Les jardiniers et la météo (III) : comment protéger son jardin des aléas climatiques ?

10 février 2018

Il pleut depuis de longues semaines et les arrosoirs du ciel ne semblent toujours pas vides. Les rivières débordent et nos jardins sont inondés. Une fois encore, les éléments naturels nous rappellent que le jardinier n’est ni maître du temps, ni de ses caprices. A défaut de pouvoir le protéger, que peut-il donc faire pour préparer au mieux son jardin aux aléas climatiques… et que doit-il faire ‘après’ ?

Deux facteurs sont extrêmement préjudiciables au jardin et d’autant plus préoccupants que la parade n’est pas facile :

  • l’inondation prolongée des sols,
  • les gelées très tardives : à la Saint Urbain, fin mai, plutôt que lors des saints de glace.

Les sols inondés

La conséquence :  l’asphyxie des racines et le pourrissement du collet

L’asphyxie des racines

A l’état ‘normal’, le sol contient de l’air et les plantes respirent aussi par leurs racines. Les échanges gazeux au niveau des racines sont très importants. Chacun de nous a connu un moment de désarroi face à une plante verte morte noyée par les arrosages trop généreux des amis ou gardiens de l’été.

Quand on arrose une plante après l’avoir plantée, on voit remonter des bulles d’air. On s’arrête dès que le sol est saturé. Cette situation est passagère. Au bout d’un moment, l’excédent d’eau s’élimine, on dit que le sol se ressuie. C’est ce qui se passe également après une grosse pluie. L’air se réinstalle dans toutes les cavités ou petites poches, parfois minuscules, dont l’eau s’est évacuée et les racines des plantes peuvent respirer de nouveau.

Mais si un sol est gorgé d’eau et que cette eau ne peut pas s’éliminer, car bloquée par un cache pot (dans l’exemple des plantes vertes) ou par un horizon d’argile (dans un champ) les plantes s’asphyxient. Elles meurent ou, en tous cas, sont fragilisées.

Le pourrissement du collet 

Le collet d’une plante est la zone de rupture entre sa partie aérienne et la partie enfouie dans le sol. C’est un endroit très sensible. Si son collet est trop longtemps humide, la plante peut pourrir et mourir.

Le pourrissement au niveau du collet est la première cause de mortalité pour les arbres. Mais pas seulement : c’est un état extrêmement dangereux également pour certaines plantes vivaces, les iris germanica, par exemple.

Ce que l’on peut faire : de la prévention uniquement, hélas

Repérer les endroits à risque : faire des sondages et un plan ‘patate’.

  • Des sondages : creuser le sol jusqu’à ce qu’on trouve de l’eau. C’est un bon moment actuellement pour repérer à la fois les endroits très problématiques et les endroits ‘sans risque ‘. Il ne faut pas se contenter de noter les endroits où l’eau affleure mais essayer aussi de comprendre ce qui se passe dans le sol sur toute la hauteur où les plantes ont besoin de développer leurs racines. Même si l’eau n’affleure pas, il peut être très important de savoir qu’elle se trouve à dix, ou à vingt centimètres de la surface du sol, car à cette profondeur, les racines de la plante seront noyées. Il faut donc effectuer des sondages de façon un peu systématique. Sur la photo précédente, l’eau affleurait et le danger était évident. Ci dessous, on constate qu’il faut creuser un peu plus profondément pour trouver l’eau. Le danger n’en est pas moins réel. Toutefois, dans le cas ci dessous, le collet de l’arbre ou de l’arbuste serait épargné.

  • Dessiner un plan ‘patate’ : on consigne le résultat des sondages en dessinant sur un plan à l’échelle du jardin des taches de couleur aux endroits où on a trouvé de l’eau. Par exemple, du vert ou du brun là où ce n’est pas mouillé, puis des taches avec des nuances de bleu de plus en plus foncé selon le degré d’imprégnation de l’eau.
  • Bien examiner les endroits plats du jardin : c’est là que se concentrent les problèmes. Et observer comment l’eau s’élimine. Si elle s’infiltre ou si elle rigole et creuse la terre sur son passage.

Drainer

  • Le drainage est une méthode couramment utilisée en agriculture pour éliminer l’eau et permettre des cultures dans des sols trop souvent inondés. On installe des drains, tuyaux percés sur le dessus qui permettent de récolter l’eau présente dans le sol. Les drains se déversent dans un collecteur (tuyau plus gros) qui lui-même se déverse dans un avaloir.
  • Malheureusement, l’installation d’un réseau de drainage est coûteuse et sa  durée de vie limitée. Les drains finissent par se colmater et les bêtes les abîment (campagnols, taupes…). En revanche, certaines plantes comme les rumex, les carottes sauvages et les pissenlits ont des racines pivotantes profondes qui agissent comme des drains naturels. Quand la plante meurt, elle se décompose sur place et l’empreinte de sa racine forme un tuyau d’évacuation qui transperce les couches argileuses et permet ainsi à l’eau de s’évacuer vers d’autres horizons du sol plus poreux.
  • Pour un petit jardin, l’installation d’un petit fossé collecteur d’eau peut constituer un mode de drainage efficace.

Choisir des plantes adaptées : l’importance de la gamme variétale

Certes, la découverte de telles caractéristiques dans son jardin  n’est pas un événement plaisant pour le jardinier qui devra éliminer sans faillir certaines plantes de sa liste de possibilités.. Mais au moins, quand on a fait l’état des lieux, on comprend réellement ce qui se passe, on peut s’adapter et surtout on ne répète pas plusieurs fois la même erreur !

  • Certaines plantes adorent avoir les pieds dans l’eau. Tous les degrés d’affinité existent : un peu mouillé, beaucoup mouillé, trempé, inondé, les pieds dans le cours d’eau ou l’étang. Les aulnes et toute la famille des saules et osiers bien sûr, mais aussi les cornouillers, les charmes, certaines variétés de rosiers, etc. Il est utile de se renseigner soigneusement car parmi les espèces du genre rosa, certaines aiment avoir les pieds bien secs quand d’autres peuvent prospérer le long d’un cours d’eau. Il en va de même dans la plupart des genres et des familles.
  • Certaines plantes tolèrent d’avoir les pieds dans l’eau un certain temps : il est donc nécessaire de repérer la durée des inondations.
  • Certains arbres pompent l’eau en grande quantité et aident à assainir un sol. C’est le cas du chêne des marais (Quercus palustris), du cyprès chauve (Taxodium distichum), de nombreux bouleaux, des aulnes, etc. L’association des Parcs Botaniques de France a dédié un long article à ce problème en novembre 2016 dans lequel elle propose de nombreux végétaux bien adaptés.
  • Un problème supplémentaire et trop fréquent : les plantes adaptées aux sols hydromorphes aiment qu’il y ait de l’eau aussi en été ou du moins que ce ne soit pas trop sec. Il faut donc prévoir dès la plantation un paillage épais, une réserve d’eau et la méthode d’arrosage. Et se souvenir qu’un arbre ou un arbuste sont très vulnérables les trios premières années après leur plantation

Planter sur butte : une méthode controversée

La première exigence est de planter ‘correctement’ en repérant la hauteur du collet avec un témoin (tuteur) en travers du trou de plantation. Cela évite de planter trop bas, en particulier quand le sol retiré du trou de plantation et qui a foisonné (gonflé de volume) se tasse de nouveau quelques semaines après la plantation.

Bien sûr, la butte évite l’asphyxie des racines, mais elle peut aussi trop les exposer à la chaleur du soleil. Et, pour le coup, la butte est très drainante.

La butte doit être assez large pour ne pas déformer l’inclinaison naturelle des racines, plus ou moins accentuée.

Les gelées très tardives

Pourquoi elles sont un problème  ?

(Voir l’article ‘La météo et le jardinier II)

A la mi-mai, à fortiori le 25 mai, les arbres sont bien débourrés, les fruits sont noués et les nouvelles  pousses des arbres sont uniquement composées de cellulose. Tout ceci est donc très fragile et la moindre baisse de température en dessous de zéro ° C les brûle irrémédiablement. Même un demi degré est suffisant pour compromettre les récoltes. On comprend pourquoi une température nocturne de moins cinq degrés trois jours de suite a tout endommagé au jardin au printemps 2017.

Ce qu’on peut faire : de la prévention uniquement (une fois encore)

Choisir des variétés appropriées (encore et toujours…)

Souvenons nous  des cartes que nous apprenions à l’école primaire : la limite de culture de la vigne, la limite de culture de l’olivier… Il ne sert à rien de se voiler la face : pour l’instant, réchauffement climatique ou pas, Saint Loup des Bois est hors de la zone confortable de culture de l’abricotier. Donc, sauf à trouver une situation particulièrement bien abritée, il faut s’attendre à perdre ses abricots trois ou quatre années sur cinq. La cinquième année consolera le jardinier persévérant, mais les autres laisseront un goût amer.

Cette remarque ne s’applique pas seulement aux espèces réputées fragiles. En 2017 les pommiers et les poiriers ont perdu tous leurs fruits suite aux fortes gelées de la fin mai . Tous ? En réalité pas vraiment car les poiriers centenaires installées dans les haies ou près des fermes proches du Jardin des Merlettes ont produit une récolte remarquable. La différence entre ces poiriers et ceux du JDM  ? La variété, tout simplement. Les variétés installées pour produire du poiré, une coutume très répandue en Puisaye il y a un siècle ou deux, sont très résistants aux gelées tardives. Ainsi que certaines autres variétés qui produisent des fruits à cuire : Maud, Catillac et Certeau d’automne par exemple, pour citer des variétés bourguignonnes, poire Curé pour citer une poire nationale. Le même phénomène s’applique dans toutes les régions. A Saint Hymer, dans le Pays d’Auge, les poires Grise d’Angleterre étaient remarquables cette année en grosseur et en quantité.

Abriter autant que possible

Si on est à la limite du possible, il faut agir en conséquence pour abriter du vent et du froid

  • pour lutter contre le vent : installer des haies (elles coupent le vent sur une distance estimée à 30 fois leur hauteur),  et laisser les herbes hautes qui protègeront les arbustes jeunes,
  • couvrir d’un voile d’hivernage  les arbustes isolés ou ceux qui sont palissés contre un mur. Cette pratique est efficace mais demande une grande discipline de la part du jardinier. En effet une différence qui semble tout à fait anodine (un degré, voire un demi degré Celsius) est suffisante pour ‘sauver’ la récolte.

Les arboriculteurs de la vallée du Rhône ou de la Garonne installent des équipement mieux adaptés,mais plus  coûteux . Ceux ci comprennent souvent des appareils à brumiser installés au-dessus des rangées d’arbres pour amoindrir les effets du froid lors des gelées printanières. Mais ces équipements ne sont hélas pas à la portée du jardin individuel.

On l’aura compris, la meilleure protection consiste donc dans la façon de planter et le choix des espèces, puis des variétés. Ce sont les thèmes autour desquels le stage de création et gestion d’un verger est organisé. Si vous avez des difficultés dans votre jardin dues aux aléas climatiques, cette formation est faite pour vous.

Voir le stage création, plantation et gestion d’un verger

 


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