Les belles roses de l’été : Partie II Les rosiers hauts buissons, les rosiers tiges et pleureurs

9 décembre 2019

Dans notre dernier podcast, nous avons parlé des rosiers de parterre. Aujourd’hui, nous vous proposons de parler des hauts buissons, des rosiers nettement plus grands que les rosiers que l’on trouve dans les parterres et qui mesurent environ un mètre  à un mètre cinquante de large pour un mètre trente à deux mètres de haut.

Les hauts buissons

Ce sont des éléments très décoratifs dans un jardin. Ils meublent l’espace d’une façon qui peut être imposante si l’on n’y prend pas garde car certains de ces rosiers sont très touffus. On a d’ailleurs souvent intérêt à les planter en isolés, en groupes de trois ou cinq, par exemple, pour faire ressortir leur beauté et leur port. Et on est même obligés de les planter à une certaine distance des autres arbustes car sinon on ne peut pas voir leurs fleurs. Ce ne sont pas des arbustes que l’on peut associer facilement avec d’autres, comme on peut le faire pour tellement d’autres espèces, les spirées ou les cornouillers par exemple, pour mieux mettre en valeur leur feuillage ou leur transparence. On peut installer des plantes couvre sols à leur pied ou des arbustes un peu denses en arrière-plan pour compléter le décor mais c’est à peu près tout. C’est pour ces raisons que les amateurs de roses finissent à peu près toujours par se créer sinon une roseraie, en tous cas un jardin de roses pour pouvoir les admirer à loisir.

Que recherche-t’on dans un rosier haut buisson ?

Un buisson fleuri de la taille d’un homme debout, environ. Assez fourni mais pas trop touffu, d’un port assez souple, au feuillage attractif et offrant à admirer des fleurs sur toute sa surface, de bas en haut, du mois de juin au mois d’octobre avec un maximum de trois semaines de répit environ entre deux floraisons. Rien moins que cela.

Vous me trouvez peut être exigeante mais en cherchant un peu on trouve beaucoup de rosiers qui remplissent ces conditions. Le rosier ‘Jeanne de Chédigny’ par exemple (un hybride moderne obtenu par André Ève en 2010) présente toutes ces qualités. Vous pouvez voir sa photo sur notre site internet. Notez que ce rosier fait référence à une dame, Jeanne, une Juste de France de la ville de Chédigny, en Indre et Loire, où se tient chaque année un festival des roses au mois de juin. C’est un rosier à fleurs simples (cinq pétales) d’une couleur rose pâle très délicate et qui contraste très joliment avec un feuillage vert sombre très dense.

Jeanne de Chédigny

Les rosiers de couleur rose

Parmi les autres rosiers de couleur rose, je citerai ‘Salet’ (un Centifolia muscosa, créé par Lacharme en 1854). Il aurait été l’un des rosiers les plus appréciés au 19ème siècle, aussi connu alors que le sera ‘Peace’ (Mme Meilland) au 20ème siècle et probablement ‘Pierre de Ronsard’ actuellement. Une réputation justifiée pour cet arbuste de port assez érigé, un peu touffu, à la floraison généreuse et très typique des centifolia muscosa. Sa photo est en gros plan sur notre site internet : elle présente une fleur assez grande, d’environ 8 cm, d’un rose soutenu, de forme très pleine, aux pétales légèrement retroussés vers l’extérieur et qui se chevauchent sans se gêner, comme les tuiles d’un toit..

Salet

 

Dans un genre complètement différent, ‘Blossom Time’ (un hybride moderne créé par Neal en 1951) est un rêve de rose dragée ! Un bouton parfaitement turbiné aux pétales un peu plus clairs sur l’extérieur qu’au centre de la rose, ce qui lui donne beaucoup de relief. On a automatiquement envie de la couper et de l’emporter tant elle semble parfaite ! Elle ressemble en cela à Mme Butterfly, une hybride de thé dont nous aurons l’occasion de parler avec les rosiers grimpants, notre prochain épisode. Elle tient extrêmement bien en bouquets.

Blossom Time

Toujours dans les teintes roses, mais d’un style très différent : ‘Pink Cloud’ (un hybride moderne créé par Boerner en 1952), d’un rose fuschia nettement plus soutenu, aux fleurs plus larges assez globuleuses et qui s’épanouissent assez vite. Un port assez érigé et une floraison perpétuelle !

Pink Cloud

Et enfin, ‘Zéphirine Drouhin’(un rosier Bourbon créé par Bizot en 1868) : un rose fuchsia inoubliable. La couleur de ses feuilles vert tendre et des nouvelles pousses d’un brun tirant vers le rouge le rend très décoratif, d’autant qu’il produit de nombreuses fleurs en vagues successives au cours de la saison. Mais il a absolument besoin d’un support car son port est très souple. Ses fleurs sont impressionnantes au jardin mais se conservent assez mal en vase d’après mon expérience.

Zéphirine Drouhin

 

Les rosiers de couleur rouge

J’en ai peu à proposer, à cause du critère de remontée qui se révèle très contraignant. Il n’est pas facile de trouver des rosiers hauts buissons de couleur rouge et bien remontants. On les trouve plus facilement dans la catégorie ‘parterres’.

On peut citer quand même ‘Ferdinand de Lesseps’ (un hybride remontant, créé par Verdier en 1869). Il a des fleurs larges, d’un beau rouge carmin et qui s’épanouissent très gracieusement.

Ferdinand de Lesseps

Également ‘Cibles’, (un rugosa, obtenu par Kaufmann en 1893) à petites fleurs couleur cerise et ‘Hansa’ (un rugosa, créé par Schaum et Van Tol en 1905) plus violet que rouge. Il est très robuste, comme souvent les rugosa et drageonne beaucoup… on distribue ses rejets aux élèves et amis.

Hansa

 

Et aussi ‘Sénégal’ (un rosier thé obtenu par Mallerin en 1944) Une très jolie rose rouge, très foncé, bien remontant. Un petit défaut :  il est très souple et a lui aussi besoin de support.

Sénégal

Sénégal, éclose

Les jaunes et saumonés

Ma préférence va à ‘Elizabeth Stuart’ (un hybride moderne obtenu par Guillot Massad en 2003) à grandes fleurs de couleur abricot. Un joli buisson équilibré aux fleurs bien turbinées qui tiennent très bien (et très longtemps) dans les bouquets.

Et le merveilleux ‘Ghislaine de Féligonde’ (un multiflora créé par Turbat en 1916). La couleur de ses pétales change en même temps que les boutons de rose éclosent et évoluent du jaune pâle au rose saumoné. Son feuillage est sain et ce rosier est très vigoureux. Un rosier à mettre absolument dans votre jardin si vous aimez sa couleur… et si vous disposez de l’espace nécessaire, c’est à dire environ quatre mètres carrés au sol et deux mètres de haut.

Ghislaine de Féligonde

 

Westerland’ (un hybride moderne obtenu par Kordes en 1969) est d’un orange beaucoup plus soutenu. Il est moins volumineux que G de Féligonde mais il a également besoin de place et monte facilement à deux mètres de haut. Ses fleurs sont très grandes avec assez peu de pétales. Elles pâlissent en fanant.

Westerland

Les rosiers bicolor

Chinensis mutabilis’ (un rosier découvert en 1894 dont l’origine n’est pas certaine). Ce rosier aux tiges rouges et aux fleurs très légères à cinq pétales est tout à fait inoubliable tellement la couleur des pétales est délicate. Mais surtout, ne le plantez pas à côté d’un rugosa, l’un et l’autre se gâcheraient mutuellement.

‘Joseph’s coat’ (floribunda obtenu par Herbert Swimm en 1964), jaune et orangé. Une vraie merveille… mais il trouve malheureusement le climat trop froid au Jardin des Merlettes.

Et, dans un style complètement différent, ‘Mozart’ (un rosier moschata à fleurs groupées obtenu par Lambert en 1937), très robuste, d’une couleur rose et blanche d’une simplicité désarmante. Mais une vraie cascade de fleurs.

Chinensis mutabilis

Mozart

Les rosiers blancs

Là encore, nous avons le choix parmi des rosiers aux ports complètement différents. Je vous propose ‘Sally Holmes’ (un hybride moderne créé par Holmes en 1976) le type même du buisson sarmenteux au port un peu raide, voire disgracieux, mais qui présente une belle floraison en milieu d’été.

En revanche, ‘Princesse de Nassau’ (un moschata créé par Laffay en 1835), est un rosier buisson à fleurs groupées tout en légèreté avec ses corolles de pétales ‘moussus’.

Et, dans un style encore différent ‘Blanc Double de Coubert’ (un rugosa obtenu par Cochet en 1892) présente l’aspect touffu des rugosa et des fleurs d’un blanc immaculé très légèrement teinté de rose et digne des peintres flamands.

Sally Holmes

Blanc double de Coubert

Voilà donc un joli choix de rosiers buissons pour l’été. Mais, de même que j’ai cité, au titre des rosiers de parterre, le rosier ‘The Fairy’ pour ses qualités extraordinaires de résistance et de floribondité, je dois maintenant citer, dans la catégorie des hauts buissons, le rosier ‘La Sevillana’, un polyantha créé par Meilland en 1978. Il existe en rouge magenta et en rose fuschia et est tout simplement extraordinaire par sa résistance et la qualité de ses floraisons. Il n’est hélas pas parfumé mais c’est un beau spectacle.

Les rosiers tige et rosiers pleureurs

Pour finir, il nous faut parler un instant des rosiers tiges et des rosiers pleureurs. Ce ne sont pas à proprement parler des ‘hauts buissons’ puisqu’ils sont conduits sur une seule tige, leur porte greffe. L’effet scénographique qu’ils produisent au jardin est incomparable et ils peuvent à eux seuls animer un parterre. Malheureusement, le choix proposé par les rosiéristes n’est pas très grand, faute de demande sans doute, et ces rosiers ne sont pas très nombreux à remonter en août.

Parmi ceux qui remontent, J’ai vu à Bagatelle ‘Louis Blériot’ (un polyantha récemment obtenu par Meilland) bicolore, rose moyen, rose lavande, ‘évoquant un ciel d’orage’ comme le décrit son créateur. Il a été récemment désigné comme lauréat au concours d’excellence végétale. Mais je ne l’ai pas trouvé dans le commerce où il est simplement proposé en rosier de parterre, plutôt couvre sol.

Louis Blériot

Les rosiers tiges sont obtenus par une greffe à environ 70 centimètres (pour les demi tige) ou un mètre du sol (pour les rosiers tige proprement dits). Ils se répartissent en deux catégories. Soit des rosiers type polyanthas, très floribonds, à port très souple et qui forment une très jolie boule au printemps. On pense au plus connu dans ce rôle, le rosier ‘Excelsa. Mais la plupart, d’entre eux, et justement ‘Excelsa’, ne sont pas remontants. La seconde catégorie est constituée d’hybrides modernes, souvent des hybrides de thé, à port sarmenteux qui eux sont souvent remontants.

Dans cette seconde catégorie, je vous propose en orange trois rosiers magnifiques : ‘Philippe Noiret’ (un Hybride de thé, obtenu par Meilland en 1998), ‘Fairest cape’ (un Hybride de thé obtenu par Kordes) et ‘Bolchoi’ (un Hybride moderne obtenu par Meilland), aux  pétales jaune d’or bordés de rouge groseille qui, en plus d’une vigueur incomparable, offre un parfum délicieux.

Philippe Noiret

Fairest Cape

Bolchoï

Les rosiers pleureurs sont tout simplement une variation des rosiers tiges, greffés simplement avec des rosiers très souples dont on laisse s’allonger les branches, parfois presque jusqu’au sol. Ils sont rarement remontants à quelques exceptions près, par exemple, ‘Guislaine de Féligonde’ déjà mentionnée plus haut, et ‘Paul Noël’ qui offre en été une floraison jolie mais beaucoup moins abondante qu’au printemps. En revanche, aucun espoir avec des rosiers comme ‘Albertine’, splendide au printemps, mais qui s’en tient là pour le reste de l’année. La seule difficulté de culture des rosiers grimpants est relative à leur taille. Il faut en effet absolument renouveler ces branches pleureuses. Et donc avoir le courage d’en couper une ou deux tous les ans, pour garder l’arbuste dans sa forme et conserver jeunesse et vitalité à l’ensemble. C’est l’exercice avec lequel nous clôturons en général le stage de taille de rosiers du mois de juillet. Un vrai acte de foi pour les stagiaires qui sont toujours très intimidés de dénuder ainsi partiellement de si beaux sujets.

Quelles que soient les difficultés de choix ou d’entretien de ces rosiers, je vous recommande absolument de penser à en installer dans votre jardin. Ils sont vraiment très beaux.

Paul Noël et Albéric Barbier

Paul Noël

Paul Noël (version courte)

Voir le stage de taille des rosiers en été

Une petite remarque technique pour clore cette présentation : comme je l’ai indiqué dans l’introduction de ce podcast, une des qualités des rosiers hauts buissons présentés aujourd’hui est leur hauteur. Mais ce critère ne vient pas sans inconvénient. En effet, un certain nombre d’entre eux ont un port très flexible et se tiennent mal, Zéphirine Drouhin, Sénégal, Ferdinand de Lesseps, par exemple. D’autres ont un port érigé mais sont si puissants et si lourds quand ils sont couverts de roses qu’ils ont également besoin de supports. C’est le cas de Guislaine de Féligonde. Un des meilleurs systèmes que j’ai pu observer était conçu pour des hydrangeas dans les jardins du Grand Courtoiseau, près d’Orléans. Il consiste tout simplement à installer des arceaux de fer à la bonne hauteur sous les buissons. Selon le diamètre du rosier, il vous faudra utiliser trois à cinq arceaux. C’est un peu fastidieux à mettre en place mais très pratique pour bien soutenir vos rosiers. Et c’est quasi invisible. Vous pouvez faire ces supports vous-mêmes, en utilisant du fer à béton de diamètre 6 (car le 8 est trop dur à travailler) pliés et courbés à façon

Arceaux de fer

Voilà, c’est tout pour aujourd’hui. Je vous dis donc à bientôt pour le troisième épisode de cette mini-série sur le choix des rosiers. Nous parlerons des rosiers grimpants et du parfum des roses.

Pour aller plus loin :

Les stages du jardin des Merlettes

Choix et plantation des rosiers

Les articles du blog

Comment choisir les rosiers : août 2011

Petite bibliographie

DELBARD, G. (2002). Le Grand Livre de la Rose. Somogy Editions d’art.

HARKNESS, J.L. (1979). Roses : Les Plus Belles Roses du Monde et Comment les Cultiver. Encre.

HILLIER Nurseries (2002). ‘The Hillier Manual of Trees and Shrubs’.  David & Charles.

Mots clés

Arcature

Pliure que l’on impose aux grandes pousses des rosiers grimpants pour ralentir le flux de sève et susciter la production de fleurs tout au long de la branche.

Cynorrhodons

Le cynorhodon (ou cynorrhodon) est le faux-fruit provenant de la transformation du conceptacle floral du rosier et de l’églantier. Les fruits proprement dits des rosiers sont en fait les akènes situés à l’intérieur.

Palissage

Fait d’attacher un végétal sur un support pour lui faire prendre une forme donnée : rosiers et arbres fruitiers en particulier

Remontant

Un rosier est remontant s’il refleurit jusqu’en fin d’été voire début d’automne après sa première floraison. A ne pas confondre avec « grimpant » !

Rosier ancien

Obtention horticole antérieure à 1867, date de l’obtention des Hybrides de Thé, qui inaugurent la période « moderne ».

 


2 réponses à “Les belles roses de l’été : Partie II Les rosiers hauts buissons, les rosiers tiges et pleureurs”

  1. Luc dit :

    J’adore les roses. J’ai deux terrasses en ville avec des hybrides assez sensibles au froid l’hiver. Excellente présentation. Merci Christine

  2. Christine dit :

    Merci Luc,
    Le prochain podcast porte sur les rosiers grimpants qui fleurissent tout l’été. Tu devrais trouver ton bonheur car les rosiers que j’y présente ont été capables de résister au vent froid du plateau de Puisaye où est situé le jardin.
    Amicales pensées

Laisser un commentaire