Sécheresse et pelouse, comment les concilier ?

2 janvier 2015

Comment faire quand la sécheresse sévit et que l’on a envie que sa propriété soit entourée d’un joli tapis vert ? Les réponses sont bien différentes selon les propriétaires : il y a les solutions  jardinières… et les autres…

Peindre sa pelouse en vert

Les californiens, rois des truquages et effets spéciaux (en tous cas dans une certaine banlieue bien connue de Los Angeles) et confrontés à une sécheresse record depuis près d’un siècle et à l’interdiction d’arroser, ont trouvé un moyen efficace de conserver une jolie couleur verte à leur pré carré : le peindre, tout simplement. Jusqu’à présent, ils achetaient plutôt quelques rouleaux de gazon et remplaçaient les espaces trop abîmés. Mais la sécheresse se fait trop intense, les rouleaux sont trop chers et, faute d’un arrosage approprié, la reprise est médiocre.

Dans une communauté qui sait comment donner à une verte prairie l’allure d’une planète désolée et désertique, il ne semble pas si étrange de transformer un jardin rabougri, sec et avenant comme un paillasson en carré verdoyant en utilisant ce subterfuge peu jardinier. Le jardinage en trompe l’œil se développe vite et le magazine anglais ‘The Economist’ (20 septembre 2014), note que le chiffre d’affaires de la société Xtreme Green Grass (ça ne s’invente pas) a progressé de 75% en 2014. Pas mal mais moins bien que celui de la société qui fournit des peintures pour pelouses ‘LawnLift’ dont les ventes ont, elles, progressé de 300% !

1 1 Peinture verte

Pomper et utiliser l’eau du sous sol

Cette sécheresse fait progresser les mentalités et peut être bientôt aussi la loi en ce qui concerne le pompage des nappes phréatiques. Pour l’instant, les jardiniers des villes ou des champs considèrent qu’arroser avec des eaux de pompage ne porte pas à conséquence. Quand il n’y a pas d’eau à utiliser en surface, on pompe davantage. C’est simple. Ainsi Valéry Laramée de Tannenberg explique qu’en Californie environ 65% de l’eau utilisée en 2014 provenait de pompages directs, contre 40% environ les années précédentes (Journal de l’environnement 24/10/2011 « Californie : la guerre de l’eau aura t’elle lieu ? »). Le problème est  grave car l’eau de sous sol, la nappe phréatique, est un bien commun et trop pomper entraîne invariablement des problèmes de salinité. Et si l’eau fraîche venait à manquer ?

1 2 Irrigation Californie

L’irrigation à grande échelle telle que pratiquée en Californie

Voir l’article de Valéry Laramée de Tannenberg

 

1 3 Salinity wikipédia

Le résultat… ce n’est pas de la neige mais du sel !

Salinisation : voir l’article de Wikipédia

Une fois l’urgence reconnue, il faut trouver des moyens de préserver cette ressource précieuse. La ville de Santa Cruz, par exemple, a rationné l’eau et interdit de remplir baignoires et jacuzzis, tout en instituant des amendes et des classes d’instruction civiques (« water schools ») pour les contrevenants. Les résultats sont à la mesure des moyens employés : une baisse de 26% de la consommation d’eau par rapport à l’an dernier. Et bien sûr, arme ultime, on peut facturer l’eau à un prix qui reflète la valeur de ce bien rare pour la communauté. Toute l’eau utilisée, c’est à dire celle du réseau de distribution mais aussi celle pompée localement, serait enfin prise en compte et facturée à chaque immeuble… mais en 2025 seulement. Certains progrès ont un peu de mal à passer dans les actes.

Certes, cette année 2014 ne s’est pas illustrée en France par une grande sécheresse et nous n’avons guère eu à arroser nos pelouses l’été dernier. N’empêche, la sécheresse reviendra bien une année ou l’autre, surtout si le réchauffement climatique se poursuit. Et c’est quand le sol est bien en forme qu’il faut installer les nouvelles plantations. Jardiner, c’est prévoir. Que peut on  donc faire quand il n’y a pas d’eau ?

Changer de repères : que souhaitons nous vraiment un tapis d’herbe ou un havre verdoyant ?

Si l’on élimine la possibilité de peindre nos jardins, on peut adopter quelques mesures simples de conservation. Arroser différemment et surtout, jamais en plein soleil quand l’évapotranspiration est maximale. On vérifiera aussi que l’eau ne ruisselle pas et ne se perde pas dans un caniveau. On tondra un peu plus haut et un peu moins souvent. On sèmera un mélange de graines mieux adapté, les semenciers se donnent beaucoup de mal pour mettre au point des mélanges efficaces. On restreindra la zone engazonnée. Et quand toutes ces solutions seront épuisé, on fera évoluer le jardinier lui même…

Que cherche t’on en effet, un gazon très serré et doux où marcher les pieds nus ou une oasis verdoyante mais qu’on regarde à quelques mètres de distance ? Les jardiniers japonais sont depuis longtemps passés maîtres dans l’art du trompe l’œil faute de pouvoir faire pousser un gazon tel qu’on le conçoit en Europe.

Si l’on recherche cet effet de tapis vert, certains végétaux sont particulièrement bien adaptés. Et, en premier lieu, les mousses, comme on le voit sur les photos ci dessous. Les japonais utilisent de nombreuses variétés de mousses, à développement plus ou mois dense, et dans une gamme étendue de verts. Ceci leur permet de choisir les variétés les mieux adaptées à chaque jardin. Voici trois exemples de fausses pelouses et vrais tapis de mousses. Pas de tontes à prévoir, en revanche, il est conseillé de ratisser soigneusement les feuilles à l’automne.

Idée saugrenue sans doute que d’installer des mousses là où il fait trop chaud car l’effet tapis vert tourne rapidement à la moquette brunâtre. C’est vrai, mais si l’on ne supporte pas la couleur brune (ou dorée), on peut continuer sa réflexion et, maintenant qu’est abandonnée l’idée d’une pelouse en herbe, on peut choisir parmi toutes sortes de couvre sols (ci-dessous au milieu). Et si l’on ne souhaite pas un tapis vert, mais plutôt une banquette, d’autres végétaux, par exemple des arbustes taillés en topiaires (à gauche),ou des mahonias (à droite) feront très bien l’affaire.

Et adopter une attitude résolument plus écologique

Si on doit envisager de renoncer définitivement aux vertes pelouses, il vaut mieux adopter une autre façon de regarder ses espaces. A chaque jardin sa solution. Un petit jardin pourra recevoir des mousses et couvre sols comme on l’a vu plus haut. Et pour les endroits où plus rien ne voudrait pousser pour un moment, on peut recouvrir le sol avec des paillages. Certains sont très jolis, les fougères par exemple, les feuilles mortes (de l’année précédente). Regardez dans votre jardin, vous y trouverez des ressources insoupçonnées. Les paillages ‘piègent’ l’humidité résiduelle et protègent le sol, si bien que la saison sèche passée, les plantes vivaces repoussent de plus belle (ci dessous à gauche, broyat de veuilles, au milieu, fétuque, à droite, fougères aigle).

5 1 Paillage mulch5 2 Paillage fétuque5 3 Paillage fougères

D’autres difficultés se présentent pour les parcs et les grands jardins. On ne peut pas faire l’économie d’une réflexion sérieuse sur les espaces du jardin pour définir des zones d’entretien différent. Ceci pour redécouvrir l’espace et le modeler petit à petit en observant l’évolution de la flore, en particulier des graminées qui s’installent au fil des saisons. A partir d’un espace sauvage (photo de gauche), on évoluera petit à petit soit vers des sentiers découvertes ou milieu de zones gardées naturelles et fauchées une fois par an (photo du milieu) et des espaces tondus plus régulièrement là où le manque d’eau se fait moins sentir (photo de droite).

6 2 Fauche6 3 Fauche

Ce sont ces différentes techniques que l’on aborde lors du stage d’initiation à la gestion durable des espaces verts. Et, en définitive, une seule règle guidera le jardinier : regarder la nature en grand et en petit, et suivre les indications qu’elle lui donne.

 Voir le stage d’initiation à la gestion durable des espaces verts

Heureuse année jardinière à tous !


5 réponses à “Sécheresse et pelouse, comment les concilier ?”

  1. Herbacée dit :

    Peindre sa pelouse !? Voilà une solution originale ! On sait si les herbes ont survécus ?

    Les autres solutions alternatives ne sont pas mal non plus, merci pour cette découverte !

  2. betkaoui dit :

    bonjour , je suis Mer betkaoui fethi chef d’entreprise de travaux bâtiment & hydraulique
    de l’Algerie (Oran)
    voila je suis tres interressé par cette peinture pour gazon a usage commerciale, veuillez me contacter ou m(envoyer des brochures pour l’utilisation et la disponibilite ,……..etc

  3. Christine dit :

    Bonjour,
    Désolée mais nous ne commercialisons pas ces peintures. Elles sont fabriquées aux Etats Unis et vous les trouverez facilement sur Internet je suppose.
    Cordialement

  4. Merci pour ces informations de comment concilier la pécheresse et la pelouse. Chez nous, on cherche une solution pour notre gazon sec. Je trouve que de pomper et d’utiliser l’eau de sous sol est une bonne idée. Merci pour ces conseils.

  5. Christine dit :

    Bonsoir,
    Mais où êtes vous donc pour parler de sécheresse en ce moment !!!
    Cordialement

Laisser un commentaire