Compter les vers de terre du jardin

12 mars 2012

On connaît l’importance des vers de terre pour la vie du sol de nos jardins : aération, drainage, incorporation de la matière organique, mais aussi enfouissement des déchets et des spores pathogènes. Sans compter la construction du complexe argilo-humique et donc l’amélioration de la structure du sol. Et chacun de nous sait qu’ils existent, car il les a rencontrés. Mais comment savoir si notre jardin leur est hospitalier et,  plus précisément, combien il abrite de vers de terre : combien, lesquels et où ?

Repérer l’existence des vers de terre

Le plus facile est de repérer les turricules, c’est à dire les petits monticules d’excréments que les vers de terre rejettent à la surface du sol (photos ci dessous).

Turricule1Turricule2Turricule3

Quand on désherbe les parterres de vivaces, on les trouve tout près des racines. On pourrait en déduire que ces petites bestioles cherchent à grignoter les racines de nos fleurs : mais que nenni ! Ce sont les racines des fleurs, au contraire, qui repèrent les galeries formées par les lombrics, s’y faufilent, et s’y nourrissent du mucus qu’ils y ont laissé, des éléments nutritifs concentrés, des enzymes et des antibiotiques contre les bactéries et les champignons pathogènes (dessin de Vincent Bobée).

Tunnels vers de terre

Le turricule n’est souvent qu’un vestige ‘historique’ du passage du ver de terre : au moment où l’on voit le petit monticule, le ver de terre n’est plus à cet endroit. Il a simplement laissé la marque de sa présence… et de son travail. L’abondance des turricules dans un jardin coïncide bien sûr avec la présence de nombreux vers de terre, mais comment les voir ?

Les différentes espèces de vers de terre

“Glissez un tube, le tube digestif, à l’intérieur d’un autre fait d’anneaux successifs (de 80 à 450) dotés de muscles qui permettent contraction et extension et vous aurez une image, très simplifiée, de l’organisation d’un ver de terre.” Voilà la description de l’anatomie d’un ver de terre offerte par le site ‘Chez Alice’ . Futura Environnement est un autre site bien renseigné sur le sujet.

Pour préciser notre discussion, remarquons qu’il n’existe pas une seule espèce de vers de terre ou ‘lombrics’ mais que le sol de nos jardins en abrite généralement trois. Ils ont des habitudes différentes et, en particulier, ne vivent pas dans le même ‘horizon’ du sol, c’est à dire à la même profondeur.

  • Les ‘épigés’ vivent sur le sol, à l’abri sous les feuilles ou les débris qui le jonchent. Ils sont rouges, très fins, et beaucoup plus vifs que les autres. On les trouve en particulier dans les tas de compost ou de fumier.
  • Lesanéciquescreusent des galeries verticales et passent leur temps à aller chercher de la nourriture à la surface et à la rapporter en profondeur. C’est ce travail incessant qui est si bénéfique pour nos jardins, ces petites galeries améliorant considérablement le drainage des sols.
  • Les ‘endogés‘ vivent en profondeur. Ils consomment la matière organique déjà incorporée au sol mais ne vont pas la chercher en surface.

1 Ver de terre épigéeIMG_51733 Ver de terre endogé

A ceux qui souhaitent mieux connaître la vie et l’utilité de ces animaux, outre les deux sites mentionnés ci dessus, nous conseillons le livre très bien documenté de Blaise LECLERC, ‘Les jardiniers de l’ombre, vers de terre et autres artisans de la fertilité’ (Terre Vivante, 2006).

Méthode de comptage des vers de terre

Mais revenons à notre propos de départ : comment faire pour se rendre compte du nombre et de la variété des vers de terre présents dans le sol : tamiser la terre et compter ?

De nombreux auteurs indiquent que la masse des vers de terre représente la première biomasse animale terrestre. Ainsi, le CNRS rappelle, dans son dossier ‘sol et biodiversité’ qui traite des vers de terre comme de la ‘star du sol’, qu’il y a une tonne de vers de terre (soit l’équivalent d’une vache) en moyenne par hectare… et trois dans une prairie normande, soit une densité de un à quatre millions d’individus par hectare !  Mieux vaut donc chercher une méthode simple pour procéder à une estimation.

Par comptage des galeries

Une première méthode consiste à décaper la terre sur une surface donnée et à compter les galeries. Mais, d’une part, tous les types de sol ne se prêtent pas à cette méthode. Ensuite, compter les galeries n’est pas la même chose que de compter les individus.

Par tri de la terre

Alternativement, on peut déterminer une placette de 30 cm de côté, puis creuser la terre sur une certaine profondeur, par exemple 60cm, débarrasser toute cette terre sur une bâche et procéder à un comptage des lombrics par tri de la terre.

Par migration des vers en surface

Mais il existerait une méthode plus rapide et plus simple, bien bourguignonne, il faut l’avouer. On enlève la terre sur une petite profondeur, environ 15cm. On prépare une solution à base d’eau et de moutarde, environ une cuillère à soupe par litre d’eau, et on arrose la placette de cette solution aqueuse. Les vers de terre apparaissent au bout de quelques minutes. On peut alors les compter facilement (et on les rince avant de les rendre à la terre). La méthode semble assez répandue et le numéro de novembre de ‘Souffle d’ère’, la revue mensuelle d’Alterre Bourgogne consacrée au Système de Formation de Formateurs à l’Education Relative à l’Environnement (SFFERE), montre ainsi des étudiants de BTS “agronomie et productions végétales” en train de procéder à un comptage de vers de terre sur des terres agricoles.

Voir la méthode d’échantillonnage et de comptage

Nous avons essayé cette méthode au jardin une première fois, mais sans succès…. Il faisait sans doute trop froid (c’était en février) et les vers de terre avaient dû migrer plus profondément que d’ordinaire, chacun dans la partie la plus profonde de son horizon spécifique.

Pourquoi essayer de compter les vers de terre ?

Repérer ainsi les endroits les plus fertiles du jardin

Une fois qu’on sait comment compter les vers de terre, on peut commencer à regarder ce qui se passe dans son jardin, son parc… ou  son champ. La façon positive de présenter les choses, c’est de repérer les endroits où les vers de terre sont nombreux, et qui sont donc probablement favorables à de nombreuses cultures. Inversement, l’absence de vers peut nous alerter sur un manque de vie dans notre sol.

Et comprendre ce qui se passe sur le sol du jardin et les conséquences de nos actes de jardinier

On peut donc ainsi comparer différents endroits de son jardin : pour apprécier l’importance de ce qu’on a fait avant, ou aussi pour choisir à quel endroit implanter une nouvelle culture… Et pour savoir s’il y a lieu d’améliorer la structure du sol…

Car si le dessin présenté ci-dessus peut paraître anodin, l’importance des vers de terre en agronomie moderne est démontrée de façon scientifique. Une étude de l’INRA Avignon Impacts des épandages sur la vie des sols (Yvan Capowiez, Nov 2007) démontre ainsi l’augmentation de la macro-porosité des sols liée à l’action des vers de terre qui sont considérés comme des ‘ingénieurs de l’écosystème’. L’étude vérifie tout d’abord l’augmentation des populations de vers de terre résultant de différents types d’épandage puis, dans un second temps, l’augmentation de la macro-porosité. Celle ci est mesurée par prélèvement d’une colonne de sol et analyse par tomographie aux rayons X. Les résultats sont très convaincants.

Conclusion : les bonnes pratiques du jardinier soucieux de son environnement

Comment faire pour attirer les vers de terre dans son jardin ? Soigner le sol de son jardin en préservant la vie qui l’a investi.

Le désherbage de printemps

On peut commencer par un désherbage, mais celui ci sera effectué ‘façon Merlettes’ : à la main, en retournant la terre le moins possible. Bien évidemment, il n’y aura pas de recours au moindre désherbant, on se contente de dégager les fleurs pour leur donner plus d’air et d’espace.

Voir nos conseils de désherbage au printemps

Le stage de préparation du sol pour les cultures de printemps

Immédiatement derrière, un bon paillage

On ne laisse pas ensuite le sol nu mais on apporte une bonne couche de mulch pour servir de litière. On préfère un mélange léger des mauvaises herbes que l’on vient d’arracher et de secouer et que l’on laissera sur place, à condition bien sûr qu’elles ne soient pas montées en graine. On évitera les paillages trop grossiers.

Enfouir des engrais verts ou du fumier.

Et on peut enfouir des engrais verts ou du fumier. Blaise Leclerc cite (p 92) une étude montrant la prolifération de vers de terre après enfouissement de matière  organique. Plus simples à lire que l’étude de l’INRA Avignon citée ci dessus, les résultats qu’il présente sont tout aussi éloquents. Le nombre de vers de terre a triplé ou quadruplé environ 6 semaines après enfouissement de matière organique : fumier, ray-grass ou colza. Des gestes simples à ample portée.


3 réponses à “Compter les vers de terre du jardin”

  1. Jennifer dit :

    Bonjour,
    suite à la lecture de cette page je vous recommande le site de l’Observatoire Participatif des Vers de Terre : http://ecobiosoil.univ-rennes1.fr/news.php
    Cet outil tend à se développer dans les jardins urbains , une interface devrait être créer courant 2015 pour les jardiniers intéressés.

    Bonne journée!
    Jennifer

  2. Christine dit :

    Merci beaucoup pour ce renseignement bien utile. N’hésitez pas à nous informer quand l’outil sera disponible.
    Cordialement

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