Taille en vert (première partie) : éborgner, effleurer, ébourgeonner, éclaircir, pincer… Et ensacher !

15 juillet 2013

Pour la plupart des jardiniers, soigner les arbres fruitiers signifie les tailler. Mais tailler n’est pas toute l’histoire, loin de là. Nous vous présentons ici quelques techniques simples qui précèdent les tailles d’été (dites tailles ‘en vert’ car le bois n’est pas encore aoûté) et qui aident très efficacement les arbres en cours de saison en répartissant les flux de sève. Il s’agit des éborgnages, des effleurages, des ébourgeonnements et des pincements. Il est également très utile d’éclaircir les fruits et de les ensacher.

Le développement des arbres au cours de l’année

Les stades repères

Chaque arbuste fruitier passe, au cours de la saison, par des stades de développement bien identifiés et qui sont catalogués par les professionnels. Ces stades phénologiques (voir le tableau ci dessous, établi par l’INRA) sont importants à identifier car à chacun d’eux correspond une sensibilité particulière de l’arbuste, et, partant, une action possible de la part du jardinier. En jardinage bio, on cherche à prévenir plutôt qu’à guérir et il est crucial de prendre chaque problème à temps.

Un exemple : le développement des bourgeons

Le moment où les bourgeons commencent à grossir, ou ‘débourrement’, est particulièrement favorable aux maladies cryptogamiques. En effet, les spores qui se sont réfugiés avant l’hiver dans les interstices entre les écailles des bourgeons  se répandent lorsque les bourgeons grossissent en écartant les écailles. C’est donc le moment idéal pour limiter l’invasion par une pulvérisation de purin fongicide et enrayer ainsi tavelure et moniliose, par exemple.

L’éclosion des fleurs

De même façon, à l’éclosion des fleurs on surveillera les invasions de certains insectes (larves ou imagos) dévoreurs ou piqueurs : chenilles de tous poils, thrips, etc.

 Stades phénologiques INRA

La chronologie des dates de floraison

Ce sont les amandiers (Prunus dulcis) qui ouvrent la saison, puis les autres variétés de prunus, les pêchers (P. persica) et abricotiers (P. armeniaca), les pruniers (P. domestica) et les cerisiers à fruits (P. avium) et à fleurs (P. serrulata). Ci dessous, quelques fleurs de ce printemps 2013 : de gauche à droite, fleurs d’amandier ‘Texas’, prune ‘Reine Claude dorée’ et cerisier guigne ‘Guindhoul du Tarn’ .

1 Amandier 'Texas'2 Prunier 'Reine Claude dorée'3 Guigne 'Guindhoul du Tarn'

Viennent ensuite les poiriers, les néfliers, les cognassiers et les pommiers. Ici, les fleurs du poirier ‘Dr Jules Guyot’, du néflier ‘Monstrueuse d’Evreinoff’ et du cognassier ‘Champion’.

4 Poirier 'Dr Jules Guyot'5 Néflier 'Monstrueuse d'Evreinoff'6 Cognassier 'Champion'

Et, quand le mercure du thermomètre est solidement ancré dans les températures printanières, les kiwis (actinidias, ici la variété ‘Hayward’), la vigne (‘Perdin’) et enfin les kakis (plaqueminiers, ici le kaki ‘Fuyu’).

7 Actinidia mâle chinensis 'Hayward'8 Vigne9 Kaki 'Fuyu'

 

La saison peut être plus ou moins précoce, selon les conditions climatiques. En revanche, la chronologie des floraisons entre les différentes espèces est immuable. Elle correspond en effet à des cumuls de lumière et de chaleur qui doivent être atteints pour que la plante s’éveille de sa dormance hivernale. Et le soleil brille pour tout le monde !

Les soins aux arbustes fruitiers au cours de la saison :

Pour les plus timides d’entre nous, ou ceux qui disposent de peu de temps, une ‘taille en vert’ proprement dite peut paraître difficile dans ce cas, certains gestes simples doivent cependant être impérativement effectués durant la période de pousse. L’objectif est d’éviter que des éléments indésirables mal placés poussent le long de chaque branche. La stratégie est d’agir le plus tôt possible, car moins ce que l’on enlève est gros, moins l’arbre souffre et plus la cicatrice est petite.  Comme on l’explique lors du stage dédié aux maladies et prédateurs, il y a plusieurs manières d’opérer selon le moment où le jardinier a repéré un problème potentiel.

Éborgner  = supprimer un œil

C’est l’idéal : remarquer tout de suite qu’un œil est en train de gonfler à un endroit indésirable et va se transformer en bourgeon. Si on le laisse se développer, c’est un rameau qui poussera sur  cette branche dans deux semaines. Un rameau d’autant plus fort qu’il serait situé sur le dessus de la branche et qui accaparerait ainsi une bonne partie du flux de sève, au détriment de l’axe principal et ce rameau, mal placé, gênerait les autres axes de cette forme fruitière.

On supprime donc l’œil avec l’ongle, on l’éborgne, s’il est encore petit ou sinon on utilise la lame du sécateur ou une serpette en veillant à ne pas plier la branche qui cicatrisera bien vite. Ci dessous, trois photos montrant les gestes à effectuer. On constate (photo de droite) que la blessure n’entame que l’écorce de la branche et la zone du cambium, mais pas les couches plus profondes de tissus de la branche.

 

1 Avant2 Pendant3 Après

Ébourgeonner = supprimer des bourgeons

Si l’œil n’a pas été remarqué à temps, c’est un bourgeon qui se développe. Lui aussi doit être retiré bien vite. Sur une forme fruitière comme celle montrée ci dessous, cette situation est très fréquente car la sève, dont le circuit est contraint par la forme, cherche à s’échapper et des bourgeons apparaissent à chaque coude.

1 Bourgeon floral naissance rameau

 

Lorsque l’on n’a pas remarqué le bourgeon à temps, on peut encore intervenir en arrachant le petit bouquet de feuilles qui se développe avant  le rameau. Il vaut mieux arracher le petit rameau, plutôt que de le tailler avec des sécateurs ou une épinette, car cela permet d’ôter le tissu à la base qui contient tout le matériel génétique pour former un nouveau bourgeon.

2 1 Tige à ébgt2 2 Suppression pousse2 3 Suppression pousse 2

 

On voit ci dessous le résultat d’un arrachage correctement effectué. Tout le tissu de la base du rameau a été retiré (à gauche) et la cicatrisation se fait très rapidement (au centre). L’année suivante un joli bourrelet de cicatrisation s’est formé (à droite).

2 4 Suppression pousse 32 5 Cicatrice jeune2 6 Cicatrice vieille

 

L’arboriculteur Vercier recommande de pratiquer cet arrachage des jeunes pousses dès leur apparition sur de nombreuses espèces fruitières. Ci dessous, l’exemple d’une branche de pêcher sur laquelle il est recommandé de supprimer les pousses o et m, pour laisser plus de place et de sèves aux autres (A, B, C et n). (Vercier ‘…. “l’arboriculture fruitière en images“, 19… p…).

Ebourgt pêcher Vercier p 127

Effleurer = supprimer des fleurs

Un autre travail très important consiste à supprimer les fleurs en surnombre. Cette opération est facile à réaliser, il suffit d’être soigneux et d’avoir le bon instrument (voir ci dessous) mais elle n’est vraiment nécessaire que dans deux cas : pour épargner des arbres âgés et lorsque l’on ‘monte’ une forme fruitière.

Epargner les forces des arbres âgés

Produire des fleurs constitue un stress pour un arbre fruitier et utilise beaucoup d’énergie. Lorsque l’on est en train de restaurer un arbre, il n’est pas utile de laisser venir des fruits sur les branches en cours de restauration. Il vaut mieux que toutes les forces de l’arbre aillent dans sa structure. On élimine donc une grande partie des fleurs avant même leur éclosion.

Monter une forme fruitière

Après la fleur, le fruit. Lorsqu’un fruit se forme sur une coursonne, un renflement, appelé ‘bourse’, se forme à la base du fruit et demeure sur la branche après la cueillette du fruit. La bourse est constituée de tissus de liège qui agissent comme un filtre sur la branche, ralentissant le flux de sève. Si on laisse éclore une fleur sur une terminaison de cordon dans une forme fruitière, on permet à un filtre de s’établir sur ce cordon. Il est donc impératif d’effleurer tous les prolongements.  

Ci-dessous à gauche, un prolongement qui a porté un fruit et sur lequel s’est formé une bourse. On comprend la difficulté créée par cet élément indésirable. Au centre, une branche de prolongement (extrémité d’un cordon) en fleurs. Il suffit d’effleurer la branche (photo de droite) chaque année, tant que les coursonnes ne sont pas solidement établies.

1 1 Bourse suite à fruit1 2 Prolongt avant effleurage1 3 Prolongement effleuré

 Ci-dessous, une opération d’effleurement en cours. Le rameau de prolongement pourra continuer de croître sans être gêné par la formation d’un filtre de liège. Pour cet acte très précis, une épinette convient mieux que des sécateurs dont les lames trop larges ont du mal à se glisser à la base du bouquet floral.

 

2 Explication Prolongt Fleur et fruit vs pousse

 

Eclaircir les fruits

Beaucoup de personnes s’y refusent par peur de limiter leur récolte, mais l’éclaircissage des fruits ne réduit pas la récolte, bien au contraire. D’une part, on obtient des fruits plus gros, plus savoureux et en meilleur état. D’autre part, on en récolte tous les ans car l’éclaircissage réduit l’alternance. En effet une grosse production de fruits une année, par exemple, des pommes, inhibe en grande partie l’induction florale qui permettra la récolte de l’année suivante. Une troisième raison est liée à la façon dont les ravageurs s’attaquent aux fruits. Comme on le voit lors du stage sur les insectes, le carpocapse, par exemple, pond toujours au point de frottement entre deux fruits. La chenille, quand elle éclot, pénètre dans le fruit à ce point de jonction, bien protégée du vent et de la vue des oiseaux. Comprendre ces modes opératoires des insectes ravageurs, est le premier pas pour  pratiquer la protection intégrée.

Toutes les espèces ne s’éclaircissent pas de la même façon. Le schéma ci-dessous montre comment éclaircir les pommes. On ne laisse que la pommette centrale (A) et on supprime toutes les autres. Pour les poires, on peut laisser deux fruits (B), s’ils ne se touchent pas.

0 Eclaircissage des fruits Vercier p295

Ci dessous, des photos d’un poirier ‘Beurré Hardy’ : le bouquet initial de poirettes (à gauche), le bouquet éclairci à une seule poirette (au centre) et le fruit résultant, en fin d’été (à droite). Et dans le rang en dessous, un exemple d’éclaircissement de pommes.

1 1Bouquet poire avant1 2Bouquet poire éclairci1 3Poire fruit2 1 Pomme bouquet2 2Pomme éclaircie2 3Pomme fruit

Il faut aussi éclaircir les coings, pour éviter de surcharger l’arbre, ainsi que les pêches et les abricots, en ôtant tous les fruits qui sont sur ou sous la branche. En revanche, les prunes (mirabelles, questches…) et les cerises ne s’éclaircissent pas. Ci-dessous, un éclaircissage conduit sur un pêcher, et la récolte résultante.

3 1Pêche3 2Pêche éclaircie

Les conséquences d’une récolte surabondante peuvent être grave pour un arbre. Des fruits en surnombre épuisent l’arbre et déforment les branches qui ploient sous le poids. On voit ci-dessous une branche de pêcher courbée à 90° sous les fruits.

 

3 pêcher non éclairci et étai

 

Les pincements

 Principe général

Il s’agit de contenir la pousse d’une branche pour ralentir la sève et mieux irriguer les bourgeons à la base du rameau. Les pincements peuvent avoir lieu plusieurs fois au cours de la saison. les premiers sont pratiqués lorsque le rameau a atteint une trentaine de centimètres mais est encore herbacé car aucun aoûtement n’a encore eu lieu. On sectionne la pousse en la pinceant entre les ongles ou avec une épinette (a). Le rameau repousse ensuite et on repasse quelques semaines plus tard pour pincer de nouveau (b), en même temps que l’on pratique la taille en vert.

0 principe général

Exemples sur différentes espèces fruitières

Images des  abricotier, pommier et cerisier

 

2 1 Abricotier Vercier p 212 2 Pommier Vercier p 2192 3 Cerisier Pinct et TV Vercier p 43

 

Cas particulier : les pousses à la base des bouquets de fruits

Certaines pousses doivent absolument être supprimées : ce sont celles qui partent de l’intérieur d’un bouquet de fruits, comme montré ci-dessous. Quelque temps après l’éclosion des fleurs et la formation (nouaison) des fruits, des pousses apparaissent qu’il faut supprimer en même temps que l’on éclaircit les fruits . Ci dessous, les photos d’un bouquet avant et après suppression de la pousse au centre du bouquet, avant éclaircissage des fruits.

1 1Pomme avec pousse1 2Pomme sans pousse

L’ensachage

 La dernière tâche, et non la moindre, qu’il est utile d’accomplir en ce moment est l’ensachage des fruits. Cela consiste à recouvrir chaque fruit, individuellement, d’un pocheton de papier qui le protègera des maladies cryptogamiques et des attaques d’insectes : chenille de carpocapse foreuse de galeries pour les pommes, frelons piqueurs et dévoreurs pour les poires. Le procédé est long, fastidieux (pour préparer les sacs) mais très efficace. Il est d’autant plus utile qu’il concerne une variété tardive qu’il faudra conserver plusieurs mois au fruitier avant qu’il soit possible de la consommer.

On pose les sacs dès que les fruits atteignent la grosseur d’une noix : avant, le fruit ne serait pas assez gros pour retenir le sac. Plusieurs formes sont possibles pour les sacs et étonnamment, ils semblent être aussi efficaces qu’ils aient (D) ou non (C) un fond.

1 1Ensachage élèves  poirier1 2Ensachage Vercier p 1791 3Pommier Calville

 

Et, voici, en plus grand, un poirier ‘Comice’ dûment ‘empaqueté’.  C’est là que l’on apprécie les formes plus basses… Les sacs sont retirés soit fin août quand des fruits commencent à tomber, pour les poiriers, soit mi octobre pour les pommes plus tardives. Les fruits cueillis sont débarrassés de ces enveloppes et installés au fruitier. Étonnamment, la présence des sacs n’empêchent nullement les fruits de mûrir.

2 Doyenné du Comice

Les outils à utiliser

  • Raphia (synthétique et naturel) et ciseaux : à gauche.
  • Epinettes : au centre
  • Sécateurs et lien plastique : à droite

 

Ciseaux raphiaÉpinettesSécateur et lien

 

Voir les stages dédiés aux soins des arbres fruitiers en cours de saison :

Et, pour la suite des travaux à effectuer durant l’été, voir nos autres articles :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 


2 réponses à “Taille en vert (première partie) : éborgner, effleurer, ébourgeonner, éclaircir, pincer… Et ensacher !”

  1. Thierry Charpentier dit :

    Bonjour,
    Certaines de vos photos, agrémentant vos propos, ne sont que des cadres avec un point d’interrogation au milieu. C’est d’autant plus dommage que ce sont celles qui m’intéressent le plus. quelle est l’explication, quelle est la ruse pour les voir?
    Merci, bonne journée.

  2. Christine dit :

    Bonjour,
    Désolée, je ne sais pas vous répondre. Cela a probablement à voir avec votre système informatique : avez vous essayé chez un parent ou ami ?
    Cordialement

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