La taille d’hiver des arbres fruitiers palissés

21 décembre 2010

Le mois de mars ouvre la saison des tailles au Jardin des Merlettes. La taille d’hiver est une étape très importante pour les arbres fruitiers palissés.  C’est pour cela que nous avons proposé ce stage pour agrément au FAFSEA, en priorité par rapport aux autres.

Pourquoi tailler en mars, plutôt qu’en janvier ou février ? S’il ne gèle pas, on peut tailler pendant toute la saison d’hiver. Tout dépend du nombre d’arbres que l’on doit tailler. Pour ne pas imposer de fatigue inutile aux arbres, il vaut mieux tailler les arbres à pépins avant l’éclosion des boutons floraux (un stade appelé F par les arboriculteurs, comme sur la photo ci dessous), c’est à dire avant la mi-avril environ en Puisaye. Que ce soit pour les formes libres (de plein vent) ou les formes palissées, la taille d’hiver se préoccupe de la structure de l’arbre : formation, raccourcissement annuel ou rénovation plus importante, voire élagage. La taille d’été, suivie éventuellement en plusieurs fois, se concentrera sur la mise à fruits. Contrairement à ce que croient la plupart des gens non initiés, la taille des arbres fruitiers ne correspond pas à un acharnement mais à une nécessité.

0Cordon horizontal unilatéral simple Reinette Blanche du vigan

La taille régulière annuelle

Les jardiniers s’inquiètent souvent de la difficulté supposée de la taille des arbres palissés. Mais cette taille n’est vraiment pas très compliquée si l’on respecte quelques étapes que l’on examine en détail durant les deux jours du stage de taille d’hiver des arbres fruitiers palissés. La première consiste à bien comprendre ce que l’on va faire : pourquoi et quels éléments tailler ? La réponse à ces questions conditionne la façon de tailler. Pour une taille renouvelée régulièrement tous les ans, on cherche simplement à rapprocher les branches autour d’une certaine forme de charpente. Une grande partie du travail consistera donc à réduire chaque coursonne pour canaliser la vitalité de l’arbre vers les organes productifs. On apprend à reconnaître chaque organe de l’arbre fruitier que l‘on va tailler. On réfléchit ensuite à leurs possibilités d’évolution : ceux qui deviendront bois, ceux qui pourront porter des fruits, ceux qui végèteront peut être. On taille enfin.

Il s’agit donc d’un processus raisonné. Une fois que l’on a compris la méthode, le coup de main vient assez vite. Mieux un arbre a été taillé l’année précédente, plus il est simple à tailler, surtout si une taille d’été a également été opérée.

La forme la plus simple : le cordon

Le cordon est la forme la plus simple à tailler car toute droite. On procède doucement, tout au long des branches charpentières de l’arbre et en finissant par les extrémités, ou “prolongements”. L’objectif est d’installer une forme “en arêtes de poisson” : à tour de rôle, une coursonne à droite, puis une coursonne à gauche, rien en haut, rien en bas.  Chaque élève taille à son tour en expliquant ce qu’il voit et pourquoi il propose telle ou telle solution. Plusieurs alternatives sont souvent possibles. On vérifie les liens, on finit en raccourcissant les prolongements des charpentières… et on reviendra voir en juin. L’exemple ci-dessous montre la taille d’un pommier ‘Reine des Reinettes Bonnin’ conduit en cordon simple bilatéral.

Cordon Reine des Reinettes Bonnin_1Cordon Reine des Reinettes Bonnin_2Cordon Reine des Reinettes Bonnin_3

Le résultat peut sembler un peu dépouillé; pourtant, en septembre (photo ci-dessous), on constate que l’arbre a une belle vigueur et que nos efforts ont porté leurs fruits. Les arbres palissés du Jardin des Merlettes sont encore très jeunes. Ils ont été plantés en novembre 2006 et les formes en cordons simples ou multiples commencent tout juste à porter des fruits. Il faudra attendre quelques années de plus pour les formes en fuseaux, par exemple.

Cordon Reine des Reinettes Bonnin_4

Des formes un peu plus difficiles : croisillons, U et palmettes

La difficulté consiste à créer des angles : il faut donc tailler les charpentières de façon qu’elles produisent des pousses dans la direction nécessaire. On attache ensuite soigneusement les jeunes branches en les dirigeant simplement avec un lien souple (du raphia par exemple) pour installer la forme. On reviendra plusieurs fois pour ajuster la forme peu à peu, en particulier pendant le stage de taille d’été, mais on attendra que le bois soit bien aoûté l’été suivant pour utiliser un lien rigide.

Pour chaque forme, tri croisillon, cordon à plusieurs étages, palmette,  il faut anticiper la pousse de l’année et comprendre comment l’arbre va évoluer. Dans certains cas (photo ci dessous, au milieu), on pratique une taille d’attente car on n’installera un étage supérieur que lorsque l’étage inférieur sera achevé de pousser.

5Tricroisillon J Guyot6Palmette Verrier 4 branches Williams7Palmette verticale double branche Louise Bonne

On ne laisse les branches charpentières s’allonger que d’une vingtaine de centimètres au plus chaque année. Il faut  supprimer les rameaux qui poussent soit sur le dessus, soit sur le dessous des branches. Ces précautions permettent à des branches latérales, les coursonnes, de s’installer tout le long des branches charpentières et d’assurer par la suite une bonne production fruitière. Un arbre palissé se construit donc tout doucement, entre 10 et 15 ans pour la majorité des formes. On choisira donc les formes fruitières que l’on veut installer en fonction du temps que l’on peut accorder à l’établissement des arbres. Quelques formes assez faciles sont présentées en détail sur notre site.

La taille de formation des jeunes arbres

La taille de formation vise à établir la structure de la charpente. Durant cette étape, on recherche l’équilibre de l’arbre et la formation de branches trapues. On les taille sévèrement chaque année pour leur permettre de se renforcer et de se couvrir de coursonnes. Voici l’exemple de la formation d’un gobelet de pommier ‘Reinette du Grand Faye’. Le scion a été étêté au printemps suivant sa plantation. Trois branches se sont développées à partir des trois bourgeons supérieurs. Elles sont taillées très court au printemps suivant. De nouveaux rameaux se développent dans le prolongement de ces axes pour atteindre environ 60 cm en septembre. Chacune de ces branches est de nouveau raccourcie au printemps suivant.

8 Mai 20089 Septembre 200810 Février 2009

 

Ces première tailles sont décisives pour le devenir des arbres fruitiers. Elles sont rapides à effectuer car chaque arbre ne requiert que quelques coups de sécateur. Mais chacun d’eux est important. Il faut choisir soigneusement la hauteur ou la longueur de chaque rameau et le bourgeon sur lequel tailler. La principale erreur à éviter est d’aller trop vite ou de se placer sur le côté de l’arbre.  Pour choisir l’œil sur lequel tailler, il est préférable de se placer face à l’axe de la branche que l’on est en train de tailler. Faute de pratiquer ainsi, on fait des erreurs difficiles à corriger par la suite, comme dans le cas de l’abricotier montré ci-dessous.

11 Erreur taille de formation


La taille de régénération des arbres palissés âgés

C’est probablement la plus difficile des tailles : reprendre des arbres palissés qui ont été abandonnés quelques années. Pour régénérer des arbres fruitiers de plein vent, on procède à une réduction de couronne ou à un éclaircissage, ou une combinaison des deux et on arrive rapidement à une restructuration de l’arbre. Le processus est expliqué dans l’article dédié à cette taille.

Pour les arbres palissés, le problème est plus complexe. Il s’agit en effet de rétablir une forme donnée et là encore, on va procéder par étapes : un diagnostic de vitalité de l’arbre, le recensement des organes fruitiers que porte l’arbre et enfin, pour les cas plus difficiles, l’établissement d’un programme sur deux ou trois ans.

Diagnostic de vitalité et recensement des organes

Certains arbres ne peuvent pas être rétablis dans une forme palissée. Par exemple, si les coursonnes ont disparu le long des branches. Et s’il reste quelque végétation, il faut vérifier qu’elle repart bien au dessus de la greffe, sinon, on risque de reformer… un franc ! Autant remplacer ces arbres rapidement. La photo de gauche ci-dessous présente un arbre dont le tronc est très abîmé, la sève ne circule plus. L’arbre du milieu a perdu toute vitalité et il vaudrait mieux arracher. En revanche, la photo de droite présente un arbre très ancien, certes, mais qui porte de nombreuses coursonnes et qui sera encore bien productif. Il suffit de le tailler annuellement soigneusement, en veillant à laisser assez de bois jeune, les brindilles par exemple, et d’éclaircir soigneusement les fruits pour laisser des ressources à l’arbre pour pousser. Et on veillera à protéger des nouvelles pousses bien placées pour compléter la structure.

1bis Blessures1a2 rien à faire1ter Vieux mais productif

Taille de régénération

On ne peut régénérer de façon satisfaisante que les arbres dont la structure apparaît encore clairement. Certains cas sont faciles, l’arbre a simplement trop poussé et il suffit de supprimer les branches superflues. Très vite, on retrouve la forme. A condition de pratiquer une légère taille d’été, l’arbre portera de nouveau des fruits au bout d’un an ou deux. Il est également recommandé de restaurer le palissage sur le mur. Un travail un peu fastidieux mais très efficace pour soutenir l’arbre… et pour le rendu esthétique !

2facile avant2facile bis2facile ter

Mais, c’est parfois un peu moins simple. La photo ci-dessous montre un cas fréquent d’arbre très vigoureux qui a poussé tout en hauteur et a perdu ses coursonnes sur toutes les branches du bas. Les rameaux en hauteur sont des gourmands improductifs. Il ne suffit pas de les couper car ils repousseraient de plus belle, telle une brosse. Vigueur et fructification ne font pas bon ménage. Il faut donc reprendre la taille assez doucement pour que l’arbre ne réagisse pas en produisant des fagots de bois ! Le meilleur moyen est d’étaler le programme de taille sur deux ou trois saisons.

5gros boulot

Une taille régulière et bien conduite, c’est à dire progressive, permettra à l’arbre de porter de nouveau des fruits, mais il ne sera pas possible de  revenir  à la structure ordonnée d’un arbre qui a été régulièrement taillé et soigné. Tailler un arbre palissé n’est pas difficile mais demande un peu de patience et beaucoup de persévérance. Le résultat est à la hauteur du soin apporté et il y a peu de choses plus belle en jardinage qu’un arbre palissé couvert de fruits. S’il est nécessaire de vous en convaincre, voici pour finir une photo prise au Potager du Roi, à Versailles. Difficile de faire mieux.

6conclusion Versailles


2 réponses à “La taille d’hiver des arbres fruitiers palissés”

  1. LENGRAND dit :

    Bonjour Monsieur – Merci pour votre bel article. J’ai palissé pommiers et poiriers durant notre jeunesse en Hollande. Nous habitons maintenant dans l’île de Saint Martin et je souhaiterai recommencer avec des arbres pays tels les goyaviers. Ici les gens connaissent cette technique et ne l’ont jamais pratiquée. Sauriez-vous si l’opération de décapitage est possible sans qu’il y est une saison froide de repos ? Le baume du Canada permet la cicatrisation mais n’empêchera ni le trauma, ni la fatigue de la plante. En vous remerciant par avance. Bien à vous. Jean-Michel & Dominique

  2. Christine dit :

    Bonjour,
    Voici une question bien intéressante. Ne connaissant pas l’agriculture tropicale, je vais essayer de répondre par le bon sens.
    Même aux tropiques il faut parfois tailler les végétaux qui deviennent envahissants. En France, cela correspondrait à une taille ‘en vert’. Il y a certainement une saison pendant laquelle les végétaux poussent un peu moins vite, par exemple après une fructification et juste avant que de nouvelles pousses se forment. Ce serait à mon avis, le moment d’ôter quelques branches en surplus et de sélectionner de nouvelles pousses pour les orienter progressivement et les soumettre à l’arcature, principe fondamental du palissage des fruitiers.
    Je ne peux vous en dire davantage, ne connaissant pas le goyavier, mais cette technique fonctionne bien sur le néflier du Japon et sur les plaqueminiers.
    Bien cordialement, donnez nous des nouvelles de vos expériences !

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