Observer ses arbres fruitiers pour repérer les attaques d’insectes ravageurs ou de maladies

29 mai 2012

Comment protéger son jardin fruitier des attaques des multiples ravageurs et maladies qui l’assaillent au long de l’année ? Et comment le faire en douceur, c’est à dire, sans diminuer sa capacité à se défendre tout seul ? Une question qui préoccupe chaque jardinier : on sait combien les efforts d’une année peuvent être détruits rapidement par l’attaque soudaine (et sournoise) d’un champignon ravageur ou d’une colonie d’insectes affamés. Nous vous proposons ici quelques repères simples pour organiser votre programme de veille et de protection.

Diagnostic de l’état phyto sanitaire du verger

1-Recherche des  insectes

Pas la peine de s’inquiéter inutilement : tous les insectes ravageurs ne sont pas partout. Bien au contraire. Plus un verger est diversifié en espèces et en variétés, plus il accueille des cultures associées, moins un insecte ravageur ou une maladie a le pouvoir de s’y installer de façon durable car plus ils seront faciles a combattre et à éliminer.

Repérer et suivre les traces des insectes

Ils ne sont pas toujours faciles à trouver car ils usent de mimétisme pour se rendre invisibles, témoin cette chenille de papillon ‘géomètre’ dans la photo ci-dessous. A défaut de voir l’insecte facilement on recherche les traces qu’il a laissées derrière lui : un crachat (de coucou), du miellat (de puceron), une galerie (d’insecte xylophage)… Puis, de la trace, on remonte à l’insecte prédateur.

Phalène ou géomètre 2

Certains insectes se remarquent bien facilement tant ils causent des dégâts importants. Ci dessous, à gauche, des chenilles sur une inflorescence de pommiers, au centre des chenilles sur une jeune pousse de cerisier et à droite des feuilles de pommiers abîmées par des insectes piqueurs, pucerons ou acariens…

Attaque chenille sur pommierAttaque chenilles sur cerisierAttaque pucerons sur feuilles pommier

Parapluie (ou plateau) à insectes

D’autres insectes se repèrent facilement à l’œil nu, bien qu’ils soient tout petits, en raison de leurs couleurs chatoyantes. C’est le cas des acariens rouges ci dessous, ou de certains coléoptères, tels le criocère du lys.

Acarien 1Acarien 2Acarien 3

D’autres insectes sont, en revanche, difficiles à trouver. On peut alors placer un grand plateau blanc en dessous des branches que l’on secoue. On observe ensuite la ‘récolte’… et l’on est souvent surpris par la diversité de ce que l’on voit.

Installation d’un piège à phéromones

On peut aussi attirer les insectes pour vérifier s’ils sont présents au jardin. Pour cela, une méthode efficace consiste à suspendre dans l’arbre fruitier un piège à phéromones qui attire l’insecte ravageur spécifique à cette espèce fruitière. Cela permet au jardinier un comptage précis. Dès que l’insecte a été capturé, le jardinier sait qu’il est temps d’intervenir. On procède ainsi pour repérer les premières attaques de carpocapse du pommier ou de mouche de la cerise ou de la prune.

Piège à phéromones

2- Recherche des maladies et blessures

En plus des dégâts causés par les insectes, il faut également vérifier si des maladies ou des blessures affectent les arbres. Le jardinier doit développer son esprit d’observation.

Diagnostic de vitalité

C’est par ce diagnostic que l’on commence les travaux pratiques des stages au jardin. L’approche la plus simple consiste à observer la pousse des arbres au printemps. On regarde de combien les branches se sont allongées depuis l’hiver. Si l’on trouve que la pousse est réduite, on s’interroge sur des causes générales possibles : hiver plus long que de coutume, manque de pluie en début de printemps… Mais au delà de ces aléas qui affectent tout le jardin, et si l’arbre ne pousse toujours pas au mois de mai, on peut penser que l’arbre rencontre un problème spécifique. Il y a une mauvaise synchronisation entre sa partie souterraine (ses racines) et sa partie aérienne (ses branches) et le circuit de sève ne fonctionne pas bien. Voici quelques exemples d’arbres qui présentent un manque de vitalité :

Manque vigueur cerisierManque vigueur pêcherManque vigueur pommier

Les causes du manque de vitalité peuvent être multiples : un sol trop lourd, trop sec ou trop humide (hydromorphe), un porte greffe mal adapté au terrain ou à la variété greffée, ou alors une blessure ou une maladie. Ci-dessus, la variété greffée sur le cerisier est mal adaptée à la fois au climat de la Nièvre, trop froid, et au porte greffe nanifiant qui a été utilisé pour pouvoir palisser l’arbre. D’autres variétés de cerisiers, plantées dans exactement les mêmes conditions, se portent très bien (ci-dessous à gauche). Le pêcher du milieu souffre d’une blessure en son centre. Son tronc a été cassé il y a quelques années. La blessure n’a pas été nettoyée et le centre de l’arbre a pourri, permettant à un amadouvier de s’installer (ci-dessous au centre). Le pommier de droite faisait l’objet d’une attaque de pucerons lanigères. L’attaque enrayée, il a retrouvé une meilleure vitalité cette année (photo de droite).

12 Vitalité cerisier13 Fomes fomentarius amadouvier sur pêcher14 Nouvelle pousse pommier

Examen des troncs et des branches charpentières : existence de blessures dues à des accidents ou à des chancres

On commence par inspecter l’écorce dès la base du tronc et on trouve souvent… la triste trace des tondeuses… Ces blessures répétées ne permettent pas à l’écorce de se renouveler comme c’est le cas lorsqu’une coupe est effectuée dans de bonnes conditions (ci-dessous, un joli bourrelet de cicatrisation sur un pommier).

Bourrelet cicatrisation

Dès qu’une blessure est remarquée, on la soigne de façon à accélérer et à accentuer la formation d’un bourrelet de cicatrisation qui finira par recouvrir toute la plaie. Voici l’état du tronc avant et après nettoyage, et un an plus tard.

Soin tronc 1Soin tronc 2Soin tronc 3

Plus haut dans la structure de l’arbre, les blessures que l’on remarque sur les branches ne sont pas dues à un fil de débroussailleuse ou à une tondeuse, mais plutôt à des branches cassées ou arrachées qui deviennent des foyers de maladie, des chancres par exemple comme ci-dessous.

22 Chancre

État et taille des feuilles

La taille des feuilles est un autre indicateur fiable de la santé des arbres. Elles disparaissent chaque année et on ne peut donc pas les comparer d’une année sur l’autre. Cependant quand on connaît bien un arbre, on connaît la taille relative de ses feuilles et de ses fruits et on peut en déduire comment l’arbre se porte. En particulier, on peut noter le long d’une branche les attaques auxquelles l’arbre a dû faire face et comment il les a surmontées.

Voici ci-dessous trois feuilles d’un pommier ‘Reinette grise du Canada’. A gauche, une feuille prélevée à la base du rameau de l’année. Elle est petite et assez mal formée. C’est normal et ce n’est pas ce genre de feuille qu’il faut examiner. La feuille de droite est une feuille bien formée. Sa couleur assez sombre indique qu’elle a poussé depuis quelques semaines déjà. Elle est en bonne santé, ce qui est bon signe pour l’arbre et est confirmé par la feuille du milieu, toute récente et elle aussi en bon état.

Feuilles pommier

La photo ci-dessous montre trois feuilles d’un même poirier. Là, l’histoire est plus compliquée. La feuille typique de l’arbre est à droite, bien formée et vernissée. La feuille du milieu témoigne d’une sévère attaque d’acariens mais la feuille de gauche, prélevée sur un jeune rameau, est de nouveau lisse et régulière. Ceci témoigne que l’arbre a surmonté l’attaque. A garder sous surveillance…

Feuilles poirier

Et voici ci dessous des feuilles de pêcher : à gauche, la feuille est en bonne santé, au milieu, elle a été attaquée par de la cloque, à droite, une nouvelle feuille qui montre que l’arbre a, là encore, surmonté cette attaque.

21 Feuilles pêcher

Blessures sur les fruits

Les insectes vont et viennent, mais sur les fruits aussi, ils laissent des traces. Hélas, ils ne sont pas les seuls à abîmer nos fruits. Voici quelques photos pour vous aider à repérer les dommages :

Les champignons causés par les maladies cryptogamiques sont responsables d’une grande parties des maladies sur les fruits. Ci-dessous, de gauche à droite, une branche attaquée par l’oïdium, une poire couverte de moniliose au centre et de tavelure à droite.

OïdiumMoniliose poirierTavelure

Et quelques autres ravages : une attaque de carpocapse à gauche, de bitterpit au centre et des blessures causées par la grêle, à droite.

CarpocapseBitter pitGrêle

Pour en apprendre davantage sur ce sujet, nous vous proposons de suivre un stage au Jardin des Merlettes :

Voir le stage Ravageurs et maladies des arbres fruitiers

Et, de chez vous, vous pouvez lire sur le blog l’article qui décrit l’éventail des mesures à prendre pour favoriser la biodiversité au jardin.

Découvrir le parcours de biodiversité au Jardin des Merlettes

 

 


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