Ravageurs et maladies au jardin : Partie 1 : repérer les soucis

9 février 2014

Certaines maladies reviennent chaque année, on le sait bien : la grippe en hiver et le rhume des foins au printemps. Au jardin, c’est pareil, certains fléaux attaquent nos plantes à certains moments de l’année. Pourtant, on a beau savoir que le mal va arriver, on se laisse souvent surprendre. Et quand on se rend compte que la maladie ou le prédateur sont là, le mal est déjà bien installé et souvent plus difficile à combattre.

Nous vous proposons ici quelques méthodes pour contrer les attaques des maladies cryptogamiques et des insectes et araignées les plus courants. Dans cet article, on cherche à repérer les problèmes potentiels.  Dans le suivant, on mettra un nom sur les maux et on évaluera leur gravité. Dans le troisième article enfin, on réfléchira aux méthodes de lutte en agriculture biologique.

Le jardinier est un promeneur attentif

La première règle pour protéger son jardin est de savoir le regarder car bien connaître ses arbres ou ses plantes est le meilleur moyen de reconnaître quand ils ne vont pas bien. Chaque changement par rapport à l’habituel peut constituer un indice : le changement de la couleur d’une feuille, la tenue moins rigide d’une hampe florale, le gonflement anormal d’une branche ou le fait qu’elle se torde, une écorce qui s’abîme…

Un petit tour au jardin chaque fois que l’on peut est donc la meilleure façon de détecter les difficultés. C’est extraordinaire tout ce que l’œil saisit et enregistre et ce que le cerveau classe, méthodiquement. Sans aborder même l’aspect ‘diagnostic’ que nous explorons par ailleurs, il s’agit pour l’instant de regarder ses plantes et d’exercer son talent d’observation. Voici par exemple la photo d’un plaqueminier ‘Muscat’: port érigé, feuilles larges souples et luisantes, écorce impeccable, il respire la santé.

 

1 Kaki Muscat

 

Lorsque l’on a pris l’habitude de regarder, on peut voir les différences, et les évolutions peu encourageantes. C’est un moment critique car, soyons honnêtes, on a souvent tendance à nier les problèmes. Parce qu’on ne les comprend pas, ou parce qu’on les minimise. Or, s’il y a une anomalie, il faut comprendre pourquoi. Voyez ces photos d’un saule Salix udensis ‘Sekka’. En haut, la vue globale, pas de problème apparent. Mais si l’on s’approche (Photo du bas), on remarque le gonflement et l’aplatissement de certains rameaux. C’est une particularité de cette variété de saule d’avoir des rameaux tout tordus et aplatis, un phénomène nommé ‘fasciation’ et qui peut être dû à de multiples causes : anomalie génétique, affection virale, blessure  au collet de la plante… Cette variété de saule présente souvent cette particularité qui est appréciée d’un point de vue esthétique. Comme il produit en plus de très gros et nombreux chatons, on comprend pourquoi il est très utilisé en art floral oriental.

2 1 Salix Udensis 'sekka'2 2 Salix udensis 'sekka' zoom

Une autre découverte de la promenade,  cette branche de framboisier. Elle montre un gonflement au milieu de la tige . Il s’agit d’une galle provoquée par les larves de Lasioptera rubi, une espèce de cécidomyie, une minuscule Mouche noire de 2 mm, qui a pondu l’année précédente dans les pousses tendres. « Chaque galle uniloculaire contient de nombreuses larves, l’intérieur de la loge est tapissé du mycélium d’un champignon microscopique introduit par la femelle au moment de la ponte. Le champignon se développe en même temps que les larves qui le consomment au lieu de se nourrir du végétal dont la croissance n’est pas affectée. » (voir l’article de ‘Démons et merveilles’)

3 Framboisier gonflé

Donc, il faut regarder et chercher, le reste vient facilement. Plus on observe, plus on apprend à regarder.

Les stades phénologiques : des repères au cours de l’année

Les scientifiques ont cherché à jalonner la croissance des plantes au cours de l’année pour signaler certaines étapes particulièrement significatives dans le développement de la plante, de la fleur et du fruit. C’est ce qu’on appelle les stades phénologiques. Une planche très connue en France est celle ci dessous, éditée par l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) et qui montre les étapes du développement des fruits.

 4 1 Stades végétatifs des arbres fruitiers

Chaque variété est ainsi décrite pour caractériser ses différents stades de développement. Pour mieux observer les détails, voici ci-dessous  la planche de l’INRA qui présente les stades phénologiques du poirier.

5 1 Stades phéno poirier

Et la planche ci dessous, éditée par le CITFL (Centre Technique Interprofessionnel des Fruits et Légumes) , présente les stades phénologiques du framboisier. Le site internet de l’Union Fruitière Lémanique présente des planches de nombreux fruits préparées par l’INRA, par le CIFTL ou par le Service de l’Agriculture du Canton de Vaud.

5 2 S P Framboisiers

Bien que les organes fruitiers de ces deux espèces (poirier et framboisier) ne se ressemblent pas du tout, on comprend bien que, dans les deux cas, l’objet est de caractériser des phases d’évolution, ce qui permet ensuite aux professionnels d’avoir des repères clairement identifiables.

Chaque plante passe ainsi chaque année par un certain nombre de stades codifiés et nommés par des lettre (A à J) qui correspondent à un événement physiologique pour la plante et, pour en citer quelques uns :

  • Le repos végétatif, après la chute des feuilles caractérisé par le bourgeon d’hiver
  • Le gonflement du bourgeon
  • L’apparition des bourgeons floraux
  • Le stade de pleine floraison, quand toutes les fleurs sont épanouies
  • La nouaison : stade auquel le fruit commence à se former
  • La véraison : le fruit commence à mûrir et à changer de couleur

Voici quelques illustrations :

Fruitiers au stade de pleine floraison (F2)

Les fleurs sont ouvertes, bien étalées (kiwi, à gauche), ou simplement épanouies (cerisier à droite). Pour le cassis (au centre) 50% des fleurs sont ouvertes.

1 Kiwi2 Cassis3 Cerisier

Fruitiers au stade de la nouaison (H)

En général, tous les pétales sont tombés et la base du calice commence à grossir. Ci dessous, les ébauches de fruits du myrtillier (à gauche), du pêcher (au centre) et du poirier (à droite).

4 Myrtillier5 bis pêcher6 bis poirier

Fruitiers au stade de bourgeon gonflé (B)

A la sortie de l’hiver, les écailles des bourgeons glissent lentement les unes sur les autres pour permettre aux bourgeons de grossir. C’est la dernière étape avant que le bourgeon ne commence à s’ouvrir et à laisser paraître des ébauches de fleurs ou feuilles, selon les cas. Ci-dessous, de gauche à droite, bourgeons de prunier, pommier et abricotier. (Dessins stades repères d’après M. Baggiolini in Croqueurs de Pommes).

8 bis prunier7 bis pommier 9 bis abricotier

 

Les stades phénologiques sont utiles pour repérer les attaques de ravageurs et de maladies

Les étapes de développement  sont importantes à surveiller car elles correspondent à des stades où les plantes sont sujettes à des attaques bien spécifiques : aléa climatique (gel, sécheresse…), maladies ou ravageurs qui peuvent soit retarder (ou stopper) leur croissance soit compromettre leur floraison ou leur fructification. La connaissance de la chronologie de ces maux est bien répandue parmi les jardiniers. Voici par exemple ci-dessous un extrait du programme de traitement des cerisiers proposé par l’association des Croqueurs de Pommes. Dans les deux premières colonnes de ce tableau, montrées ci dessous, l’association indique non seulement quels parasites et maladies sont susceptibles d’attaquer les cerisiers, mais aussi à quel moment. On notera que le calendrier n’est pas seulement exprimé en terme de date, ce qui ne serait intéressant que pour un certain endroit en France, mais aussi en terme de stade phénologique, ce qui tient automatiquement compte des différences de climat d’une région à l’autre.

9 Croqueurs calendrier Cerisiers

Source : Les Croqueurs de pommes. (2008). ‘Maladies et Ravageurs au Verger. Brochure technique

En étudiant ce tableau, on comprend qu’il faudra surveiller les attaques de pucerons aux stades E-E2 (début de l’éclosion des boutons floraux) et au mois de mai. Ces observations sont précises. Les chenilles par exemple s’invitent au festin à l’occasion de l’éclosion des boutons floraux. Ensuite, elles ne représentent plus une menace pour les cerisiers, ni pour les cerises. Pas besoin donc de traitement anti-chenille à une autre période. Certaines autres affections en revanche, la moniliose par exemple, sont toujours là, en embuscade. Elle est prête à exploser avant le stade C, mais encore aux stades E et F, puis juste avant la récolte. Contre elle, pas de traitement ponctuel mais plutôt une cure régulière.

L’étude des stades phénologiques permet également de surveiller les retards (ou avances) éventuels des variété fruitière entre elles dans une même région ou les différences d’une région à une autre, un phénomène très intéressant quand il s’agit de fournir une clientèle soucieuse de produits frais locaux. Des membres de l’Association des Croqueurs de pommes remplissent chaque printemps un bulletin qui indique, variété par variété, la date à laquelle l’arbre qu’ils surveillent a atteint le stade F2 (fleur épanouie). Pour référence, on repère également ce stade sur le forsythia (une des premières plantes à fleurir) et sur l’aubépine monostyle (tardive) à un endroit proche du verger objet du relevé. Ceci permet de comparer des relevés effectués dans des jardins sujets à des aléas climatiques différents.)

L’exercice semble fastidieux… et il l’est, surtout si vous avez quelques dizaines de variétés de fruitiers à surveiller. Et il n’est pas facile à accomplir. Il faut visiter souvent les arbres pour ne pas ‘rater’ le bon moment et établir un relevé précis. Toutefois, c’est un bon exercice car il démontre combien la rigueur est nécessaire quand on parle d’agriculture biologique. En effet, puisque les moyens utilisés sont doux et ciblés dans leur action, leur utilisation doit être tout aussi précise, en particulier en ce qui concerne leur date de mise en œuvre. C’est un élément que nous soulignons auprès de nos stagiaires, lors des stages de protection du jardin contre les maladies et ravageurs, qu’il s’agisse des soins à apporter aux arbres fruitiers de plein vent, en particulier à l’occasion des tailles ‘en vert’ ou  des stages dédiés aux petits fruits.

 Conclusion : avant d’agir, regarder et essayer de comprendre

Observer régulièrement ses plantes et dépister les anomalies est la base de la lutte raisonnée. Pour être efficace, le dépistage doit être effectué de façon régulière. Chaque fois que l’on peut, il faut noter ces observations pour effectuer ensuite des comparaisons sur un même endroit au cours du temps, ou entre différents endroits.

Le prochain article cherchera à identifier les maux observés. En attendant nous vous proposons de méditer sur cette photo d’une inflorescence de pommier ‘Jonagold‘.

11 Inflorescence pommier


Pour aller plus loin sur le sujet de la phénologie


2 réponses à “Ravageurs et maladies au jardin : Partie 1 : repérer les soucis”

  1. pompom dit :

    bonjour ,
    sur votre page http://jardindesmerlettes.com/blog/20140209/ravageurs-et-maladies-au-jardin-partie-1-reperer-les-soucis/ (pleine d’infos sympas, merci !) vous proposez d’en savoir davantage sur phénologie en allant sur : https://www2.nancy.inra.fr/unites/lerfob/ecologie-forestiere/pages-perso/f-lebourgeois/phenologie.html

    … mais l’accès semble interdit :-( (
    Une piste pour les obtenir ?
    Merci !
    Cordialement
    pompompasgirl

  2. Christine dit :

    Bonjour,
    L’Observatoire des saisons est un site très intéressant pour comprendre la phénologie.
    Cordialement

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