Pliure que l’on impose aux grandes pousses des rosiers grimpants pour ralentir le flux de sève et susciter la production de fleurs tout au long de la branche.

Cynorrhodons

Le cynorhodon (ou cynorrhodon) est le faux-fruit provenant de la transformation du conceptacle floral du rosier et de l’églantier. Les fruits proprement dits des rosiers sont en fait les akènes situés à l’intérieur.

Palissage

Fait d’attacher un végétal sur un support pour lui faire prendre une forme donnée : rosiers et arbres fruitiers en particulier

Remontant

Un rosier est remontant s’il refleurit jusqu’en fin d’été voire début d’automne après sa première floraison. A ne pas confondre avec « grimpant » !

Rosier ancien

Obtention horticole antérieure à 1867, date de l’obtention des Hybrides de Thé, qui inaugurent la période « moderne ».

Rosier botanique

Rosier présent à l’état naturel, qui n’est donc pas un croisement réalisé par l’homme.

Rosier moderne

Obtention horticole créée à partir de 1867.

Rosier sarmenteux

Un rosier sarmenteux produit de très longues tiges souples qui grimpent le long du support qui lui est offert. Sa vigueur et son développement sont supérieurs à celui d’un rosier grimpant.

 

 

 


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