Gestion différenciée : quelques principes fondateurs

10 janvier 2011

On en parle beaucoup, mais qu’est-ce au juste que la “gestion différenciée” ? Le terme semble compliqué mais le principe est simple. Entretenir un espace en gestion différenciée, c’est tout simplement le gérer par zones et adapter le niveau de soins jardiniers apportés à chaque zone en fonction de l’usage qu’on lui destine.

Pourquoi gérer un jardin ou un espace vert en gestion différenciée ?

  • Pour des raisons d’économie : en diminuant par exemple le nombre de fauches à certains endroits, on réduit le temps d’entretien et les intrants (essence)
  • Pour des raisons d’écologie, soit pour réserver des espaces naturels, soit pour diminuer l’usage des produits phytosanitaires (désherbants)
  • Et cela permet aussi de prendre conscience de la dynamique naturelle des plantes et de créer des jardins qui se fondent sur cette dynamique pour offrir de nouvelles perspectives au rythme des saisons.

Bande enherbée

Un espace vert ou un jardin en gestion différenciée comprendra donc des endroits très travaillés, une terrasse et sa rocaille, un verger d’arbres fruitiers palissés, certains parterres architecturés, et d’autres endroits où on laissera la nature s’exprimer davantage, des parterres mixtes d’annuelles, de vivaces et de bulbes, des bosquets d’arbustes, ou même des espaces naturels où l’on n’interviendra qu’une fois par an.

Un budget économisant grâce à la gestion différenciée

Le budget d’entretien d’un jardin en gestion différenciée est économique… mais pas tout de suite. La mise en route de ce mode de gestion nécessite en effet un peu d’investissement en matériel, quelques études, et une réorganisation du travail des jardiniers.

Les étapes de la transition en mode différencié

  • Définir des zones en fonction des usages prévus pour chaque espace. Un lieu de promenade, une aire de jeu seront fauchés régulièrement, un bord de route à proximité d’une zone d’activité industrielle sera laissé libre. Un jardin secret sera laissé sauvage, ou manucuré, selon le goût de son propriétaire

Z1 Jardin sauvageZ2 TransitionZ3 Jardin manucuré

  • Préparer un programme annuel d’entretien pour chaque zone et un schéma directeur pour les évolutions nécessaires à plus long terme. L’horizon de temps varie énormément d’une situation à une autre.
  • Expliquer la démarche aux publics intéressés : élus locaux, équipes municipales, grand public, résidents…
  • Mettre en œuvre le programme de façon progressive car la gestion différenciée a recours à des savoir faire jardiniers qui nécessitent souvent un complément de formation des équipes en place.

Évaluation des économies réalisées

Il n’y a pas de calcul rapide et valable dans tous les cas : comme toujours, tout dépend de l’objectif à atteindre, par rapport au point de départ. Si pour certains endroits, on passe de 15 ou 20 fauches ou tontes annuelles à 3 ou 4, voire une seule, l’économie sera considérable. La difficulté à laquelle on se heurte souvent concerne le manque de statistiques fiables et assez précises sur les surfaces fauchées, en particulier :

  • Certains espaces sont omis dans le planning de travail ou englobés dans d’autres, alors qu’ils consomment beaucoup de temps. Parfois, ils sont plus difficiles d’accès, parfois ils marquent une limite entre deux zones d’emprises différentes…
  • Quand le plan de zonage est effectué soigneusement, on voit réapparaître des espaces délaissés dont c’est l’occasion de reconsidérer l’usage.
  • Il faut procéder graduellement, en diminuant progressivement le nombre de passages. Cela permet de vérifier comment le milieu réagit à cette nouvelle gestion, d’observer l’apparition de fleurs spontanées, etc, et cela permet également à œil de s’habituer à une nouvelle esthétique.

Les investissements nécessaires

  • Études et conseils : la préparation d’un plan de zonage soigné est essentielle pour le bon déroulement du programme. Une foultitude de questions se pose rapidement. Comment traiter les berges de tel ou tel cours d’eau, qui fréquente tel ou tel espace, faut-il redéfinir l’usage de tel ou tel lieu ?…  On remet en cause beaucoup d’habitudes, par exemple la fauche des fossés. Et il faut réfléchir à la réorganisation du travail des équipes en fonction de la nouvelle charge de travail.
  • Le matériel doit être adapté au nouveau mode de gestion adopté : pour permettre des hauteurs de coupe adaptées, pour ramasser (exporter) les fauches, pour broyer les déchets de taille, etc.
  • Des panneaux de signalisation (à l’épreuve des UV) placés dans des endroits sensibles sont un moyen de communication simple mais bien efficace.  Ci dessous, des exemples de panneaux réalisés par le département de l’Isère et proposés dans la présentation sur la gestion différenciée des bords de route réalisée par l’ADREE pour la DIREN Picardie et le Conseil Général de l’Aisne et, au milieu, un panneau explicatif au Parc Naturel Régional du Morvan.

Panneau 1 fauche raisonnéePanneau 2 PRMorvanPanneau 3 nature protégée

Une gestion écologique des espaces

Passer en gestion différenciée, ce n’est pas seulement changer de techniques, mais c’est aussi réapprendre à regarder. L’approche est plus ciblée, la finalité différente. On cherche à faire voir, à mettre en valeur la nature et ce faisant, on incite à la protéger. La fauche différenciée n’est donc qu’un des éléments de cette approche. Elle s’accompagne d’une prise de conscience au niveau du choix des végétaux, de la mise une valeur des milieux et d’une recherche de protection de la biodiversité.

Les végétaux utilisés

  • Première étape : répertorier les variétés locales et l’état de la biodiversité
  • Objectif : un recours moindre à des plantes exotiques
  • Conséquence : moins d’achats, mais plus durables car mieux adaptés aux conditions édaphiques
  • Consultation des professionnels locaux, pépiniéristes et horticulteurs, et prise de conscience de la filière.

Mise en valeur des milieux

Gestion différenciée ne veut pas dire négligence mais sélectivité. De plus, certaines espèces locales peuvent être mises en valeur par la présence de quelques espèces plus rares ; saules ou aulnes pour les milieux hydromorphes, etc. . On peut aussi rechercher des arbustes de faciès variés comme proposés sur les photos sur dessous : de gauche à droite, l’arboretum des Barres, l’arboretum de Balaine et le jardin botanique de Bordeaux.

Port arbuste 1Port arbuste 2Port arbuste 3

Un coup de pouce à la biodiversité

La faune de tout poil, plume et écaille retrouve ses milieux de prédilection dès qu’on adopte un mode de gestion plus extensif. Et il ne faut pas forcément longtemps pour que des espèces locales reviennent coloniser les espaces laissés naturels. Nous avons eu ainsi la bonne surprise de voir apparaître le papillon ‘Cuivré des marais’ (Lycaena dispar) dans les parterres de vivaces en gestion naturelle du Jardin des Merlettes. Il profite de l’oseille sauvage (Rumex) très présente au jardin dans certaines zones non fauchées.

Cuivré des marais 2 B Fritsch

Une approche paysagère fondée sur la dynamique des végétaux

Ce sont les soins jardiniers qui font la différence entre une gestion différenciée minimaliste et l’épanouissement de jardins naturellement beaux. Trois axes de travail sont particulièrement propices : le choix des plantes vivaces, l’adoption de principes de taille douce pour les arbustes et la recherche de synchronisation entre fauches et dynamique végétale des espaces. Le Jardin des Merlettes propose des formations spécifiquement dédiée à chacune de ces problématiques.

Le choix des plantes vivaces

C’est tout l’art de trouver des harmonies durables et peu coûteuses entre plantes horticoles et plantes naturelles. Deux stages abordent ce thème : “Créer des parterres de vivaces” et “Graminées et plantes de rocaille”.

Le choix des arbustes et la taille douce

Pour permettre à chaque arbuste d’exprimer son potentiel, les stages “Taille d’hiver des arbustes d’ornement” et “Taille d’été des arbustes d’ornement”

Et pour bien les choisir : “Choix et plantation des arbustes d’ornement”

La dynamique végétale

Avec un peu d’observation, on peut synchroniser les fauches et des animations saisonnières créées par les bulbes de printemps et d’été, les vivaces de printemps et d’automne, les annuelles semées en place…

C’est l’objet d’un nouveau stage au Jardin des Merlettes “Gestion différenciée : fauche différenciée, vivaces et bulbes”.

Fauche différenciée


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