Résister à l’invasion des carpocapses

6 mars 2018

Le mauvais temps du printemps 2017 a anéanti les récoltes du Jardin des Merlettes. Mais dans certains endroits mieux protégés du froid, les fruits ont été épargnés, surtout en ce qui concerne les variétés bourguignonnes que l’on trouve encore dans de vieux vergers bien souvent abandonnés. Quand l’automne est arrivé, il a été temps de faire les comptes. Au jardin, les pommes étaient énormes. Mais les pommiers sont infestés de carpocapses et les fruits se perdent. C’est vraiment dommage !

Si votre pommier est dans ce cas et que la plupart de vos pommes finissent à la benne ou sur votre compost, cet article est pour vous. Nous vous présentons ici quelques informations de base en ce qui concerne le bien mal nommé ‘ver de la pomme’ et vous proposons quelques actions efficaces pour protéger vos fruits contre ce fléau… tout en restant ‘bio’.

Carpocapse : ravage extérieur

 

Les règles à suivre sont de trois ordres : une meilleure surveillance des arbres, des règles simples de prophylaxie et un peu de lutte directe, pour les cas les plus graves.

Comprendre le problème et surveiller l’invasion

Le(s) cycle(s) de vie du carpocapse :

Comme dans toutes les situations qui impliquent une agression par un insecte ravageur, il faut d’abord comprendre à qui on a affaire.

Le carpocapse, Cydia pomonella, bien mal nommé ‘ver de la pomme’ est un lépidoptère, c’est à dire un papillon dont la chenille raffole de nos fruits et, tout particulièrement, des pommes mais aussi des poires. Le surveiller, cela veut dire comprendre comment il vit et quelles sont les époques de ses métamorphoses car seule la chenille est dangereuse pour le fruit. Le papillon, en revanche, nous inquiète en tant que reproducteur qui pond ses œufs partout où il le peut.

Aux beaux jours, le papillon sort du cocon où il a passé l’hiver sous forme de larve, s’envole et pond ses œufs sur les petites pommes qui se sont nouées environ un mois auparavant. A l’éclosion, les petites chenilles seront ainsi tout près d’une réserve de nourriture et pourront se mettre à table. Cette première attaque n’est pas grave pour les fruits mais fondamentale pour la mise en place d’un bon cycle de reproduction de l’insecte et pour les attaques ultérieures qui, elles, seront fatales.

En effet, le carpocapse ne se reproduit pas une seule fois mais connaît trois cycles de reproduction pendant une saison (juin à septembre). Au fur et à mesure que la saison s’avance, l’attaque est plus grave.

  • lors de la première attaque (juin en général) :

la chenille ne fait que ‘goûter’ la pomme, elle a un petit appétit. La blessure occasionnée sur le fruit est superficielle. Le fruit guérit et ne garde de sa rencontre qu’une cicatrice brunâtre facilement identifiable. La chenille s’en va chercher un abri pour fabriquer son cocon.

Carpocapse sur pomme : 1ère génération

 

  • lors de la seconde attaque, ou second ‘vol’, en été :

la chenille pénètre un peu plus avant dans le fruit, elle le savoure en recrachant les déchets et l’on constate des petits tas d’une sorte de compote sur les fruits. Puis la chenille ressort et s’en va à son tour former son cocon. Le fruit s’en remet… ou pas.

  • la troisième et dernière attaque

Elle est, elle, beaucoup plus insidieuse. La chenille rentre dans le fruit et s’enfonce jusqu’au cœur. Là, elle s’installe et déguste le fruit qui ne pourra pas mûrir. Il va au contraire pourrir lentement.

Carpocapse sur pomme : 3ème génération

Carpocapse sur poire : 3ème génération

Piégeage  et comptage :

Puisque l’invasion démarre dès le stage des pommettes et des poirettes, quelques semaines après la nouaison, c’est donc dès ce moment qu’il faudra surveiller et compter les papillons adultes pour évaluer l’ampleur de l’invasion. Le carpocapse est un papillon de nuit, donc difficile à observer et à photographier mais on peut  piéger le mâle en l’attirant dans des pièges à phéromones. Les fonds de ceux ci sont recouverts d’une petite grille qui permet de compter les papillons piégés à un moment donné. On sait ainsi que l’attaque a débuté et que les insectes sont à pied d’œuvre.

Attention, il ne faut pas se tromper sur le sens du mot ‘piège’ : certes quelques insectes ont été ‘piégés’, c’est à dire ‘attrapés’ mais le piège ne peut pas être considéré comme un moment d’attraper TOUS les papillons et donc d’éradiquer le problème. Or c’est cela qui nous intéresse. Tout d’abord, les phéromones n’attirent que les insectes mâles, mais si les insectes femelles ont déjà été fécondées, c’est elles qui pondront et les efforts auront été vains. Il faut donc mettre les pièges en place le plus tôt possible. Ensuite si votre verger est grand, un piège ne suffira pas, loin de là, et le remède risquerait de coûter bien cher. Il faut donc trouver d’autres solutions pour éliminer ces papillons.

Prophylaxie : entretien du verger et soin aux arbres et aux fruits

Le système le plus efficace pour limiter le nombre de carpocapse, comme toujours en bio, est une bonne prévention, c’est à dire :

  • Un verger nettoyé :

Pas ‘propre’, au contraire, mais indemne de fruits pourris. En effet, les larves hivernent près de ou dans ces fruits. Il ne faut donc pas laisser de fond de cueille sur l’arbre (conseil valable aussi par rapport à la dispersion des maladies cryptogamiques).  On ramasse donc tous les fruits tombés  et on ne les laisse pas pourrir sur place : ce n’est pas un engrais, c’est une cause de ravage et de maladies.

  • Des fruits éclaircis :

Car l’insecte pond systématiquement là où deux fruits sont collés. Il ne faut donc laisser qu’un seul fruit par corymbe. Exposé au vent, le papillon aura beaucoup plus de mal à pondre sur une pommette isolée et, si jamais il réussit, l’œuf sera beaucoup plus exposé au vent… et aux oiseaux qui le verront également plus facilement.

Vous trouverez plus de détail sur l’éclaircissage dans notre article sur la taille en vert, qui se pratique à la même période.

  • La pose de bandes de carton ondulés sur les troncs :

Pour enrayer le cycle de reproduction des papillons : et il faut bien sûr penser à enlever ces bandes régulièrement pour détruire les larves et à les remplacer par d’autres. Sinon, vous n’aurez fait que procurer un abri bien sain et sec à ces petites bestioles.

  • Ensacher les fruits :

C’est le remède miracle du jardin des Merlettes pour des fruits indemnes d’insectes, de maladies et de grêle… Procédé ancestral,  un peu long, à pratiquer en soirée avec des mais (pour la préparation des sacs, de loin la partie la plus longue)

Ensachage de pommes sur cordon bilatéral de Reine des Reinettes Bonnin

Nous préparons pour bientôt un vidéo reportage sur l’ensachage des fruits…  Mais vous pouvez aussi venir pratiquer cette méthode en suivant le stage de taille ‘en vert’ des arbres fruitiers, au mois de juin. Vous y apprendrez également le marquage des fruits, pour préparer des surprises savoureuses et décoratives pour vos proches.

La lutte intégrée, une prévention efficace :

C’est la méthode que nous préférons, au Jardin des Merlettes : essayer de penser à chaque problème comme à un morceau d’un tout harmonieux. C’est à tout le jardin que l’on pense dans son ensemble, et cela s’applique aussi à la lutte contre les ravageurs :

  • Concevoir la parcelle comme un agroécosystème

et installer une flore diversifiée pour permettre l’installation des auxiliaires.

  • Laisser s’installer un enherbement varié et peu fauché.

Le taux de parasitisme naturel (trichogrammes) des chrysalides peut atteindre 35% pour les chrysalides(1). A cela s’ajoute les maladies (mycoses) provoquées par certains champignons existant dans la flore naturelle et qui attaque les chenilles hivernantes.

  • Planter des haies diversifiées

Les oiseaux y logeront et s’y nourriront  une grande partie de l’année. Pensez aux espèces locales !

  • Installer des nichoirs spécifiques

Pour les mésanges, qui sont de grandes amatrices de carpocapses et aussi pour les chauve souris.

La lutte directe, quand l’attaque est installée depuis trop longtemps

Et si tout cela ne suffit pas, parce que l’invasion a été trop puissante une année, ou plusieurs années de suite, alors on peut effectuer au printemps une pulvérisation de Bacillus Thurigensis (bacille de Thuringe).

(1) Source : « Produire des fruits en agriculture biologique, Les lépidoptères. » Corroyer, Nathalie et Chovelon, Marc. (2005) Guide technique ITAB et GRAB

 


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