Le désherbage de printemps, pour quoi faire ?

7 mars 2011

Désherber son jardin est une tâche bien ingrate, d’autant qu’on conseille en général de le faire avant le départ de la végétation, c’est à dire maintenant, alors qu’il fait encore bien froid. En Bourgogne, le thermomètre ne monte guère au dessus de 0° le matin, et il pleut…souvent. Ce n’est pas très plaisant de se mettre à genoux devant un parterre et d’arracher une à une ces herbes qu’on dit mauvaises. Et est-ce vraiment nécessaire ? Nous vous proposons quelques clés pour limiter votre travail tout en aidant au mieux les plantes de votre jardin, un désherbage ‘raisonné’, en quelque sorte..

Désherber : vraiment utile ?

Avant de se mettre au travail, considérons les choses tranquillement.  Et déjà, il faut s’entendre sur le sujet. Bien sûr on ne parle pas ici de désherbage chimique ou de désherbage thermique, mais bien du désherbage manuel traditionnel promu désormais au rang de jardinage écologique. Beaucoup de jardiniers prônent maintenant le non travail de la terre, le non labour, en particulier pour le jardin potager. Est ce que leurs théories s’appliquent au jardin d’agrément ? Est-il vraiment nécessaire de supprimer les mauvaises herbes ou adventices ?

Pour le désherbage : le côté utile

Libérer les plantes des parterres, vivaces et annuelles de l’étouffement provoqué par la végétation parfois luxuriante des adventices.

Pour pousser, une plante a besoin d’air et de lumière. Le seul fait de couper la partie aérienne (en particulier les feuilles) des plantes autour d’elle et de créer un puits de lumière suffit souvent pour qu’une  plante s’installe beaucoup mieux.

1 1Agastache anisée1 2Eremurus11 3Tradescantia

Voir la vidéo : de l’air pour les vivaces

Libérer les racines des plantes.

Les plantes horticoles que nous achetons, les vivaces, mais surtout les annuelles, ont un chevelu racinaire moins développé que celui des plantes indigènes déjà en place, et en particulier les mauvaises herbes. De même que la partie immergée de l’iceberg est beaucoup plus importante que la partie émergée, la partie souterraine des adventices est souvent plus encombrante que la partie aérienne.

Heureusement, certaines plantes horticoles développent en deux ou trois ans un système racinaire très puissant et deviennent quasiment indélogeables par les mauvaises herbes. C’est le cas des hémérocalles, des iris à rhizomes (iris dits germanica, en fait iris barbus), des iris de Sibérie, mais aussi de fleurs à l’aspect plus gracile mais très colonisatrices, comme les lysimaques et les asters. Pour elles, plus de souci à se faire. Une fois implantées, elles sont très résistantes à l’invasion… et le désherbage très réduit.

2 Lysimaque

Eviter la concurrence pour la ressource en eau du sol

Désherber est important pour l’utilisation de la réserve d’eau contenue dans le sol. Tant que la ressource est abondante, pas d’importance. Mais lorsque la sécheresse sévit, la concurrence est âpre et les fleurs de nos parterres ne sortent pas souvent gagnantes. Or les graminées, dont les tissus sont gorgés d’eau, sont très sujettes à l’évapotranspiration. Elles ont besoin de boire énormément, nos gazons bien aimés en sont la preuve, au détriment des plantes voisines. C’est pour cette raison que l’on recommande de désherber soigneusement pendant trois ans le pied des nouvelles plantations, y compris des arbres et des arbustes.

Aérer une terre compactée

“Un binage vaut deux arrosages” dit on. Parce qu’en cassant les mottes, on restreint l’évapotranspiration, ce qui économise la ressource en eau. Et, en aérant la terre, on permet des meilleurs échanges gazeux autour des racines des plantes. La connaissance du sol et de son fonctionnement est un sujet malheureusement souvent négligé par les jardiniers et auquel nous consacrons un stage de deux jours.

Voir le stage “préparer le sol de son jardin”

1 Sol aéré

Soigner le rendu esthétique des parterres

Sale ou propre, un grand débat. On devrait d’ailleurs plutôt dire net ou fouillis. C’est souvent ce critère esthétique qui prime chez les jardiniers, osons l’avouer. Mais d’un point de vue botanique, ce n’est pas forcément le critère le plus important. 

Contre le désherbage : le côté inutile, voire contre-productif

La levée de dormance

Lorsqu’on remue la terre lors d’un désherbage, on ramène en surface de nombreuses qui se trouvent dans le sol. cela leur permet de germer. C’est ce qu’on appelle une “levée de dormance” que les potagistes appellent aussi un  faux semis.

L’inversion des horizons du sol

C’est ennuyeux de retourner le sol car on inverse les horizons , c’est à dire les couches du sol, et on dérange les petites bêtes, l’entomofaune, qui sont très spécifiques quand à la profondeur à laquelle elles se trouvent bien. C’est l’intérêt des outils tels que la grelinette qui aèrent le sol sans pour autant le retourner.

Amusez vous à creuser un trou dans votre jardin et observez les couches successives du sol. Vous apprendrez beaucoup sur votre jardin. Pour une bonne observation, essayez de faire une paroi bien droite et lisse. Et si vous êtes intrigué, renouvelez l’expérience dans un autre endroit. Vous serez peut-être surpris de la différence.

La battance du sol

Lorsque les mauvaises herbes couvrent toute la surface d’un parterre, elles empêchent le martèlement des gouttes de pluie. Ce propos peut sembler trivial. Pourtant il est important de protéger le sol et il vaut mieux laisser une couverture de mauvaises herbes sur les sols sujets à la battance plutôt que de les laisser nus.

Le lessivage des sols

Certaines mauvaises herbes remontent en surface les substances nutritives qui ont été lessivées en profondeur. Au Jardin des Merlettes, nous bénéficions de rumex très efficaces dont les racines agissent comme véritables extracteurs de substances. Voici le plus beau spécimen de la saison extrait par notre jardinier, Serge Veneau. Pourquoi se priver de tels auxiliaires qui améliorent notre sol ?

5 Rumex record

Quelles parties du jardin désherber ?

Une façon de limiter son effort, dirait Monsieur de la Palisse, consiste évidemment à réduire la surface désherbée. Le désherbage raisonné correspond à cette idée  simple que l’on peut décliner selon différents critères pour concevoir un mini-plan de gestion différenciée. Où le désherbage est-il le plus utile ? Quels endroits du jardin servent actuellement de refuge à la biodiversité, puis-je les épargner ? Quels espaces servent à quels usages ? Certaines plantes, indésirables dans nos plate-bandes, peuvent-elles être invitées ailleurs au jardin ?

L’utilité du désherbage est très inégale selon les endroits du jardin

N’ayons pas peur de revisiter les idées reçues. On l’a dit plus haut, le désherbage d’un rosier ou d’un arbuste est totalement inutile d’un point de vue botanique si la plante est bien établie. En revanche, il est indispensable pour certaines plantes annuelles ou vivaces qui peuvent être rapidement étouffées par les mauvaises herbes et souffrir de leur concurrence pour la ressource en eau.
Il est donc conseillé de réfléchir un moment, avant de saisir sa binette, à l’utilité du travail que l’on s’apprête à faire. Et, dans le doute, on peut choisir de ne rien faire et d’observer…

Protéger la biodiversité et l’équilibre de ‘l’organisme jardin’

On sous-estime souvent l’utilité des graminées ou, plus généralement, de la strate herbacée pour la biodiversité. On insiste sur l’importance des arbustes, en particulier des haies, mais tous les oiseaux ne nichent pas en hauteur. Les photos ci-dessous montrent un nid au pied d’un saule,  à quelques centimètres du sol seulement, à hauteur d’homme dans un bouleau et à même la terre, dans l’herbe. Et ce n’est qu’un exemple car les habitants du jardin sont multiples et leurs abris variés. Les hérissons eux aussi apprécient les herbes. Enfin pour l’entomofaune on recommande de conserver des endroits non fauchés pendant trois ans au moins car certains insectes ont besoin de cette période pour achever leur cycle de métamorphoses.

6 1Nid et saule6 2Nid bouleau6 3Oeufs au sol

Voir l’histoire et la philosophie du jardin

Graduer l’intensité des soins selon les différents espaces de son jardin ou de son parc : la gestion différenciée

On repère facilement les espaces clés en réfléchissant aux usages que l’on a de son jardin :  les déjeuners sur la terrasse, l’endroit où les enfants jouent, le jardin secret, au fond du jardin, près du tas de compost, du ruisseau ou à l’orée du bois. Le jardin potager est encore bien à part, et le jardin fruitier souvent négligé. Tous ces espaces sont en concurrence pour les ressources dont dispose le jardinier, au premier rang desquelles son temps. Il faut donc organiser les priorités.

Ce plan de zonage sommaire permet d’estimer le temps qui sera nécessaire pour entretenir le jardin, et amène parfois, logiquement, à revoir le niveau de ses exigences. C’est un peu comme d’établir un budget. On n’est jamais obligé de le  suivre, mais on sait où l’on va…

Le même principe s’applique, à une échelle différente, pour nos villes et nos villages…. Et ce qui est discuté pour le désherbage est également valable pour la fauche ou la tonte des espaces.

Lire l’article sur la fauche différenciée

Cette attitude requiert de bien choisir les plantes que l’on installe. Les photos ci-dessous présentent un essai de non-désherbage au jardin. Il s’agit d’expériences avec différentes variétés de graminées dont on teste la résistance à l’envahissement. A gauche, le parterre d’essai après un an de non-intervention. A droite, le parterre désherbé. Au milieu, une gagnante, un deschampsia cespitosa ‘Tauträger’ qui a très bien résisté.

7 1Parterre graminées avant7 2Deschampsia cespitosa 'Tauträger'7 3Parterre graminées après

Mauvaise herbe ou invitée indésirable ?

En quoi une herbe est-elle ‘mauvaise’ ?

C’est parfois simplement une plante qui n’a pas poussé là où on le souhaiterait. Le cas bien souvent de la bourrache, des orties, mais aussi, des capucines et du myosotis, toutes plantes que l’on apprécie au jardin mais qui vagabondent parfois un peu trop loin. Mais c’est parfois aussi une plante envahissante qui colonise l’espace et accapare le soleil et la nourriture des autres. Des colonisatrices dont il convient de limiter l’expansion.

Les belles autochtones

Il y a aussi des plantes naturelles très décoratives dont on ne voit pas pourquoi on les évincerait du jardin, sauf à n’aimer que ce que l’on a acheté dans un pot de plastic rose, vert ou bleu… Voici par exemple une linaire commune (Linaria vulgaris) qui se plaît au Jardin des Merlettes et qui, associée à une catananche et à des sedums,  participe, nous semble-t’il, à un joli équilibre dans ce massif de vivaces. Nous avons ainsi de nombreuses belles nivernaises au jardin.

7 Sedum, agastache et linaire

Voir le stage “Utiliser les plantes naturelles dans les parterres de vivaces”

Quand désherber ?

La première réponse qui vient à l’esprit est “dès que l’on peut”, c’est à dire quand on en a le courage ou le temps. Mais pour épargner ses forces, il y a deux moments plus favorables, le printemps et surtout l’automne.

La première attaque, au printemps

Au démarrage de la saison, on arrache facilement les adventices. Le sol est bien détrempé et tout ce que l’on élimine ne viendra plus déranger les plantations de printemps. Donc, désherbons sans hésiter.

Voir le stage “préparer les plantations de printemps”

Et surtout : en automne

Mais il est encore plus utile de désherber en automne, en tous cas, si le sol est lourd. Un sol argileux se refroidit très tard. Même si les systèmes aériens ne se développent plus, les plantes continuent à installer leur système racinaire jusqu’à la fin décembre. Arracher les mauvaises herbes à ce moment là limite grandement l’invasion printanière. Et si vous n’êtes pas convaincus, venez passer deux jours avec nous !

Voir le stage “préparer les plantations d’automne”

Comment désherber ?

Pour bien désherber en se fatiguant le moins possible, il faut connaître l’ennemi, c’est à dire les systèmes racinaires et s’équiper en conséquence.

Connaître les systèmes racinaires

Il s’agit en effet d’extraire la totalité du système racinaire des plantes indésirables. Or ces systèmes sont très variés et il faut connaître celui de chaque herbe que l’on cherche à arracher.

Le chiendent par exemple fait partie des plantes à rhizomes. Il établit un véritable maillage souterrain. Plus on retire de racines, plus on retarde le redémarrage de l’attaque. Chaque fragment laissé dans le sol permettra à une nouvelle plante de repartir. Au contraire, le pissenlit est cespiteux, c’est à dire qu’il ne pousse qu’autour d’un seul point, dans ce cas une racine pivotante. Mais elle peut être très profonde et elle aussi peut redémarrer à partir d’un fragment de racine laissé sur place. La fétuque, montrée sur la photo de droite, est moins difficile à extraire à condition que le sol soit meuble car son chevelu lui permet un excellent ancrage.

9 1Racines chignon chiendent9 2Racine pissenlit longue9 3Racines fétuque

Choisir les bons outils

S’équiper en conséquence, c’est à dire selon la forme et la force de la racine à extraire. Il faut aussi penser au sol, à sa consistance, et au poids qu’il faudra soulever pour ramener à la surface la totalité du système racinaire. La grelinette est utile pour aérer le sol, mais pas pour arracher de longues racines. Pour celles ci, on peut choisir entre le couteau à désherber (photo de gauche) ou la bêche spéciale à pied (photo du milieu), extrêmement efficace pour les rumex car la surface de la pelle est spécialement découpée pour cet usage.

10 1Outils10 2Outils10 3Outils

S’éviter de la peine

Et il faut aussi épargner le dos et les genoux du jardinier. Choisir une bonne position qui permettra un effort sans forcer sur le dos.  L’idée est que la plante à extraire soit à bonne portée de main pour pouvoir faire levier sur la racine. La position à genoux est pratique, mais il faut penser à utiliser un petit tapis en mousse. Ridicule croyez vous, essayez plutôt et vous verrez la différence sur votre efficacité au bout d’un petit moment.
Et il faut choisir le bon moment pour désherber. Ceci dépend de la nature du sol. Si celui-ci est argileux, il vaut mieux ne pas désherber tout de suite après une grosse pluie, mais attendre plutôt qu’il se ressuie un peu. En revanche, sur un sol plutôt sableux, toute pluie facilitera immédiatement le travail.

Réfléchir aux façons d’éviter de recommencer trop souvent

Comprendre le cycle des plantes

Pousse à petits ou grands pas (par l’émission de stolons, par exemple), essaimage de graines, maillage de rhizomes, chaque plante possède sa stratégie de colonisation de l’espace. Au jardinier de la comprendre pour la contrecarrer et agir en conséquence : cueillir les fleurs avant qu’elles ne montent à graines, par exemple, est une méthode rapide, peu fatigante et très efficace pour enrayer l’envahissement.

Être très soigneux et ne pas faire ‘vite’

Une erreur commune consiste à vouloir nettoyer rapidement la surface du sol. Ce qui importe le plus ne se voit pas car c’est en dessous du sol. Il faut surtout éviter de faire trop vite et de trancher une racine. La punition n’est pas immédiate mais bien réelle car la plante repousse de plus belle, comme on le voit sur cette photo où le pissenlit est reparti… avec de multiples têtes cette fois, et autant de possibilités de fleurs et de graines.

Reprise pissenlit

Enlever aussi, et très soigneusement les plantules

Et il faut repasser quelques semaines après un désherbage soigné pour éliminer toutes les plantes qui ont germé suite à ce désherbage (le faux semis) sinon les efforts auront été en partie inutiles. Encore faut-il savoir distinguer le bon grain de l’ivraie et ce n’est pas toujours facile de bien reconnaître les plantes quand elles sont au stade de plantules. Ci dessous, de gauche à droite, des plantules de phacélie, de diverses adventices et de trèfle blanc.

Si vous souhaitez aller plus loin sur ce sujet, nous vous recommandons le livre “Ces herbes qu’on dit mauvaises”, de Jo Readman aux Editions Terre Vivante.

4 1Phacélie 2 feuilles4 2Plantules diverses4 3Pousses trèfle

Et quand on a assez désherbé, on finit  par un bon paillage…

Du BRF (bois raméal fragmenté) par exemple, qui joint l’utile à l’esthétique. Mais ça, c’est une autre histoire, et le sujet d’un prochain article.


Parterre rosier après


3 réponses à “Le désherbage de printemps, pour quoi faire ?”

  1. Labracherie dit :

    Merci a vous je vais essayer dans le jardin de mon arrière grand-mère!! Je vous dirais si ça a marché!!

  2. NOISETTE dit :

    Bonjour,
    J’habite dans le Sud-Ouest.
    Nous avons planté, il y a 3 ans, des arbres fruitiers. La terre est argileuse et caillouteuse.
    J’ai toujours désherbé (manuellement) sur une surface équivalente au parallèle des branches. Ce travail est fastidieux, car, en plus de la terre difficile à travailler, il y a du chiendent, des pissenlits, du trèfle et autres herbes dont je ne connais pas le nom. Dois-je continuer à désherber ou puis-je, après 3 ans leur laisser vivre leur vie…
    Par avance merci pour vos conseils.

  3. Christine dit :

    Bonjour,
    Ah ah, ce désherbage, la plaie du jardinier !
    Vous avez très bien fait de désherber ces trois années. Maintenant, si vos arbres sont bien implantés, ils craignent moins la concurrence des adventices en tous genres (ces herbes qu’on dit mauvaises), sauf en période de sécheresse car les graminées particulièrement sont très gourmandes en eau.
    Il vous suffit donc désormais de garder l’herbe assez basse autour de vos troncs pour surveiller qu’ils ne leur arrivent rien de fâcheux (vous n’avez pas idée tout ce que ces herbes peuvent dissimuler comme petits malheurs…)
    Et attention aux pieds de vos arbres : pas de débroussailleuse ni de tondeuse trop proche, c’est vraiment très dangereux pour la santé des arbres.
    Cordialement

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