Le parc High Line de New York (The High Line Project)

13 novembre 2011

Le projet High Line est une promenade construite sur les fondations de l’ancienne ligne de chemin de fer destinée aux marchandises et qui desservait jusqu’en 1980 le coté ouest (West Side) de Manhattan, à New York. La construction en 1930 de cette structure surélevée avait permis d’éliminer le flot de camions chargés de victuailles et qui engorgeait la circulation de Gansevoort Street à la 34ème rue, c’est à dire le quartier où l’on découpait la viande, en quelque sorte l’équivalent des Halles, à Paris.

New York, c’est l’envolée des immeubles vers le ciel, la densité du bâti et le manque de verdure. Alors, peut être par réaction, on y fait pousser des plantes partout où l’on peut. Ci dessous, une photo de ginkgos bilobas, des arbres fréquemment utilisé dans les rues de New York. Ils essaient de rattraper les immeubles mais ils manquent d’espace et de sol, et, en ville, c’est le béton qui l’emporte en général. Les ginkgos de Greenwich Village, plantés au début des années 70, n’ont pas beaucoup poussé. Cela semble un miracle qu’ils résistent encore.

1 0 Démesure

Les newyorkais tirent profit de chaque parcelle d’espace pour faire pousser un peu de verdure. La petite cour en bas des immeubles, y compris entre deux poubelles, chaque recoin de fenêtre, les pieds d’arbre le long des trottoirs sont autant de mini jardins qui témoignent des saisons.

1 1 Un peu de verdure1 2 Où l'on peut1 3 Un peu de verdure

L’idée est donc venue à quelques résidents inspirés, rapidement organisés en association de protection du site, d’utiliser l’espace de cette voie ferrée abandonnée pour y construire une promenade. Le projet a été réalisé pour le Département des parcs et jardins de la ville de New York, propriétaire et gestionnaire des lieux, par l’agence de paysage James Corner Field Operations, le cabinet d’architectes Diller Scofidio + Renfro et Piet Oudolf comme spécialiste des plantes.  Le premier tronçon a été ouvert au public le 9 juin 2009.

Pour accéder à la voie, on emprunte des volées d’escalier ou des ascenseurs situés le long du parcours. Des accès bien anodins qui ne laissent guère supposer ce que l’on va découvrir en haut.

2 1 Accès2 2 Accès3 3 Accès

Et tout à coup, la vue, à couper le souffle !

3 Vue SV102913

Et c’est la ballade, le nez au vent (et, à Manhattan, il y en a tout le temps, du vent). Nous voilà suspendus entre terre, ciel et gratte ciels, avec des vues panoramiques sur tous les quartiers alentour. Vingt mètres plus bas, au niveau de la rue, on n’aperçoit pas le ciel. Ici, l’horizon est dégagé jusqu’à l’Hudson River.

4 1 Vue SV1029214 2 Vue SV1029274 3 Vue SV1029294 4 Vue SV1029334 5 Vue4 6 Vue SV102934

Une fois passé le premier vertige de joie causé par cet espace libre, sans voiture, et admiré tout son soûl les vues assez inhabituelles,  on redescend vers la réalité et on découvre le jardin suspendu et les plantes qui le composent. Pour les plantes, la réalité est assez dure, il est vrai. Peu de sol (environ trente centimètres de profondeur, sauf pour quelques buttes), un environnement complètement minéral, un vent ‘à décorner les bœufs’ (expression bourguignonne, sinon newyorkaise), de grands écarts de température, un espace réduit, pas d’ombre… Fin octobre, le parc a dû être fermé en raison des importantes chutes de neige. Les solutions adoptées font preuve de pragmatisme : efficacité, simplicité, résistance… et d’un certain art de la mise en scène.

Pour la strate herbacée, qui occupe quatre vingt dix pour cent de l’espace planté, une abondance de fétuques, asters, sédums et graminées. Les paysagistes avaient pris soin de faire un relevé botanique de la flore spontanée qui s’était développée entre les voies depuis l’abandon du trafic ferroviaire et ils ont décliné cette gamme variétale.

6 1 Gamme asters et graminées6 2 Gamme fétuque6 3 Gamme sedums

Pour la strate arbustive, là encore, des variétés costaudes : amélanchiers, sassafras, cornouillers, petits bouleaux, houx, seringats, noisetiers et quelques rosiers. Ils sont essentiels au rendu paysager, adoucissant les visions d’ensemble, masquant un pan de mur… mais leurs conditions d’existence sont bien précaires.

6 4 Gamme amélanchier6 5 Gamme vue ensemble6 6 Gamme sassafras

Le rendu assez ‘naturel’ des massifs de part et d’autre de la promenade tend à faire oublier les prouesses techniques de la construction. Canaliser les ruissellements quand un violent orage s’abat sur l’île, ce qui arrive fréquemment. Gérer la transition entre minéral et végétaux. Offrir des lieux de repos dans cet espace très exigu, comme les petits bancs ci-dessous à droite.

7 1 Tech rail et sol7 2 Tech tail sol et plante7 3 Tech sol et banc

Ou parfois, une terrasse en surplomb qui permet à un groupe de se rassembler hors du passage des promeneurs. Car la fréquentation de ce jardin suspendu est à la hauteur de la grosse pomme et si le pas y est plus lent, la foule y est tout aussi dense.

5 Aire repos

Côté entretien jardinier, un goutte à goutte a maintenant été installé sur tout le parcours. Le premier tronçon avait été conçu sans arrosage automatique et les végétaux n’ont pas résisté. Le paillage consiste en une sorte de gravier, ‘expansé’ à forte température pour le rendre plus léger, et qui ressemble à de la roche volcanique.

8 1 Tech goutte à goutte8 2 Tech paill gravier gros plan8 3 Tech paillage gravier

Selon l’un des jardiniers rencontrés sur place, l’entretien de ce jardin occupe une équipe de huit jardiniers à temps plein, trois ou quatre volontaires en été (à raison d’un jour par semaine) et une centaine de personnes le jour de la fauche, en hiver, tout cela pour un espace planté d’une surface inférieure à un hectare. C’est dire combien ce rendu naturel demande des soins proches de la manucure. Mais le résultat est là, un vrai bonheur pour le promeneur !

Vue Fin

Consulter le site de High Line



2 réponses à “Le parc High Line de New York (The High Line Project)”

  1. New York a une grande avance sur Paris ou toutes les autres villes car la gestion des espaces verts est ancrée dans une vision “politique” depuis 1850 et la mise en chantier de central park (les espaces verts contribuent au bien etre et donc à la paix sociale). Ce qui est impressionnant, c’est qu’en 2 ans à peine ce parc se soit imposé comme un incontournable d’un voyage à New York…

  2. Christine dit :

    Tout à fait d’accord, merci de votre commentaire.

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