“Youth at the helm” : l’utilité de rajeunir les plantes des parterres de vivaces

3 avril 2011

Dans son livre culte “Le jardinier aventureux” (“The Adventurous Gardener”, avril 1985, Vintage Books) Christopher Llyod explique pourquoi, contrairement aux idées reçues, il faut entretenir les parterres de vivaces en renouvelant et en divisant les plantes assez régulièrement.

Les prix de beauté à la jeunesse !

L’évolution des plantes vivaces au fil des années

Une  plante vivace, appelée aussi plante pérenne herbacée, vit plusieurs années. En effet elle est équipée d’organes lui permettant de survivre à la mauvaise saison (sécheresse ou hiver selon les climats). Quand les conditions sont défavorables, les parties aériennes disparaissent. Dans le cas des pissenlits (Taraxacum sp.) ou des orpins (Sedum), par exemple, seule la rosette de feuilles est visible en hiver. Celle-ci est située au ras du sol, d’où le nom “hémicryptophyte” pour ces plantes. Pour les iris germanica ou les liserons des champs (Convolvulus arvensis) il ne subsiste qu’un rhizome en hiver, et la partie aérienne de la plante repousse au printemps comme sur la photo ci dessous.

Iris fin hiver

Contrairement aux plantes bisannuelles, qui ne vivent que deux ans, les plantes vivaces se développent au cours des années et établissent progressivement des touffes qui présentent de véritables bouquets à la belle saison. La plante suit donc une progression  que l’on peut observer ci dessous pour trois vivaces très différentes : une alchémille commune (Alchemilla mollis) à gauche, deux variétés d’orpins (Sedum spectabile ‘Brilliantet ‘Herbst freude’) au milieu, et un iris de Sibérie (Iris sibirica) à droite.

Année 1 :

S’établir pour survivre. Développement du système racinaire et première floraison, parfois modeste.

1 1Alchemilla année 11 2 Sedum1 3Iris

Année 2 :

La plante développe son système aérien dès le printemps et produit une belle floraison.

2 1Alchémille2 2Sedum2 3Iris

Année 3 :

Très belle floraison, qui tend à s’éloigner du centre pour les alchémilles et les orpins qui s’étalent. L’iris sibirica, lui, prend l’aspect d’une touffe de plus en plus drue.

3 1Alchemilla mollis année 33 2Sedum3 3Iris

Année 4 :

Les choses commencent à se détériorer … subrepticement. La pérennité de chaque plante dépend de la façon dont son centre (rosette) évolue. Les tendances observées en année 3 s’accentuent. Pour certaines vivaces, la floraison continue de s’éloigner du centre de la plante (alchémilles, iris rhizomateux, asters…) qui se dessèche. Pour d’autres le cœur de la plante devient trop serré, tant au niveau des feuilles (iris de Sibérie) qu’au niveau des racines (hémérocalles). Certaines plantes, enfin, s’étendent par un système de stolons et forment des nappes, comme les lysimaques montrées ci dessous Lysimachia ciliata ‘Fire cracker’ qui se faufilent entre les pieds d’iris germanica.

Lysimaque

Toutes les vivaces ne requièrent pas le même niveau de soins

Certaines plantes se défendent très bien face à la concurrence des autres plantes vivaces. D’autres, en revanche, n’arrivent pas à installer une rosette assez solide pour résister à l’étouffement et ont constamment besoin qu’on protège leur espace vital. D’autres enfin ont l’air assez résistantes une fois installées, mais il vaut mieux les surveiller … et se tenir prêts à intervenir.

Celles qui n’ont vraiment pas besoin d’aide : les pionnières

Elles sont très résistantes et ce sont des conquérantes. Les autres plantes n’arrivent pas à les envahir. Ces plantes survivent même après de nombreuses années dans des jardins qui ont été abandonnés. Nous vous proposons ci-dessous des photos d’asters (aster dumosus ‘Jenny’), de lys (lilium ‘African queen’) et de géraniums vivaces. Ces trois plantes sont très différentes les unes des autres, toutefois, elles présentent toutes les trois une grande résistance à l’envahissement des autres et se développent imperturbablement après chaque hiver pour refleurir au printemps (le géranium), en été (les lys) ou en automne (les asters), sans aucun souci pour leur jardinier(e).

4 1Aster dumosus4 2Lys4 3Geranium

Celles qui ont besoin d’assistance

Les plantes ci dessous ne sont pas particulièrement fragiles, mais elles ne sont pas assez fortes pour résister aux assauts des colonisatrices. L’éphémère de Virginie (tradescantia), la catananche (catananche coerulea), le phlox mousse (phlox subulata ‘White delight’) fleuriront de façon tout à fait satisfaisante tant qu’elles auront assez de place, mais disparaîtront sans crier gare dès qu’elles seront envahies. Et vous auriez tord d’accuser les limaces, car c’est le manque d’air et de lumière qui les aura tuées.

5 1Tradescantia5 2Catananche5 3Phlox mousse

Comment protéger l’espace vital des vivaces plus fragiles

Celles que l’on a tendance à négliger, mais qui se portent bien mieux si on s’en occupe

Une remarque préalable : une même plante ne réagit pas du tout de la même façon dans différents “milieux”, c’est à dire dans des circonstances différentes de sol, d’ensoleillement, de vent et d’humidité, les conditions dites “édaphiques”. Des Iris de Sibérie végétaient dans le jardin de Cosne, au sol sableux mais ayant reçu de nombreux apports de compost, entouré de hauts murs qui coupent le vent, situé en ville, où il fait moins froid, mais peu ensoleillé du fait des bâtiments voisins. Au Jardin des Merlettes à Saint Loup, où le thermomètre est resté bloqué quelques jours à -17° en 2010, au sol argilo-limoneux bien lourd et en plein vent, ils se sont développés si vite que nous avons déjà pu les diviser plusieurs fois. Même chose pour les hémérocalles qui y sont superbes alors qu’elles s’étiolaient à Cosne.

Hémérocalle1Hémérocalle2Hémérocalle3

Donc, il ne faut pas hésiter à changer de place une plante dont le développement laisse à désirer. Mais il faut aussi intervenir sur les plantes qui se développent très bien. Car, faute d’action, la touffe finit par s’étouffer.. justement. Les plantules de la base se gênent (Iris sibirica), ou bien les racines s’entrecroisent (hémérocalles). On doit donc les diviser et les replanter tous les 3 ou 4 ans, comme les autres. Les photos ci dessous montrent la différence des systèmes racinaires. A gauche, les racines très fines des campanules permettent de comprendre que les plantules pourront mieux s’établir une fois divisée. Au centre, l’enchevêtrement très serré des racines d’hémérocalles. A droite, les tiges très droites des marguerites ne laissent guère soupçonner l’anarchie souterraine.

7 1Racines campanula persicifolia alba7 2Racines hémérocalles7 3Racines marguerites

Une fois la touffe divisée, chaque fragment est replanté séparément et produira une belle touffe de fleurs deux ans plus tard…. jusqu’à sa prochaine division. En anglais, le mot “vivaces” se traduira par “perennial”, c’est à dire durables, voire  éternelles ! Mais comme l’explique Christopher Llyod, éternelles à condition… de s’en occuper un peu pour les garder jeunes, comme cette jolie anémone pulsatille (anemone pulsatilla) qui renaît sans faute chaque année en ce début d’avril.

Anémone de Pâques


Les stages que nous proposons pour mettre en œuvre ces recommandations

Au Jardin des Merlettes, il y a du travail à effectuer sur les parterres de vivaces dès que et aussi longtemps que le sol est chaud, c’est à dire d’avril à novembre.

Quelques stages pour se familiariser avec différents aspects de la culture des vivaces :

Au printemps et en automne :

  • “Créer des parterres de vivaces” : composer un parterre de vivaces, c’est choisir les plantes bien adaptées aux milieux particuliers à chaque jardin. C’est aussi réfléchir à l’évolution des plantes et, en particulier, à leur relations entre elles. Certaines se laissent étouffer par leurs voisines, d’autres conquièrent l’espace. Le jardinier doit le savoir et en tenir compte quand il plante. Rendez vous en mai et en octobre pour faire le plein d’idées.

En été :

Pour un nouveau regard sur le sol de son jardin

  • En septembre et en avril, deux stages pour préparer le jardin aux plantations,  prendre un peu de temps pour observer le sol de son jardin, réexaminer ses points forts, et aussi ceux qui pourraient être améliorés par des amendements organiques, des paillages, ou en adoptant une gamme variétale mieux adaptée.

Pour une première approche de la gestion différenciée

  • Et pour apprendre à associer les plantes vivaces à d’autres plantes faciles tout en limitant les fauches, dans le cadre d’une gestion différenciée simple du jardin : “fauche sélective, vivaces et bulbes” en mai, et “plantes naturelles, vivaces et bulbes” en octobre. Une même approche, mais avec des variantes saisonnières.

 


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