Le jardin en hiver I

27 décembre 2011

Le froid et la neige ne sont pas encore arrivés. Le jardin a du mal à s’endormir, les feuilles sont tout juste tombées, et il se retrouve enfin dans son plus simple appareil. Pourtant le jardin n’est pas triste ou abandonné, au contraire. Il offre à chaque détour des points de vue colorés et inattendus. Chaque jardinier a son image hivernale préférée, selon sa sensibilité. Certains préfèrent les feuillages persistants, d’autres observent les écorces ou sont sensibles au faciès des arbres dépouillés par le vent… Petite visite commentée.

Les feuillages qui s’animent en hiver

On ne les remarque pas pendant le reste de l’année mais, les frimas venus, on ne voit plus qu’eux. Un exemple caractéristique est celui des iris sibirica. Beaucoup d’autres iris supportent mal le gel et leurs feuillages s’aplatissent aux premiers froids. L’iris sibirica, lui, commence un numéro qui se prolonge tout l’hiver. Son feuillage prend des couleurs ocres et dorées, ses tiges fanées deviennent noir foncé et cette décoration dure jusqu’à l’émergence des nouvelles pousses. Les feuilles s’abaissent alors en corolles fanées qui ne manquent pas de charme, au pied des rhizomes.

1 Iris sibirica

Quand on parle de feuillage en hiver, on pense bien sûr tout d’abord aux feuillages persistants. Les houx (photo de gauche et de droite, avec et sans neige), les mahonias (au milieu, le mahonia ‘Charity’) s’adaptent très facilement et sont peu exigeants. On les laisse en forme libre ou on les conduit en topiaire et ils offrent les premiers des fruits, et les seconds une floraison  magnifiques.

2 Feuillage Houx avec neige2 Fleur mahonia media 'charity'2 Feuillage houx

Moins connus mais tout aussi résistants et faciles, les osmanthes (‘heterophyllus’, à feuilles de houx ou burkwoodii, de Burkwood). Et aussi aux troènes, des arbustes un peu délaissés après des années de vedettariat. Ces arbustes semi-persistants sont particulièrement intéressants pour maints petits insectes qui les apprécient en hiver mais aussi au moment de leur floraison et ils supportent bien le calcaire. Nous avons planté au jardin des troènes du Japon (Ligustrum japonicum) et de Chine (Ligustrum sinense ou quihoui). Pour l’instant ils se portent bien et ont supporté grand froid (-17°), vent puissant et sécheresse printanière (mais dans un sol argileux et avec un sol bien paillé).

Un autre arbuste quasi incontournable pour animer l’hiver est le charme. Il est facile à planter et à entretenir. C’est un bel arbre, mais on peut aussi le conduire en forme basse, en charmille. Il est marcescent, c’est à dire que ses feuilles ne tombent pas, même après les gelées. Les avis sont partagés sur leur aspect esthétique car la sécheresse ne leur convient guère (photo de gauche, ci dessous), mais qu’une pluie tombe et elles retrouvent un très joli velouté (photo du milieu) et la haie retrouve alors tout son charme, si l’on peut dire (photo de droite).

3 1Feuillage carpinus betulus charme marcescent sec3 2Feuillage charme marcescent3 3Feuillage Haie de charmes ajourée

Les écorces remarquables

Notre collègue Vincent Bobée aime les arbres … et leurs écorces. C’est donc avec un soin minutieux qu’il a choisi les arbres et arbustes à planter au fruticetum du jardin. Il a fallu attendre quelques années  mais la justesse de ses choix commence à apparaître.

Parmi les arbres, il a en particulier choisi pour leurs écorces deux bouleaux, Betulus Jacquemontii (à gauche) et Betulus costata (à droite), et un Prunus serrula (au centre). Sur ce dernier, on remarque que l’écorce des branches plus jeunes ne montre pas encore la robe magnifique des branches plus âgées.

4 2Ecorce betula utilis jacquemontii4 3Ecorce prunus serrula4 1Ecorce betula costata

Parmi les arbustes, Vincent a privilégié les cornouillers. Ce choix correspond bien au plan de gestion du jardin, très frugal. Nous préférons les arbustes nécessitant un minimum de soins et s’adaptant bien aux conditions édaphiques locales. Les cornouillers basitones, blanc (cornus alba) ou sanguin par exemple, poussent très rapidement. Les arbustes plantés fin 2007 nous offrent donc déjà de vrais tableaux colorés, comme le cornouiller stolonifère (cornus stolonifera ‘flaviramea’) ci dessous. Pour les cornouillers acrotones (cornus kousa, variegata, mas), il nous faudra attendre encore un peu et c’est plutôt leur floraison au printemps et la couleur de leurs feuilles en automne qui nous émerveilleront bientôt.

9 Bois cornus stolonifera 'flaviramea'

Voir le fruticetum du Jardin des Merlettes

Les fruits

Voyez toutes ces petites baies, qu’on ne remarque pas tant que les feuilles sont là, et qui animent soudain le jardin. Mais ce n’est pas seulement la beauté de ces fruits qui est admirable, c’est aussi leur fonction de garde-manger car elles servent de nourriture à une foultitude d’oiseaux ! Certains de ces fruits se trouvent sur des arbustes du fruticetum, mais beaucoup aussi appartiennent à des arbustes des haies du jardin.

5 1Baies cornouiller sanguin 'mindwinter fire'5 2Baies de rhamnus frangula bourdaine5 3Baies cornus alba cornouiller blanc5 4Baies cotoneaster5 5Baies crataegus aubépine5 6Baies pyracantha buisson ardent

Et il y a aussi de plus gros fruits, par exemple ces plaquemines du Japon, ou Diospyros kakis. On ne peut les cueillir que lorsqu’ils ont supporté une bonne gelée, ce qui élimine leur âcreté. Ils prennent alors une magnifique couleur orange et blétissent. A ce stade, c’est un délice de sucre et de vitamine C et il faut les consommer assez vite. Le kaki ‘Fuyu’ (photo de droite) donne des fruits depuis deux ans. Pour le kaki ‘Muscat’, cet unique fruit (à gauche) est une première. Maigre récolte, certes, mais qui atteste que l’arbre est fertile, alors, donnons lui le temps de grandir.

7 1Kaki Muscat7 2Kaki muscat gros plan7 3Kaki Fuyu

Pour savoir cuisiner les kakis

Alors, triste notre jardin en ce début d’hiver ?

Une dernière image, pour ceux qui douteraient encore, celle de notre toute jeune ronce du Tibet (rubus thibetanus) qui anime le jardin avec une grande maestria bien qu’elle n’ait que deux ans. Qu’est-ce que ce sera quand elle aura atteint sa taille adulte, soit environ 3 mètres de haut, comme nous l’avons récemment admirée dans le parc anglais de Pine Lodge, dans le Devon.

9 Ecorce rubus thibetanus

Visiter le parc de Pine Lodge, en Cornouailles

A bientôt pour la seconde partie de cet article : le jardin en hiver… sous la neige.


Une réponse à “Le jardin en hiver I”

  1. alex dit :

    Cool ! c’est magnifique un plaqueminier en hiver, j’ai à peine connaissance de cet arbre et du fruit, mais c’est tellement beau que ce doit être aussi très bon (déduction logique, n’est-ce pas ?). Je crois que je vais potasser les méthodes de multiplication et me trouver une souche fertile pour en planter plein mon jardin, s’il s’y plait. Avec le réchauffement climatique, s’il vous plait. Merci pour les liens gourmands, j’ai comme une hâte de croquer dans le premier fruit venu à pleines dents !

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